Mercredi 21 mai 2008
ASSISES


NOUVELOBS.COM | 21.05.2008 | 11:08

Ils ont entre 19 et 24 ans et encourent la perpétuité pour caillassage "planifié" et d'une "extrême violence" s'apparentant à une "tentative de lynchage" sur des policiers à qui ils avaient tendu un piège en 2006.

Epinay-sur-Seine (93) (AP)

Epinay-sur-Seine (93) (AP)

Cinq jeunes accusés d'avoir pris part à un guet-apens tendu à la police en 2006 à Epinay-sur-Seine, au cours duquel un policier a été blessé au visage, comparaissent à partir de mercredi 21 mai jusqu’au 30 mai devant la cour d'assises des mineurs de Seine-Saint-Denis pour "tentative d'assassinat".
Renvoyés également pour "association de malfaiteurs", ces jeunes de la cité d'Orgemont, âgés aujourd'hui de 19 à 24 ans (un seul était mineur à l'époque), encourent la perpétuité pour ce caillassage "planifié" et d'une "extrême violence" s'apparentant à une "tentative de lynchage", selon l'accusation.
Les assises des mineurs étant compétentes pour juger les majeurs présumés avoir agi avec un mineur, elles jugeront à huis clos l'ensemble des accusés, incarcérés depuis un an et demi, à l'exception du mineur, sous contrôle judiciaire.

ITT de 44 jours

L'affaire avait suscité un vif émoi chez les policiers. Fomenté contre un policier de la Brigade anticriminalité (BAC) d'Epinay-sur-Seine, en représailles à l'interpellation mouvementée d'un jeune en possession de cannabis, aujourd'hui sur le banc des accusés, ce guet-apens piègera trois de ses collègues.
Le 13 octobre 2006, peu après 23H00, une voiture de la BAC appelée pour un vol à la roulotte est prise en tenaille par deux véhicules poussés en travers de la rue de Strasbourg.
Les trois policiers sont mitraillés de pierres par 20 à 30 assaillants gantés, aux visages masqués. Pour les faire sortir de leur voiture, ils sont gazés à la bombe lacrymogène. Selon le témoignage d'un policier, un assaillant tire deux fois vers le ciel avec une arme de poing. Christophe Estèves, 30 ans, est blessé à la mâchoire par un jet de pierre (ITT de 44 jours).

Des représailles

Selon un témoin sous X, l'agression a été soigneusement préparée. Dans les heures qui précèdent, des "grands" ont recruté des volontaires dans la cité, des "munitions" ont été amassées en prévision. Sur la chaussée, trois sacs contenant plus de 180 pierres de ballast seront retrouvés. Le choix d'une rue calme est fait pour ne pas éveiller les soupçons.
L'enquête aboutit dès le 19 octobre à neuf interpellations, dont les cinq accusés mis en cause par le témoin sous X. "On va vous casser vos bouches dans pas longtemps", "cela va faire très mal" ou encore "arrêtez de faire les cow-boys, vous allez manger (...) il y aura des représailles": ces menaces explicites lancées les 9 et 12 octobre à des policiers d'Epinay par deux des accusés avaient déjà orienté les enquêteurs.

Faire mal ou tuer

Au terme de l'instruction, seul un jeune a reconnu sa participation, un autre est revenu sur ses aveux. Leur ADN a été retrouvé sur un sac de pierres. Quand aux autres, localisés dans la zone par le bornage de leur téléphone portable, deux nient avoir été présents sur les lieux, le dernier dément y avoir pris part directement.
Ouverte sur un chef criminel, puis requalifiée en "violences volontaires" par le juge d'instruction, l'affaire a été renvoyée devant les assises après appel du ministère public. Faire mal ou tuer, le débat sur les intentions des assaillants devrait être vif entre l'avocat général et la défense.
Après cette agression, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait souhaité faire voter une loi pour que les agresseurs de "policiers, gendarmes et pompiers soient renvoyés devant les assises", jusqu'alors réservées aux atteintes les plus graves. C'est ce que prévoit la loi de prévention de la délinquance du 5 mars 2007.
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"Je déteste le crime, cette expression humaine et imbécile du malheur. Une société qui ne serait pas aberrante devrait sans cesse être préoccupée du malheur, comme du cancer ou de la tuberculose..

Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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