AP - Mercredi 24 octobre, 20h21
ALENCON - Le corps de Daniel Goulet, sénateur UMP de l'Orne, décédé en février dernier à Abu Dhabi d'un accident vasculaire cérébral à l'âge de 78 ans a été exhumé mercredi après-midi au cimetière du Mêle-sur-Sarthe (Orne), a-t-on constaté sur place.
L'exhumation avait été demandée par un juge parisien suite à la plainte contre X pour assassinat déposée lundi 23 avril par Me Jacques Vergès, avocat des deux filles du sénateur. Ces dernières refusent la version officielle du décès de leur père et accusent Nathalie Goulet, 48 ans, épouse de leur père mais aussi suppléante de ce dernier et désormais sénatrice jusqu'en 2011, d'être impliquée dans l'affaire.
L'exhumation et l'autopsie demandées par un juge parisien devraient permettre à la justice de connaître les causes exactes de la mort du sénateur enterré le 2 mars dernier. AP
xvei/sb

03/05/2007 - Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé, Jérôme Pierrat et Olivia Recasens - © Le Point - N°1807
Le 25 février, le sénateur UMP de l'Orne, Daniel Goulet, décède à Abu Dhabi. Aujourd'hui, ses filles portent plainte pour assassinat. L'épouse et suppléante du parlementaire est dans le collimateur de la famille. Me Vergès a pris l'affaire en main.
L'autopsie dira si Daniel Goulet est mort d'un accident vasculaire cérébral ou s'il a été tué par sa femme, Nathalie Goulet, devenue sénateur à sa place.
AFP PHOTO MYCHELE DANIAU .
L a mort d'un homme de 78 ans d'un malaise cardio-vasculaire au cours d'un déplacement professionnel dans le golfe Persique n'est pas à priori suspecte. Pourtant, Danièle, 54 ans, et Florence, 45 ans, les filles de Daniel Goulet, sénateur UMP de l'Orne, refusent la version officielle du décès de leur père, le 25 février dernier à Abu Dhabi, des suites d'un banal malaise cardio-vasculaire. Pour elles, Daniel Goulet n'a pas succombé, au bout de cinq jours, à une simple attaque. C'est du moins ce qui ressort de la plainte contre X pour assassinat qu'a déposée lundi 23 avril en leur nom Me Jacques Vergès. Les deux femmes se constituent partie civile, réclament que le corps de leur père soit l'objet d'une autopsie. Et souhaitent l'audition, comme témoins, de quatre parlementaires, Pierre Lellouche, Guy Teissier, Alain Marsaud et Jean-Claude Beaulieu.
A la lecture du document rédigé par le célèbre avocat, un autre personnage occupe une place centrale dans l'univers familial des Goulet, sinon dans le drame d'Abu Dhabi. C'est Nathalie, 48 ans, la veuve de Daniel. Un étrange incident a rétrospectivement braqué les projecteurs sur cette quadra exubérante, après le décès soudain de son mari. C'était le samedi 17 février, dans les jardins ombragés de la résidence de l'ambassadeur de France à Abu Dhabi : un déjeuner de travail réunit une dizaine de parlementaires de la commission de la Défense nationale. Avant de passer à table, députés et sénateurs discutent autour d'un cocktail. Nathalie Goulet capte tous les regards et anime la conversation. Soudain, elle lâche à propos de son mari qui discute à quelques mètres : « Il a failli mourir, dommage qu'il n'ait pas claqué, j'attends qu'il meure pour prendre sa place. » Stupeur dans l'assistance devant cette plaisanterie d'un goût exécrable. « On s'est tous regardés interloqués, se souvient un député UMP présent. J'ai demandé qui était cette femme et l'on m'a dit que c'était l'épouse de Daniel Goulet et aussi sa suppléante, donc qu'en cas de décès elle lui succéderait. De retour à Paris, quelques jours plus tard, j'ai appris que le sénateur Goulet était mort à Abu Dhabi d'un malaise cardio-vasculaire. »
Celle qui est désormais sénatrice jusqu'en 2011 balaie les insinuations qui ne manquent pas d'un revers de main : « Ce sont des plaisanteries que l'on fait comme ça et que l'on regrette le lendemain quand il se passe quelque chose. Daniel, ça ne le choquait pas du tout. » La plainte déposée par ses belles-filles ne l'émeut pas davantage : « Quand vous avez des gens qui ont trente ans de différence qui vivent et travaillent ensemble, le raccourci est simple : elle fout le grappin sur un type de 70 ans, le fait bander, devient sa maîtresse, sa suppléante, puis l'épouse avant de le supprimer... » Le moins que l'on puisse dire, c'est que madame la sénatrice a un langage direct.
