Rachida Dati a le courage de s'attaquer à une réforme de la carte judiciaire. Ce n'est pas facile. Mais je désapprouve sa méthode. Lorsque j'étais garde des sceaux, j'ai supprimé, sans remous, 36 tribunaux de commerce, qui n'avaient jamais été touchés depuis la Révolution. Nous avions pensé à une réforme plus large, avec la même méthode de travail. Il s'agissait de partir des territoires et de la nature des contentieux.
Dans certains endroits, on manque de tribunaux et de juges. Nous avions réfléchi à des regroupements de contentieux spécialisés, Mme Dati veut le faire et c'est une bonne chose. Mais il y a des contentieux qu'il faut au contraire laisser au plus près des gens.
Il ne m'est jamais venu à l'idée de réduire la justice de proximité. Les tribunaux d'instance sont ceux qui marchent le mieux. C'est la même majorité qui a créé à grand bruit des juges de proximité et qui supprime les tribunaux de proximité. C'est l'une des incohérences majeures de cette réforme. Mme Dati fait fausse route. Les objectifs ne sont pas clairs, les décisions prises sans vraie concertation. La sagesse consisterait à tout remettre à plat et à repartir avec une méthode différente après les municipales. Il restera quatre ans pour mener à bien la réforme de l'organisation judiciaire, qui est nécessaire.
Le gouvernement veut créer une détention après la peine pour les délinquants sexuels les plus dangereux. Qu'en pensez-vous ?
La meilleure solution, c'est de soigner ces délinquants pendant qu'ils sont en prison. Pour ceux qui restent dangereux à l'issue de leur détention, on peut recourir à une procédure qui existe déjà : l'internement administratif ordonné par le préfet. Une personne qui a commis un crime doit payer sa dette en étant condamné, mais une fois la peine purgée, il ne peut pas relever de la justice sauf nouveau délit ou crime. Je suis aussi très choquée à l'idée de juger des irresponsables pénaux, c'est-à-dire des fous. On risque de dévoyer la justice.
Vous aviez aussi lancé la réflexion sur une loi pénitentiaire. Comment résoudre la surpopulation carcérale ?
En menant une politique pénale appropriée, sans être laxiste. Quand je suis arrivée à la chancellerie il y avait 55 000 détenus pour 48 000 places et quand je suis partie, il n'y avait plus que 48 000 détenus. Nous avons encadré la détention provisoire et favorisé les aménagements de peine et les libérations conditionnelles qui sont le meilleur moyen de lutter contre la récidive, en donnant des moyens humains nécessaires.
Or, depuis six ans, la politique pénale a radicalement changé : on veut faire croire à l'opinion que la prison est la seule réponse. Résultat : 63 000 détenus pour 50 000 places. Et l'impossibilité de donner du sens à la peine par un travail de réinsertion dès le début de l'incarcération.
Rachida Dati s'est présentée comme la chef des procureurs. Que pensez-vous de cette conception du parquet ?
Je refuse l'autoritarisme et la soumission de la justice au pouvoir politique. Le garde des sceaux ne doit pas donner d'instructions dans les affaires individuelles ni passer outre l'avis du Conseil supérieur de la magistrature pour la nomination des procureurs. J'avais proposé une réforme qui prévoyait que les procureurs généraux ne soient plus nommés en conseil des ministres mais par le CSM. En contrepartie de cette garantie d'indépendance j'avais proposé un système augmentant la responsabilité des magistrats.

Procès à rebondissements devant la cour d'assises du Var. Mercredi dernier, Béatrice Faure, 46 ans, a raconté comment son amant, Jean-Claude Douliery, s'était, un soir de mars 2005, débarrassé du corps de son mari dans un fossé. Un fossé où les gendarmes retrouveront les restes de deux corps. L'autre pourrait être celui de l'ancienne fiancée de Douliery.
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