PARIS (AP) - Le juge d'instruction de Bobigny (Seine-Saint-Denis), Olivier Géron, a mis fin jeudi à l'enquête sur le décès par électrocution de deux jeunes de Clichy-sous-Bois en octobre 2005 après avoir mis en examen deux policiers pour "non assistance à personne en danger" la veille. La mort de Bouna Traoré et Zyed Benna avait déclenché les émeutes en banlieue.
Les différentes parties au dossier disposent désormais de vingt jours pour demander au magistrat d'effectuer des investigations complémentaires. Ensuite le dossier sera transmis au procureur de la République pour ses réquisitions écrites. Il appartient enfin au juge d'instruction de renvoyer ou non les deux policiers devant le tribunal correctionnel. Un éventuel procès n'aurait pas lieu avant la fin de l'année.
"Je voudrais exprimer un sentiment de reconnaissance à l'égard de la justice qui a fait un travail remarquable, et à l'égard des enquêteurs de police qui ont fait un travail remarquable", s'est félicité jeudi l'avocat des familles des victimes et du rescapé Muhittin Altun, Me Jean-Pierre Mignard.
"Et puis je pense aux enfants et à leurs familles", a ajouté l'avocat, non sans émotion, évoquant les "moments difficiles" des familles. Et fustigeant la gestion de cette affaire par Nicolas Sarkozy, la qualifiant de "calamiteuse et irresponsable".
Interrogé par l'Associated Press, Mohamed Mechmache, le président de l'association AC Le feu créée après les émeutes a estimé que ces mises en examen constituaient "le début d'une victoire et une remise en cause de ce que le ministre a dit à l'époque. (...) Il va falloir que le ministre de l'Intérieur se justifie des propos qu'il a tenu." "J'espère que (M. Sarkozy) ira à la rencontre des parents pour présenter des excuses en tant que ministre de l'Intérieur parce qu'il est en charge de ces questions", a déclaré de son côté Sonia Imloul, présidente de l'association Respect 93 à l'Associated Press.
Le juge Géron a procédé mercredi aux mises en examen de deux policiers de Clichy-sous-Bois pour "non assistance à personne en danger", un délit punissable de cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. Selon Me Mignard, il s'agit de l'agent présent au poste de commandement où il a reçu les communications radio des policiers sur le terrain et de l'agent qui a fait savoir par radio à ses collègues que les jeunes étaient entrés sur le terrain d'EDF. Il a dit notamment: "S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau".
"Le juge a dû considérer qu'il y avait suffisamment de preuves pour penser que les policiers connaissaient l'intrusion des adolescents" sur le site EDF, a déclaré Me Mignard lors d'un point presse à son cabinet aux côtés de son confrère Me Emmanuel Tordjman.
"C'est important pour les parents de comprendre ce qui a pu se passer et c'est important pour la ville de comprendre ce qui a pu se passer. Il y avait des engagements pour dire que la justice avancerait. Après, il n'y a pas d'autre réaction à avoir, c'est une mise en examen, ce n'est pas une culpabilité", a commenté le premier adjoint au maire de Clichy, Olivier Klein.
Le porte-parole de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.
Le 27 octobre 2005, Bouna Traoré et Zyed Benna périssaient dans un transformateur EDF en tentant d'échapper à la police. Un troisième jeune Clichois, Muhittin Altun, était grièvement brûlé. Le 3 novembre suivant, le parquet de Bobigny ouvrait une information judiciaire pour "non-assistance à personne en danger".
Au cours de l'année passée, le juge Géron a procédé à l'audition des victimes et des policiers, organisé un transport sur les lieux et fait effectuer des expertises, notamment sur les bandes radio des policiers. Le 14 décembre dernier, une reconstitution des faits s'est déroulée à Clichy-sous-Bois en présence des policiers présents ce soir-là et du jeune rescapé Muhittin Altun.
La mort de Bouna et Zyed avait déclenché les premiers troubles dans les banlieues. Ou plutôt les réactions à ce double décès, car politiques et policiers avaient immédiatement affirmé que les jeunes étaient des délinquants, connus des services de police, qui avaient fui à l'approche d'une patrouille.
Pendant plusieurs jours, policiers et ministère de l'Intérieur avaient contesté l'existence d'une course-poursuite qui s'est achevée aux abords du transformateur EDF.
Le rapport de l'Inspection générale des services (IGS) remis au juge d'instruction début décembre 2006 a confirmé la version des jeunes sur l'existence d'une course-poursuite avec les policiers. Aucune sanction disciplinaire n'avait cependant été prise contre les policiers. AP
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