Vendredi 1 décembre 2006
LE MONDE | 30.11.06 | 14h30


Des juges au Palais de justice de Paris en novembre 2004. | AFP/DANIEL JANIN

es magistrats descendent dans la rue vendredi 1er décembre, un an, jour pour jour, après l'acquittement général des derniers accusés de l'affaire d'Outreau. L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a appelé à une manifestation nationale devant le ministère de la justice, à Paris, pour "exiger le respect de la justice et des magistrats de la part des décideurs publics". FO s'est joint à cet appel. Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) ne participera pas à la manifestation, mais s'associe à la journée d'action, qui coïncide avec une nouvelle journée de grève des avocats.

L'inquiétude et la grogne des magistrats - attisées par les critiques récurrentes de Nicolas Sarkozy contre le "laxisme" des juges - se concentrent sur les projets visant à renforcer leur régime de responsabilité.

Cette réforme est une gageure et la chancellerie a dû réécrire son texte après les réserves émises par le Conseil d'Etat en octobre. Toute la difficulté est de maintenir le distinguo entre la décision de justice elle-même, qui, dans tous les systèmes judiciaires, ne peut être contestée que par les voies de recours (appel, cassation), et la manière dont le juge l'a prise, ce qui peut faire l'objet de poursuites disciplinaires.

Les appréciations divergent sur la portée réelle de la réforme présentée. Pour des spécialistes de la procédure disciplinaire, elle ne changera rien à la jurisprudence existante. Pour l'USM, le texte, dangereux, "n'est qu'une transcription législative des poursuites déjà engagées contre le juge et le procureur d'Outreau".

"Nous n'en faisons pas un casus belli, explique Côme Jacqmin, secrétaire général du SM. Nous ne sommes pas hostiles à l'évolution de la responsabilité des magistrats." Le SM s'est rallié au mouvement pour dénoncer "les réformes minimalistes" du ministère de la justice.

"Les magistrats, auxquels on ne donne pas les moyens de travailler, sont pris dans un piège, entre d'un côté le productivisme et de l'autre la responsabilité, souligne Bruno Thouzellier, président de l'USM. Nous travaillons à flux tendus. Le dysfonctionnement est toujours possible."

Pour sortir de ce "piège", l'USM lance une action baptisée "Démarche qualité", destinée à mettre au jour les contradictions quotidiennes dans lesquelles sont pris les magistrats. Le syndicat fournit plusieurs exemples de situations dans lesquelles les juges sont contraints de violer "les règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties", ce qui serait passible de sanction, si la nouvelle loi est votée.

Ainsi, les juges des enfants tiennent des audiences sans greffier, faute de personnel disponible ; les personnes interpellées ne sont pas présentées au procureur lors du renouvellement de leur garde à vue ; au tribunal correctionnel, les magistrats statuent sans avoir de casier judiciaire à jour du prévenu ; les journées d'audience vont au-delà des huit heures fixées par circulaire en 2001... Ces petits arrangements avec la procédure ont lieu quotidiennement dans les tribunaux.

"La chancellerie est obsédée par le taux de réponses pénales, explique François Thévenot, substitut du procureur à Toulouse et membre de l'USM. Cela conduit à traiter plus vite et plus fort. On accumule les risques d'erreurs."

Ancien juge d'instruction à Pontoise, chargé de l'enquête sur le crash du Concorde, Christophe Régnard témoigne : "J'avais l'impression d'être un artisan de base quand je me suis retrouvé face à des multinationales d'avocats qui venaient me demander les CD-ROM du dossier. J'ai dû leur expliquer que le scanner était en panne et qu'il fallait attendre quelques semaines pour photocopier les 40 000 pages..."

La "Démarche qualité", si elle était appliquée, bloquerait la machine judiciaire, ce que les magistrats ne souhaitent pas. L'USM en attend un réveil du corps judiciaire. D'autres craignent que le malaise et les préoccupations des juges demeurent inaudibles.


Nathalie Guibert et Alain Salles

NOUVELLES MESURES

Plusieurs dispositions du projet de loi de réforme de la justice, examiné à l'Assemblée nationale les 13 et 14 décembre, visent à renforcer la responsabilité des magistrats.

