Tout le monde s'accorde au moins sur une chose : Michel Lemain avait un discernement altéré au moment des faits. Sur le reste, partie civile, accusation et défense ont donné leur version. L'ancien menuisier, 57 ans, a comparu pendant trois jours devant la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine pour l'assassinat de Karen Filleul, 28 ans, à Saint-Briac-sur-Mer. Il avait foncé au volant de sa Safrane sur la voiture de la jeune femme qu'il aimait à la folie.
Me Philippe Billaud, défendant les intérêts de la famille de Karen, a dénoncé « l'absence de coeur. L'accusé n'a pas exprimé de regret. » L'avocat a qualifié Michel Lemain « d'égoïste, de pervers dangereux. Vous ne pouviez pas avoir Karen alors vous l'avez tuée. » La partie civile, devant le regard hagard et fixe de l'accusé, a rejeté l'irresponsabilité pénale : « Il doit répondre de ses actes même s'il doit être soigné. » Le comportement de l'accusé n'a pas trouvé grâce non plus aux yeux de l'avocat général, Alexis Bouroz. « Ses explications sont intenables, s'est indigné le magistrat, dans un réquisitoire ferme mais très humain. Il nie aujourd'hui être amoureux de Karen, donc, il est obligé de tout nier. »
« Le chagrin de l'enfant »
L'avocat général n'a pas exclu que l'accusé voulait aussi se donner la mort. « C'est possible, mais il a d'abord tué Karen. » En conclusion, Alexis Bouroz a évoqué, très ému, « le chagrin de l'enfant de 7 ans qui ne reverra plus jamais sa maman » avant de requérir 25 années de réclusion criminelle.
Me Christian Tricheur a profité des contradictions et des silences de son client pour livrer aux jurés sa version des faits. Contrairement à Michel Lemain, qu'il défendait, l'avocat a admis que l'ancien menuisier a délibérément foncé dans la voiture de Karen. « Je ne crois pas qu'il se soit réellement représenté ce qu'il faisait, a plaidé Me Il a des problèmes d'impuissance, des grosses difficultés avec les femmes qu'il compense avec des mots. » Tricheur.
La défense a ensuite saisi la main tendue de l'accusation, qui avait admis l'altération du discernement, pour demander une peine moins forte.
Au bout de deux heures et demi de délibéré, la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine a prononcé son verdict : 25 années de réclusion criminelle. Michel Lemain n'a rien dit. Il a une dernière fois promené son regard vide sur la salle d'audience. Il s'est retourné. Puis, il est parti entre les deux policiers. Dans son silence et sa grande solitude.
Serge LE LUYER.
Aucun commentaire pour cet article
Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
Réagissez