ASSISES.
jeudi 08 mai 2008 | Le Parisien
Reconnu coupable de deux meurtres et d'un viol, Jacquy Haddouche a été condamné hier à la perpétuité assortie de vingt-deux ans de sûreté.
RECLUSION criminelle à perpétuité, avec une peine de vingt-deux ans de sûreté, assortie de vingt ans de suivi sociojudiciaire avec obligation de soins. C'est le
verdict prononcé hier à Beauvais par la cour d'assises de l'Oise, à l'encontre de
Jacquy Haddouche, 44 ans. En un peu moins de trois heures, les jurés ont suivi les réquisitions de l'avocat général et déclaré Jacquy Haddouche coupable de deux meurtres, d'un viol et d'un vol
avec violences.
Rappelons qu'en mars 2007 la cour d'assises de la Loire l'a également condamné à trente ans d'emprisonnement pour le meurtre de Sylvain Rome, un technicien
audiovisuel de 32 ans. Mardi soir, dans ses réquisitions, l'avocat général avait demandé le maximum autorisé par la loi. « Dans les quatre dossiers, la culpabilité ne fait aucun doute,
affirme-t-il. Pour moi, il fait partie des grands criminels français. »
« Il n'a pas les mêmes limites que nous »
Hier matin, dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont tenté de casser cette image de fauve qui colle à l'accusé. « Il n'a pas les mêmes limites que nous, explique M e Smadja.
Lorsqu'on l'aime, on le frappe. C'est le schéma proposé par son père qu'il aime tant. Ce père qui se tirera une balle dans la tête devant lui. Alors, la perpétuité, c'est parce qu'il fait peur,
parce qu'il est différent de nous. La prison n'est pas une solution. Il aurait besoin d'être interné et soigné, car ce n'est pas le monstre qu'on nous a présenté. »
Me Beylouni, l'autre avocat de la défense, s'est attaché à démonter les accusations concernant le meurtre de Léo Capon, cette septuagénaire tuée dans un foyer à Beauvais en juin 2002. « La rumeur a accusé Jacquy Haddouche avant même qu'il soit interpellé, rappelle-t-il.
Quelques jours après les faits, on parlait déjà de serial-killer. Les preuves ? Sa présence près des lieux des quatre agressions jugées aujourd'hui. Mais cette preuve arithmétique est
retournable. Il ne suffit pas d'être présent pour être coupable. » Et l'avocat de détailler, dans une très brillante plaidoirie, les failles de l'enquête autour du meurtre de Léo Capon. « Les
caméras de vidéosurveillance montrent que Jacky Haddouche a mis deux minutes et trente secondes pour entrer et ressortir du foyer, explique-t-il. Pendant ce laps de temps, il aurait tapé à la
porte de Léo Capon, discuté avec elle, avant de l'égorger puis de revenir après pour mettre à sac l'appartement. J'ai un scénario qui colle mieux à la personnalité d'Haddouche. Ce dernier traîne
dans le foyer ; découvre le cadavre, réfléchit et le parasite qu'il est revient et, pendant une heure trente, fera le tri de ce qu'il volera. Je rappelle que le couteau du crime ne porte aucune
trace d'ADN de l'accusé. Qu'il soit l'auteur du vol ne signifie pas qu'il a tué. »
Les jurés n'ont pas adhéré à la thèse de la défense et ont condamné Jacquy Haddouche à la peine maximale.
Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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