Mercredi 28 mai 2008
À la barre

RENAUD LECADRE
QUOTIDIEN : mardi 27 mai 2008
4 réactions  

«Ils attendent ma mort, mais je ne leur ferai pas ce cadeau.» André Guelfi, surnommé Dédé la Sardine, 89 ans, a un élixir de jouvence : retrouver son honneur dans l’affaire Elf. Ce fantasque intermédiaire - méthodes peu orthodoxes, honoraires astronomiques, mais résultats parfois étonnants - poursuit sans relâche la compagnie pétrolière pour avoir fait avorter un forage dans l’ex-URSS. En tandem avec le comité olympique russe (COR), son partenaire en affaires, car Guelfi admet pratiquer la «corruption sportive» en promettant des équipements olympiques, il réclame sa commission, réactualisée à 2,6 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros), devant le tribunal de commerce de Paris (Libération du 15 janvier). Mercredi, s’y est tenue une audience étonnante.

Manœuvre. Cela commence par une requête en récusation, banale en matière consulaire. Mais celle-ci vaut le détour : le président de la chambre chargée du litige entre Guelfi et Elf (aujourd’hui Total), Bernard Prugnat, est un ex-dirigeant de Rhône-Poulenc, aujourd’hui fondu dans Sanofi-Aventis dont Total détient 12,7 %. Il est aussi représentant de l’Union des industries chimiques (UIC), qui compte Total parmi ses adhérents. Dans ses dépliants, elle n’y va pas de main morte : «L’UIC s’attache à défendre les intérêts de ses membres auprès de toutes les instances», dont les tribunaux de commerce. Prugnat y est présenté comme le «mandataire» de l’UIC…

«Nous avons un doute légitime sur son impartialité», entame Me Jean-Michel Bargiarelli, l’avocat de Guelfi. «C’est une plaisanterie, rétorque Me Emmanuel Rosenfeld pour Total, ou alors il faut rayer de la carte les tribunaux de commerce.» Bernard Prugnat n’avait pas siégé dans les audiences préliminaires. Ce n’est qu’à celle du 14 avril, la plus importante car le fond allait enfin être abordé, qu’il s’est invité en dernière minute, présidant les débats comme si de rien n’était. La défense de Guelfi, non prévenue de la manœuvre, n’avait pas eu le temps de lui donner copie de ses conclusions. Total, manifestement mieux introduit au tribunal, avait fait parvenir les siennes huit jours plus tôt. Autre curiosité : le procureur, Jacques Lecué, loin de critiquer cette inégalité des armes, se met à aboyer contre Me Bargiarelli : «Non mais sur quoi on plaide ! Arrêtez de parler !» Et ça continue après la suspension d’audience : «Vos méthodes sont inadmissibles, Bargiarelli !» Lequel finit par en rire : «On se croirait en Russie…»

Guelfi a été condamné en 2001 à dix-huit mois de prison dans le volet pénal de l’affaire Elf, pour des commissions douteuses en Allemagne et en Amérique latine. Mais pas en Russie, où il fut lavé de tout soupçon. Ce volet russe est un symbole : en 1993, le balladurien Philippe Jaffré succède à la présidence d’Elf au mitterrandiste Loïk Le Floch-Prigent et entreprend un grand ménage. Il y a du boulot, tant les commissions occultes étaient fréquentes. Mais il n’y avait pas que des déchets, comme ce précontrat russe, signé en 1992 en présence de Mitterrand et d’Eltsine. Ne restait plus qu’à convaincre le soviet de la région de Saratov (au sud-est de Moscou). C’était le job de Guelfi, de mèche avec les élus locaux.

