Mardi 13 mai 2008

 Anne-Cécile Juillet

dimanche 11 mai 2008 | Le Parisien

(LP/AURELIE AUDUREAU.)

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Convoquée dans un commissariat de Beauvais, cette mère de famille a été violée en août 1994 par un brigadier-chef. Accablé par une enquête interne mais dédouané par deux non-lieux, ce dernier sera finalement jugé par une cour d'assises.

SES DOIGTS ne cessent de s'entremêler, et, de nervosité, elle manque de s'arracher les ongles lorsqu'elle doit raconter son si long combat. Dans le cabinet de son avocat amiénois, Me Hubert Delarue, à qui elle voue une admiration et une reconnaissance sans faille, Nadia* commence enfin à souffler. Pour elle, le bout d'un long tunnel judiciaire semble enfin se profiler.


L'horizon s'éclaircir. Quatorze ans après le viol dont elle affirme avoir été victime dans un commissariat de quartier de Beauvais (Oise), après deux non-lieux mais une enquête administrative accablante pour son violeur présumé, policier en activité au moment des faits, la cour d'appel de Paris lui permet d'espérer un procès dans les prochains mois.

Les faits, même s'ils remontent à près de quatorze ans, Nadia s'en souvient à la minute près. « Le brigadier-chef du quartier m'avait fait parvenir une convocation, je devais me rendre au commissariat le 23 août 1994 à 13 h 15, avec divers documents officiels. La convocation me paraissait sérieuse, je demandais ma naturalisation, cela semblait cohérent. C'est plus tard que j'ai appris que mon dossier de naturalisation était bouclé depuis longtemps... »

« Ma cliente n'a aucunement envie de bouffer du flic »

De dossier officiel, il ne sera pas question. La porte du poste de police désert se referme sur Nadia et Guy G. Son arme de service sur son bureau, il impose à la mère de famille un rapport sexuel. Elle ne crie pas, baisse les yeux. Soumise comme elle doit déjà l'être à la maison, avec un mari qui la bat. Pendant six ans, elle garde secret le viol qu'elle a subi. « Il fallait d'abord avaler la honte. Puis que je sois en position de lutter, raconte Nadia. Etape après étape, j'ai obtenu ma naturalisation, puis j'ai été titularisée à mon poste, j'ai pu divorcer de mon mari violent. » En 2000, elle porte plainte, épaulée par une femme policière, et forte d'une preuve accablante : la robe qu'elle portait le jour du viol, pièce à conviction souillée de l'ADN de son agresseur. Nadia l'avait envoyée, intacte, à sa mère en Algérie, le lendemain de son agression.

Suit une enquête administrative, menée par l'IGPN à l'intérieur du commissariat. Le petit bout de femme ne se démonte pas, apporte les preuves. Le brigadier-chef se voit retirer sa médaille d'or de la police. Nadia subit une expertise psychologique : jugée crédible, elle présente tous les traumatismes de la femme violée. Guy G. est mis en examen pour viol. Le 1er octobre 2003, une confrontation est organisée. En retraite anticipée depuis trois ans, le brigadier ne nie pas la relation sexuelle. Il répond même à chaque question de façon presque déconcertante d'assurance. Le choix de son bureau ? « Cela économisait une chambre d'hôtel. » La plaignante était-elle consentante ? Il ne s'est pas posé la question, admet-il. Avant d'obtenir un non-lieu. Les avocats de Nadia font appel. Le non-lieu est confirmé. Finalement, la cour d'appel de Paris vient de renvoyer Guy G. aux assises, après que le non-lieu a été invalidé par la Cour de cassation. Désormais, Nadia attend la date d'audience pour voir la justice se faire. « Ma cliente ne veut pas la mort du pécheur, elle n'a pas une attitude vengeresse, elle n'a aucunement envie de bouffer du flic, comme on dit, explique Me Delarue. Elle veut que publiquement, il soit affirmé qu'elle a été victime d'un viol de la part d'une personne qui, par sa fonction, aurait dû la protéger. »

* Le prénom a été modifié.
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"Je déteste le crime, cette expression humaine et imbécile du malheur. Une société qui ne serait pas aberrante devrait sans cesse être préoccupée du malheur, comme du cancer ou de la tuberculose..

Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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