11:45 | 25/04/2008 Le Point.fr
Par J-M.D, C.L. et O.R.
Michel Legrand, l'avocat général de la cour d'appel de Montpellier lors des faits en 2003. Il avait requis 20 ans de prison à l'encontre d'Abberrahim El Jabri et Abdelkader Azzimani © DOMINIQUE FAGET / AFP
Deux semaines seulement après que la ministre de la Justice Rachida Dati a saisi la commission de révision des condamnations pénales du cas de Marc Machin, condamné à 18 ans de prison, la chancellerie se retrouve avec une nouvelle affaire délicate sur les bras.
Depuis dix ans, Abberrahim El Jabri et Abdelkader Azzimani, deux anciens petits dealers, sont en prison, condamnés en 2003 par la cour d'appel de Montpellier à 20 ans de réclusion pour "complicité de meurtre" après la découverte, à Lunel (Hérault), du corps d'un jeune dealer tué de 108 coups de couteaux.
Dans cette affaire, tout repose sur le seul témoignage d'un retraité qui n'a cessé, au cours de l'instruction, de changer de version. Quant aux traces ADN retrouvées sur le cadavre et la scène du crime, aucune ne correspond aux deux condamnés.
Coup de théâtre, le témoin-clé vient tout juste de se rétracter. Pris de remord, il a contacté un avocat de Montpellier qui l'a aussitôt mis en relation avec le cabinet Phung, qui défend Abberrahim El Jabri et Abdelkader Azzimani. Auditionné à la demande du cabinet par le détective privé Roger-Marc Moreau, qui s'est fait connaître dans l'affaire Omar Raddad, Errol F. explique avoir menti sous la pression des gendarmes en désignant El Jabri comme étant présent sur les lieux du meurtre. "Un gendarme m'a dit : même si ce n'est pas lui, il payera pour toutes les saloperies qu'ils ont faites ." Des révélations qu'il va réitérer devant les caméras de France 3 Sud-Montpellier. Dans ce reportage qui doit être diffusé vendredi à 19 heures, il confie même : "Un innocent est en prison."
Un élément capital, selon les avocats, qui rappelle que la justice a toujours considéré que les deux condamnés étaient ensemble au moment du meurtre. "On est face à une catastrophe judiciaire. Une fois encore, alors qu'on nous dit que les leçons d'Outreau ont été tirées, le système judiciaire a répété à tous ses échelons la même erreur", s'insurge Me Luc Abratkiewicz, qui a déposé le 11 septembre dernier une demande de révision. Il va désormais réclamer une suspension de peine pour ses clients.
Fait exceptionnel, avant même le revirement du témoin, l'avocat général de la cour d'appel de Montpellier, Michel Legrand, celui-là même qui avait requis 20 ans, avait fait part de ses doutes. Il a auditionné les deux condamnés et transmis les PV à la commission de révision. "Je suis troublé, la justice doit réexaminer le dossier à la lumière des nouveaux éléments", nous avait confié le magistrat en septembre dernier. Contactée par Le Point, la chancellerie se retranche aujourd'hui derrière l'enquête de la commission de révision. "Il faut respecter le travail des magistrats, qui, sur commission rogatoire, peuvent se saisir de tout élément nouveau, explique Guillaume Didier, le porte-parole de la Chancellerie. C'est aux juges de décider si la cour de révision doit être saisie ou non."
Depuis le début du XXe siècle, seuls six dossiers criminels ont été au bout de la révision et ont conduit à l'acquittement de personnes accusées à tort.
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Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."
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