Dans l'affaire du "suicide" de Christian Jambert, deux thèses s'opposent depuis l'ouverture de l'information judiciaire en 2002, à la suite de la plainte déposée par les enfants de la victime. L'autopsie du corps du gendarme avait révélé la présence de deux balles dans sa boite cranienne ce qui pour une partie des experts exclut totalement la thèse du suicide tandis que l'autre partie la croit toujours possible en expliquant que les deux balles ont été tirées coup sur coup.
Dans son édition d'aujourd'hui, le journal Le Figaro révèle qu'une confrontation entre ces deux collèges d'experts a été organisée il y a quelques semaines par un juge d'instruction au tribunal d'Auxerre. Cette entrevue a semble-t-il était si tendue que le juge a pris la décision de désigner un nouvel expert spécialisé dans l'imagerie 3D. Ce dernier aura la lourde tâche de définir la trajectoire prise par les deux balles dans le crâne de Christian Jambert et peut-être de départager les deux versions.
Le gendarme Jambert avait été le premier à suspecter le chauffeur de car Emile Louis dans l'affaire des disparues de l'Yonne au début des années 80. Poursuivant inlassablement son enquête, même après sa retraite, il avait été retrouvé mort en 1997.
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Disparues de l'Yonne : nouvelle expertise sur Jambert
Suicide ou assassinat ? La mort du gendarme qui avait lancé l'enquête divise les légistes. Pour les départager, le juge demande une reconstitution en trois dimensions de la trajectoire des balles dans le crâne.
LA SCÈNE a marqué les esprits de tous ceux qui en ont été les témoins. Dans la bibliothèque du tribunal d'Auxerre, il y a plusieurs semaines, un juge d'instruction a convoqué des experts judiciaires pour les confronter les uns aux autres. La démarche est exceptionnelle. D'habitude, les confrontations sont organisées entre suspects ou témoins. « Là, c'était un acte innovant, sans doute une première », affirme le procureur François Perain. Mais « deux versions irréductibles se sont opposées », selon l'expression de Didier Seban, avocat des enfants Jambert.Voilà maintenant cinq ans que les conditions de la mort de Christian Jambert sèment le doute. Dès 1984, cet adjudant-chef avait rédigé un rapport de synthèse mettant en cause Émile Louis. La cour d'assises de l'Yonne lui a donné raison à titre posthume vingt ans plus tard en condamnant le chauffeur de car à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais une plainte des enfants du gendarme a conduit, en 2002, à l'ouverture d'une information judiciaire et à l'exhumation du gendarme enterré en août 1997 après, officiellement, s'être suicidé dans son garage. L'autopsie menée par Dominique Lecomte, directrice de l'institut médico-légal de Paris, avait révélé que deux balles étaient à l'intérieur de la boîte crânienne.
Confusion
Aujourd'hui, ces premiers experts estiment le suicide impossible. Mais deux autres collèges d'experts jugent au contraire que le geste de désespoir est techniquement réaliste. Daniel Malicier, de l'institut médico-légal de Lyon, et Patrice Mangin, de Lausanne, affirment que les deux coups de feu sont partis « en rafale » de la carabine.
Lors de la confrontation, des éclats de voix se sont fait entendre entre ces grands noms de la médecine légale. Oralement, l'hypothèse d'une troisième balle a même été évoquée : une plaie au niveau de la lèvre demeure en effet inexpliquée. Viendrait-elle d'un troisième projectile ? La confrontation s'est achevée dans une telle confusion que le juge d'instruction, Charles Prats, vient de commettre un nouvel expert, cette fois un spécialiste de l'imagerie en trois dimensions.
Encore relativement peu exploité dans les affaires criminelles, ce procédé est l'ultime recours afin de visualiser les hypothèses des légistes. L'image obtenue permettra-t-elle d'approcher la vérité ? « Notre regret, affirme l'avocat Didier Seban, est qu'on soit resté à ce seul débat médico-légal sans chercher les raisons qui pourraient expliquer que Christian Jambert était alors menacé ».








es derniers développements de l'affaire de la Mnef ont provoqué une violente polémique entre le ministère de la Justice et l'opposition. La droite accuse le gouvernement d'avoir «repris en main» les affaires sensibles en déplaçant contre leur gré deux magistrats présumés gênants. Premier départ annoncé, celui d'Anne-José Fulgéras, chef de la section financière du parquet de Paris, chargée des dossiers sensibles, dont celui de la Mnef. Connue pour son indépendance d'esprit, la magistrate, qui clame haut et fort son désir de rester à son poste, a-t-elle été sanctionnée à cause de l'affaire DSK? Elle-même affirme que non. «Absurde!» renchérit Jean-Pierre Dintilhac. Le procureur de la République de Paris explique «avoir annoncé, dès le mois d'août 1999, à Mme Fulgéras, [son] intention de lui confier d'autres responsabilités. C'est elle-même qui [lui] a demandé de ne pas rendre public son départ avant qu'elle ait trouvé un autre poste qui lui convienne. C'est vrai qu'elle n'était pas contente de cette mutation, mais c'est ainsi. Si un procureur ne peut plus changer l'organisation de son parquet, alors il ne sert plus à rien.» Si Jean-Pierre Dintilhac se refuse à détailler ses griefs à l'encontre de la magistrate, son entourage laisse entendre qu' «il lui reproche notamment de ne pas faire remonter l'information». Outre son éviction, Anne-José Fulgéras n'a pas digéré qu'on ne lui propose aucun point de chute digne de ce nom. «Par tradition, les chefs de la section financière du parquet de Paris se voient proposer de très gros postes, comme avocat général, et pas un vague titre de chargé de mission», fulmine un magistrat parisien. D'ailleurs, la quasi-totalité des juges d'instruction financiers ont signé une pétition en faveur d'Anne-José Fulgéras. A la chancellerie, on affirme que cette affaire n'a strictement aucun rapport avec la gestion du dossier de la Mnef. Mais, tout en soutenant Jean-Pierre Dintilhac, on reconnaît qu'il est pour le moins maladroit d'avoir annoncé ce départ le jour de l'annonce du réquisitoire supplétif visant DSK. Par un étonnant concours de circonstances, une autre mutation a mis le feu aux poudres. Cette fois, il s'agit de celle visant Michel Dobkine, patron de la sous-direction des affaires économiques et financières à la chancellerie depuis 1994, qui va devoir quitter son poste. Et pour cause: la sous-direction en question va être supprimée! La nouvelle, qui provoque un certain émoi dans la magistrature, mérite explication. «Début 1999, j'ai reçu pour mission de Mme Guigou de réformer l'ensemble des services de la chancellerie», explique Yves Charpenel, directeur des affaires criminelles et des grâces (DACG). «Le but n'est évidemment pas de diminuer les moyens donnés à la lutte contre la délinquance financière, mais au contraire de les augmenter. Cela passe par une réorganisation.» Concrètement, à partir du premier trimestre 2000, la DACG deviendra la Direction de la justice pénale, et les affaires financières seront regroupées dans une sous-direction des politiques pénales. Quid de Michel Dobkine, lui aussi connu pour son caractère bien trempé? «Il est clair qu'on veut se débarrasser de lui parce qu'il gêne», affirme un proche du magistrat, que l'on dit très remonté.