Vendredi 9 mai 2008

Georges Gardère, 55 ans, a été condamné, hier, par la cour d’assises du Finistère aux dix années de réclusion criminelle réclamées pour des viols et agressions sexuelles commis sur trois mineurs à Plougastel-Daoulas.

A la lecture du verdict par le président Buckel, l’accusé est resté de marbre, comme durant une bonne partie des deux journées de débats. Son attitude a, à n’en pas douter, aussi pesé sur la décision de la cour. « A aucun moment, il n’a abordé le vécu des mineurs, ni les conséquences sur eux. Hier, ils n’existaient pas. Pas plus qu’aujourd’hui », a d’ailleurs relevé le représentant des parties civiles lors de son intervention. M e Elard ne croit pas aux « pulsions incontrôlables » que l’accusé avance pour justifier ses graves dérapages. « Il y a calcul. Il repère sa proie, l’enfant, s’en "occupe" et une fois "fini", revient parmi ses proches comme si de rien n’était ». Encore aujourd’hui, les victimes n’ont pas totalement reconstruit leur vie. « Parce qu’il a bafoué leur innocence, volé l’insouciance de la jeunesse ».


Viols et agressions sexuelles. Le procès du silence
Depuis hier et jusqu'à demain soir, la cour d'assises du Finistère juge un quinquagénaire de Plougastel-Daoulas, accusé de viols sur deux frères mineurs et d'agression sur un troisième. Il nie les faits les plus graves.« On est la preuve des dégâts que peut faire un secret de famille ». C'est le propre fils de l'accusé qui le dit. La mise en cause de ce dernier, fin mars 2004, a fait exploser à la face de tous un passé douloureux, caché jusqu'alors sous un épais mur de silence. L'homme, qui comparaît libre mais sous contrôle judiciaire, n'avait jamais laissé transparaître la moindre attirance pour les garçons. « Je n'ai pas eu le moindre soupçon », affirme son épouse. Dans sa commune de résidence pourtant, certaines habitudes du père de famille, qui s'exhibait régulièrement dans son jardin au vu de tous, et lui avaient valu un surnom sans équivoque, auraient dû lui mettre la puce à l'oreille.
« Ça s'est fait graduellement »
Le couple entretenait des liens d'amitié avec deux autres ménages voisins. Lors de ces soirées, le papa allait bien de temps en temps « voir les enfants », mais personne n'y avait vu quoi que ce soit de répréhensible. « Ça a été graduellement. Je les caressais sur les vêtements. Puis c'était plus insistant », reconnaît celui qui se dit victime de « pulsions incontrôlables ». Il admet avoir pratiqué des fellations à deux des trois frères d'une même famille - les faits pour l'aîné sont prescrits -, maintient qu'il n'a « jamais touché » au plus jeune et reconnaît « des attouchements » sur un autre enfant de moins de 15 ans, confié à sa garde pendant les vacances de ses parents. En revanche, il nie farouchement les accusations de viols lancées par les deux frères présents sur le banc des parties civiles. Pourquoi alors de si graves accusations ? « Il y a des enjeux de famille, de conflit, de réparation financière », avance le fils de l'accusé, convaincu que son père « dit la vérité ». Ce dernier a, lui aussi, des certitudes : « Ces accusations ont été incitées par l'oncle et la mère des victimes ».
L'ombre du père
Les heures précédentes, c'est la propre famille de l'accusé qui s'est retrouvée sous le feu des questions des avocats et magistrats. Sa soeur est venue dire que le papa, aujourd'hui décédé, lui avait fait quelque chose, « mais je ne sais pas quoi exactement », quand elle avait « 4 ou 5 ans », et que deux de ses frères l'avaient agressée sexuellement, tout comme son autre soeur. Une fois, la mère est intervenue : « Elle m'a éclatée la tête contre un mur. J'en ai jamais reparlé ». À la barre, en pleurs, elle résume : « Ça nous a bouffés », avant de se reprendre : « À côté de çà, on a eu une enfance heureuse ». C'est exactement ce que dit son frère accusé. Lui ne garde que des bons souvenirs et soutient ne pas se souvenir d'éventuels abus de la part de son papa. En revanche, il se rappelle fort bien avoir eu « une expérience forcée avec un homme » lorsqu'il était dans la Marine, à l'âge de 17-18 ans. Aujourd'hui, la cour évoquera en détail les accusations formulées par les parties civiles.

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"Je déteste le crime, cette expression humaine et imbécile du malheur. Une société qui ne serait pas aberrante devrait sans cesse être préoccupée du malheur, comme du cancer ou de la tuberculose..

Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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