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Publié le 20 février 2008
Le box est resté vide. Dominique Vanwascapel a refusé de se présenter à ses jurés, et ce malgré une sommation du président adressée par huissier. L’accusé est resté prostré sur
un banc dans la salle des gardes sous la salle d’audience. Une situation inédite qui n’a pas empêché le déroulement habituel des débats. Mais les parties civiles ont gardé un goût amer de
cette première journée d’audience. En plus de ne pas avoir fait face au meurtrier, elles n’ont obtenu aucune réponse à leurs nombreux questionnements. Les quatre morts restent inexpliquées,
sans mobile.
Le meurtrier au moment de la reconstitution des faits. Ces dernières semaines, il refuse de se soigner et de s’alimenter.
“Il a honte, il ne veut pas montrer sa figure. Il commence à comprendre et ne veut pas assumer. Je n’aurai jamais de réponse.” Thérèse Therméa reste interdite. Sur le banc des
parties civiles, elle espérait voir le visage de celui qui a ôté la vie à sa sœur, sans raison. Mais Dominique Vanwascapel en a décidé autrement. Les policiers qui l’escortent ont dû le
porter pour le conduire jusqu’à la cour d’assises. Et maintenant, il reste allongé sur le banc de la salle des gardes, refusant de comparaître à l’audience. La sommation du président n’y
changera rien. Le procès se déroulera sans lui.
Les faits Christian Dijoux, Henri Sautron, Jeanine Therméa et Benoîte Adélard. Trois voisins et une concubine aimante qui n’avaient aucune raison
de craindre Dominique Vanwascapel. Et pourtant, le 28 juin 2007, la fin d’après-midi tourne au drame. Dans quel ordre les victimes ont-elles été tuées ? Difficile de le savoir, tous les
scénarios sont plausibles. Christian Dijoux et Jeanine Therméa ont reçu des coups de couteau, Henri Sautron et Benoîte Adélard des coups de fusil. Après le carnage, Dominique Vanwascapel met
le feu aux trois cases et avale une bouteille d’acide pour se donner la mort. Il devra son salut à ses frères, venus le tirer des flammes et prévenir les secours. Juste après ces meurtres,
l’auteur avait téléphoné à sa sœur en déclarant : “J’ai tué Benoîte et les autres à côté. C’est trop tard, je vais me suicider.” Après sa convalescence, Dominique Vanwascapel expliquera
aux enquêteurs avoir tué accidentellement sa compagne en nettoyant son arme et ne plus se souvenir des autres événements. Il dira également être sous l’influence d’un marabout qui lui aurait
dit de “nettoyer” sa case.
L’audience
Les débats seront à l’image de l’accusé : vides de sens. A la fin de cette première journée de débat, personne n’est en mesure d’expliquer la folie meurtrière de Dominique
Vanwascapel. En l’absence de mobile évident, les experts sont attendus à la barre comme des messies. Mais jurés et parties civiles restent sur leur faim. Pas d’explication psychologique,
aucune pathologie psychiatrique, si ce n’est un état dépressif probablement lié à la tentative de suicide de l’accusé. Aucune frustration ou vengeance à assouvir. Reste la piste du marabout.
Raymond Sormon aurait des dons de guérisseur. Il reçoit régulièrement à son domicile pour “soulager les douleurs”. Dominique est très proche de lui. Il considère le vieil homme comme un
second père. Quand ce dernier se présente à la barre à la fin de la journée, il ressemble bien plus à un petit notable qu’à un quelconque gourou. Pantalon noir, chemise blanche, moustache et
cheveux courts grisonnants, le sexagénaire était autrefois maçon. “Oui, je soulage les gens. Mais je n’utilise que des prières catholiques. J’avais juste dit à Dominique de nettoyer sa cour
avec de l’eau bénite et de l’eau de mer. C’est tout.”, explique-t-il à la barre.
Vous ne pensiez pas qu’on lui avait jeté un sort ? , questionne le président.
Non, répond immédiatement le témoin.
Mais c’est pourtant ce que vous aviez dit aux policiers !, rétorque le président. Me Vincent Hoarau prend
le relais. Il cuisine le pseudo-marabout mais n’obtient rien de plus. Quelques minutes plus tard, coup de théâtre. L’ex-compagne de Dominique Vanwascapel met directement en cause le
guérisseur : “C’est lui qui l’a transformé. Il devrait être en prison. Il est devenu le maître de Dominique. Il lui faisait faire ce qu’il voulait. Dominique mettait des offrandes
malbars et du feu dans la maison. C’est pour ça que je l’ai quitté.” Des accusations bien difficiles à étayer par des éléments matériels.