UNE NOUVELLE FAUTE DISCIPLINAIRE.

"Constituerait un manquement aux devoirs de son état, la violation grave et intentionnelle, par un magistrat, d'une ou plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties, commise dans le cadre d'une instance close par une décision de justice devenue définitive."

UNE NOUVELLE POSITION DE DISPONIBILITÉ

d'une durée de cinq ans pour les "cas pathologiques".

UNE MODIFICATION DU STATUT DU MÉDIATEUR DE LA RÉPUBLIQUE.

Il sera chargé de recevoir et de filtrer les réclamations des justiciables, avant de les transmettre au garde des sceaux pour d'éventuelles poursuites disciplinaires.

Article paru dans l'édition du 01.12.06

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Mercredi 29 novembre 2006
AFP 28.11.06 | 11h03
Les trois projets de loi constituant la réforme de la justice seront examinés par les députés en séance plénière les 13 et 14 décembre, a-t-on appris mardi à l'issue de la conférence des présidents de l'Assemblée nationale.

Les trois textes de Pascal Clément (Justice) sont le projet de loi organique relatif à la formation et à la responsabilité des magistrats, le projet de loi instituant un médiateur, et le projet de loi tendant à renforcer l'équilibre de la procédure pénale.

Les travaux débuteront mercredi 13 décembre après-midi, après la séance des questions au gouvernement, et se poursuivront juqu'au jeudi 14 au soir, selon l'ordre du jour prioritaire publié à l'issue de la réunion des présidents.

Cette réforme, examinée en Conseil des ministres le 24 octobre, vise à renforcer les droits de la défense, avec notamment un enregistrement des gardes à vue et des interrogatoires chez les juges d'instruction, dans les affaires criminelles.

Présentée par le gouvernement comme une réponse "forte et équilibrée" au fiasco judiciaire d'Outreau, la réforme de la justice est critiquée par l'opposition et les magistrats pour sa timidité et son manque de concertation.

Les trois textes --dont les rapporteurs sont les députés UMP Philippe Houillon, Xavier de Roux et Guy Geoffroy-- feront l'objet d'une discussion commune, mais des motions de procédure pourront être déposées sur chacun des projets, a-t-on précisé.

M. Houillon, président de la commission des Lois de l'Assemblée, était le rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, dont les travaux ont servi à l'élaboration de cette réforme de la justice.

La commission des Lois procédera à l'audition de Pascal Clément mercredi matin (29 novembre) avant d'examiner les trois projets de lois.







RÉFORME DE LA JUSTICE

Le Syndicat de la magistrature déplore le rendez-vous "manqué" d'Outreau

LE MONDE | 27.11.06 | 14h25  •  Mis à jour le 27.11.06 | 14h26
AIX-EN-PROVENCE (Bouches-du-Rhône) ENVOYÉ SPÉCIAL

Après une année marquée par l'affaire d'Outreau et les attaques du ministre de l'intérieur contre les juges, et en plein débat à l'Assemblée nationale sur le projet de loi controversé sur la délinquance, le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) croit qu'"une autre justice est possible".

Le SM a invité l'opposition à l'UMP de Nicolas Sarkozy - de l'UDF (Hervé Morin) au Parti communiste (Michel Vaxès) en passant par le Parti socialiste (André Vallini) et les Verts (Mylène Stambouli) - pour plancher sur la réforme de la justice, lors de son 40e congrès, qui s'est tenu du 24 au 26 novembre, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Le syndicat dénonce la "fuite en avant populiste" et les "réformettes" proposées par le ministre de la justice, en regrettant un "rendez-vous manqué", après les travaux de la commission parlementaire sur Outreau.

"Pour la première fois dans l'histoire de ce pays, explique André Vallini, qui a présidé la commission d'enquête sur l'affaire, la justice a été au centre du débat. Mais cet effet est retombé. La présidentielle arrive. Nous sommes à nouveau en proie à une surenchère démagogique. Le piège de la sécurité est à nouveau tendu à la gauche. J'ai peur qu'on s'y précipite." Le député UDF de l'Eure, Hervé Morin, qui avait choisi une cravate rose pour se présenter aux "juges rouges", a également dénoncé "la démagogie populiste" comme l'une des causes de "la crise de confiance qui touche les institutions judiciaires".

