PARIS (AFP) - Les plaidoiries de la défense se sont poursuivies vendredi dans le procès des hormones de croissance, après trois mois et demi de débats qui ont fait la part belle aux témoignages à charge en raison du long défilé des familles venues raconter l'agonie des victimes.
Elisabeth Mugnier, pédiatre accusée d'avoir collecté sans discernement dans les hôpitaux les hypophyses à partir desquelles était fabriquée l'hormone de croissance, n'avait qu'un rôle de "coursier", a plaidé sa défense.
"Elle était salariée d'une association à 3.000 FF (450 euros environ) par mois. Elle n'était pas médecin hospitalier... Elle allait là où on lui demandait d'aller en tant que bon coursier", a affirmé Me Olivier Metzner, en demandant la relaxe.
"Elle récupérait dans des hôpitaux des bocaux qu'elle transportait à (l'institut) Pasteur", a-t-il lancé.
L'accusation a réclamé un an de prison avec sursis contre Mme Mugnier, aujourd'hui âgée de 59 ans, pour avoir, dans les années 80, collecté dans les morgues des hôpitaux, y compris ceux à risque, ces glandes crâniennes, dont certaines infectées ont transmis la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) aux jeunes traités à l'hormone de croissance pour grandir.
"Elle a bac plus 11 et fait sa thèse sur les hormones, alors elle est forcément coupable", a dénoncé Me Metzner.
"On lui a prêté un rôle qui n'était pas le sien", a assuré son collègue, Me Guy-Charles Humbert. "Il faut des coupables à tout prix", Quant à la connaissance des risques à l'époque, longuement débattue durant ces trois mois et demie d'audience, "les plus grands experts n'arrivent pas à être d'accord entre eux, et pourtant chacun donnait le sentiment de détenir la vérité", a-t-il rappelé.
"On a mélangé la connaissance de la MCJ et celle du risque de cette maladie... Personne au monde n'avait conscience et connaissance" des risques de transmission, a dit Me Humbert.
L'audience reprendra mercredi et la fin de ce procès, dont le jugement sera mis en délibéré, est prévue vendredi. Cent quatorze jeunes sont morts de la MCJ parce qu'on leur a injecté, dans les années 80, de l'hormone de croissance prélevée sur des cadavres infectés.
Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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