La suite du procès
Ce matin, le médecin légiste sera appelé à la barre. Puis les déclarations de l’accusé seront lues par le président avant que plaidoiries et réquisitoires ne se succèdent. Le
verdict sera connu en fin de journée. Dominique Vanwascapel encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Frédérique Seigle
Art. 319 du code de procédure pénale Si un accusé refuse de comparaître, sommation lui est faite
au nom de la loi, par un huissier commis à cet effet par le président, et assisté de la force publique. L’huissier dresse un procès-verbal de la sommation et de la réponse de l’accusé.
Art. 320 du code de procédure pénale Si l’accusé n’obtempère pas à la sommation, le président
peut ordonner qu’il soit amené par la force devant la cour ; il peut également, après lecture faite à l’audience du procès-verbal constatant sa résistance, ordonner que, nonobstant son
absence, il soit passé outre aux débats. Après chaque audience, il est, par le greffier de la cour d’assises, donné lecture à l’accusé qui n’a pas comparu du procès-verbal des débats, et il
lui est signifié copie des réquisitions du ministère public ainsi que des arrêts rendus par la cour, qui sont tous réputés contradictoires.
CE QU’ILS EN PENSENT
Vincent Hoarau, avocat de la défense “Mon client ne m’a rien dit. Il n’a pas parlé, il reste
allongé sur son banc et ne veut pas comparaître. Il ne présente aucun visage à ses jurés. Ils vont le juger en son absence, avec leur sentiment et sans entendre sa voix et ses débuts
d’explications, s’il en avait, ses regrets éventuels. Ils vont juger un inconnu, c’est dommageable pour lui. J’ai très peu de contacts avec lui, il est dans une phase d’effondrement,
peut-être liée à l’audience, aux remords ou à d’autres raisons qui lui sont propres. Comme l’a dit l’expert, c’est quelqu’un qui n’exprime pas du tout ses sentiments, ses affects, ce qu’il
a au fond de lui. Il est en dépression mais on ne sait pas pourquoi. On peut émettre plein d’hypothèses. Pour l’instant, la défense est un spectateur dans le dossier puisque nous n’avons
pas d’explications de la part de Monsieur Vanwascapel et donc pas de thèse à défendre. On est à la recherche de la vérité. Lui-même est un peu spectateur de ce qu’il se passe. Il faut
attendre de voir ce qu’il va sortir des débats pour voir si l’on peut donner une explication à tout ça.”
Me Sophie Vidal, avocat de la partie civile “Les parties civiles se constituent pour
comprendre ce qu’il s’est passé. Or l’accusé ne comparaît pas et ne donne aucune explication. Le pourquoi de ces agissements… il ne l’a jamais formulé. On essaie de donner a posteriori un
sens à quelque chose qui n’en a pas. C’est très frustrant. Ce sont des morts inutiles et qui resteront inexpliqués. On ne peut rien dire d’autres à part qu’ils étaient au mauvais endroit au
mauvais moment. Il n’y a aucune réponse à leur douleur.”
Me Robert Ferdinand, avocat de la partie civile “Nous, parties civiles, nous sommes très
frustrées par l’absence de l’accusé. Mes clients voulaient entendre de la bouche même de l’assassin ses explications. Pour eux, c’est une fuite qu’ils n’acceptent pas. Aujourd’hui, le
procès ne nous apporte aucune réponse. Si lui, c’est un mort-vivant, les quatre enfants de Madame Adélard sont des vivants déjà morts. C’est pour eux un procès tronqué quelque part. Ils ne
comprennent pas.Leur mère était une femme de grande vertu, correcte dans sa relation même s’il n’a jamais été question de mariage. Ils ne comprennent pas.”
C’est un marabout qui m’a poussé à les tuer
CLICANOO.COM | Publié le 21 février 2008
En deux heures à peine, le substitut général et les trois avocats ont plié plaidoiries et réquisitoire. Une diligence devant un box resté vide qui laisse une impression de procès tronqué.
Dominique Vanwascapel emporte dans sa geôle les mobiles de ses crimes. Mais les connaît-il lui-même ? La seule piste évoquée par l’accusé est celle d’un mystérieux marabout colporteur
venu lui dire de “nettoyer sa case”. Reconnu coupable de trois meurtres et d’un assassinat, il a été condamné à trente années de réclusion criminelle.
Muré dans un mutisme complet, Dominique Vanwascapel ne s’est pas présenté dans le box. Pour cette seconde journée d’audience, l’accusé est une nouvelle fois resté prostré sur le banc de la
salle de garde.
L’audience Cette seconde journée de procès débute par le rapport d’autopsie du médecin légiste. Les mots sont durs, insoutenables pour les enfants de Benoîte,
la concubine du meurtrier, qui préfèrent quitter la salle d’audience. Suit la lecture des déclarations de l’accusé, surprenantes. Dominique Vanwascapel donne plusieurs chronologies du
déroulement des faits mais deux éléments restent constants. Il affirme avoir tué accidentellement Benoîte en nettoyant son arme, et relate avoir agi sous l’influence d’un marabout.
