Jeudi 24 janvier 2008

 

Une balle en pleine tête. Mickaël Bidoc avait-il prémédité le meurtre de son voisin de cité ? « Je voulais pas le tuer », a-t-il juré hier.

Nassim Chouari a-t-il payé de sa vie une rivalité de quartiers qui a éclos à Soisy-sous-Montmorency, dans le Val-d'Oise ? À l'aube du 29 juillet 2005, ce jeune homme de 20 ans s'est effondré à la sortie du Feeling Tropical, une discothèque nantaise. Foudroyé en pleine tête par un coup de feu. Derrière la gâchette, Mickaël Bidoc, dit Moussa. 19 ans à l'époque des faits. L'écheveau confié aux mains des jurés de la cour d'assises de Loire-Atlantique promet d'être coton à démêler. Vingt-sept témoins cités. Une bonne dizaine manquent à l'appel. Certains ont disparu dans la nature. L'un d'eux est décédé, l'autre est en détention en Espagne. Mais tous, ou presque, sont jeunes. La vingtaine. Ils étaient amis de la victime ou de l'accusé. Ou encore clients du Feeling tropical, le soir du drame. Dans le tableau, des personnages clefs : les petites amies respectives de la victime et de l'accusé. À la barre, hier, Anne-Laure, mariée avec Mickaël Bidoc en octobre 2007. Un « bébé parloir », dira le président, est né d'elle il y a un an. Visiblement inquiète, la jeune femme tente de se faufiler entre les questions, timbre bas, hésitant, traquant les pièges sous les interrogations de la cour. Le soir du drame, Mickaël, qui habitait chez elle depuis cinq mois, était sorti avec des « potes ». À « 5 h 51 », dira-t-elle avec une précision d'horloger, son ami est revenu pour lui emprunter sa voiture, et récupérer le fusil à canon scié qu'il avait caché chez elle. « J'ai un truc à régler. Il y a un type qui va payer ce soir pour ce qu'il a fait », lui a-t-il dit. À 6 h 55, il revient et lui avoue : « J'ai tiré, mais je ne sais pas si je l'ai eu. Je l'ai touché, mais je ne sais pas s'il est mort. »Il ? Nassim Chouari, de la cité des Noyers-Crapauds, à Soisy-sous-Montmorency. Mickaël Bidoc est de l'autre quartier, celui des Noël. Une rivalité violente oppose les jeunes des deux secteurs. « Je suis venu à Nantes parce que j'étais interdit de séjour dans ma ville, a déclaré l'accusé, hier. Mais aussi pour éviter les problèmes avec le quartier dont Nassim Chouari faisait partie. » Cette nuit-là, vers 4 h, au Feeling tropical, il tombe sur son rival. « Je sais qui il est. Une tête brûlée. » Le voir ici, à Nantes, alors qu'il fuyait tout ce monde d'avant, de la cité ? Mickaël Bidoc ne supporte pas. « J'avais pris des ecstasys, une douzaine. J'étais pas dans mes états normaux. » Alors les gestes s'enchaînent, explique-t-il. Le retour chez Anne-Laure. Et l'attente devant le Feeling tropical, au volant de la Punto de son amie, son fusil à la main. Quand Nassim Chouari sort enfin, vers 6 h, il fonce sur lui, le percute. Part sur les chapeaux de roue, fait demi-tour. Revient à sa hauteur, « à moins de trois mètres », dira l'expert. Il tire à bout portant, une main sur le volant, l'autre sur la gâchette. Il atteint la victime d'une balle au niveau de l'oeil. « Je voulais le toucher, mais pas le tuer », a lâché Mickaël Bidoc, hier, acculé par Me Choucq, avocat de la mère de Nassim. C'est ce point, justement, que la cour va devoir éclaircir.

Agnès CLERMONT.
 
Ouest-France

Des querelles de gosses mortellement réglées

Cet été 2005, Moussa a croisé son rival du Val-d'Oise. Il l'a guetté pour le tuer. La cour d'assises a exploré, hier, les origines d'un conflit né entre deux cités.

« La vie d'un homme, ça a quelle valeur pour vous ? » Question quasi anthropologique posée par Yann Choucq, avocat des parties civiles, hier, à un ami de l'accusé. Question qui pourrait sembler incongrue dans une cour d'assises. Elle est pourtant au coeur de l'affaire exposée depuis mercredi aux jurés. Le 29 juillet 2005, Mickaël Bidoc, dit Moussa, a attendu Nassim Chouari à la sortie de la discothèque nantaise le Feeling tropical. A 6 h 30 du matin, il l'a tué à bout portant, d'une balle en pleine face. Il est jugé pour assassinat.Pourquoi ce geste ? « J'ai ici une mère qui est venue pour comprendre », insiste Me Choucq. Las ! Depuis hier, l'accusé, qui reconnaît être l'auteur du coup de feu, répond : « Je ne comprends pas moi-même. » Nassim Chouari et Mickaël Bidoc ont grandi tous deux à Soisy-sous-Montmorency, dans le Val d'Oise. Ni l'un ni l'autre n'habitaient dans une « cité », martèlent à l'envi l'avocat de la mère de Nassim, et les parents de l'accusé. Sans doute. Mais le sentiment d'appartenance aux « bandes » des deux quartiers rivaux de la ville est manifeste. Mickaël Bidoc a confirmé qu'il « traînait avec ceux des Noëls », quand Nassim marchait avec ceux des Noyers-Crapauds. D'auditions en lectures de procès-verbaux, le climat délétère entre ados et jeunes adultes des deux secteurs s'est précisé. « Quand on avait 14-15 ans, c'était de la rigolade », a eu le courage d'expliquer Ariès, un ami de Nassim. « Dès qu'on se voyait, on se battait. Après ça s'est dégradé au fil des années. Il y a eu des couteaux... et des armes à feu. » Lui-même raconte qu'il a été victime de coups de lames. Plusieurs scènes de fusillades, entre les deux cités, sont aussi exposées à la cour.Dans le box de l'accusé comme à la barre des témoins, cette escalade de la violence est exprimée par les uns et les autres avec une quasi-indifférence. Comme un non-évènement, une banalité. Aux avocats, au ministère public, au président, qui veulent comprendre pourquoi le doigt a poussé la gâchette, Mickaël Bidoc répond laconiquement. Sans parvenir à se départir d'un sourire. Comme étonné qu'on s'étonne. « Nassim Chouari ? J'avais plus de différends avec lui qu'avec quelqu'un d'autre. C'est une accumulation de choses qui font que quand je l'ai vu dans la boîte, à 4 h du matin, j'ai pété un câble. » Agnès CLERMONT.
 
