Lundi 23 octobre 2006
  lundi 23 octobre 2006, 15h55
 
La réforme de la justice mardi en Conseil des ministres
 
Par Jean-Louis PANY
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PARIS (AFP) - Près d'un an après l'acquittement général au procès en appel d'Outreau, le Conseil des ministres examine mardi un projet de réforme de la justice censé tirer les enseignements de ce désastre judiciaire, mais dont les ambitions ont été réduites par l'approche des échéances électorales.

Promise par le président Chirac avant la fin de son mandat, cette réforme se voulait à la mesure de l'émotion suscitée par le sort des 13 personnes acquittées de ce procès pour pédophilie. Le manque de respect des droits de la défense, la longueur des détentions provisoires, l'inexpérience du juge d'instruction Fabrice Burgaud, l'indigence des moyens financiers, l'absence de sanctions des magistrats, le difficile recueil de la parole de l'enfant... autant de débats suivis avec passion lors des retransmissions télévisées de la commission d'enquête parlementaire. Au printemps, celle-ci avait d'ailleurs adopté à l'unanimité, toutes tendances politiques confondues, un rapport préconisant une refonte du système judiciaire. Cinq mois plus tard, cette belle unanimité a depuis longtemps volé en éclat et la réforme a même offert deux occasions de cacophonie gouvernementale. Pour beaucoup, comme l'ancien président de la commission d'Outreau, le socialiste André Vallini, mieux eût valu attendre la présidentielle et les législatives de 2007 pour qu'une majorité "légitimée" s'attaque à ce projet d'envergure nécessitant une longue concertation avec le monde judiciaire. Mais pour le Garde des Sceaux Pascal Clément, mieux valait une réforme moindre en raison d'un calendrier parlementaire surchargé, que pas de réforme du tout. Sa mesure phare est l'enregistrement audiovisuel des gardes à vue, qui doit permettre de lever tout soupçon de violences policières lors des interrogatoires, voire de trancher toute contestation d'aveux. Cet enregistrement ne concerne que les affaires criminelles, une minorité de cas face à la masse des délits, et les dossiers de terrorisme ou grand banditisme en sont exclus. Les policiers y voient une mesure de "défiance" à leur égard et leur ministre, Nicolas Sarkozy, après quelques passes d'armes avec le Garde des Sceaux, a imposé un enregistrement identique des interrogatoires chez le juge d'instruction, pourtant réalisés en présence d'un avocat et d'un greffier. La création de pôles de l'instruction, qui veut remédier à la solitude des magistrats, avec une co-saisine dans les affaires les plus lourdes, ou encore un meilleur contrôle des détentions provisoires figurent aussi dans le texte. Les citoyens qui s'estiment victimes de dysfonctionnements judiciaires pourront saisir le Médiateur de la République, même si la décision finale sur leur dossier restera au Garde des Sceaux. En revanche, la réforme de la composition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe de discipline et de nomination des juges, est passée à la trappe, faute de consensus. Pour éviter toute accusation de corporatisme, les magistrats ne devaient plus y être majoritaires. Reste le volet sur la responsabilité des juges, réduit à peu de choses pour l'instant après le retrait de la mesure phare: la création d'une faute en cas de "violation délibérée" de la procédure pénale. Retoqué par le Conseil d'Etat, ce point doit revenir modifié sous forme d'amendement, a promis le Premier ministre alors que Pascal Clément venait d'annoncer sa disparition.

 


La réforme de la responsabilité des juges est finalement maintenue

LE MONDE | 23.10.06 | 15h47  •  Mis à jour le 23.10.06 | 15h52
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In extremis, le gouvernement a décidé de maintenir les dispositions sur la responsabilité des magistrats dans sa future réforme de la justice. Le premier ministre a promis, dimanche 22 octobre, que la loi "comportera la réforme de la responsabilité des juges", contredisant son ministre de la justice Pascal Clément qui avait indiqué le contraire, quarante-huit heures plus tôt. Souhaitant qu'un texte soit adopté avant la fin de la législature, le gouvernement annonce avoir décidé de requérir la procédure d'urgence, pour un examen en janvier 2007.

"C'est évident !" a lancé Dominique de Villepin, rappelant ses engagements et ceux du président de la République, et regrettant "qu'on ne lui ait pas demandé son avis" avant d'enterrer une réforme qui découle des auditions de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau. "Seules les dispositions sur la réforme du Conseil supérieur de la magistrature ont été retirées du texte dans le cadre de la procédure interministérielle", affirme Matignon.

Cet aspect du projet, visant à rendre les magistrats minoritaires dans l'organe de gestion de leurs carrières, a été retiré faute de consensus et faute de temps, toute réforme de la composition du CSM requérant une modification de la Constitution.

ÉVITER LA CENSURE

Paradoxe, le texte qui sera présenté mardi 24 octobre au conseil des ministres restera dépourvu du volet sur la responsabilité des juges. Le Conseil d'Etat a rendu, jeudi 19 octobre, un avis négatif sur la définition de la faute des magistrats dans la mouture initiale. Le gouvernement devra la reformuler et la réintroduire sous forme d'amendement pendant le débat parlementaire. Afin d'éviter une censure du Conseil constitutionnel, l'amendement devrait, de plus, être d'origine parlementaire.

Matignon admet que, sur le fond aussi, il faudra être extrêmement attentif pour éviter la censure. "Il n'y a pas de solution simple, car on se situe au coeur du principe de séparation des pouvoirs", explique un proche du premier ministre. Entre la décision de justice elle-même, impossible à contester autrement que par les voies d'appel, et la façon dont le juge a pris cette décision, qui peut être sanctionnée au plan disciplinaire, la frontière est ténue.

Vendredi 20 octobre, le congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) avait salué comme "une victoire" le double recul du ministre de la justice. Sur le CSM, "il me semble nécessaire de poursuivre la réflexion", avait annoncé M. Clément. Sur la responsabilité des magistrats, il avait indiqué : "Je souhaitais qu'une nouvelle faute disciplinaire sanctionne la violation intentionnelle des principes directeurs de la procédure pénale et civile. Comme pour le CSM, je considère que cette réforme ne peut prospérer que si elle est consensuelle." La sanction de cette nouvelle faute aurait été d'interdire au juge de siéger seul. Le ministre poursuivait : "Prenant en compte l'avis du Conseil d'Etat, je considère que ce texte doit être précisé sur plusieurs points, notamment sur le caractère grave et intentionnel de la violation de ses principes. J'ai donc décidé de poursuivre la réflexion sur cette question."

