PARIS - Le procès du naufrage de l'Erika s'achève mercredi, après quatre mois de débats où les quinze prévenus ont revendiqué la même innocence dans cette catastrophe qui avait pollué 400 km de côtes françaises en décembre 1999.
Après plus de 230 heures d'audience, le défilé de 49 témoins et experts et l'ajout d'une quarantaine de volumes aux 119 déjà accumulés par sept ans d'enquête, le président Jean-Baptiste Parlos et ses deux assesseurs vont se retirer pendant de longs mois avant de rendre un jugement attendu en début d'année prochaine.
Le dernier jour d'audience doit être entièrement consacré à la défense de la société de classification italienne Rina, accusée d'avoir délivré ses certificats de navigabilité à un pétrolier en mauvais état, rongé par la corrosion, mal réparé et trop âgé.
L'accusation la soupçonne d'avoir fermé les yeux sur le mauvais état du bateau, refusant de le faire immobiliser pour réparations, parce que son propriétaire, l'Italien Giuseppe Savarese, lui devait de l'argent et avait besoin de le faire marcher pour dégager des fonds et honorer ses dettes.
Le Rina, qui réfute tout, espère pouvoir échapper au jugement en plaidant l'immunité diplomatique, assurant qu'elle détenait ses pouvoirs de classification de Malte, état du pavillon de l'Erika.
La journée de mardi a été consacrée à la défense du gestionnaire du navire, Antonio Pollara, et de l'armateur Savarese, accusés par le procureur d'être "les responsables principaux" du mauvais état du tanker.
"Attention à ne pas faire de mon client un bouc émissaire", a lancé Me Luc Grellet, défenseur d'Antonio Pollara, à qui l'accusation reproche notamment d'avoir fait réparer l'Erika "a minima".
Depuis la catastrophe, "l'industrie maritime a réglé les problèmes et a rehaussé les niveaux de sécurité qui étaient peut-être insuffisants à la fin des années 90. Il ne faut pas faire supporter aujourd'hui les carences de l'industrie maritime de cette époque", a-t-il ajouté.
Pour son client Giuseppe Savarese, Me Pierre-Olivier Sur s'inquiète d'abord de l'ampleur des dommages -autour du milliard d'euros- réclamés par les parties civiles, redoutant un jugement "expiatoire contre quelques personnes, pour que ce naufrage ne reste pas impuni".
La stratégie de défense du propriétaire est simple : il a "délégué ses pouvoirs" d'exploitation du navire et de prévention de pollution à Panship, la société de M. Pollara. Si faute il y a, c'est donc de ce côté-là que doivent chercher les juges.
La preuve, détaille son défenseur: Giuseppe Savarese ne s'est "immiscé" ni dans les travaux de réparation ayant précédé le drame, ni dans la gestion de la crise elle-même.
Et de réfuter aussi la thèse de l'accusation selon laquelle l'armateur était très endetté et avait mis sur pied une structure de propriété "diluant les responsabilités".
"Ce n'était pas une structure de voyou. Rien ne manque", lance-t-il, en énumérant pièce après pièce, de l'accord de prêt de la Bank of Scotland aux certificats d'assurances.
"Cette opération était saine", insiste-t-il, assurant que la valeur des actifs détenus par Giuseppe Savarese était bien supérieure à son endettement. Les marins de l'Erika n'avaient pas non plus été embauchés au rabais, sans qualification, "ce n'était pas un équipage payé au lance-pierres", lance-t-il.
Histoire de ne laisser aucune piste inexplorée, il soulève aussi un point de droit. Juridiquement, explique-t-il, ce n'est pas M. Savarese le propriétaire de l'Erika, mais sa société Tevere Shipping. Il ne peut donc pas être condamné par le tribunal.
(©AFP / 12 juin 2007 17h30)
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