Ouest-France

20 ans pour l'assassin du Feeling tropical

Oui, Mickaël Bidoc a bien assassiné Nassim Chouari, a dit la cour d'assises de Loire-Atlantique, hier. C'était en juillet 2005, à Nantes.

Nassim Chouari avait des parents aimants. Comme Mickaël Bidoc, son assassin. Nassim est passé par une rupture parentale. Mickaël aussi. L'adolescence des deux garçons a rimé avec délinquance. Ils ont grandi à Soisy-sous-Montmorency. Nassim marchaient avec ceux de la cité des Noyers-Crapauds, Mickaël avec ceux des Noëls.

Deux quartiers opposés depuis des lustres dans une « Guerre des boutons » qui aurait viré « Orange mécanique », résume l'avocat général, François Touron. Les coups de poings dégénérant peu à peu en coups de fusil. Interdits de séjour dans leur département, les deux garçons avaient dû plier bagages.

Lorsqu'il a vu son jumeau de destin cette nuit de juillet 2005, dans une discothèque nantaise, Mickaël a « pété un câble ». Hasard de rencontre, fatal pour Nassim : son rival, furieux de le voir là, s'en va. Revient avec un fusil à canon scié. S'embusque à la sortie de la boîte. Lance la voiture sur sa victime, vers 6 h. Le percute, revient. Et fait feu sur lui, en pleine face, à moins de deux mètres de distance : « A cette distance-là, fera remarquer François Touron, on ne rate pas sa cible. »

« Tout ça pour quoi ? interroge la partie civile. Pour une rivalité de quartier ? » « Sauf erreur de ma part, reprend l'avocat général, dans ces deux bandes, on ne compte aujourd'hui qu'un seul meurtrier ! » Après avoir tenté d'y voir clair, hier, dans cet affrontement de cités, ce troisième jour d'audience a fait un zoom avant sur l'accusé. Le réquisitoire l'expose implacablement : en toile de fond de cette affaire, on retrouve à chaque étape, c'est vrai, la rivalité Noël Noyers-Crapauds. « Mais de là à passer à l'acte ! Il est difficile de juger ce qu'on ne comprend pas. » Car les jurés vont devoir répondre : Mickaël Bidoc avait-il l'intention de tuer Nassim Chouari, ce qu'il a contesté pendant ces trois jours ? Et avait-il prémédité son acte ?

Francois Touron demande vingt ans de réclusion. Pour justifier ces lourdes réquisitions, l'avocat général relève les constatations des psy. Ils ont noté des troubles du comportement, la dangerosité de l'accusé. « N'ont relevé aucun sentiment de culpabilité. M. Bidoc n'en est pas au stade de la réalisation de ce qu'il a fait. Vous l'avez vu, à l'audience. Ce détachement, cette désinvolture. Ce sourire en coin. »

Alors quoi ? « M. Bidoc a tué parce qu'il en avait envie. Il voulait prouver qu'il était le plus fort. » À la mère de Nassim : « C'est aussi pathétique que ça, madame. C'est pour cela que votre fils est mort. »

« 20 ans ! s'étrangle Me Sebag, l'avocat de l'accusé. Comme Florence Rey ! » Elle fut condamnée pour avoir participé à une fusillade qui avait fait cinq morts en 1994. « Il a 21 ans aujourd'hui, va-t-il devoir passer le même temps en prison ? » Oui, ont répondu les jurés.

 
Ouest-France

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Je t'aime mon mari
commentaire n° : 1 posté par : LOULOU le: 03/04/2008 20:58:54

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"Je déteste le crime, cette expression humaine et imbécile du malheur. Une société qui ne serait pas aberrante devrait sans cesse être préoccupée du malheur, comme du cancer ou de la tuberculose..

Mais on confond le crime avec les criminels. On emprisonne les criminels, on les tue même. Le crime ne disparaît pas pour autant. Au Moyen-Age on mettait les lépreux à l'écart des villes, on les obligeait à porter des clochettes comme du bétail, pour qu'on les entende venir et puisse s'en écarter à temps. Il n'y avait pas de lépreux visibles. Mais la lèpre était toujours là, bien vivace, dans l'ombre. Nous en sommes encore au Moyen Age, quand il s'agit du crime, cette lèpre de notre société."

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