NANTERRE (AFP) - Eliane Lefèvre, 61 ans, a été condamnée à 18 ans de réclusion criminelle vendredi par la cour d'assises des Hauts-de-Seine pour l'assassinat en septembre 1997 de l'épouse de son amant et patron, PDG à l'époque d'une filiale du groupe Thomson.
Mme Lefèvre, qui comparaissait libre, a été placée sous mandat de dépôt immédiatement après la lecture du verdict.
Après avoir délibéré environ trois heures, le jury a prononcé une peine de réclusion criminelle supérieure aux 15 ans requis par l'avocat général, Philippe Courroye, durant la matinée.
L'avocat d'Eliane Lefèvre, Me Christian Charrière-Bournazel, a annoncé qu'il ferait appel, parlant d'un verdict "monstrueux". Lors de sa plaidoirie, il avait demandé l'acquittement, en estimant que le jury ne disposait d'"aucune preuve, aucune coïncidence d'indices, aucune certitude" contre l'accusée.
Mme Lefèvre avait protesté de son innocence depuis le début du procès lundi, accusant au contraire avec vigueur Jean-Robert Martin, son ex-amant, dont elle était aussi l'assistante de direction à la tête de Sextant Avionique.
Alors que l'enquête avait piétiné pendant six ans, Eliane Lefèvre avait été sérieusement mise en cause en 2003, lorsque deux anciennes collègues, désignées par une autre femme comme ayant été destinataires de ses aveux dès 1997, avaient été convoquées par la police et avaient tout confirmé.
Confrontée à ces éléments, Mme Lefèvre avait d'abord nié un tel récit, puis elle déclarait qu'elle s'était bien accusée, mais pour détourner les deux femmes de leurs "soupçons" visant M. Martin, qu'elle aurait souhaité protéger.
L'épouse de M. Martin, Gisèle, avait été retrouvée battue à mort au domicile du couple le 16 septembre 1997, jour de ses 60 ans.
Deux mois plus tôt, le PDG de Sextant Avionique avait rompu la relation sentimentale qu'il entretenait depuis 18 mois avec son assistante de direction.
Lors des réquisitions, l'avocat général a évoqué un dossier "binaire", dans lequel "c'est soit l'un, soit l'autre".
"Si ce soir vous acquittez Eliane Lefèvre, c'est d'une certaine manière Jean-Robert Martin que vous désignerez" comme coupable, a-t-il lancé vendredi matin au jury.
Mais il a souligné qu'à ses yeux, M. Martin, qui n'a jamais été poursuivi dans le dossier, ne pouvait avoir commis le crime. L'enquête a démontré qu'il avait quitté le domicile familial "entre 7H45 et 08H00": or, le téléphone du couple a été débranché entre 08H45 et 08H55, vraisemblablement par l'auteur du crime.
L'alibi de Mme Lefèvre était en revanche jugé peu convainquant: elle a affirmé que le matin des faits, elle s'était promenée vers 08H00 sur les étangs de Meudon. L'enquête devait pourtant déterminer que les deux coups de fil qu'elle avait passés à 08H11 à son patron n'avaient pas activé la borne relais correspondant quasi-automatiquement à ce lieu, mais une autre borne couvrant le domicile des Martin.
Deux traces ADN de l'accusée avaient également été retrouvées sur des scellés prélevés sur la scène du crime, à l'issue d'analyses complémentaires menées en 2003.
Mme Lefèvre s'en était justifiée, expliquant qu'elle avait pu laisser son empreinte génétique lorsque, profitant des absences de l'épouse, elle séjournait au domicile familial des Martin.
Son avocat avait également tenté de démontrer que ses aveux rapportés étaient "absurdes", en estimant que l'accusée n'aurait tout simplement pas eu le temps matériel d'accomplir les actes qu'elle avait raconté à ses deux collègues.
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Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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