Le litige entre les magistrats et l'Hôtel de Ville concernant l'implantation du TGI, qui a besoin de 100 000 m2, est ainsi relancé. Il est aujourd'hui acquis que le nouveau palais devra être construit dans le 13e arrondissement de Paris, sur la ZAC Paris-Rive gauche, dont l'aménagement a été confié à une société d'économie mixte, la Semapa.
Mais les magistrats tiennent à ce que le Palais de justice prenne place sur le site de Tolbiac-halle Freyssinet, derrière la Bibliothèque nationale de France. Un emplacement trop exigu, estime la Mairie. La municipalité pousse le secteur Masséna-Rives de Seine, entre le boulevard périphérique et celui des Maréchaux, à la hauteur de l'échangeur d'Ivry - sans moyens de transports et avec un environnement impossible, plaident les magistrats (Le Monde des 12 avril et 27 juin).
"DÉMARCHE UNILATÉRALE"
En réponse à la démarche de l'EPPJP, la Ville de Paris a fait paraître un communiqué pour dénoncer "la démarche unilatérale de l'Etat sur la nouvelle implantation du TGI". Elle indique par la même occasion que la Semapa, présidée par Serge Blisko, le maire (PS) du 13e arrondissement, a lancé, de son côté, une consultation auprès de trois architectes, Dominique Lyon, Julien de Smedt et Mathieu Poitevin associé à Pascal Renaud, pour réfléchir à la reconversion de la halle Freyssinet. Ces professionnels doivent rendre "des propositions complètes" le 5 décembre.
Plus de 202 architectes professionnels, issus de 34 pays, ont répondu au concours de l'EPPJP. Les candidats devaient tenir compte de deux impératifs : outre le TGI, ils avaient à caser un minimum de 15 000 m2 d'espaces verts et de 90 000 m2 de logements - exigés par la Ville de Paris. Ils avaient la possibilité de conserver, ou non, la triple halle de béton construite par l'ingénieur Freyssinet en 1927, utilisée actuellement par le Sernam.
Le Catalan Josep Foses, retenu à l'unanimité, propose pour le TGI une nef métallique, très transparente, d'une soixantaine de mètres de haut, sur pilotis, particulièrement élégante, posée entre l'avenue de France et la halle Freyssinet intégralement conservée.
Le Français Pacôme Bommier, plus sage, loge le TGI dans une sorte d'empilement de volumes géométriques translucides qui respecte lui aussi la halle Freyssinet. Le Néerlandais Fernando Donis associé à Katrin Betschinger abrite toute la halle Freyssinet, devenue partie intégrante du TGI, sous le porte-à-faux d'une énorme construction en T. Les logements étant rejetés à la périphérie du terrain, le long de l'avenue de France et du boulevard Vincent-Auriol.
Les 15 000 m2 d'espaces verts se retrouvent dans les trois projets, exercices de style devant prouver à la municipalité que son programme pouvait s'accommoder de la présence du tribunal.
Un concours d'architecture avait déjà été lancé par la mairie du 13e arrondissement en 2005. Il portait sur le réaménagement du secteur de la halle Freyssinet, et avait été remporté par l'architecte Pierre Gangnet. Ce dernier prévoyait, notamment, la destruction de près de la moitié de la halle. Une solution que Bertrand Delanoë avait publiquement déplorée. Une course de lenteur est donc engagée. Même si l'ouverture du nouveau TGI est toujours prévue pour 2012.
Futur tribunal de Paris, tribunal des conflits
Malgré la multiplication des projets, la construction d'un nouveau TGI semble toujours au point mort.
ON A désormais une petite idée de ce que pourrait être un nouveau tribunal de grande instance (TGI) à Paris. Toutefois, les images présentées hier matin ne sont encore que des propositions, imaginées à l'occasion d'un concours d'idées international.La compétition avait été lancée en juillet par l'Établissement public du Palais de justice de Paris (EPPJP), créé par l'État. Ce week-end, il a fallu départager ses 275 participants pour désigner huit lauréats : cinq étudiants et trois équipes professionnelles. Dans cette deuxième catégorie, le jury a alors été séduit par l'arche des Espagnols Josep Foses et Joan Viader (notre photo), le mille-feuilles des Français de 3 Box et le grand porte-à-faux des Néerlandais Fernando Donis et Katrin Betschinger. Des croquis censés relancer un débat au point mort.
Car depuis de nombreux mois, l'État et la Ville de Paris s'opposent sur le site du futur bâtiment, chacun préférant une adresse différente dans le XIIIe arrondissement. Vendredi, la mairie dénonçait d'ailleurs la démarche « unilatérale » engagée à travers ce concours.
Le vieux Palais de justice de l'île de la Cité n'est plus adapté depuis des années aux besoins parisiens de la juridiction. Il est donc envisagé de réorganiser la Cour de cassation, la cour d'appel et la cour d'assises dans le palais historique tandis que le TGI serait doté d'un bâtiment neuf. L'EPPJP verrait volontiers ce dernier installé dans une vaste halle industrielle des années 1920, dans le quartier de Tolbiac, en bordure des voies d'Austerlitz, non loin de la Très Grande Bibliothèque.