Le syndicat et les quatre responsables politiques présents ont appelé à une réforme de la justice qui garantisse l'indépendance du pouvoir judiciaire et un renforcement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), organe notamment en charge de la discipline des magistrats. Pour le professeur de droit constitutionnel Dominique Rousseau, ancien membre du CSM, ce conseil doit "sortir du corps du roi", c'est-à-dire de son lien avec la présidence de la République.

La présidente du SM, Aïda Chouk, a plaidé pour que le CSM soit "composé majoritairement de non-magistrats" pour éviter tout soupçon de "corporatisme". Ce soupçon hante la procédure du CSM contre le juge Burgaud et met les magistrats mal à l'aise. "Chacun peut être déféré au disciplinaire car il a fait l'objet d'un lynchage médiatique. C'est l'éboulement total de nos certitudes", s'indigne une intervenante dans la salle. Un autre lui réplique : "L'opinion des justiciables compte. Ils se posent des questions légitimes. Le CSM est le seul organe qui pourra dire valablement le droit, dans le respect des droits de la défense."

Le SM, qui compte 650 membres, a fini par lancer - non sans hésitation - un mouvement d'action au côté de celui de l'Union syndicale des magistrats (USM, modéré), vendredi 1er décembre. "Nous appelons à un mouvement dans les juridictions, mais nous ne participerons pas à la manifestation de l'USM devant le ministère de la justice", explique le secrétaire général du SM, Côme Jacqmin.

Alain Salles
Article paru dans l'édition du 28.11.06.

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Samedi 25 novembre 2006

Une nouvelle mouture d'un projet de réforme visant à élargir la responsabilité des magistrats a été présentée aux syndicats judiciaires pour concertation



La responsabilité des juges de retour
Ce texte retiendrait comme faute disciplinaire "la violation grave et intentionnelle par un magistrat d'une ou plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties, commise dans le cadre d'une instance close par une décision de justice devenue définitive".

Le texte pourra encore être modifié, dit le ministère de la Justice. Le Garde des sceaux Pascal Clément va recevoir dans les prochains jours les syndicats de magistrats. S'il est retenu, le texte prendra la forme d'un amendement gouvernemental au projet de réforme de la justice, qui doit être examiné à l'Assemblée à partir du 13 décembre.

L'affaire a donné lieu à un imbroglio gouvernemental, le ministre de la Justice ayant paru annoncer l'abandon de cette réforme le 20 octobre, avant que Dominique de Villepin ne lui demande de la relancer.

Le Syndicat de la magistrature, classé à gauche, s'est dit relativement satisfait. Il souligne cependant dans un communiqué que "toute responsabilité disciplinaire doit être clairement exclue lorsque la procédure a été validée par l'exercice des voies de recours (les possibilités d'appel normales sur les décisions)".

Vendredi 24 Novembre 2006

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Vendredi 24 novembre 2006
jeudi 23 novembre 2006, 15h40
UNE RÉFORME SUR LA RESPONSABILITÉ DES JUGES RELANCÉE
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PARIS (Reuters) - Une nouvelle mouture d'un projet de réforme controversé visant à élargir la responsabilité des magistrats a été présentée aux syndicats judiciaires pour concertation, apprend-on au cabinet de Pascal Clément.

Ce texte retiendrait comme faute disciplinaire "la violation grave et intentionnelle par un magistrat d'une ou plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties, commise dans le cadre d'une instance close par une décision de justice devenue définitive".

La proposition a pour but de tirer les leçons du fiasco judiciaire de l'affaire de pédophilie d'Outreau, qui a mis en lumière qu'il était en l'état actuel des textes très difficile de sanctionner un magistrat sur le terrain disciplinaire.

Le texte pourra encore être modifié, dit le ministère de la Justice. Le Garde des sceaux Pascal Clément va recevoir dans les prochains jours les syndicats de magistrats. S'il est retenu, le texte prendra la forme d'un amendement gouvernemental au projet de réforme de la justice, qui doit être examiné à l'Assemblée à partir du 13 décembre.