Le garde des sceaux évoquait, dimanche, des problèmes de "formulation" et affirmait que les intentions du gouvernement étaient claires. Son discours devant l'USM, comme le veut l'usage, avait été transmis au conseiller justice du premier ministre, souligne la chancellerie. "Je ne peux pas, compte tenu des observations du Conseil d'Etat, maintenir mon texte dans sa rédaction initiale", a-t-il précisé au Monde. "Nous allons le réécrire, et le présenter sous forme d'amendement."

Le projet de loi, présenté mardi, contient des dispositions sur le médiateur de la République (chargé de trier les réclamations des citoyens avant leur examen par le garde des sceaux) et sur la carrière des juges, notamment une nouvelle position de disponibilité de cinq ans pour les "cas pathologiques".

Le volet consacré à la procédure pénale prévoit l'enregistrement des gardes à vue et des auditions des juges d'instruction, la création de pôles régionaux de l'instruction, une limitation de l'usage de la détention provisoire et un renforcement de l'expertise.

Nathalie Guibert et Christophe Jakubyszyn
Article paru dans l'édition du 24.10.06
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Lundi 23 octobre 2006


JUSTICE



NOUVELOBS.COM | 23.10.06 | 08:46

Pascal Clément affirme qu'il n'a "jamais dit" qu'il "retirait le texte" sur la responsabilité des juges.

  Pascal Clément, ministre de la Justice (AP)
Pascal Clément, ministre de la Justice (AP)
 
L e ministre de la Justice, Pascal Clément, a affirmé dimanche 22 octobre sur France Info qu'il n'avait "jamais dit" qu'il "retirait le texte" sur la responsabilité des juges.
Le garde des Sceaux a également assuré que les sanctions éventuelles contre les juges allaient "bien entendu" figurer dans le texte sur la réforme de la justice présenté mardi en Conseil des ministres.
Le Premier ministre Dominique de Villepin avait annoncé un peu plus tôt, lors d'un débat à La Sorbonne, que la réforme de la justice comprendrait bien un volet "sur la responsabilité des juges".
Pascal Clément, sur France-Info, a rappelé ses propos de vendredi à Caen devant le congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM): "prenant en compte l'avis du Conseil d'Etat, je considère que ce texte doit être précisé sur plusieurs points, notamment le caractère grave et intentionnel de la violation des principes de la procédure civile ou pénale".
"Si ce que je viens de vous dire est considéré comme l'abandon du projet de loi organique qui va s'intéresser à la responsabilité des magistrats, c'est très honnêtement ne pas comprendre la même langue que celle que je parle", a-t-il ajouté.

Une farce

André Vallini, secrétaire national du PS chargé de la justice et ancien président de la commission parlementaire sur l'affaire d'Outreau, a affirmé que le Garde des Sceaux Pascal Clément "mentait éhontément" au sujet de la réforme de la justice.
Dénonçant une "mauvaise farce", le député socialiste déclare : "c'est inouï, le Garde des Sceaux affirme aujourd'hui qu'il n'a jamais dit qu'il retirait sa réforme, alors que c'est bien ce que tout le monde a compris de ses déclarations devant les magistrats au congrès de l'USM à Caen: on sait lire et on a bien entendu!".
"Après les déclarations du Premier ministre, Dominique de Villepin, le Garde des sceaux revient sur ce qu'il a dit, à savoir qu'il retirait cette réforme, en affirmant que ses propos n'ont pas changé: il ment éhontément !", a-t-il estimé.

Responsabilité des juges: Clément assure n'avoir "jamais" parlé de retrait

AFP 22.10.06 | 21h03

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Pascal Clément, ministre de la Justice, a affirmé dimanche sur France Info qu'il n'avait "jamais dit" qu'il "retirait le texte" sur la responsabilité des juges.

Le garde des Sceaux a également assuré que les sanctions éventuelles contre les juges allaient "bien entendu" figurer dans le texte sur la réforme de la justice présenté mardi en Conseil des ministres.

Le Premier ministre Dominique de Villepin avait annoncé un peu plus tôt, lors d'un débat à La Sorbonne, que la réforme de la justice comprendrait bien un volet "sur la responsabilité des juges".

M. Clément, sur France-Info, a rappelé ses propos de vendredi à Caen devant le congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM): "prenant en compte l'avis du Conseil d'Etat, je considère que ce texte doit être précisé sur plusieurs points, notamment le caractère grave et intentionnel de la violation des principes de la procédure civile ou pénale".

"Si ce que je viens de vous dire est considéré comme l'abandon du projet de loi organique qui va s'intéresser à la responsabilité des magistrats, c'est très honnêtement ne pas comprendre la même langue que celle que je parle", a-t-il ajouté.

"J'ai simplement dit que je prendrai en compte les observations du Conseil d'Etat et qui pourrait me reprocher de me conformer à un avis du Conseil d'Etat?", a-t-il demandé.

Interrogé sur la question de savoir si les sanctions éventuelles contre les juges allaient figurer dans le texte présenté mardi (en Conseil des ministres), M. Clément a répondu: "bien entendu". Pour autant, le "Conseil d'Etat a fait un certain nombre d'observations que je vais prendre en compte mais je n'ai jamais dit (...) que je retirais ce texte là", a-t-il affirmé.

Il reste donc "trois textes", a-t-il expliqué: ce texte de loi organique qui sera donc automatiquement soumis au Conseil constitutionnel après son vote puisque c'est une loi organique concernant la responsabilité des magistrats, un texte sur la saisine du médiateur et un dernier de procédure pénale abordant "les questions importantes concernant la solitude du juge d'instruction, le contrôle de la durée et le bien-fondé de la détention provisoire, le recueil des déclarations des mis en cause et des victimes afin d'éviter des erreurs judiciaires".