Mais ce nouveau grand projet d'urbanisme suscite la fronde d'associations de riverains, ultramobilisées. Serge Blisko, le maire PS du XIIIe arrondissement, juge lui aussi que le TGI, avec ses 100 000 m², est un programme « trop lourd, trop fermé et entraînant trop de contraintes de sécurité pour le quartier » de Tolbiac.
La Ville de Paris propose donc un site un peu plus à l'est, sur un terrain coincé entre le périphérique et les boulevards des Maréchaux. Impossible, répond l'État : ce site de Masséna nécessiterait de trop lourds aménagements incompatibles avec la date de livraison du TGI, prévue pour 2012-2013.
Dans ce contexte, l'EPPJP avait décidé d'« élever le débat » en faisant appel à l'expertise des architectes. La ville prépare sa riposte et fait actuellement plancher trois équipes d'architectes sur un autre usage de la halle industrielle. Leurs propositions seront rendues le 5 décembre.
Cette polémique laisse de marbre l'association « Justice dans la cité », qui réunit avocats et commerçants du quartier de l'actuel palais, opposés à ces deux projets. « Nous n'avons rien contre une restructuration de l'immobilier de la justice, clame Me Hugues Letellier, son président. A condition que celle-ci n'atteigne pas les sommes exhorbitantes que la Chancellerie nous annonce: entre 600 et 900 millions d'euros. »
Par Sibylle Vincendon
Drôle d'ambiance. En pleine bataille entre la ville de Paris et le gouvernement sur l'implantation du futur tribunal de grande instance, plus gros morceau du palais de justice (qui devrait conserver, sur l'Ile de la Cité, une activité avec les hautes juridictions), l'établissement public mandaté par l'Etat a présenté hier le résultat du concours d'idées international qu'il a lancé sur ce projet. Un concours pour du beurre puisque le site de Tolbiac que vise la chancellerie - une ancienne halle de la Sernam dans le nouveau quartier de Paris-Rive gauche - est justement celui dont la municipalité ne veut pas. Elle propose en échange un autre morceau de ce quartier, plus excentré, qu'elle appelle «Masséna-Rive de Seine». «Une parcelle de coeur d'échangeur qu'on a rebaptisée», a persiflé hier Christian Cléret, directeur général de l'Etablissement public du palais de justice de Paris (EPPJP), organisateur du concours d'idées.
Le blocage est sévère. Dès vendredi soir, dans un communiqué intitulé «la ville de Paris dénonce», la municipalité martelait : «L'Etat ne maîtrise ni le foncier ni la règle d'urbanisme, sauf à imposer sa volonté par la loi» . Pour bâtir de force dans cette zone, il faudrait en effet un texte ad hoc au Parlement. Attention, a répondu hier Christian Cléret lors de la conférence de presse : «Si l'Etat veut se donner les moyens d'avancer, dans le droit français, il peut se les donner.» A six mois des élections ? Pas sûr.
Reste le poids de l'opinion publique, pour autant que la question d'un palais de justice puisse l'intéresser. L'Etat semble vouloir jouer cette carte-là en faisant grand battage, contrairement à la ville de Paris qui, elle, mène ses affaires d'urbanisme avec des procédures peu spectaculaires. Le concours d'idées international, ouvert aux professionnels et aux étudiants, a reçu 275 réponses du monde entier. Chez les professionnels, le jury a retenu trois lauréats, récompensés par une dotation de 40 000 euros : l'Espagnol Josep Foses, les Français de 3 Box autour de Pacôme Bommier et les Néerlandais Fernando Donis et Katrin Betschinger. Sept autres ont reçu une mention. Chez les étudiants, cinq primés Jean-Marc Pitet, Clément Forvieux, Cédric Thoms, Yann Martin et Antoine Lacaze et deux mentions. Le tout sera exposé à la Cité de l'architecture et du patrimoine à partir du 13 décembre, avec débat public et intégralité du concours sur l'Internet.
Pendant ce temps-là, la ville achèvera sa propre petite compétition, plus modeste, pour la réutilisation de la halle. Elle choisira le 5 décembre entre Julien de Smet, Dominique Lyon et l'équipe Mathieu Poitevin-Pascal Reynaud. Pas non plus pour réaliser, mais pour donner une base à un programme mixte hôtel-logements-bureaux-espaces verts. Et aussi pour rattraper une boulette : la destruction envisagée d'un tiers de ce bâtiment dû à l'ingénieur Freyssinet, qui inventa la précontrainte du béton. Il n'en est plus question : la halle ne perdrait plus qu'une extrémité. Dans son concours, l'Etat, lui, demandait aux concurrents de la préserver.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/219785.FR.php
Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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