L'affaire a donné lieu à un imbroglio gouvernemental, le ministre de la Justice ayant paru annoncer l'abandon de cette réforme le 20 octobre, avant que Dominique de Villepin ne lui demande de la relancer.

Le Syndicat de la magistrature, classé à gauche, s'est dit relativement satisfait. Il souligne cependant dans un communiqué que "toute responsabilité disciplinaire doit être clairement exclue lorsque la procédure a été validée par l'exercice des voies de recours (les possibilités d'appel normales sur les décisions)".




Le gouvernement a revu sa copie sur la responsabilité des juges
AFP 23.11.06 | 13h28

Le Garde des Sceaux, Pascal Clément, va recevoir prochainement les syndicats de magistrats pour discuter d'une nouvelle version de la disposition instituant une responsabilité des juges, a-t-on appris jeudi auprès de la Chancellerie.

Cette disposition, qui a été approuvée par Matignon et sera introduite par amendement lors de la discussion au Parlement du projet de réforme de la justice, remplacera une précédente formulation que le ministre avait été contraint de retirer après des observations du Conseil d'Etat.

Celui-ci avait souligné qu'il ne fallait pas qu'une procédure contre un juge devienne une voie de recours supplémentaire.

Aussi le nouveau texte stipule-t-il que toute action contre un magistrat ne pourra avoir lieu que pour un "manquement aux devoirs de son état" commis "dans le cadre d'une instance close par une décision de justice devenue définitive".

Quant à la définition de ce manquement, il sera constitué par "la violation grave et intentionnelle d'une ou plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties".

C'est la jurisprudence du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), instance disciplinaire des juges, qui précise les contours de cette définition, explique-t-on à la Chancellerie.

La première version, qui parlait de "faute disciplinaire" devant sanctionner les juges ayant "délibérément violé les principes directeurs de la procédure pénale et civile", avait été perçue par les syndicats comme trop vague.

Dans un communiqué, le Syndicat de la Magistrature (SM, gauche) a "constaté" jeudi que la nouvelle mouture de la Chancellerie répondait "pour partie" à sa réserve, mais il a mis en garde les parlementaires contre toute "surenchère politicienne" lors de l'examen du texte.

Le SM rappelle notamment "qu'un code de déontologie ne saurait être édicté par voie législative et ne pourrait résulter que d'une large concertation avec les professionnels et les usagers".

De plus, le syndicat estime qu'il faudra exclure toute responsabilité disciplinaire "dans les cas où la procédure a été validée par l'exercice des voies de recours".

C'est aussi ce que pense Bruno Thouzelier, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), qui a souligné à l'AFP que les manquements d'un juge "devront être constatés par les voies de recours" pour qu'une procédure contre lui puisse être déclenchée ensuite.

"Ce texte est encore plus vague que le précédent et s'éloigne encore davantage de la jurisprudence du Conseil d'Etat et du CSM", a-t-il résumé.

Les autres pans de la réforme de la justice incluent notamment l'enregistrement audiovisuel des gardes à vue dans les affaires criminelles, la limitation du recours à la détention provisoire, la création de "pôles de l'instruction" et la possibilité pour les citoyens de saisir le Médiateur de la République s'ils s'estiment victimes de dysfonctionnements judiciaires.