La Chancellerie a précisé que "le volet disciplinaire de la réforme qui sera présenté mardi en conseil des ministres comportera comme prévu trois volets, dont un volet de loi organique sur la responsabilité des juges comportant par exemple une interdiction d'exercer des fonctions de juge unique (juge d'instruction, juge des affaires familiales) pour des magistrats sanctionnés qui seraient reversés dans des fonctions collégiales".

Quant à l'abandon de la nouvelle faute envisagée, après les remarques du Conseil d'Etat, il est "provisoire: on va reprendre le texte sur ce point afin de l'améliorer, avec la possibilité le cas échéant de le réintroduire au moyen d'un amendement au projet de loi dans le cadre du débat parlementaire".




Réforme de la Justice: Villepin contredit Clément

Publié le 22/10 à 23:32
Le projet de loi sur la réforme de la Justice comprendra bien un volet sur "la responsabilité des juges"
- Dominique de Villepin - France 2 -
Dominique de Villepin - France 2
C'est ce qu'a affirmé dimanche le Premier ministre Dominique de Villepin lors d'un débat à la Sorbonne, contredisant les propos antérieurs de son ministre de la Justice Pascal Clément.

Ce dernier a affirmé de son côté peu après sur France Info avoir été mal compris lorsqu'il avait annoncé que la réforme serait amputée de ses deux mesures phares.

Vendredi à Caen, le garde des Sceaux avait annoncé que la réforme de la justice, promise par le président Jacques Chirac avant la fin de son mandat, ne comprendrait ni changement de composition du CSM, ni création d'une nouvelle faute des juges pour violation délibérée de la procédure pénale.

Si cette annonce avait été accueillie avec soulagement par les syndicats de magistrats, de nombreuses voix s'étaient élevées, comme celles des  avocats des acquittés dans l'affaire de pédophilie d'Outreau, dénonçant cet  abandon du gouvernement face au "corporatisme insupportable" des juges.

Dimanche, Dominique de Villepin a affirmé que la réforme comprendra le volet sur "la responsabilité des juges, c'est évident", regrettant dans une pique qui semblait viser le Garde des Sceaux, qu'on ne lui ai pas demandé son "avis". Le Premier ministre a reconnu par ailleurs que le texte serait "malheureusement" amputé de la réforme du Conseil supérieur de la Magistrature, faute de consensus.

Interrogé dimanche soir par l'AFP, son entourage à Matignon a précisé que cette disposition sur la responsabilité des juges serait présentée non pas avec le reste du projet de loi  mardi en Conseil des ministres mais directement, plus tard, devant le Parlement.

De son côté, le ministre de la Justice Pascal Clément a affirmé dimanche sur France Info avoir été mal compris et que "bien entendu" les dispositions sur les sanctions éventuelles  contre les juges seraient intégrées au projet de loi.

Le PS dénonce une "mauvaise farce"
André Vallini, secrétaire national du PS chargé de la justice et ancien président de la commission parlementaire sur l'affaire Outreau, a aussitôt réagi, accusant M.Clément de "mentir éhontément".

"C'est inouï, le Garde des Sceaux affirme aujourd'hui qu'il n'a jamais dit qu'il retirait sa réforme, alors que c'est bien ce que tout le monde a compris de ses déclarations devant les magistrats au congrès de l'USM à Caen: on sait lire et on a bien entendu!", s'est indigné M.Vallini.

"Après l'affaire Outreau et le travail de la commission  parlementaire, les Français attendent une grande réforme de la justice qui  mérite mieux que la mauvaise farce jouée par le gouvernement.", a-t-il ajouté


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Dimanche 22 octobre 2006

JUSTICE



NOUVELOBS.COM | 22.10.06 | 18:36

Le texte, présenté mardi, comportera un volet sur la responsabilité des juges, assure le Premier ministre, contrairement à ce qu'avait annoncé Pascal Clément.

  Dominique de Villepin (Sipa)
Dominique de Villepin (Sipa)
 
Dominique de Villepin a assuré, dimanche 22 octobre, que la réforme de la justice comporterait bien un volet "sur la responsabilité des juges", semblant contredire le ministre de la Justice.
"Cette réforme comportera une réforme sur la responsabilité des juges", a déclaré le Premier ministre lors d'un débat dans le cadre de la Cité de la réussite, à la Sorbonne.
Le chef du gouvernement a précisé toutefois que le projet de loi, qui doit être présenté en conseil des ministres mardi, n'inclurait pas la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Sur la base de la commission Outreau

Le ministre de la Justice, Pascal Clément, avait annoncé vendredi que, par souci de concertation, le projet de réforme de la justice ne comprendrait finalement pas deux de ses mesures-phares: réforme du CSM et instauration de sanctions contre les juges pour faute professionnelle.
Le projet de loi avait été établi sur la base du rapport rendu au début de l'été par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, qui a donné lieu à de graves dysfonctionnements.
Plusieurs acquittés et avocats de l'affaire de pédophilie d'Outreau ont dénoncé samedi "les reculades" du garde des Sceaux.

(Avec Reuters)


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Dimanche 22 octobre 2006

Le garde des Sceaux, Pascal Clément, a renoncé à deux mesures phares : la modification de la composition du Conseil supérieur de la magistrature et la création d'une faute disciplinaire imputable aux magistrats<BR/>

Zoom +
Le garde des Sceaux, Pascal Clément, a renoncé à deux mesures phares : la modification de la composition du Conseil supérieur de la magistrature et la création d'une faute disciplinaire imputable aux magistrats
(F. Bouchon / Le Figaro).

De notre envoyée spéciale à Caen ANNE-CHARLOTTE DE LANGHE.
 Publié le 21 octobre 2006
Actualisé le 21 octobre 2006 : 20h59

Au congrès de l'Union syndicale des magistrats, le garde des Sceaux a confirmé que deux aspects majeurs du texte étaient finalement abandonnés.

 
À PAS DE LOUP et en terrain miné : c'est sur ce mode que le ministre de la Justice, Pascal Clément, s'est avancé hier après-midi à Caen, sur l'estrade du congrès annuel de l'Union syndicale des magistrats (USM, syndicat majoritaire). Le président sortant, Dominique Barella, venait de prononcer un discours pour le moins véhément, brossant le portrait d'une justice laminée par les attaques et accablée par les critiques. « Ces dernières années, nous n'avons récolté que de la haine et du mépris », s'était-il notamment emporté. À sa façon, le garde des Sceaux s'est donc efforcé de calmer le jeu, apparemment aussi impatient de rectifier le tir que de s'envoler à Lourdes pour le congrès des aumôniers de prison.
 

