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mercredi 30 avril 2008, mis à jour à 14:25
Pour son avocat, Me Jean-Jacques de Felice, c'est une affaire de principe, au-delà du cas d'un homme qui a passé 41 ans de sa vie en prison.
"Vous devez prendre clairement position sur les peines d'élimination", a-t-il déclaré à Strasbourg aux 17 juges de la grande chambre appelés à se prononcer en seconde instance.
Il a opposé la réinsertion, qualifiée de "priorité des priorités" par le garde des Sceaux, Rachida Dati, à la rétention de sûreté qui permet désormais de détenir indéfiniment, après la fin de leur peine, les personnes condamnées pour certains crimes graves.
"Comment dans le même temps peut-on parler d'un souci de réinsertion et accepter une sorte de rétablissement de la peine de mort par une détention prolongée au-delà de toute raison?", s'est-il interrogé.
Âgé de 71 ans, Lucien Léger avait été condamné le 7 mai 1966 à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises de Versailles pour l'assassinat d'un enfant de 11 ans, Luc Taron, le 27 mai 1964 dans les bois de Verrières (Essonne).
Cet infirmier psychiatrique avait soulevé une vague d'indignation en France en envoyant aux médias, avant d'être arrêté, une cinquantaine de messages signés "l'étrangleur", dans lesquels il donnait des détails sur la mort du petit Luc.
Dans un arrêt de première instance rendu le 11 avril 2006, la juridiction du Conseil de l'Europe avait débouté Lucien Léger.
Elle avait estimé que la durée "exceptionnellement longue" de sa détention était justifiée par "l'exceptionnelle gravité de l'infraction", l'assassinat d'un garçon de 11 ans, et par "le risque de récidive" attesté par les experts.
Encore incarcéré lors de la première audience, en avril 2005, Lucien Léger, petit homme sec tout habillé de noir, avait pris place cette fois dans la salle, derrière ses avocats.
L'ancien infirmier psychiatrique, qui touche une retraite de 631 euros par mois, occupe désormais son temps entre un travail pour la Croix rouge et l'écriture d'un livre sur sa détention étayé par "35 ans" d'étude du droit durant sa détention.
"ARRÊTER AVEC CES PEINES SANS FIN"
Il s'est exprimé devant la presse à défaut d'être autorisé par le règlement de la Cour à le faire devant elle.
"Où ils sont malades et il faut les soigner, ou ils sont responsables et il faut les faire sortir avec un suivi. Il faut arrêter avec ces peines sans fin", a-t-il dit à propos de ceux qui connaissent la situation qui fut la sienne.
Condamné à perpétuité et libérable au bout de 15 ans - le code pénal ignorait alors les périodes de sûreté -, Lucien Léger a formulé 15 demandes de libération conditionnelle, selon son avocat, avant d'obtenir gain de cause.
Me de Felice s'est attaché à dénoncer le "risque de récidive" avancé par les psychiatres.
"Le risque zéro est incompatible avec l'idée de justice et conduit à tous les arbitraires", a-t-il affirmé.
Il n'a pas exclu, en outre, que Lucien Léger ait pu être victime d'une erreur judiciaire.
"Ce n'est pas le risque zéro, mais le risque raisonnable qui est apprécié par deux niveaux de juridiction nationale", a répliqué Anne-Françoise Tissier, conseil du gouvernement français.
"Il n'existe pas un droit à la libération mais un droit à l'espoir de libération", a-t-elle ajouté.
Elle a souligné que 6.436 décisions de libération conditionnelle avaient été prises l'an dernier dont 16 concernant des condamnés à perpétuité.
Elle a affirmé que les demandes de libération de Lucien Léger avaient été plusieurs fois refusées parce qu'il refusait tout suivi psychologique "en raison de son innocence" proclamée.
Cette déclaration fait bondir l'intéressé. "Je n'ai pas refusé puisqu'on ne me l'a jamais demandé", affirme-t-il.
Anne-Françoise Tissier a enfin rappelé que Lucien Léger avait revendiqué le meurtre du petit Luc Taron à travers "49 lettres signées 'l'étrangleur'" avant de passer des aveux circonstanciés devant le juge, puis de se rétracter.
Lucien Léger, qui a interdiction de parler de cette affaire pendant dix ans, a annoncé qu'il formulerait "prochainement" une demande de révision de son procès.
Gilbert Reilhac
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Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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