Un mois et demi après le suicide d’un adolescent dans la prison pour mineurs de Meyzieu, l’administration pénitentiaire a convié quatre quotidiens à visiter ses EPM (établissements pénitentiaires pour mineurs). Pour Libération, celui de Meyzieu, ouvert en juin 2007. Une visite cadrée et menée au pas de charge (1). L’EPM de Meyzieu est constitué de sept unités de vie, construites autour d’un terrain de football. Dans chacune, une dizaine de cellules, une cuisine collective, une pièce avec un baby-foot recouvert d’un solide plexiglas. Dans l’une d’elles, un garçon écoute en boucle une chanson de Mike Brant. «Laisse-moiiii, laisse-moi t’aimer…»Dans la même pièce, un garçon joue aux petits chevaux avec une éducatrice, un autre aux cartes avec un surveillant.
«Choc culturel». Chaque unité est gérée par un tel «binôme», qui a tâtonné pour travailler ensemble. «Ça arrive qu’on ne soit pas d’accord sur les pratiques, dit Karim, le surveillant . Mais on échange, on peut discuter.»«véritable choc culturel» entre les deux métiers. «Il y a eu des difficultés, reconnaît-elle, mais c’est dépassé. Nous sommes dans une vraie dynamique.» S’ils se montrent discrets lors de la visite, certains des personnels supportent encore mal la place étouffante du directeur, très investi, mais qui écoute peu, laisse peu de place à l’initiative. La plupart des éducateurs n’avaient jamais travaillé en prison, la protection judiciaire de la jeunesse n’ayant nommé qu’un titulaire au départ. La responsable du service éducatif, Marie-Thérèse Zoffranieri, dit qu’il a fallu encaisser le
De l’aveu de tous, il a fallu ajuster le cadre. «Au départ, dit Philippe Juillan, le directeur, il y a eu une confusion sur la nature de l’établissement. Les jeunes trouvaient que ça ressemblait à une MJC, certains surveillants aussi.» Les magistrats parlaient de «placement», comme pour un foyer. Personne ne parlait de prison. Le ministre de l’époque, Pascal Clément, évoquait un «lycée entouré de murs». Le projet a été présenté ainsi au groupement qui l’a construit. Du coup, rien n’est assez solide. Ni les cloisons, ni les fenêtres, ni les verrous. Les incidents, selon le directeur, ne sont pas plus nombreux que dans les quartiers de mineurs des maisons d’arrêt. 170 comptes rendus d’incidents par mois tout de même, dont une quarantaine de procédure disciplinaires mensuelles, «six ou sept» débouchant sur un placement en quartier disciplinaire. Pour les autres, travaux d’intérêt général, obligation de rédiger des lettres d’excuse, ou privation de télévision.
Troubles. Une unité de prise en charge éducative intensive s’occupe des ados les plus difficiles. Ils sont à l’écart, avec un éducateur et un surveillant qui les suivent de plus près, pour les réintégrer ensuite. L’un des adolescents souffre de troubles du comportement. «S’il y avait une structure intermédiaire médicalisée, sans doute en dépendrait-il», glisse le directeur. Mais il n’y en a pas, il se trouve en prison. Comme Julien, qui s’est suicidé le 2 février après des comportements à haut risque. «Ce n’est pas à moi de dire si cet établissement convenait pour lui, élude le directeur. Cela relève des magistrats.»
Selon les adolescents, il y avait beaucoup de bagarres, surtout au début. «Par rapport à la prison, y a pas de racket, ajoute l’un d’eux. On est surveillé et y a rien à prendre, on n’a même pas le droit d’avoir nos vêtements.» Les marques étant interdites, l’établissement fournit baskets et survêtements banalisés. La PJJ prêtait aussi des MP 3 au départ, pour que tous les arrivants soient placés sur un pied d’égalité. «L’EPM est un superbe outil, dit le directeur, mais tout le monde est arrivé avec un projet idéalisé. Et tout le monde a subi le choc, les personnels comme les jeunes.» Le régime a évolué peu à peu, les jeunes détenus essuyant les plâtres. L’emploi du temps, surtout, a changé. Au départ, 60 heures hebdomadaires de cours, sport, activités socio-culturelles. Une «surstimulation très anxiogène», selon le médecin responsable de l’unité de consultations et de soins ambulatoires. L’établissement est revenu à 28 heures par semaine. Mais il a suspendu en mars le hip-hop, les arts plastiques et le code de la route. Les EPM sont une priorité, mais la PJJ a vu ses crédits éducatifs réduits de 30 %…
(1) voir le reportage photo sur Libelyon.fr
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