Évoquant « les malentendus de ces derniers mois », Pascal Clément a défendu les grandes lignes de son projet de réforme pour la justice. Présenté mardi en conseil des ministres, il est pourtant réduit à sa plus simple expression. Après avoir provoqué de sérieux remous dans l'ensemble du corps judiciaire, deux mesures phares ont en effet été abandonnées : la modification de la composition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et la création d'une faute disciplinaire imputable aux magistrats. Soucieux de « mettre un terme au soupçon de corporatisme » chez les magistrats, le ministre de la Justice avait défendu l'idée d'un CSM composé d'une majorité de non-magistrats. L'USM s'était élevée contre cette proposition « inacceptable ». Au micro, et sans grande hésitation, Pascal Clément opère donc une marche arrière : faute de « consensus », mieux vaut « poursuivre la réflexion ». Un vague souffle de soulagement émane de l'auditoire : voilà une bonne chose de faite. De fait, la Chancellerie envisage dès à présent d'« ouvrir une concertation d'envergure » associant acteurs judiciaires et « éminentes personnalités » afin d'aboutir à un « diagnostic partagé » sur la question. « Qui vivra, verra », se dit-on en aparté.

 

Quelques concessions

 

Plus question, non plus, de faire passer aux forceps la nouvelle faute disciplinaire que souhaitait instaurer le garde des Sceaux et qui, elle aussi, était encore apparue le mois dernier comme l'une des mesures majeures du texte. « Cette réforme ne peut prospérer que si elle est consensuelle », a finalement admis Pascal Clément, là encore « décidé à poursuivre la réflexion ». Mais pas question, toutefois, de transiger sur les autres grandes idées de la réforme : une meilleure formation des magistrats, la saisine du médiateur de la République par les justiciables déçus, l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires de garde à vue en matière criminelle - sujet sur lequel un désaccord persiste avec Nicolas Sarkozy, partisan de filmer également les auditions dans les cabinets des juges d'instruction -, le contrôle accru de la chambre de l'instruction sur les procédures de détention provisoire, ou bien la création de pôles d'instruction.

 

Pour autant, ces quelques concessions n'auront pas réussi à adoucir le ton des participants. Quelques minutes plus tôt, ceux-ci avaient écouté très attentivement Dominique Barella particulièrement ému parler de magistrats que « l'on voudrait coupables à tout prix », d'« assertions aussi mensongères que manipulatrices », d'hommes et de femmes accusés de « se draper dans leur indépendance » mais qu'ils ne font qu'« aimer leur métier ». Alors, à l'occasion de la traditionnelle séance de questions-réponses avec le ministre, personne ne s'est privé. Et surtout pas cette jeune juge d'instruction d'Albi apparemment blessée que le garde des Sceaux n'ait « pas défendu la dignité des magistrats face aux attaques de Nicolas Sarkozy » sur la justice des mineurs. Une question longuement applaudie à laquelle Pascal Clément a répondu ainsi : « Je suis intervenu le jour même au Sénat. Mais ne comptez pas sur moi pour critiquer un collègue du gouvernement. »

 

Il n’y aura pas de réforme de la justice française
21 oct 2006
L’affaire d’Outreau avait été une catastrophe judiciaire d’une telle ampleur, que les Français espéraient pouvoir obtenir une certaine évolution institutionnelle suite au rapport de la commission d’enquête parlementaire. Cet espoir a subi, depuis décembre dernier, une série très conséquente de déceptions. Mais, si un doute subsistait encore quant à l’immobilisme du monde politique et de l’appareil d’Etat, l’annonce de la suppression de deux dispositions présentées jusque là comme essentielles dans le projet de "petite réforme" de la justice, paraît de nature à clarifier définitivement la situation. Dont acte.
Le député UMP Georges Fenech a reconnu que des citoyens déclarés innocents par la suite avaient effectué en France un total de 584 années de prison en 2004. Soit, plus de vingt fois le total des périodes de détention subies par les innocents d’Outreau.

On peut aisément comprendre que, dans un tel contexte, l’affaire d’Outreau n’a été qu’un bout de l’iceberg. Un cas particulièrement médiatisé, du fait du nombre des détenus et des annonces sensationnalistes répandues depuis l’automne 2001 sur un prétendu "réseau pédophile". Il paraît évident que derrière une telle situation se trouvent des dysfonctionnements institutionnels profonds, et que la colère citoyenne qui s’est manifestée à l’occasion du procès d’Outreau exprimait une demande pressante de rectification globale. En vain.

L’article du 18 octobre d’Isabelle Debergue, faisant remarquer l’absence d’un projet de réforme de la justice dans le compte rendu du Conseil des Ministres du même jour, aura malheureusement été prophétique. Quarante-huit heures plus tard, la nouvelle vient de tomber : du projet déjà "minimal" et très largement symbolique de réforme de la justice annoncé il y a un mois et demi, les deux prétendues "mesures phare" à caractère institutionnel disparaissent jusqu’à nouvel ordre. Sans doute, à jamais, vu la proximité de la campagne présidentielle de 2007. Il s’agit :

a) d’une modification de la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature ;

b) de l’introduction d’une prétendue "nouvelle faute disciplinaire" décrite comme suit : "la violation délibérée des principes directeurs de la procédure civile ou pénale, comme les droits de la défense, la présomption d'innocence ou le principe du contradictoire, sera désormais sanctionnée par une interdiction d'exercer pendant cinq ans des fonctions à juge unique (juge d'instruction, juge d'application des peines...)". Il s’agissait en réalité d’une mesure de façade car, comme déjà signalé, les prétendues sanctions n’auraient été que des dispositions techniques d’organisation du service. Mais la notion même de faute disciplinaire des magistrats semble, en l’occurrence, s’être heurtée à une forte résistance.

