Lundi 9 juin 2008
Par Sylvain PEUCHMAURD 

EVRY (AFP) - Josiane Ageon a été condamnée lundi à 12 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de l'Essonne pour avoir tué sa mère dont elle a caché le cadavre pendant 6 ans.

La cour a requalifié les faits de meurtre pour lesquels elle était renvoyée en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur ascendant.

Le 21 janvier 1999, selon les déclarations de l'accusée, une dispute éclate au sujet du comportement des deux garçons de Josiane Ageon, âgés de 16 et 19 ans, au cours de laquelle sa mère l'aurait notamment qualifiée de "bonne à rien". Poussée par sa fille, la tête de la victime heurte l'évier. En l'aidant à se relever, Josiane Ageon, aujourd'hui âgée de 53 ans, lui porte un violent coup de couteau au niveau du cou.

"Je voulais qu'elle se taise", a expliqué vendredi Josiane Ageon, une petite femme aux cheveux blonds s'exprimant avec une voix monotone.

Le lendemain de cette fatale dispute, elle déverse une bouteille d'amoniac sur le corps de la victime, avant de l'emballer dans une housse de moto et des sacs plastiques, le tout entouré de ruban adhésif.

Le cadavre a ainsi été caché sous un amas d'objets divers, dont une valise comprenant des effets personnels, entouré de désodorisants à mèche, au sous-sol du domicile de sa mère à Palaiseau (Essonne), où Josiane Ageon vivait avec deux de ses fils depuis un an.

Pour l'accusation, l'intention d'homicide ne faisait pas de doute. L'avocat général Rodolphe Jarry avait requis 18 à 20 ans de prison, insistant sur la localisation du coup de couteau, et son comportement immédiatement après la mort de la victime. Par peur d'avoir à abandonner ses enfants, elle n'avait pas appelé les secours.

Plaidant la requalification des faits en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, Me Jacques Bourdais, avocat de l'accusée, estime qu'elle n'a "pas voulu la mort de sa mère". A tout le moins y a-t-il un "doute important" qui doit profiter à Josiane Ageon, selon lui. "Elle a voulu le geste, mais n'a pas voulu les conséquences", analyse-t-il.

Josiane Ageon avait ensuite utilisé les pensions de retraite de sa mère, soit environ 146.000 euros, ainsi que ses moyens de paiement, ce qui lui vaut d'être également poursuivie pour escroquerie, mais selon l'accusation, une partie des faits sont prescrits.

Elle répondait aux courriers de sa mère, remplissait sa déclaration de revenus, et continuait de "la faire vivre administrativement", comme l'a résumé vendredi un enquêteur.

De temps en temps, Josiane Ageon se rendait auprès du corps de sa mère, sur lequel elle avait disposé une croix en pierre, et lui parlait.

Toutes ces années durant, elle laisse croire à son entourage que sa mère Liliane est en vacances aux Antilles, puis qu'elle est partie s'installer dans le sud de la France avec un ami.

Ce mensonge n'aurait pas pu perdurer si le contexte familial n'avait pas été "distendu", voire "inexistant", selon l'avocat général, pour qui l'accusée a bénéficié d'un "terreau d'indifférence".

La police avait découvert le corps le 5 février 2005 après avoir été alertée par les deux frères de Josiane Ageon, qui leur avait raconté que leur mère était morte à la suite d'une chute survenue après un malaise.

Malgré les doutes exprimés par l'un de ses fils, elle a maintenu avoir agi seule.

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"Je déteste le crime, cette expression humaine et imbécile du malheur. Une société qui ne serait pas aberrante devrait sans cesse être préoccupée du malheur, comme du cancer ou de la tuberculose..

Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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