C'est en 1998 que Nathalie Milsztein, jeune avocate, fait son apparition au palais du Luxembourg dans le sillage du sénateur de l'Orne, Daniel Goulet, de trente ans son aîné. Assistante parlementaire du sénateur chiraquien, cette brune volubile devient vite sa suppléante avant de l'épouser en 2004, puis de lui succéder après son décès voilà deux mois. Avant de se marier avec Daniel Goulet, Nathalie Milsztein a connu pas mal de déboires dans sa carrière d'avocate, écrit Me Vergès. En janvier 2000, le conseil de l'ordre de Paris l'a en effet radiée pour « manquements graves et réitérés aux principes essentiels de la profession, contraires à l'honneur et à la probité ». Une décision confirmée le 22 novembre 2006 par la cour d'appel de Versailles. Lorsqu'on l'interroge sur ce sujet épineux, la sénatrice s'énerve : « Ce sont des erreurs de jeunesse, rien à voir avec des emplois fictifs. » Et de renvoyer vers son avocat qui oppose le secret professionnel. Collusion frauduleuse, dettes non remboursées, loyers impayés, litiges financiers avec d'autres avocats... Pour finir, le cabinet que Nathalie Milsztein partageait avec un confrère a été mis en liquidation judiciaire à la fin des années 90, plombé par une dette fiscale de 246 710 francs en date du 14 mai 1998.
« J'ai connu Nathalie, alors étudiante à Assas. C'était une Rastignac en jupons, explique Jean-François Probst, ancien secrétaire général du groupe RPR au Sénat, aujourd'hui consultant. Elle a gravité autour de l'UNR puis du RPR, avant de fréquenter la gauche, notamment le député maire de la Rochelle Michel Crépeau, et de repasser à droite avec Daniel Goulet. »
En 2001, après trente ans de vie politique derrière lui, le sénateur avait décidé de jeter l'éponge. « Sa future femme l'a fait changer d'avis », affirme Yves Deniaud, député UMP de l'Orne. C'est en avril 1999, lors d'un voyage en Grèce, que Nathalie convainc Daniel de se représenter. « Il avait 71 ans et pas l'intention de solliciter un nouveau mandat, mais après notre rencontre il a eu envie de recommencer une nouvelle vie, confie Nathalie Goulet. Il m'a dit : je vais me représenter, tu seras ma suppléante, sur un mandat de neuf ans, je décrocherai une mission parlementaire et le siège sera pour toi. » Un parlementaire missionné par le gouvernement au-delà de six mois peut en effet céder sa place à son suppléant. Le 12 mars dernier, dans une interview au journal Ouest France , la veuve expliquait : « Daniel voulait faire la moitié de son mandat. Philippe Douste-Blazy lui a confié une mission en octobre mais je ne m'attendais pas à lui succéder aussi brutalement. » Au Quai d'Orsay, on précise que le sénateur s'était seulement vu confier par le ministre, de manière informelle, non pas une mission, mais un travail d'étude sur le Moyen-Orient. Une situation qui ne permettait pas à sa suppléante de récupérer le siège.
Des comptes dans le rouge. Avant d'hériter du mandat de son mari, Nathalie Goulet s'était essayée à la fonction. Ces dernières années, beaucoup l'ont vue prendre la parole à la place de Daniel Goulet lors de colloques au Moyen-Orient, où celui-ci était régulièrement invité en tant que président des groupes parlementaires France-Palestine et France-pays du Golfe.
Lorsque, il y a neuf ans, Nathalie Milsztein a surgi dans la vie de Daniel Goulet, c'est peu dire que la famille et les proches ne furent pas enthousiasmés. Ses comptes bancaires étaient dans le rouge, rapporte la plainte. Un proche raconte : « C'est Daniel qui a épongé ses dettes. Il a vendu un appartement à La Clusaz, puis le manoir familial en Basse-Normandie. » On imagine l'inquiétude des héritières du notable. D'autant que, à peine arrivée, Nathalie Milsztein a pris la place de Danièle, l'une des filles du sénateur qui était depuis 1976 son assistante parlementaire. En 2002, un détective privé avait même été chargé d'enquêter afin d'en savoir plus sur cette femme qui semblait avoir hypnotisé l'élu.
« Je vois bien que certains sénateurs insinuent que je l'ai tué pour prendre son siège, mais c'est un simple accident cardio-vasculaire, s'indigne Nathalie Goulet. Malgré son âge, il était en pleine forme. Comme chaque année nous devions nous rendre au Qatar à l'invitation du Premier ministre, pour fêter notre voyage de noces. » Un voyage de noces sans billet de retour...
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