C’est donc la mise à mort d’une "mini-réforme" qui était déjà, très largement, une apparence. Mais même l’apparence finit par tomber. C’est aussi l’aboutissement logique d’un processus d’étouffement des véritables problèmes institutionnels et politiques que soulève l’actuelle situation de la justice française. Une commission parlementaire avec un mandat limité propose des réformes limitées, dont seulement quelques points sont repris par le Garde des Sceaux, lequel finalement revient en arrière à la dernière minute… Mardi prochain, en Conseil des Ministres, il ne restera plus rien ou presque.

Ce n’est pas que ce n’était pas à craindre, mais ça n’enlève rien à la déception légitime que peuvent éprouver de nombreux citoyens. Raison de plus pour poursuivre l’analyse des causes profondes de ces dérives et en tirer toutes les conséquences.

Justiciable (France)
justiciable_fr@yahoo.fr
http://www.geocities.com/justiciable_fr




Avocats et acquittés d'Outreau parlent de "reculade" de Clément

 
21/10/2006 - 19h51

BOULOGNE-SUR-MER, Pas-de-Calais (Reuters) - Dominique Wiel, l'un des acquittés de l'affaire de pédophilie d'Outreau, a dénoncé "les reculades" du garde des Sceaux, Pascal Clément, sur le projet de réforme de la justice.

Le ministre de la Justice a annoncé vendredi que le texte qui doit être présenté mardi en Conseil des ministres ne comprendrait finalement pas deux de ses mesures-phares, par souci de concertation.

Il s'agit de la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et de l'instauration de sanctions contre les juges pour faute professionnelle.

Le projet de loi avait été établi sur la base du rapport rendu au début de l'été par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, qui a donné lieu à de graves dysfonctionnements.

Pour Dominique Wiel, "c'est la troisième fois que le garde des Sceaux recule". "Il devait sanctionner un expert, il ne l'a pas fait. Il devait s'engager dans des poursuites contre le juge Burgaud, il ne l'a pas fait. Maintenant il recule encore", a déclaré à la presse le prêtre-ouvrier.

Les avocats de plusieurs accusés à tort dans l'affaire d'Outreau ont également dénoncé l'annonce du ministre de la justice.

"L'affaire d'Outreau n'a servi à rien, le cataclysme de cette affaire n'a pas été pris en compte. On ne veut pas réformer la justice", a déploré Me Eric Dupont-Moretti, l'avocat de Roselyne Godart, dénonçant le "corporatisme" de la justice.

Me Blandine Lejeune, l'avocate de Dominique Wiel a estimé de son côté qu'il était "anormal" que les juges, "des hommes chargés de se prononcer sur les fautes des justiciables ne puissent pas eux être jugés en cas de fautes".

Le texte de Pascal Clément sera présenté en conseil des ministres mardi 24 octobre. Il ne comportera qu'un volet relatif à la procédure pénale.

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Samedi 21 octobre 2006

PLACE VENDOME

Justice : la réforme "allégée"
satisfait les syndicats


NOUVELOBS.COM | 21.10.06 | 08:59

Les syndicats de magistrats estiment avoir été "entendus" par le ministre de la Justice, après le retrait de la réforme du CSM et des sanctions contre les juges.

  Pascal Clément, ministre de la Justice (AP)
Pascal Clément, ministre de la Justice (AP)
 
L es syndicats de magistrats ont salué, vendredi 21 octobre, les annonces de Pascal Clément sur la réforme de la Justice, qui sera présentée mardi en conseil des ministres, amputée de deux mesures phares : la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), et l'instauration de sanctions pour les juges en cas de faute professionnelle.
Dominique Barella notamment, président de l'Union syndicale des magistrats (USM), s'est félicité de cet allégement de la réforme. "Nous avons été entendus par le ministre de la Justice", a-t-il déclaré vendredi. "Qu'il ait l'envie de retarder une éventuelle réforme constitutionnelle parce qu'il estime que ce n'est pas politiquement opportun, c'est son problème. En tout cas, ce que nous voulons retenir, c'est qu'enfin on est revenus dans un schéma de dialogue avec les policiers, avec les avocats et avec les magistrats, et dans une démocratie c'est sain. On ne peut pas passer son temps à opposer des professionnels entre eux".

Promesses de Chirac

Mardi, le garde des Sceaux Pascal Clément va donc présenter en Conseil des ministres un projet de réforme de la Justice "allégée".

Initiée après l'affaire d'Outreau, cette réforme du système judiciaire fait partie des promesses du président Jacques Chirac, qui s'est engagé à ce qu'elle soit adoptée avant la fin de son mandat.
Invité du Congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM) vendredi à Caen, Pascal Clément a annoncé que les dispositions portant sur la réforme du CSM et la responsabilité des juges en cas de faute disciplinaire n'y figureraient pas pour l'instant.
"Sur le CSM, j'ai dit à l'instant même devant le Congrès de l'Union syndicale des magistrats que je souhaitais renvoyer la réflexion pour que nous trouvions ou que nous dégagions un consensus", a expliqué le garde des Sceaux à la presse à l'issue de son intervention devant l'USM. "Je ne sais pas si nous aurons le temps dans ces conditions-là d'examiner une réforme du CSM" avant les élections du printemps 2007, a-t-il ajouté.
Quant à la responsabilité des juges en cas de faute professionnelle, il a estimé que la réflexion devait là-aussi se poursuivre. "Sur la responsabilité, des observations m'ont été faites par le Conseil d'Etat hier", a-t-il déclaré. "Je pense qu'effectivement il faudra amender le texte, mais je pense bien le conserver, cela va sans dire".

(Avec AP)

 

Sur le site

 Revue de presse

 Débat Faut-il supprimer les juges d'instruction?

 Récidivistes : Sarkozy enfonce le clou

Sur internet
 La réforme de la justice sur le site Vie publique

 Le site du ministère de la Justice

 Justice : les rapports tirés de l'affaire d'Outreau

 L'actualité des textes et réformes de la justice

 L'organisation de la justice en France sur le site du ministère

 "L'affaire d'Outreau et ses durs enseignements" sur le site de l'Observatoire citoyen

 Ministère de l'Intérieur

 Une fiche sur Nicolas Sarkozy

 Un communiqué du syndiact du SM sur l'enregistrement des interrogatoires des juges d'instruction

 Une fiche sur le juge d'instruction



NOUVELOBS.COM | 20.10.06 | 19:03


Le ministre présente son texte mardi, sans la réforme du CSM, ni la "faute disciplinaire" sanctionnant un juge.

