Vendredi 30 mai 2008


Philippe Cohen-Grillet, le vendredi 30 mai 2008 à 04:00

Interpellé à Charleville-Mézières alors que s’y déroulait le procès du tueur en série, le fonctionnaire, membre du corps d’élite de l’administration pénitentiaire, doit être jugé le 18 juin.

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 25 au 26 avril dernier. Mais jusqu’à aujourd’hui, Ils restaient entourés de la plus parfaite discrétion, peut-être afin qu’ils n’interfèrent en rien dans le procès de Michel Fourniret et de son épouse, tous deux condamnés mercredi par la cour d’assises de Charleville-Mézières pour une série de crimes, au terme de deux mois d’audience.

Ce soir-là, donc, un homme a été interpellé par la police, suspecté d’exhibition sexuelle et de s’être, à deux reprises au cours de la même soirée, masturbé devant des jeunes femmes en pleine rue. Placé en garde à vue, il décline son identité et sa fonction : fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, il est membre de l’Equipe régionale d’intervention et de sécurité (ERIS), basée à Dijon et spécialement détachée à Charleville pour assurer la surveillance et la protection de Michel Fourniret. Branle-bas de combat immédiat au commissariat : le commissaire Legrand est alerté, tout comme la préfecture. A son tour, celle-ci informe sans délai le cabinet de la garde des Sceaux Rachida Dati de l’embarrassant fait divers, l’ERIS dépendant du ministère de la Justice.

Un membre des forces spéciales

Nous avons pu reconstituer les faits qui posent question et revêtent un relief particulier en raison de leur contexte ainsi que de la qualité de leur auteur présumé. Le membre de l’ERIS, B. D., était arrivé à Charleville la veille, jeudi 24 avril. Il était chargé, avec ses collègues, de veiller à la sécurité de Fourniret, un détenu « particulièrement surveillé » dont certains redoutaient qu’il porte atteinte à ses jours durant son procès. Selon nos informations, B. D. a expliqué aux policiers que vendredi 25 vers 19 heures, après son service, il était allé dîner en compagnie d’un officier de l’ERIS au restaurant-pub Le Bureau, devenu durant la durée des audiences le QG des forces spéciales mobilisées pour l’occasion, ERIS et GIPN notamment. Une fois son supérieur parti, il serait resté un moment, consommant une ou deux bières. La suite nous est racontée par quatre des jeunes femmes qui ont déposé plainte cette nuit-là.

Deux incidents similaires

Vers 23 h 30, un groupe de quatre amies qui venaient d’achever leur dîner regagnait leur véhicule. « Sur le moment, nous n’avons par prêté attention à l’homme qui nous suivait. Nous sommes montées en voiture, stationnée rue Kennedy, c’est alors que trois d’entre nous l’ont vu qui se tenait à notre hauteur sur le trottoir, se livrant à des gestes déplacés », racontent-elles, ajoutant d’autres précisions. Les jeunes femmes, âgées de 20 et 21 ans prennent peur et crient avant que la conductrice démarre sa voiture et parte en trombe. Plus loin, elles appellent la police qui se rend sur les lieux, mais ne trouve pas trace de l’individu. Une ronde s’organise.
Une demi-heure plus tard, les policiers en patrouille sont abordés par deux autres jeunes filles. Elles relatent exactement le même incident qui vient de se dérouler, à une centaine de mètres du premier. Cette fois, elles aperçoivent l’homme en question qui est immédiatement interpellé.

« Ne rien ébruiter »

Deux jeunes filles du premier groupe et ces deux dernières, qui ne se connaissent pas et ne se sont pas concertées, nous ont rapporté les faits de façon concordante. Cinq d’entre elles ont déposé plainte le soir même, une seule s’abstenant, car n’ayant pas vu les gestes décrits. Les plaignantes se trouvaient donc au sein du commissariat alors que l’homme arrêté, B. D. était placé en garde à vue. L’une d’elle explique à France-Soir avoir constaté « une certaine agitation dans les locaux. Nous entendions des appels téléphoniques, il était question de Fourniret ». Ce n’est que le lendemain matin, convoquées pour confirmer et signer leurs dépositions qu’un policier leur a indiqué quelle était la profession et la mission de celui qu’elles désignent comme l’exhibitionniste. « Ce même policier nous a demandé de ne rien dire, de pas ébruiter l’affaire et surtout de ne pas mentionner qu’il s’agissait d’un membre des forces de l’ordre », confie l’une d’elles.

« Vie privée »

Et de fait, rien n’a filtré. Selon nos informations, B. D., âgé de 30 ans, a été suspendu de l’ERIS à titre conservatoire. Il doit comparaître devant le tribunal de Charleville-Mézières le 18 juin, pour y répondre d’« exhibition sexuelle ». Les cinq plaignantes sont fermement décidées à maintenir leurs plaintes. Nous avons contacté B. D. mercredi téléphoniquement. Celui-ci s’est refusé à tout commentaire, invoquant toutefois le légitime respect dû à sa « vie privée ».



ERIS : Les troupes de choc de la « pénitentiaire »


L’auteur présumé des faits d’« exhibition sexuelle » est un membre de l’Equipe régionale d’intervention et de sécurité (ERIS) de Dijon. Ce corps, qui dépend de l’administration pénitentiaire – et donc du ministère de la Justice – a été créé fin 2003 par Dominique Perben, alors garde des Sceaux. Ces troupes de choc sont fortes de 400 hommes répartis dans 9 directions régionales. Leur mission est d’assurer « une sécurité optimale au sein des établissements pénitentiaires ». Ils sont ainsi formés pour prévenir les évasions, les agressions, les suicides, les violences carcérales et contenir les mutineries. L’administration pénitentiaire précise que plusieurs conditions doivent être réunies pour intégrer cette unité d’élite : être surveillant pénitentiaire depuis au moins trois ans, « être en excellente forme physique, être reconnu apte physiquement après examen médical », enfin, outre des épreuves physiques, la sélection s’opère après « des tests psychologiques ou de personnalité »…

Edition France Soir du vendredi 30 mai 2008 n°19810 page 11

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Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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