Samedi 10 mai 2008


La cour d'assises du Hainaut au grand complet - les huit accusés, les jurés, le ministère public et les avocats des parties civiles et de la défense - s'est déplacée mercredi matin sur les lieux de l'agression, à coups de pierres, de deux policiers, commise le 13 août 2002 le long de la N90, à Châtelet.

Les deux policiers avaient été victimes d'un jet de pierres, lancées depuis le pont de la rue des Charbonnages, alors qu'ils effectuaient un contrôle radar. Taflan, Kahvecioglu, Sabeau et Kizil, quatre des huit accusés de cette session, comparaissent pour ce fait qualifié de tentative de meurtre.

Dispositif
Deux bus sont arrivés sur place vers 11h00. Ils étaient escortés par un dispositif important de policiers. Un hélicoptère survolait également des lieux et de nombreux combis se trouvaient dans les environs. La N90 avait été coupée à la circulation à cet endroit. Très rapidement, les accusés, encadrés comme lors d'une audience normale, ont pu enlever leurs menottes.

Les deux victimes ont précisé l'emplacement exact du véhicule radar. Cet endroit différait quelque peu de celui qui avait été défini lors de la reconstitution effectuée avec la juge d'instruction, Brigitte Francotte. L'un des policiers, Stéphane Derycke, a précisé que, lors de cette reconstitution, la question de l'emplacement du véhicule n'avait pas été abordée.

Témoignage
L'un des témoins principaux, routier de profession, a expliqué qu'il était passé à côté du véhicule radar et qu'il avait vu un véhicule se faire flasher. Il s'était alors rendu sur un pont situé à environ 500 mètres du véhicule radar. A un moment, un véhicule Golf s'est approché de lui. Cinq personnes (quatre garçons et une fille) se trouvaient dans la voiture.

Le passager lui avait demandé s'il voulait de l'aide. Il lui avait répondu par la négative et avait ajouté qu'il regardait le véhicule radar. Le passager avait alors déclaré: "Ils sont là les chtars." Il avait ensuite vu la voiture se diriger vers la cité avant de réapparaître sur un pont situé en hauteur, au-dessus du véhicule radar.

Peu après, il avait aperçu quatre personnes en sortir. D'après le témoin, il s'agissait du même véhicule Golf. Il n'a pu interpréter à l'époque les gestes des individus. La voiture était ensuite revenue près de lui. Les passagers lui avaient demandé ce qui se passait avec les policiers. Il avait déclaré qu'il pensait que l'un d'eux changeait un film étant donné qu'il était accroupi. L'un des occupants lui a dit: "Tu vas en voir du cinéma."

Sur les lieux
Trois ou quatre minutes plus tard, il avait été en contact avec un jeune qui était arrivé en courant, en affirmant: "Je les ai vus, ils ont jeté des pierres sur les flics." Il avait aperçu plusieurs combis de police arriver sur place et la Golf prendre la fuite à toute allure. La cour s'est déplacée sur le pont où se trouvait le témoin à l'époque. Celui-ci s'est placé plus à droite que lors de la reconstitution.

Cette "vision" des lieux semblait laisser perplexes les avocats de la défense. Me Mayence, avocat de Taflan, a demandé aux jurés de bien garder en tête cette image de cette vision du véhicule.

Panneau
Le président, Francis Jonckheere, a interrogé le témoin sur la présence, à l'époque des faits, d'un panneau cachant en grande partie la vue. Le témoin n'a pas confirmé cette présence. Il a, par la suite, été prouvé que ce panneau se trouvait déjà sur les photos de la reconstitution.

Enfin, la cour s'est déplacée près de l'endroit où a dû être effectué le jet de pierres. La déclaration d'un autre témoin, qui avait vu une voiture située au-dessus du véhicule radar, a alors été évoquée. Il avait observé trois personnes en sortir avec des pavés alors qu'une autre était restée au volant.

Même la visite sur les lieux n'a donc pas permis d'effacer certaines zones d'ombre. Les jurés ont toutefois pu visualiser les divergences entre les témoignages... Les accusés n'ont pas tenu à prendre la parole. Le témoin principal a, une nouvelle fois, dit reconnaître Taflan. Il semblait hésiter pour Kisil. Quant au visage de Sabeau, il ne lui évoque rien.
07/05/08 17h25
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Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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