  Pascal Clément, ministre de la Justice (AP)
Pascal Clément, ministre de la Justice (AP)
 
L e garde des Sceaux Pascal Clément a annoncé vendredi 20 octobre que la réforme de la justice sera présentée mardi en Conseil des ministres, mais sans la réforme du Conseil supérieur de la magistrature et l'instauration de sanctions contre les juges pour faute professionnelle.
Sur la question de la composition du CSM, dont une réforme était envisagée après l'affaire d'Outreau, "il n'existe pas de consensus (...) Il me semble nécessaire de poursuivre la réflexion", a déclaré Pascal Clément, qui s'exprimait devant le congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM) à Caen.
"C'est pourquoi j'ai décidé d'ouvrir une concertation d'envergure qui associera non seulement l'ensemble des acteurs judiciaires, mais aussi d'éminentes personnalités afin d'aboutir à un diagnostic partagé et des propositions communes", a ajouté le ministre.

"Nouvelle faute disciplinaire"

De la même manière, la réflexion va se poursuivre sur la mesure dite de la "nouvelle faute disciplinaire" qui devait sanctionner un juge ayant "délibérément violé les principes directeurs de la procédure pénale et civile".

"Prenant en compte l'avis du Conseil d'Etat, je considère que ce texte doit être précisé sur plusieurs points, notamment le caractère grave et intentionnel de la violation des principes", a poursuivi le garde des Sceaux.
L'USM avait appelé officiellement ces dernières semaines à ce que cette sanction disciplinaire soit retirée du texte. D'autre part, ce syndicat avait aussi jugé "inconcevable" que les magistrats ne soient plus majoritaires au sein du CSM, comme le prévoyait initialement le projet de réforme.

Réponse à Sarkozy

Pascal Clément a par ailleurs a réfuté toute idée de "démission des juges". "Je continuerai à soutenir l'action de la justice avec d'autant plus de conviction que les magistrats de Bobigny ont fait leur métier avec courage et efficacité lors des violences urbaines de l'année dernière", a-t-il déclaré.
Pascal Clément répondait aux critiques lancées en septembre dernier par le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, au tribunal pour enfants de Bobigny (Seine-Saint-Denis), qui avaient déclenché un tollé parmi les magistrats.
"Ce n'est pas en opposant les services de police et la justice que nous pourrons continuer à combattre l'insécurité, qui est une priorité pour tous les Français", a déclaré Pascal Clément.
Il a souligné que 13.000 personnes ont été condamnées par le tribunal correctionnel de Bobigny en 2005, contre 10.000 en 2002 et que pour la délinquance des mineurs, le taux de réponse pénale, "qui était de 74% en 2003, est de 83% aujourd'hui".
"Il est difficile, dans ces conditions, de parler de démission des juges", a lancé Pascal Clément.

Sur le site
 Débat Faut-il supprimer les juges d'instruction?

 Récidivistes : Sarkozy enfonce le clou

 Dossier Nicolas Sarkozy

 Débat Nicolas Sarkozy

Sur internet
 La réforme de la justice sur le site Vie publique

 Le site du ministère de la Justice

 Justice : les rapports tirés de l'affaire d'Outreau

 L'actualité des textes et réformes de la justice

 L'organisation de la justice en France sur le site du ministère

 "L'affaire d'Outreau et ses durs enseignements" sur le site de l'Observatoire citoyen

 Ministère de l'Intérieur

 Une fiche sur Nicolas Sarkozy

 Un communiqué du syndiact du SM sur l'enregistrement des interrogatoires des juges d'instruction

 Une fiche sur le juge d'instruction


Réforme de la justice : deux mesures phares supprimées
Crédit Photo : TF1 
 

Les dispositions envisagées après Outreau ne seront pas dans le texte soumis au Conseil des ministres. Pascal Clément veut ouvrir une concertation.

"Nous considérions que le projet était déséquilibré, donc nous ne pouvons qu'être satisfaits", a réagi le Syndicat de la magistrature.

- le 20/10/2006 - 18h50

Les magistrats se frottent les mains. Pascal Clément a annoncé vendredi la suppression de deux mesures phares de la réforme de la justice qui sera présentée mardi en Conseil des ministres. Une réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et l'instauration de sanctions contre les juges pour faute professionnelle avaient en effet été envisagées après le fiasco de l'affaire d'Outreau. Le garde des Sceaux a souligné devant le congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM) qu'il lui semblait "nécessaire de poursuivre la réflexion" sur la question de la composition du CSM.

"C'est pourquoi j'ai décidé d'ouvrir une concertation d'envergure qui associera non seulement l'ensemble des acteurs judiciaires, mais aussi d'éminentes personnalités afin d'aboutir à un diagnostic partagé et des propositions communes", a ajouté le ministre.

Le texte doit être préciser

De la même manière, sur la mesure dite de la "nouvelle faute disciplinaire" qui devait sanctionner un juge ayant "délibérément violé les principes directeurs de la procédure pénale et civile". "Prenant en compte l'avis du Conseil d'Etat, je considère que ce texte doit être précisé sur plusieurs points, notamment le caractère grave et intentionnel de la violation des principes", a poursuivi le Garde des Sceaux.

Le Conseil d'Etat a examiné jeudi le projet de réforme de la justice, élaboré par la Chancellerie sur la base du rapport remis en juin par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau. Jacques Chirac a promis qu'une réforme de la justice serait adoptée avant la fin de son mandat. Désormais le texte semble voué à avoir une portée plus limitée qu'initialement souhaité : "Je ne sais pas si nous aurons le temps d'examiner une réforme du CSM" d'ici aux élections du printemps 2007, a confié Pascal Clément.

"Satisfaits"

"Nous considérions que le projet était déséquilibré, donc nous ne pouvons qu'être satisfaits" du report de cette réforme du CSM, a réagi Côme Jacqmin, secrétaire général du Syndicat de la magistrature (SM, gauche). Quant à la faute disciplinaire, "il est probable que le Conseil d'Etat a émis des réserves importantes sur la manière dont ce texte était rédigé", a-t-il estimé.

