Samedi 10 mai 2008


Photo: IRIN
Le Parlement à Accra, au Ghana
ACCRA, 1 mai 2008 (IRIN) - Lorsque la fille de Naa Adorkor a été violée, à l’âge de 15 ans, par un voisin de 45 ans, celle-ci a juré qu’elle traînerait l’agresseur devant les tribunaux, même s’il fallait y mettre toutes ses économies. Quatre ans plus tard, elle a dépensé jusqu’à son dernier centime, mais les tribunaux ghanéens n’ont pas encore rendu leur verdict.

« J’en ai assez et je suis frustrée. Parfois, je regrette d’avoir cherché à obtenir justice auprès des tribunaux », a-t-elle déclaré, lorsque le procès a été ajourné pour la énième fois, la semaine dernière.

Naa Adorkor, 50 ans et mère de cinq enfants, gagne 40 dollars par jour en vendant du poisson grillé dans le quartier de James Town, à Accra. Aujourd’hui, elle est disposée à accepter les 200 dollars que lui propose le violeur de sa fille pour régler l’affaire à l’amiable.

« J’ai dépensé tout mon argent dans ce procès », a-t-elle lancé en haussant les épaules. « J’aurais tout simplement dû accepter la somme proposée [dès le début] et laisser tomber le procès ».

Il n’existe pas de statistiques exactes, mais les services de justice du Ghana estiment qu’il y a « plusieurs milliers » d’affaires non jugées comme celle-ci dans tout le pays. Certaines personnes attendent d’obtenir justice depuis cinq ans ou plus.

Face à l’engorgement du système judiciaire, les Ghanéens se font justice eux-mêmes. Selon les statistiques de la police, en 2007, plus d’un millier de cas d’agressions et de meurtres perpétrés par des civils sur la personne de criminels présumés ont été recensés en tant qu’actes de « justice populaire ».

« Nous sommes inquiets : l’allure d’escargot de la justice encourage désormais la justice du peuple et incite les gens à se faire justice eux-mêmes. Il faut trouver une solution meilleure et plus rapide », a déclaré Edward Amuzu, directeur du Centre de ressources juridiques, une association de plaidoyer juridique.

Selon Abdullai Iddrisu, secrétaire judiciaire adjoint, le président de la Cour suprême du Ghana a lancé un processus visant à la construction de tribunaux supplémentaires, à l’augmentation du nombre de juges et de magistrats du système, et au règlement à l’amiable de certaines affaires civiles par le biais de médiations et autres programmes de résolution des litiges.

Jusqu’ici, néanmoins, la seule réforme visible a été une injonction selon laquelle des affaires doivent désormais être entendues par les juges et les magistrats, les week-ends.

Conformément à cette politique, adoptée par le président de la Cour suprême ghanéenne, les juges et les magistrats doivent siéger les samedis pour entendre certaines affaires de violences domestiques et de viols, ainsi que les affaires de pertes de revenus pour l’Etat.

Cette politique démarre à l’heure actuelle avec seulement 200 affaires non jugées. Selon M. Iddrisu, les affaires sélectionnées « sont d’une importance critique pour le public et requièrent la prise de mesures immédiates », ce qui explique pourquoi elles sont traitées en priorité dans le cadre de cette politique.

Pour M. Amuzu, du Centre de ressources juridiques, cette politique de traitement des affaires les week-ends ne suffira pas.

« Ce qu’il faut, c’est une restructuration totale du système judiciaire », a-t-il estimé.

Les tribunaux actuels doivent être rationalisés, d’autres tribunaux doivent être construits, des systèmes de gestion des horaires doivent être instaurés, et les affaires doivent être réparties de manière plus équitable entre les juges, a-t-il précisé.

em/nr/aj/nh/ail

Thèmes: (IRIN) Egalité entre les sexes, (IRIN) Démocratie et gouvernance, (IRIN) Droits de l'homme

[FIN]
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"Je déteste le crime, cette expression humaine et imbécile du malheur. Une société qui ne serait pas aberrante devrait sans cesse être préoccupée du malheur, comme du cancer ou de la tuberculose..

Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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