Relance d'une réforme sur la responsabilité des juges
L'Express - Il y a 19 heures
Une nouvelle mouture d'un projet de réforme controversé visant à élargir la responsabilité des magistrats a été présentée aux syndicats judiciaires ...
Le gouvernement a revu sa copie sur la responsabilité des juges
Le Monde - Il y a 21 heures
Le Garde des Sceaux, Pascal Clément, va recevoir prochainement les syndicats de magistrats pour discuter d'une nouvelle version de la disposition instituant ...
Responsabilité des juges : le gouvernement a revu sa copie
Les Échos - Il y a 6 heures
Cette fois, il y aura bien concertation, mais cela risque de ne pas être facile : Pascal Clément va recevoir prochainement les syndicats de magistrats pour ...
Relance d'une réforme sur la responsabilité des juges
La Tribune.fr - Il y a 18 heures
PARIS (Reuters) - Une nouvelle mouture d'un projet de réforme controversé visant à élargir la responsabilité des magistrats a été présentée aux ...
Relance d'une réforme sur la responsabilité des juges
Reuters.fr - Il y a 19 heures
PARIS (Reuters) - Une nouvelle mouture d'un projet de réforme controversé visant à élargir la responsabilité des magistrats a été présentée aux ...
Relance d'une réforme sur la responsabilité des juges
Capital.fr - Il y a 19 heures
PARIS (Reuters) - Une nouvelle mouture d'un projet de réforme controversé visant à élargir la responsabilité des magistrats a été présentée aux ...
Relance d'une réforme sur la responsabilité des juges
Boursier.com - Il y a 19 heures
PARIS (Reuters) - Une nouvelle mouture d'un projet de réforme controversé visant à élargir la responsabilité des magistrats a été présentée aux ...



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Lundi 20 novembre 2006


ndi 20 novembre 2006, 17h34
AFP

 

 
Par Rémy BELLON    Envoyer par mail  Envoyer via Y! Messenger  Blog via Yahoo! 360  Imprimer

PARIS (AFP) - Le sénateur UMP Jean-Patrick Courtois, chargé par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy d'un rapport sur l'enregistrement des interrogatoires de garde à vue, honni par les syndicats de police, a estimé que celui-ci "n'est ni souhaitable ni utile".

Selon ce rapport, remis mercredi place Beauvau et basé sur plusieurs auditions dans les services de police et de justice, que l'AFP s'est procuré lundi, "il apparaît qu'en l'état actuel, l'enregistrement des interrogatoires de garde à vue n'est ni utile ni souhaitable". Le sénateur argumente qu'il "n'est pas utile" car "il jette malencontreusement la suspicion sur le travail des enquêteurs" et "ne tient pas compte des évolutions récentes apportées en matière de droit des personnes placées en garde à vue". "Il n'est pas souhaitable", selon lui, "car il ne s'intègre pas dans une réforme globale des locaux et engagerait une somme considérable pour des effets escomptés très limités". L'élu ajoute que cet enregistrement ne "garantit ni contre le risque de voir les procédures viciées ni contre l'atteinte à la présomption d'innocence des personnes mises en cause". "En revanche", dit-il, il "pourra à terme être envisageable dans le cadre d'une réforme profonde de la procédure pénale" garantissant notamment "le renforcement des moyens de l'enquête". M. Courtois avait été chargé de ce rapport il y a quelques semaines par M. Sarkozy après que l'enregistrement des gardes à vue, prévu par le projet gouvernemental de réforme de la justice après le fiasco d'Outreau, eut suscité une levée de boucliers des syndicats de police. Le sénateur examine l'évolution de la garde à vue depuis 1993 et insiste sur cette "minute de vérité" indispensable dans le cours d'une enquête. Il signale les "améliorations" notamment après la loi du 15 juin 2000 qui a renforcé le protection de la présomption d'innocence. Il compare la législation en vigueur dans quatorze pays d'Europe occidentale, aux Etats-Unis ou au Japon, où "l'enregistrement des gardes à vue répond à des objectifs fondamentalement différents de ceux qui motivent en France une éventuelle évolution législative". "Au fiasco de la justice, au procès d'Outreau qui est celui principalement de la détention provisoire abusive et de la solitude du juge d'instruction", écrit M. Courtois dans son rapport, "on propose comme mesure phare de la réforme de la justice, attendue de tous, l'enregistrement audiovisuel des gardes à vue". Le budget annuel d'une telle mesure peut être estimé à 72,4 millions d'euros, dit-il encore ajoutant que l'exemple de l'enregistrement des gardes à vue de mineurs n'est pas "probant". Il a entraîné une "lourdeur procédurale" et une "baisse de nombre de mineurs mis en cause", selon lui. Synergie (deuxième syndicat d'officiers) a salué lundi "l'indépendance d'esprit" du sénateur. M. Sarkozy, peu favorable à cette mesure, n'avait pas réagi lundi.