De son côté, l'USM avait appelé officiellement ces dernières semaines à ce que cette sanction disciplinaire soit retirée du texte. Ce syndicat avait aussi jugé "inconcevable" que les magistrats ne soient plus majoritaires au sein du CSM, tel que le prévoyait initialement le projet de réforme.

André Vallini, secrétaire national du PS chargé de la justice et ancien président de la commission parlementaire sur l'affaire d'Outreau, a estimé que le gouvernement faisait "marche arrière".

D'après agenc




  Outreau et la réforme de la Justice : le flou et la migraine

Contrairement aux prévisions exprimées par Philippe Houillon le 27 septembre dans un forum du Nouvel observateur, le compte rendu du Conseil des ministres du 18 octobre ne fait état d’aucun projet de loi relatif à la "mini-réforme" de la Justice annoncée pour avant les élections présidentielles. Aucune information à ce sujet ne semble avoir circulé. Doit-on s’en étonner? D’après Le Monde du même jour, soixante pour cent des Français jugent les élus "corrompus". Ce n’est assurément pas une situation idéale pour que la "classe politique" puisse se permettre d’aborder dans la transparence la question de la responsabilité d’agents et auxiliaires de la puissance publique. La réforme de la Justice devra sans doute passer par une réforme institutionnelle et politique globale, abordant dans la transparence les questions évoquées dans mes articles des 13 septembre et 15 octobre derniers. La mobilisation des citoyens devra constituer l’élément décisif de l’éventuelle réussite de ce profond changement.

A lire le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur Outreau, ainsi que les comptes rendus des auditions, on aurait pu croire que les députés tombaient des nues devant un certain nombre de constats qui s’imposaient à eux pour la première fois. Mais, dans ce cas, on peut valablement leur demander ce qu’ils ont fait eux-mêmes, en tant que milieu dirigeant politique du pays, au cours de la dernière décennie.

Par exemple, les déclarations de l’experte Marie-Christine Gryson affirmant en tant que "psychologue, responsable d’une structure d’accueil aux victimes" à Hazebrouck (Nord) : "Nous disposons d’une méthodologie fiable pour déterminer si un gosse dit la vérité", sont vieilles d’au moins dix ans et on peut les trouver, par exemple, dans un article de L’Express du 12 septembre 1996. Il semble que déjà à l’époque, devant un tel discours, le gouvernement se soit dit "prêt à mobiliser des moyens". Autant dire que les différents gouvernements, parlements, commissions d’évaluation scientifique, conseils régionaux et généraux, et bien d’autres instances, qui se sont succédé depuis cette date avaient eu largement de temps d’évaluer le sérieux réel de ce genre de déclarations.

Comment est-ce donc possible que la question de la validité et de l’impartialité des expertises n’ait été clairement abordée qu’au cours des audiences du procès d’Outreau de première instance, en mai et juin 2004, dans un contexte qui a abouti, précisément, à la récusation de Marie-Christine Gryson ?

Et comment Alain Juppé a-t-il pu déclarer d’après L’Express, le 4 septembre 1996 : "Il faut parfois mettre entre parenthèses les droits de l’homme pour protéger ceux de l’enfant" ? Pourquoi opposer les droits de la personne et ceux de l’enfant ? C’est pourtant un état d’esprit qui semble avoir prévalu jusqu’au procès d’Outreau de première instance de 2004, et encore n’est-ce que le 1er décembre 2005 que tous les innocents ont été acquittés en appel.

Un article paru mercredi sur Indymédia pose cette simple question : La Psychologie est-elle une science ? "Question tabou", écrit l’auteur. Le commentaire paraît très dur, exprimé de cette façon. Mais, au moins, il est indispensable de définir clairement les contours et les objectifs de cette discipline et de comprendre clairement sont état actuel, ce qu’il convient d’en attendre... Un débat qui aurait dû avoir lieu dans la transparence depuis fort longtemps. L’étonnement des politiques, lors des auditions d’il y a quelques mois, a de quoi choquer les citoyens qui leur ont accordé leur vote.

Mon article du 15 octobre et celui de Justiciable du 18 octobre dans Indymédia soulignent la proximité opérationnelle entre ce même monde politique et des experts universitaires influents tels que Jean-Luc Viaux, par exemple via des initiatives de soutien à des projets importants. Ils constatent le manque apparent d’information en temps utile de l’opinion publique à propos de la procédure disciplinaire qui avait été engagée contre ce professeur et qui paraît définitivement close. Mais comment demander des comptes à des experts ou à des magistrats, alors que des dirigeants politiques de tous les partis "de gouvernement" se sont trouvés en première ligne dans cette cascade de dysfonctionnements, et que de surcroît l’image éthique collective des élus ne paraît guère satisfaisante ?

Il en est de même du fonctionnement de plus en plus sommaire de la Justice française. Par exemple, c’est une loi votée en juin 2001 qui a rendu possible le refus d’admission, sans motivation circonstanciée, des pourvois en cassation. Dans l’ensemble, les politiques ne peuvent valablement évoquer les responsabilités des juges ou des psychologues, pas plus que celles d’autres milieux professionnels ou secteurs de l’Etat, sans souffler mot sur les leurs propres. C’est sans doute là que le bât blesse, et la raison pour laquelle le moindre changement devient une aventure de politique-fiction.

Dans une telle situation, la pire des "solutions" serait d’écouter ceux qui nous disent :"Laissez faire ceux qui savent, laissez faire les professionnels..." En réalité, "ceux qui savent" ont prouvé qu’ils n’en savaient pas plus que les citoyens qui font un minimum d’efforts pour examiner ces questions de près. Précisément, la France a été, au cours des trois dernières décennies, l’exemple type d’un pays gouverné par des "élites" sur des critères prétendument "techniques", et on a vu la résultat. Aucun sauveur ne fera, à la place des citoyens, ce que la nation a à faire de toute urgence.