Diffamation. Dans son combat visant à prouver que l’annulation par Jaffré du contrat russe ne visait qu’à diaboliser le passé, Guelfi est aujourd’hui soutenu par Geneviève Gomez, ex-bras droit de… Jaffré. Elle témoigne que Guelfi devait être indemnisé de sa retraite de Russie par la signature d’un nouveau contrat au Venezuela. L’armistice est baroque, mais c’est ainsi qu’il fut négocié en 1994. Sauf qu’après le départ de Gomez en 1997 Jaffré oubliera la compensation à Caracas. C’est ce que voulait raconter au tribunal cette ex-«conseillère à la présidence» d’Elf. A la grande fureur des avocats de Total, qui ont multiplié les allusions sur ses «relations douteuses» avec Guelfi, allant jusqu’à suggérer qu’elle aurait détourné un million de dollars. Le sang de Geneviève n’a fait qu’un tour : elle attaque son ex-employeur en diffamation et exige d’être entendue par le tribunal de commerce. Lequel ne semblait pas très chaud, d’où suspicion supplémentaire. Décision sur la récusation du président du tribunal le 30 juin.

Retour à l'accueil

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

ajouter un commentaire commentaires (0)   

JUSTICE BRULANTE

  • Jean Paul Huchon
    Après avoir nié les faits, Huchon fait amende honorable en appel    "J'avoue n'avoir pas vu l'illégalité" des faits La cour d'appel statuera le 21 novembre La cour d'appel confirme sa condamnation Inéligibilité
  • Correctionnelles
    Chauffard Des forçats du chocolat noir Elle refuse de donner son ADN La fan de Mylène Farmer Des agressions verbales Stupéfiants Un gendarme L'exposé de classe Maladies nosocomiales Suicide après un canular Crèmes blanchissantes ...
  • Procès Ferrara
    Antonio Ferrara Le "baveux" Comment "le Petit" est devenu caïd Ferrara, roi de la belle et du braquage Le roi de la belle Ouverture du procès Ferrara décontracté ...
  • Aujourd'hui dans le box
    L'accusé malade Meurtre dans un train La soirée de retrouvailles Homicide volontaire Une fillette et son demi-frère Prêtre violeur Coups mortels ici   Coups mortels là
  • Le Berger de Castellar
    Tension au premier jour En attendant le procès, on déjeune ensemble Les avocats dénoncent Un clan aux assises Premier jour La famille accuse Antagonisme entre accusés et victime Scènes de far West et ambiance lourde Haines recuites Le procès tourne au...
  • Vol au-dessus d'un nid de coucou
    Vidéo Débat : La justice doit-elle être particulière pour des individus dits "particuliers" ? (VIDEO DEBAT : la rubrique où les lecteurs font l'actualité) ...
  • Assises françaises
    Aisne Alpes Maritimes Corrèze Champagne Ardennes Dordogne 2 Ille et Vilaine Paris  2 3 Rhône 
  • Justice tous les jours
    Argent détourné Insaisissable danseur de tango Justice et Sécu traquent les fraudes ensemble Mariages blancs La palourde de la Petite Mer La guerre des biscuits Villa Clavier Yves Jégo Refus
  • Au tribunal de Créteil, le dépôt de la honte
    LE MONDE | 18.11.08 | 12h32  •  Mis à jour le 18.11.08 | 14h18 ne situation "alarmante". Un rapport confidentiel dénonce le délabrement du dépôt du tribunal de grande instance de Créteil. Dans ce lieu, situé au sous-sol du palais de justice, sont...
  • La maire de Puteaux perd contre un blog
    Source : AFP 17/11/2008 | Mise à jour : 16:26 | Commentaires 9 . La députée-maire UMP de Puteaux (Hauts-de-Seine), Joëlle Ceccaldi-Raynaud, a perdu le procès en diffamation qu'elle avait intenté à un bloggeur qui avait écrit qu'elle "faisait sa...
liste complète

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Recherche

Réagissez

Belles lignes!

 

"Je déteste le crime, cette expression humaine et imbécile du malheur. Une société qui ne serait pas aberrante devrait sans cesse être préoccupée du malheur, comme du cancer ou de la tuberculose..

Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

                            METEO JUDICIAIRE

 


Images aléatoires

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus