Le garde des Sceaux, Pascal Clément, a renoncé à deux mesures phares : la modification de la composition du Conseil supérieur de la magistrature et la création d'une faute disciplinaire imputable aux magistrats
(F. Bouchon / Le Figaro).
De notre envoyée spéciale à Caen ANNE-CHARLOTTE DE LANGHE.
Publié le 21 octobre 2006
Actualisé le 21 octobre 2006 : 20h59
Au congrès de l'Union syndicale des magistrats, le garde des Sceaux a confirmé que deux aspects majeurs du texte étaient finalement abandonnés.
À PAS DE LOUP et en terrain miné : c'est sur ce mode que le ministre de la Justice, Pascal Clément, s'est avancé hier après-midi à Caen, sur l'estrade du congrès annuel de l'Union syndicale des magistrats (USM, syndicat majoritaire). Le président sortant, Dominique Barella, venait de prononcer un discours pour le moins véhément, brossant le portrait d'une justice laminée par les attaques et accablée par les critiques.
« Ces dernières années, nous n'avons récolté que de la haine et du mépris », s'était-il notamment emporté. À sa façon, le garde des Sceaux s'est donc efforcé de calmer le jeu, apparemment aussi impatient de rectifier le tir que de s'envoler à Lourdes pour le congrès des aumôniers de prison.
Évoquant « les malentendus de ces derniers mois », Pascal Clément a défendu les grandes lignes de son projet de réforme pour la justice. Présenté mardi en conseil des ministres, il est pourtant réduit à sa plus simple expression. Après avoir provoqué de sérieux remous dans l'ensemble du corps judiciaire, deux mesures phares ont en effet été abandonnées : la modification de la composition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et la création d'une faute disciplinaire imputable aux magistrats. Soucieux de « mettre un terme au soupçon de corporatisme » chez les magistrats, le ministre de la Justice avait défendu l'idée d'un CSM composé d'une majorité de non-magistrats. L'USM s'était élevée contre cette proposition « inacceptable ». Au micro, et sans grande hésitation, Pascal Clément opère donc une marche arrière : faute de « consensus », mieux vaut « poursuivre la réflexion ». Un vague souffle de soulagement émane de l'auditoire : voilà une bonne chose de faite. De fait, la Chancellerie envisage dès à présent d'« ouvrir une concertation d'envergure » associant acteurs judiciaires et « éminentes personnalités » afin d'aboutir à un « diagnostic partagé » sur la question. « Qui vivra, verra », se dit-on en aparté.
Quelques concessions
Plus question, non plus, de faire passer aux forceps la nouvelle faute disciplinaire que souhaitait instaurer le garde des Sceaux et qui, elle aussi, était encore apparue le mois dernier comme l'une des mesures majeures du texte. « Cette réforme ne peut prospérer que si elle est consensuelle », a finalement admis Pascal Clément, là encore « décidé à poursuivre la réflexion ». Mais pas question, toutefois, de transiger sur les autres grandes idées de la réforme : une meilleure formation des magistrats, la saisine du médiateur de la République par les justiciables déçus, l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires de garde à vue en matière criminelle - sujet sur lequel un désaccord persiste avec Nicolas Sarkozy, partisan de filmer également les auditions dans les cabinets des juges d'instruction -, le contrôle accru de la chambre de l'instruction sur les procédures de détention provisoire, ou bien la création de pôles d'instruction.
Pour autant, ces quelques concessions n'auront pas réussi à adoucir le ton des participants. Quelques minutes plus tôt, ceux-ci avaient écouté très attentivement Dominique Barella particulièrement ému parler de magistrats que « l'on voudrait coupables à tout prix », d'« assertions aussi mensongères que manipulatrices », d'hommes et de femmes accusés de « se draper dans leur indépendance » mais qu'ils ne font qu'« aimer leur métier ». Alors, à l'occasion de la traditionnelle séance de questions-réponses avec le ministre, personne ne s'est privé. Et surtout pas cette jeune juge d'instruction d'Albi apparemment blessée que le garde des Sceaux n'ait « pas défendu la dignité des magistrats face aux attaques de Nicolas Sarkozy » sur la justice des mineurs. Une question longuement applaudie à laquelle Pascal Clément a répondu ainsi : « Je suis intervenu le jour même au Sénat. Mais ne comptez pas sur moi pour critiquer un collègue du gouvernement. »
| Il n’y aura pas de réforme de la justice française |
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by Justiciable (France) Email: justiciable_fr (nospam) yahoo.fr (verified) |
21 oct 2006 |
| L’affaire d’Outreau avait été une catastrophe judiciaire d’une telle ampleur, que les Français espéraient pouvoir obtenir une certaine évolution institutionnelle suite au rapport de la commission d’enquête parlementaire. Cet espoir a subi, depuis décembre dernier, une série très conséquente de déceptions. Mais, si un doute subsistait encore quant à l’immobilisme du monde politique et de l’appareil d’Etat, l’annonce de la suppression de deux dispositions présentées jusque là comme essentielles dans le projet de "petite réforme" de la justice, paraît de nature à clarifier définitivement la situation. Dont acte. |
| Le député UMP Georges Fenech a reconnu que des citoyens déclarés innocents par la suite avaient effectué en France un total de 584 années de prison en 2004. Soit, plus de vingt fois le total des périodes de détention subies par les innocents d’Outreau.