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Vendredi 20 octobre 2006

Par Isabelle Debergue, Thursday, Oct. 19, 2006 at 9:34 PM
isabelle.debergue@free.fr
France: Noyées par la pré-campagne présidentielle, des affaires importantes comme celle d’Outreau et l’urgence évidente d’une réforme en profondeur de la justice paraissent quasiment enterrées. Les tentatives d’évoquer la responsabilité d’agents et auxiliaires de la puissance publique semblent s’acheminer vers un dénouement symbolique. Aucune réforme conséquente de l’Etat, même sectorielle, n’est à ce jour envisagée. Mais les problèmes de la justice et de l’ensemble des institutions qui l’entourent deviennent de plus en plus essentiels et incontournables pour quiconque se soucie sérieusement de l’avenir et de la stabilité citoyenne du pays. Notamment en ce qui concerne la transparence, l’impartialité, la responsabilité, l’accessibilité, l’égalité des justiciables et la défense équitable des plus faibles. Des questions par rapport auxquelles la surdité comporterait des risques politiques croissants pour les décideurs présents et futurs.

Article du site "Petite Citoyenne" (France), http://www.geocities.com/petite_citoyenne

Outreau et la réforme de la justice : vers une nouvelle cascade de déceptions ?

(Isabelle Debergue, 15 octobre 2006)

 

Alors que le juge Fabrice Burgaud devrait être auditionné le 23 octobre par les deux rapporteurs du Conseil Supérieur de la Magistrature, que Virginie Madeira a publié en septembre son livre "J’ai menti" avec Brigitte Vital-Durand, et qu’il est question d’une "petite réforme" de la justice avant les présidentielles, les justiciables sont amenés à constater que les experts de l’affaire d’Outreau ne semblent avoir fait l’objet d’aucune sanction.

Le 12 octobre, Le Monde nous apprenait que la Cour d’Appel de Rouen "siégeant en formation disciplinaire" a rendu le 29 mai dernier une décision "jusqu’ici passée inaperçue". Elle a estimé que Jean-Luc Viaux, l’expert de l’affaire d’Outreau (depuis 2002) qui s’était plaint (en novembre 2005) des "tarifs de femme de ménage" aboutissant d’après lui à "des expertises de femme de ménage", n’avait commis aucune faute susceptible d’entraîner sa radiation. Pour la formation disciplinaire de la Cour d’Appel, de tels propos "ne constituaient pas une faute disciplinaire" et, de surcroît, ils "n’ont pas porté atteinte au fonctionnement de la justice". Quant aux rapports de cet expert, ils ont été jugés "extrêmement fouillés et individualisés", malgré les griefs de répétition systématique et de manque de réalisme qui lui avaient été adressés.

Jean-Luc Viaux est professeur à l’Université de Rouen et directeur du laboratoire "PRIS clinique et Société". Il apparaît sur le site du CESDIP (Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales, dépendant à la fois du Centre National de la Recherche Scientifique, CNRS, et du Ministère de la Justice) en tant que responsable pédagogique pour 2004-2005 d’un diplôme universitaire intitulé "Psychologie et sociologie du crime", destiné notamment à la formation de "magistrats, praticiens du droit, psychologues, sociologues, cadres sociaux ou éducatifs, médecins de prison, cadres de la police judiciaire et de l’administration pénitentiaire, officiers de gendarmerie et de police". Bien intégré donc dans les coupoles universitaire, scientifique et judiciaire, ce psychologue influent était également connu du monde politique au moment de son audition. En septembre 2005, il avait été l’un des premiers signataires, en tant que "professeur de psychologie clinique, Université de Rouen" de la pétition de soutien à une demande de création d’un observatoire de la récidive des infractions pénales avec, notamment, des magistrats mais aussi des personnalités politiques : Christophe Caresche, Françoise Duthu, Jack Lang, Marie Noëlle Lienemann, Noël Mamère et le président de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire d’Outreau André Vallini, signataire en tant que "député de l’Isère, président du Conseil général, secrétaire national du Parti Socialiste aux institutions, à la justice, à la sécurité et à la réforme de l’Etat".

L’article du Monde ne fait état d’aucun recours du ministère public contre la décision disciplinaire de la Cour d’Appel de Rouen refusant la radiation du professeur Viaux en tant qu’expert. Si ce recours n’a pas été introduit en temps utile, il est trop tard maintenant que les citoyens apprennent la nouvelle. Il y a donc eu, pendant plusieurs mois, une situation d’information ambiguë aux conséquences potentiellement sérieuses. Le 8 mars, le Nouvel Observateur écrivait : "A la suite de cette déclaration [sur les "tarifs de femme de ménage"], le ministre de la Justice Pascal Clément avait demandé la radiation de M. Viaux. Il a été radié de la liste de la Cour de cassation. Une procédure est en cours devant la cour d’appel de Rouen à laquelle il est rattaché." Les médias ont très largement diffusé en mars dernier cette information sur une prétendue "radiation" de Jean-Luc Viaux en tant qu’expert. Il apparaît à présent qu’en réalité, le Ministère de la Justice avait saisi l’instance disciplinaire. Mais l’affaire n’a pas été évoquée lorsque, début juin, des acquittés d’Outreau ont déploré le rapport de mai 2006 de l’IGSJ (Inspection Générale des services Judiciaires) et les réactions de parlementaires ont amené le Garde des Sceaux à engager des poursuites disciplinaires contre Fabrice Burgaud.

Le décret 2004-1463 du 23 décembre 2004 relatif aux experts judiciaires prévoit (article 24) que "le contrôle des experts est exercé, selon le cas, soit par le premier président et le procureur général près la cour d’appel, soit par le premier président et le procureur général près la Cour de cassation". S’il apparaît au procureur général qu’un expert "a contrevenu aux lois et règlements relatifs à sa profession ou à sa mission d’expert, ou manqué à la probité ou à l’honneur, même pour des faits étrangers aux missions qui lui ont été confiées" (article 25), il doit recueillir ses explications et, le cas échéant, engager des poursuites auprès de l’autorité (Cour de cassation ou Cour d’appel) ayant procédé à l’inscription de l’expert. L’article 27 précise que, devant la commission de discipline, "les débats sont publics" sauf décision contraire de la formation disciplinaire. Enfin, aux termes de l’article 29, un recours peut être formé devant la même juridiction contre la décision de l’instance disciplinaire. Le délai d’un mois "court, à l’égard du procureur général, du jour du prononcé de la décision". S’agissant d’une Cour d’appel, il faut en conclure que le rejet éventuel d