CRETEIL (AFP) - La cour d'assises du Val-de-Marne a tenté samedi de cerner les mobiles financiers de Xavier Philippe, accusé de l'assassinat en mai 2005 à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) d'un pâtissier auquel il était associé, en se penchant sur la comptabilité de leur établissement.
En l'absence d'éléments matériels qui confondent Xavier Philippe, 51 ans, l'arme du crime n'ayant pas été retrouvée, son mobile est, selon l'accusation, d'ordre crapuleux.
Alexandre Laballery, policier chargé de l'enquête financière, a expliqué pendant quatre heures comment l'accusé, également soupçonné de malversations, a pu détourner plusieurs dizaines de milliers d'euros par an, en ponctionnant dans les caisses de la boulangerie-pâtisserie "L'Avion Délices", dans le quartier du Marais à Paris.
Selon M. Laballery, M. Philippe émettait avant la fermeture du commerce les tickets Z de la caisse enregistreuse, qui permettent de calculer la recette de la journée, avant de les faire disparaître.
"En l'absence de tickets Z probants, cela évitait les contrôles", a estimé l'enquêteur, mettant en cause l'expert-comptable "qui ne se fiait qu'à la bonne foi de Xavier Philippe, ce qui constitue une faute professionnelle". Selon lui, l'accusé reportait sur les livres de caisse des montants minorés.
Au cours de l'enquête, l'accusé a reconnu les malversations. Ses déclarations ont cependant varié sur le montant des ponctions, allant de 6% du chiffre d'affaires, soit une centaine d'euros par jour, à entre 198 et 450 euros par jour. Pour M. Laballery ces prélèvements quotidiens s'élevaient à 297 euros en moyenne.
M. Philippe, qui a pris des notes tout au long de l'exposé de l'enquêteur, aurait ainsi détourné plus de 84.000 euros par an entre 2001 et 2004, puis 114.000 euros en 2005, selon le policier.
Ces sommes, dont une partie transitait sur le compte courant de sa fille "pour échapper au fisc", ont notamment alimenté ses comptes courants associé dans la boulangerie et dans une société civile immobilière. Les comptes courants associé, compte sur lequel un associé peut déposer de l'argent afin qu'il soit utilisé par l'entreprise, sont "un refuge pour quelqu'un qui veut dissimuler des espèces", a dit M. Laballery.
Or, "Christophe Belle avait des doutes sur la probité de Xavier Philippe", a déclaré l'enquêteur. "Son décès permet à Xavier Philippe d'éviter que son associé n'alerte la justice car, au moment de la vente du commerce (en juin 2005), les détournements allaient être découverts", a-t-il ajouté.
Selon l'accusation, M. Philippe avait un autre intérêt financier à la mort de son associé, retrouvé tué de trois balles dans la tête dans un bois: l'augmentation de la valeur de la part sociale de la boulangerie, qu'il détenait à 75%, par l'effet mécanique du remboursement des emprunts par les assurances.
Selon le protocole de vente datant du 9 mars 2005, Christophe Belle devait percevoir 44.150 euros et Xavier Philippe 252.450 euros (132.450 euros des parts sociales et 120.000 euros du compte courant associé). Avec le décès de M. Belle, l'accusé a touché 375.000 euros et les ayants droit du pâtissier 85.000.
Xavier Philippe était aussi bénéficiaire d'assurances-vie contractées par la victime mais ce volet sera évoqué ultérieurement à la demande de la présidente.
L'audition de M. Laballery se poursuit lundi avec les questions de la défense, qui n'a pas eu le temps de s'exprimer samedi. "Nous avons de nombreux éléments qui nous permettent de ne pas être d'accord avec ce qui a été dit", a annoncé à l'AFP Me Philippe Sarda, sans autre précision.
Le procès est prévu jusqu'au 4 juillet.
Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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