On peut aisément comprendre que, dans un tel contexte, l’affaire d’Outreau n’a été qu’un bout de l’iceberg. Un cas particulièrement médiatisé, du fait du nombre des détenus et des annonces sensationnalistes répandues depuis l’automne 2001 sur un prétendu "réseau pédophile". Il paraît évident que derrière une telle situation se trouvent des dysfonctionnements institutionnels profonds, et que la colère citoyenne qui s’est manifestée à l’occasion du procès d’Outreau exprimait une demande pressante de rectification globale. En vain.
L’article du 18 octobre d’Isabelle Debergue, faisant remarquer l’absence d’un projet de réforme de la justice dans le compte rendu du Conseil des Ministres du même jour, aura malheureusement été prophétique. Quarante-huit heures plus tard, la nouvelle vient de tomber : du projet déjà "minimal" et très largement symbolique de réforme de la justice annoncé il y a un mois et demi, les deux prétendues "mesures phare" à caractère institutionnel disparaissent jusqu’à nouvel ordre. Sans doute, à jamais, vu la proximité de la campagne présidentielle de 2007. Il s’agit :
a) d’une modification de la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature ;
b) de l’introduction d’une prétendue "nouvelle faute disciplinaire" décrite comme suit : "la violation délibérée des principes directeurs de la procédure civile ou pénale, comme les droits de la défense, la présomption d'innocence ou le principe du contradictoire, sera désormais sanctionnée par une interdiction d'exercer pendant cinq ans des fonctions à juge unique (juge d'instruction, juge d'application des peines...)". Il s’agissait en réalité d’une mesure de façade car, comme déjà signalé, les prétendues sanctions n’auraient été que des dispositions techniques d’organisation du service. Mais la notion même de faute disciplinaire des magistrats semble, en l’occurrence, s’être heurtée à une forte résistance.
C’est donc la mise à mort d’une "mini-réforme" qui était déjà, très largement, une apparence. Mais même l’apparence finit par tomber. C’est aussi l’aboutissement logique d’un processus d’étouffement des véritables problèmes institutionnels et politiques que soulève l’actuelle situation de la justice française. Une commission parlementaire avec un mandat limité propose des réformes limitées, dont seulement quelques points sont repris par le Garde des Sceaux, lequel finalement revient en arrière à la dernière minute… Mardi prochain, en Conseil des Ministres, il ne restera plus rien ou presque.
Ce n’est pas que ce n’était pas à craindre, mais ça n’enlève rien à la déception légitime que peuvent éprouver de nombreux citoyens. Raison de plus pour poursuivre l’analyse des causes profondes de ces dérives et en tirer toutes les conséquences.
Justiciable (France) justiciable_fr@yahoo.fr http://www.geocities.com/justiciable_fr
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Avocats et acquittés d'Outreau parlent de "reculade" de Clément
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BOULOGNE-SUR-MER, Pas-de-Calais (Reuters) - Dominique Wiel, l'un des acquittés de l'affaire de pédophilie d'Outreau, a dénoncé "les reculades" du garde des Sceaux, Pascal Clément, sur le projet de réforme de la justice.
Le ministre de la Justice a annoncé vendredi que le texte qui doit être présenté mardi en Conseil des ministres ne comprendrait finalement pas deux de ses mesures-phares, par souci de concertation.
Il s'agit de la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et de l'instauration de sanctions contre les juges pour faute professionnelle.
Le projet de loi avait été établi sur la base du rapport rendu au début de l'été par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, qui a donné lieu à de graves dysfonctionnements.
Pour Dominique Wiel, "c'est la troisième fois que le garde des Sceaux recule". "Il devait sanctionner un expert, il ne l'a pas fait. Il devait s'engager dans des poursuites contre le juge Burgaud, il ne l'a pas fait. Maintenant il recule encore", a déclaré à la presse le prêtre-ouvrier.
Les avocats de plusieurs accusés à tort dans l'affaire d'Outreau ont également dénoncé l'annonce du ministre de la justice.
"L'affaire d'Outreau n'a servi à rien, le cataclysme de cette affaire n'a pas été pris en compte. On ne veut pas réformer la justice", a déploré Me Eric Dupont-Moretti, l'avocat de Roselyne Godart, dénonçant le "corporatisme" de la justice.
Me Blandine Lejeune, l'avocate de Dominique Wiel a estimé de son côté qu'il était "anormal" que les juges, "des hommes chargés de se prononcer sur les fautes des justiciables ne puissent pas eux être jugés en cas de fautes".
Le texte de Pascal Clément sera présenté en conseil des ministres mardi 24 octobre. Il ne comportera qu'un volet relatif à la procédure pénale.
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