Nadir
Khalfoun comparait depuis hier devant la cour d'assises. Il est accusé d'avoir porté plusieurs coups de couteau à l'ex petit ami de sa compagne au cours d'une une bagarre générale. : Mathieu
Dufois
Frédéric Geneviève, 31 ans, est pourtant resté sur le carreau, blessé à quatre reprises au thorax dans la bagarre générale qui a éclaté, dimanche 13 novembre 2005 à l'aube, place du 8 Mai 1945 à La Flèche. Urgences, transfert à Angers, moelle épinière touchée, sept mois au centre de rééducation de l'Arche et, au final, un taux d'invalidité de 30 % : aujourd'hui, le jeune homme qui habite La Réunion ne se déplace plus qu'avec une paire de béquilles. Son copain, Jean Fontaine, 30 ans, a eu plus de chance que lui. Également assis, hier, sur le banc des victimes de la cour d'assises de la Sarthe, il est sorti de la rixe avec des blessures superficielles.
« Quitter la banlieue. Les problèmes »
Nadir Khalfoun, 30 ans, est-il l'homme qui portait l'arme et qui a profité de la confusion générale de cette rixe entre deux bandes pour frapper ? Les neuf jurés réunis depuis hier matin auront jusqu'à ce soir pour se forger une conviction. Employé comme web-master depuis sa sortie de prison où il avait été incarcéré huit mois en détention provisoire à la suite des faits, Nadir Khalfoun le jure : « Ce n'est pas moi. On m'a dit que j'allais prendre 30 ans. Que j'étais un assassin ! Chaque jour, je fais quelque chose pour mourir. Demandez à ma famille », sanglote-t-il.
Sa carrure de videur de boîte de nuit, métier qu'il a un temps exercé à l'Aqualimba de La Chapelle-d'Aligné, tranche avec la manière qu'il a de chuchoter pour s'exprimer. Visage long, nez épaté, mâchoire un brin prognathe, il porte élégamment une chemise rayée rose pâle et un gilet cintré sans manche. Parti de la région parisienne où il voulait « quitter la banlieue. Les problèmes », il se retrouve aujourd'hui empêtré dans ce qu'un des témoins du procès décrit comme « une soirée qui a mal tourné. » « Tout ça pour une histoire de cul », estime pour sa part un ami de l'accusé qui l'accompagnait la veille du drame à la discothèque Le Pacific de Luché-Pringé. Car c'est là, sur le dance-floor, que tout s'est emballé. Les versions divergent. Qui a provoqué ? Qui a frappé le premier ? Difficile de savoir.
« Il m'a souvent dit : Tu es à moi »
Le témoignage d'Aurélie, la compagne de Nadir Khalfoun, offre un éclairage sur le contexte de cette histoire. Ex-petite amie de Frédéric Geneviève, la victime qu'elle a quittée deux ans plus tôt, elle explique que depuis, ce dernier lui « pourrit la vie. Dès que je tombais sur lui où qu'il me voyait parler avec un garçon, ça ne se passait pas bien. Il m'a souvent dit : « Tu es à moi. » Il me harcelait en m'envoyant des textos. » Interrogé, Frédéric Geneviève nie la fréquence de ses appels et explique encore qu'il agissait « pour l'amitié. »
Cette nuit-là, dans la boîte de nuit, l'alcool qui a chauffé les esprits et la confrontation entre les deux groupes, une douzaine de personnes au total, accouchent d'une première bagarre. Nadir Khalfoun et ses amis sont expulsés de la discothèque. Là encore, les versions divergent. L'accusé dit qu'ils ont reçu un texto les invitant à venir régler leur compte devant la boulangerie de La Flèche. La victime assure que c'est l'inverse.
« J'ai niqué ma vie »
À l'heure du laitier, les deux groupes se retrouvent place du 8 Mai 1945. Nadir Khalfoun a appelé et réveillé l'un de ses amis, surnommé « Bebert », pour qu'il les rejoigne devant la boulangerie. Là encore, qui hausse le ton le premier ? Qui frappe ? Mystère ! Seule certitude : Frédéric Geneviève tombe à terre, frappée à quatre reprises. À la barre de la cour d'assises, la majorité des 23 témoins entendus hier ont de nouveau affirmé n'avoir aperçu aucun couteau. Touchée dans le dos, la victime elle-même n'a rien vu. Tous sauf Tony, un ami de la victime, qui l'assure au président Lavergne : « Je me souviens avoir vu l'accusé un couteau à la main. » Sous le feu nourri des questions de l'avocat de Nadir Khalfoun, il hésite et nuance : « J'ai vu quelque chose ressemblant à un couteau. » À deux de ses amis qui s'en sont ouverts aux enquêteurs, l'accusé aurait lâché le lendemain des faits : « J'ai niqué ma vie. » Des propos qu'ils n'ont pas repris, hier, face à la cour d'assises.
Igor BONNET.
Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
Réagissez