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Vendredi 10 novembre 2006
Décryptage
09 nov. Étude
La justice pénale sur une pente de mort clinique
François de Lacoste Lareymondie*

À raison d’une réforme de la procédure pénale tous les dix-huit mois, l’actuel gouvernement n’a pas ralenti la moyenne enregistrée depuis vingt-cinq ans. Symptôme d’un mal profond qui gangrène la société française et s’aggrave d’année en année. La France a mal à sa justice, c’est un fait ; elle se soigne avec des placébos, c’en est un autre non moins avéré.

Autre constante : celle de la réaction aux grandes affaires qui, après avoir échauffé l’opinion, mobilisent ensuite les politiques qui ne veulent pas être en reste.

Le « fiasco d’Outreau » n’offre certainement pas le meilleur point de vue pour comprendre le mauvais fonctionnement de la justice pénale : les audiences de jugement ont permis de corriger les graves erreurs de l’instruction et de rendre justice, non sans qu’il ait fallu s’y prendre à deux fois, et non sans laisser un arrière-goût d’amertume après tant de dégâts humains. Pour mauvais qu’il soit, ce point de vue aurait cependant pu déclencher une réflexion d’ensemble. On l’a cru un moment ; mais la préférence donnée au grand spectacle par la commission parlementaire, les polémiques qui s’en sont suivies, puis le calendrier électoral ont eu raison des meilleures volontés.

Plus pertinentes et symptomatiques, quoique parfois injustes ou excessives, sont les critiques formulées régulièrement sur le fonctionnement de certains tribunaux ou le comportement de certains magistrats : défauts de poursuites, remises en liberté prématurées, réticences publiquement exprimées à appliquer certaines lois. Trop d’exemples abondent pour qu’on y insiste. Ces critiques projettent une lumière crue sur la faille qui se creuse entre police et justice, alors que l’une et l’autre sont en état de dépendance réciproque.

Plutôt que de jeter la pierre aux dénonciateurs et de se voiler la face d’indignation, la lucidité commande de poser des questions dérangeantes et de bousculer les idées reçues tant le mal est profond.

Les symptômes alarmants ne manquent pas

On n’en finirait pas d’illustrer les dysfonctionnements et la misère des tribunaux. Leur simple énumération est décourageante au point de faire douter de la possibilité de curer le mal [1]. Durée des procédures ? Dix mois en moyenne devant un tribunal correctionnel (pour un délit) et à condition qu’il n’y ait pas d’instruction car on passe alors à plus de 18 mois, et près de trois ans devant une cour d’assise (pour un crime) ; s’y ajoutent les délais de comparution en appel (un an à 18 mois) ; et à condition qu’aucun incident de procédure n’ait entravé la bonne marche de l’affaire [2].

Taux des plaintes dites « non poursuivables », c’est-à-dire classées purement et simplement ? 70% en moyenne sur un total d’environ cinq millions d’affaires enregistrées par les parquets chaque année [3], ce qui veut dire soit que les gens se plaignent à tort et à travers, soit que police et justice ne sont guère efficaces. Moyenne qui cache d’ailleurs des écarts considérables d’une juridiction à l’autre : de 50% à Nice à plus de 95% dans l’Eure ; concrètement cela signifie qu’à Nice une plainte sur deux fait l’objet d’un traitement préliminaire, au moins sommaire, contre une plainte sur vingt dans l’Eure. Une telle inégalité entre les justiciables selon l’endroit où ils habitent pose de sérieuses questions. En outre 25% des plaintes « poursuivables » sont encore classées sans suite, ce qui signifie que le taux global de réponse pénale aux plaintes enregistrées atteint péniblement 22%...
Ampleur des détentions provisoires ? Sur 62.000 personnes détenues, 21.000 sont des prévenus (34%) ; plus de 40% des personnes mises en examen passent par la détention provisoire, en moyenne pendant 18 semaines, sans qu’aucune déclaration contraire ni aucune mesure prise pour enrayer ces excès n’ait jamais eu d’effet durable.

