PARIS (AFP) - Le procès aux assises de Paris de la deuxième évasion d'Antonio Ferrara, en 2003, entre la semaine prochaine dans le vif du sujet avec l'examen de personnalité des accusés, en commençant par celle de Karim Achoui, l'avocat parisien soupçonné de complicité.
Après deux journées d'audience consacrées aux actes de procédure, la cour d'assises entame lundi, par ordre alphabétique, l'étude des curriculum vitae de chacun des 21 accusés. Au total 22 hommes sont poursuivis dans cette affaire, mais l'un d'eux, détenu à l'étranger, ne s'est pas présenté.
Me Achoui, qui aura 41 ans mardi, fait figure de deuxième accusé vedette avec le braqueur multirécidiviste connu pour s'être évadé deux fois de prison en août 1998 puis le 12 mars 2003, quand un commando lourdement armé avait pris d'assaut la maison d'arrêt de Fresnes pour le libérer.
L'avocat, qui défendait à l'époque Ferrara, se voit reprocher d'avoir participé au stratagème échafaudé pour cette évasion très spectaculaire, en donnant ce que les enquêteurs ont appelé le "top départ" de l'opération.
Il aurait obtenu la veille des faits le parloir-avocat à l'issue duquel le braqueur allait refuser la fouille réglementaire et par conséquent être envoyé au quartier disciplinaire, dans un secteur moins difficile d'accès depuis l'extérieur de la prison.
Même si Achoui a envoyé un de ses collaborateurs au parloir avec son client, les enquêteurs estiment que c'est lui qu'on désigne dans la phrase "on passera par le baveux (avocat en argot, ndlr) pour faire passer le feu vert au petit" (surnom de Ferrara, ndlr). Des propos échangés entre complices présumés, interceptés par des écoutes téléphoniques.
Mis en examen en novembre 2005, Me Achoui a toujours nié. Pour lui sa mise en cause relèverait d'une vengeance des policiers de la BRB (Brigade de répression du banditisme) chargés de l'enquête, qui lui feraient payer des années d'activité d'avocat au service des voyous.
Pour évoquer ce passé, sa défense a souhaité le témoignage de plusieurs policiers censés être entendus lundi, parmi lesquels le commissaire Stéphane Lapeyre, dont un indicateur, Ruddy Terranova, a été mis en examen dans l'enquête sur la tentative d'assassinat ayant visé Me Achoui en juin 2007.
Né en 1967 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), fils d'un ouvrier de Renault d'origine kabyle, Karim Achoui a parfois été présenté comme "l'avocat du milieu". Il a défendu dans le passé au moins trois de ses coaccusés à ce procès.
Autre élément dont l'accusation compte user: une courte conversation tenue dans une des voitures utilisées par le commando pour fuir, au cours de laquelle le nom de l'avocat aurait été prononcé. Cet échange a été enregistré sur la messagerie du téléphone portable oublié par Ferrara dans sa cellule et vraisemblablement rappelé par erreur par un membre du commando.
"Il a un médecin Achoui?", entend-on sur la bande d'après les enquêteurs. La question intervient après qu'un des assaillants se soit plaint d'une blessure à l'oeil.
Les avocats de Me Achoui doutent de la qualité de l'écoute téléphonique. "Ca n'est pas forcément son nom qui est prononcé", déclare l'un d'eux, Me Patrick Maisonneuve. "Quand bien même! Ce qu'on sait aujourd'hui c'est qu'il n'a jamais fourni les coordonnées d'un médecin à qui que ce soit", poursuit-il.
La présidente Janine Drai a réservé la semaine entière, jusqu'au lundi 13 inclus, pour l'étude des personnalités. Celle d'Antonio Ferrara devrait être examinée mercredi.
Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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