A l’inverse de certaines poupées, la carte bancaire disait toujours « oui »... Un réseau d’une dizaine de personnes, plus ou moins bien organisées, est
jugé depuis hier à Saint-Brieuc.
Même les cartes bancaires de la dernière génération, munies de puces, ne sont plus inviolables. Dix personnes, la plupart d’origine tunisienne mais
habitant près de Paris, se sont employées à le démontrer, particulièrement en Côtes-d’Armor, entre septembre 2006 et février 2007. Elles comparaissaient hier devant le tribunal correctionnel de
Saint-Brieuc. Les faits furent découverts le 16 novembre 2006, grâce à la vigilance d’un débitant de tabac de Paimpol : pour régler l’achat de quatre cartouches de cigarettes, un client avait
utilisé deux cartes bancaires différentes. D’autres opérations comparables avaient été commises le même jour, avec des cartes faisant l’objet d’une opposition. Le soir même, trois personnes
étaient interpellées dans un hôtel, où un ordinateur comportant des logiciels capables de contrefaire les cartes bancaires à puce était saisi. Le scénario était astucieux : des cartes volées
étaient achetées (300 € pièce) sur le marché parallèle parisien. Des données valides, injectées dans la puce par ordinateur,
leur permettaient de fonctionner et d’obtenir systématiquement une réponse positive lors d’une opération, quel que soit le code à quatre chiffres composé.
D’où le nom de « yes card » attribué au dispositif.
« Bande désorganisée » ?
Mais l’utilisation des cartes frauduleuses n’était possible qu’en-dessous du seuil de 100 € qui déclenche le contrôle de la banque. C’est pourquoi les
opérateurs multipliaient les achats de cartouches de cigarettes, ensuite revendues à des commerçants peu scrupuleux de la région parisienne. Le trafic dépassait manifestement le stade artisanal :
ses instigateurs « recrutaient » des complices pour écumer méthodiquement les régions du nord de la France à bord de véhicules. Quelque 110 voyages ont été organisés entre Paris et la Bretagne.
L’ensemble de l’escroquerie est évalué à 180.000 €, au détriment de 1.500 commerces. L’instruction a retenu la circonstance aggravante de « bande organisée ». Notion contestée par les avocats de
plusieurs prévenus, qui voient plutôt chez leurs clients une « bande désorganisée » qu’une filière au fonctionnement rigoureux.
Trahis par leurs portables
Deux frères, âgés de 28 et 33 ans, apparaissent comme les « cerveaux » du trafic. L’aîné était en relation téléphonique constante avec ses équipes sur le
terrain. Les relais de téléphone portable ont d’ailleurs joué un grand rôle dans l’identification des auteurs et la reconstitution de leurs périples. Il a même été question d’une carte apposée
sur un mur de l’appartement parisien, où étaient délimitées les régions « grillées ». Le parquet a requis des peines de 12 mois de prison avec sursis à quatre ans ferme, selon le casier
judiciaire des prévenus et leur degré d’implication dans l’affaire. L’avocat des parties civiles a insisté sur le préjudice subi par un système de paiement « qui participe à la vie économique du
pays » et réclamé 6.500 € de dommages et intérêts pour le GIE des cartes bancaires, ainsi qu’un total de 41.000 € pour les banques, qui ont intégralement remboursé leurs clients identifiés. Le
jugement doit être rendu ce matin.
Roselyne Veissid
Trafic d’héroïne et de cocaïne. L’affaire de trop
Le 1 er avril dernier, les gendarmes de la brigade de recherches de Saint-Brieuc ont interpellé un habitant de Bréhand soupçonné d’être à l’origine d’un trafic de stupéfiants. Au
cours de sa garde à vue, l’homme, âgé de 38 ans et toxicomane depuis près de 20 ans, a reconnu les faits sans difficulté.
Entre le 25 et 26 mars, il a effectué un aller-retour jusqu’à Breda, aux Pays-Bas, afin de réceptionner 60 g de cocaïne et 70 g d’héroïne auprès de son dealer. De retour dans les
Côtes-d’Armor, 50 g d’héroïne ont aussitôt été revendus à un Rieulais âgé de 29 ans qui avait passé commande pour, a-t-il déclaré, fêter son anniversaire.
« Cesser tout ça »
Les deux hommes ont été jugés, hier, selon la procédure de comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc dont la présidente a, d’emblée, rappelé qu’ils étaient tous
deux sous le coup de la récidive légale pour avoir été condamnés en octobre 2007, pour l’un, et en mai 2005, pour l’autre, à la suite de faits similaires. À la barre, les deux hommes ont fait
valoir leur volonté de changer. « Ce que je souhaite, c’est avoir un traitement et cesser tout ça », a expliqué le Bréhandais. Un vœu également exprimé par le Rieulais : « Je veux profiter de ce
coup de pied aux fesses pour arrêter ».
« Ils ont été très amplement avertis »
Des intentions qui n’ont pas convaincu le vice-procureur, Bastien Diacono. « La loi pénale est un fouet muni d’un sifflet. Ça a beaucoup sifflé pour ces messieurs et ça ne les a pas
empêchés de continuer. Ce sont des garçons qui ont été très amplement avertis des risques qu’ils encourraient », a estimé le vice-procureur qui demandait quatre ans de prison pour les deux
hommes, dont un an avec sursis et mise à l’épreuve pour le second. Le tribunal est allé au-delà en condamnant Loïc Honneur et Nicolas Depagne à quatre ans de prison ferme. Le tribunal a également
révoqué un sursis de sept mois à l’encontre Loïc Honneur. Les deux hommes ont été placés en détention à l’issue de l’audience.
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