
Près de Valenciennes, l’Établissement pour mineurs de Quiévrechain (EPM), ouvert depuis septembre, remplace les vétustes quartiers des prisons
traditionnelles.
PAR NICOLAS FAUCON
region@lavoixdunord.fr
PHOTO DIDIER CRASNAULT Au fond d’une impasse, un vaste rectangle de béton. Avec un drapeau tricolore secoué par les vents. L’enceinte est close ; les murs sans fenêtres.
Ouvert depuis le 17 septembre, l’EPM de Quiévrechain est l’un des sept établissements créés en France pour remplacer à terme les quartiers pour mineurs des prisons traditionnelles, qui étaient de
plus en plus critiqués pour leur vétusté et leur manque de contenu éducatif. À ce jour, 136 ados sont déjà passés par Quiévrechain.
Répartis par groupes de dix dans six bâtiments distincts appelés « unités de vie », les jeunes condamnés ou en attente de jugement dorment dans des cellules individuelles de 9 m² et sont
socialisés tout au long de la journée. Une sorte de prison trois étoiles, quoi.
Quelque 120 surveillants, éducateurs, enseignants et personnels de santé travaillent ensemble. La pluridisciplinarité des équipes, une autre des caractéristiques des EPM.
Lors de l’inauguration en 2007 du premier établissement à Meyzieux, près de Lyon, le ministre Pascal Clément avait évoqué sa « volonté de sortir les mineurs des prisons pour adultes »,
qualifiant même les EPM de lieux « humanistes, de salles de classe entourées de murs ». De fait, les quartiers pour mineurs des prisons de Valenciennes et Sequedin ont disparu. Reste
juste, dans la région, celui de Longuenesse, près de Saint-Omer.
Les juges envoient davantage les mineurs en prison depuis la naissance de l’EPM de Quiévrechain. « Avant sa création, ils étaient 30 à être incarcérés dans le département du Nord. Au moment
où je vous parle, ce chiffre est passé à 49 », dit Gilles Haudiquet, directeur du service éducatif rattaché à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Pour le principal syndicat des
éducateurs de la PJJ, les EPM ont un effet pervers, celui de banaliser la prison. Des associations comme le Genepi et des magistrats dénoncent eux les moyens mis dans les EPM au détriment des
centres ouverts.
« Pour l’instant, pas de suicide, pas d’évasion, pas d’émeutes, rien de sensationnel », lâche, un brin ironique, le directeur, Christophe Millescamps. « Mais personne n’est à l’abri
de ce qui s’est passé à Meyzieu (en février, un ado s’est suicidé) et la vigilance des équipes est toute particulière », enchaîne Gilles Haudiquet.
De 13 à 18 ans
Ce jour-là, 49 ados sont emprisonnés (la capacité maximale est de 64 places). Âgés de 13 à 18 ans, ils suivent des cours, font du sport, regardent la télé, préparent un diplôme. 75 % viennent du
Valenciennois et de la métropole lilloise. Et 91 % étaient déjà « connus » par la PJJ avant leur incarcération. Jean-Frédérick Henrard, chef de la détention : « La majorité est ici pour des
vols avec violence. Il y a aussi pas mal d’outrages à agent. On a un certain nombre d’auteurs d’actes criminels aussi.
» À seize ans et demi de moyenne d’âge, « ils sont
plutôt dans un état de santé correct », juge Virginie Bardiaux, cadre de santé à l’EPM.
Thierry (prénom d’emprunt) se prélasse sur un sofa. Interdiction de l’interviewer. « On est chouchoutés ici », lâche-t-il juste, mi-ludion mi-trublion.
17 h 30 ; la journée de cours est terminée. Plus loin, au gymnase, un autre groupe joue au basket-ball. Jean-Michel Vandeville, éducateur sportif à la PJJ, fait l’arbitre. « Avant, sur un
simple regard, ils pouvaient se battre. Mais ça va mieux.
» Dehors, Jean-Frédérick Henrard discute avec un ado de 17 ans qui sort le lendemain de détention. Pour Catherine Pech, la
directrice adjointe, « les jeunes qui sont ici ont cumulé des problèmes. La plupart sont déscolarisés depuis plus d’un an et demi quand ils arrivent ici. Et plus de 50 % d’entre eux
ne sont pas visités par leur famille aux parloirs ». •
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L’éducation en prison, est-ce possible ?
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UGSP-CGT (2008-05) L’INFLATION CARCÉRALE CONTINUE : 63.645 DÉTENUS AU 1ER MAI 2008. 14161 PERSONNES EN SURNOMBRE DANS LES PRISONS FRANÇAISES |
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La garde des Sceaux, Rachida Dati, a annoncé aujourd’hui qu’elle allait prendre un décret pour organiser la mise en œuvre de l’obligation d’encellulement individuel des détenus. Depuis 2000, l’administration a dérogé à la règle fixée par l’article 716 du Code de procédure pénale prévoyant que chaque détenu doit être enfermé dans une cellule individuelle.
Décidément, notre ministre de la justice n’hésite pas à faire des déclarations surréalistes. Avec 14161 personnes en surnombre dans les prisons, nous ne
comprenons pas par quel tour de passe-passe la ministre va réussir à éliminer la surpopulation pénale.
Ou bien peut-être va-t-elle rompre radicalement avec la politique pénale actuelle, cesser une politique où l’obsession sécuritaire prime avec pour conséquence un recul effréné des
droits et libertés ?
Comment va-t-elle effacer 6 années vouées à l’inflationnisme sécuritaire ?
Peut-être que la loi pénitentiaire nous réserve des changements profonds, serait-ce la raison pour laquelle aucun projet finalisé ne nous ait été révélé aujourd’hui ?
Aujourd’hui, 49 484 places en détention sont opérationnelles et peuvent être occupées par les détenus. Les constructions de prison ne permettent pas d’endiguer
le nombre important d’incarcérations.
Au 1er mai 2007, 11734 détenus étaient en surnombre, la situation s’aggrave et est sans appel.
La CGT pénitentiaire dénonce à nouveau l’irresponsabilité des gouvernants Français qui continuent à nier la réalité du monde carcéral.
Le déni est si présent que, sans aucunes précisions, la ministre nous annonce que très prochainement chaque détenu pourra bénéficier de l’encellulement individuel.
Ce mépris institutionnel aggrave sérieusement les conditions de détention, les conditions d’exercice des personnels, entrave le service public pénitentiaire.
Montreuil, le 19 mai 2008.
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Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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