L’accident est peu probable, Benoîte a été tuée de deux coups de fusil à bout portant. Mais en ce qui concerne la piste du marabout… Le meurtrier était très proche de Monsieur Sormon,
décrit par plusieurs témoins comme un guérisseur, pratiquant la sorcellerie et des rites malbars. “Je reconnais avoir agi sous l’influence d’un marabout pour nettoyer l’environnement,
explique-t-il aux enquêteurs. Tout a été dicté par un marabout venu chez moi par hasard. Je lui ai parlé de mes problèmes de travail. Il m’a dit de désherber autour de moi, que mon
voisinage était mauvais. Il m’a mis de la poudre blanche sur le visage pour me donner du courage. Il m’a dit de nettoyer ma case par le feu. J’ai tué Benoîte par accident. Mais les autres,
c’est un démon qui m’a poussé à les tuer.” Les enquêteurs essaieront bien d’exploiter cette piste. En vain. D’autant que le psychiatre affirme n’avoir trouvé aucun trouble psychiatrique
chez le prévenu.
Les plaidoiries des parties civiles C’est avec frustration que les avocats des parties civiles prennent la parole. Me Sophie Vidal évoque le souvenir de
Jeanine Therméa : “Je viens vous parler d’une femme malade, diabétique, handicapée mentale qui ne pourra jamais vous parler de sa peur. Rien ne laissait présager à une fin tragique,
rien n’aurait pu lui permettre d’anticiper cette fin atroce qu’elle va vivre en cette fin d’après-midi. Elle n’a opposé aucune résistance. Nous n’avons aujourd’hui aucune explication, aucun
sens à un acte qui n’en a pas.” Dans le même registre, Me Robert Ferdinand, pour les enfants de Benoîte Adélard, la concubine du meurtrier, parle de la souffrance des parties civiles :
“Nous avons envie de hurler. Montrez-vous Monsieur Vanwascapel ! Montrez-nous votre face. Que nous sachions exactement les réponses que nous attendons de vous ! Vous nous avez
laissés dans l’ignorance la plus totale, dans l’effroi de ce qu’on ne saura jamais. Et ça, c’est le plus insupportable de tout ce qu’on a pu vivre.”
Le réquisitoire L’avocat général, Michel Baud, débute son réquisitoire par le même questionnement qui hante tous les protagonistes du procès : “Quatre
vies ont été arrachées dans des conditions épouvantables. Ou ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Ce sont des questions sans réponses. Si on pense que juger c’est comprendre,
alors il nous manque quelque chose pour juger. C’est le diable peut-être, le diable probablement… Car dans les quelques explications qu’a données l’accusé, on a cette dimension mystique.
Mais il n’y a rien dans ce dossier contre Monsieur Sormon. Et sur le plan psychiatrique, l’accusé est parfaitement clair. Alors peut-être a-t-il voulu se supprimer et emmener sa compagne
avec lui. Peut-être que les voisins sont arrivés au mauvais moment et qu’il a décidé de les supprimer ? Nous n’en saurons rien. Mais ce vide n’empêchera pas la justice de passer. Il
encourt la perpétuité mais je vous demande de ne pas prononcer de peine en dessous de trente années de réclusion criminelle.” La plaidoirie de la défense Me Vincent Hoarau se sent bien seul
au moment de plaider. “Vous n’aurez pas sa parole, mais vous aurez la mienne, explique-t-il aux jurés. Aujourd’hui, il n’est plus que le fantôme de lui-même, un mort-vivant. Peut-être ne
supporte-t-il pas psychologiquement de faire face à ses actes ? Ou bien est-ce du mépris ? Chacun aura son interprétation. Il a 48 ans, n’a jamais été condamné. C’était autrefois
un bon père, travailleur acharné, serviable. Il avait probablement un lien fusionnel avec Monsieur Sormon. Et quand il dit être sous influence, nous devons essayer de comprendre sa logique.
Monsieur Vanwascapel attachait de l’importance à la magie noire et à la sorcellerie. Et il ne faisait sans doute pas la part des choses. Sormon lui avait guéri sa jambe et il y croyait.
Pour lui, la magie est omniprésente dans sa vie. Et lorsque Sormon lui dit de nettoyer sa case, il s’est senti envoûté par la poudre blanche. Il était dans une ambiance mystique. Il a mis
le feu chez lui et lorsqu’il a avalé de l’acide, peut-être était-ce pour nettoyer son corps. Ce sont des hypothèses, mais nous n’avons aucune explication. Alors on vous demande de mettre le
pied au plancher, mais ce n’est pas un monstre, nous ne sommes pas dans la phase terminale de l’humanité.”
Le verdict Au terme de deux heures de délibéré, Dominique Vanwascapel est reconnu coupable d’assassinat sur sa concubine Benoîte Adelard et de meurtre sur les
trois autres victimes.Il est condamné à trente ans de réclusion criminelle.
Frédérique Seigle
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