L’exécution des peines ? Dans les tribunaux les plus chargés, seulement le quart des peines de travaux d’intérêt général et le tiers des mises à l’épreuve sont exécutées.

La récidive ? Le taux de récidive au sens large, après une précédente condamnation de quelque nature que ce soit, dans les cinq ans est élevé puisqu’il se situe en moyenne au-dessus de 30%. Il culmine à 43% pour les actes d’outrage ou de rébellion, à 42% pour le vol et le recel, et à près de 40% pour le port d’armes (mais n’est que de 13% pour les affaires de mœurs), témoignant ainsi de la perte du caractère dissuasif que devrait revêtir la justice pénale.

La misère budgétaire du ministère de la Justice ? Hors administration pénitentiaire, son budget équivaut à 51 € par habitant en France contre 68 € en Italie et 102 € en Allemagne. Même constat pour le nombre de magistrats : ils sont proportionnellement deux fois moins nombreux en France (12,5 pour 100.000 habitants) qu’en Allemagne (24). Sans parler du manque criant de greffiers ou autres auxiliaires, en particulier dans les tribunaux de la région parisienne.
Tout cela intervient dans un contexte d’exaspération croissante face à la délinquance ordinaire, la plus banale mais aussi la plus pénible aux victimes qui sont souvent des personnes aussi modestes et vulnérables que les fauteurs de troubles : même si elle semble ne pas augmenter significativement en volume, cette délinquance, notamment de la part des jeunes, suscite des réactions de plus en plus énervées, porteuses de dérapages si on n’y répond pas sérieusement.

Pour faire bonne mesure, ajoutons-y le mécontentement croissant des avocats à qui on promet toujours la revalorisation des aides juridictionnelles sans jamais y parvenir. Voilà d’ailleurs pourquoi certains barreaux font maintenant la « grève » des affaires où ces aides constituent leur seule rémunération, au seul préjudice des justiciables les plus démunis qui ne sont plus assistés !

Le flot continue de monter inexorablement et le temps approche d’une submersion totale qui finira par rendre impossible l’exercice même de la justice. Que les sceptiques assistent à des audiences correctionnelles pour s’en convaincre.

On aura beau accroître le budget du ministère de la Justice, autant que le permet la seringue budgétaire dans laquelle l’État est enfermé, recruter davantage de magistrats (déjà cinq campagnes de recrutements exceptionnels ont été réalisées au cours des dix dernières années), ce qui est possible n’est plus à l’échelle du mal diagnostiqué. Le temps des demi-mesures, du bricolage, et des dissertations sur les «grands principes intangibles qui font la fierté de notre pays, patrie des Droits de l’Homme» est terminé : car une société à la justice défaillante devient bientôt une société sans justice, c’est à dire une jungle.

Première remise en cause : l’existence même du juge d’instruction

Les juges d’instruction concentrent sur eux beaucoup de critiques, bien que seulement 5% des affaires passent entre leurs mains : trop jeunes, trop seuls, mal formés, etc. Ce n’est pas faux et les échecs les plus retentissants de l’instruction surviennent en général dans les petites juridictions qui ne disposent pas des ressources humaines et matérielles que nécessitent les affaires complexes [4].

Le projet de loi déposé par le Garde des sceaux, ministre de la Justice, Pascal Clément, comporte quelques remèdes avec la co-saisine de plusieurs juges d’instruction et la création de « pôles de l’instruction ». Ce sont néanmoins des pis-aller.

Tout comme le serait le renforcement de la responsabilité disciplinaire des magistrats : l’arsenal disciplinaire existe déjà mais n’est guère appliqué [5] et on peut parier que les nouveaux termes dans lesquels cette responsabilité pourrait être exprimée ne le seront pas davantage [6]. On se fourvoie en abordant la question par ce biais : comment en effet dissocier les actes d’un juge d’instruction du dossier qu’il instruit et de la question renvoyée au jugement du tribunal ? C’est seulement à l’audience, on l’a vu dans l’affaire d’Outreau, que l’on peut faire la part des choses. S’attaquer ensuite à la personne du magistrat relève plus de la vindicte que de la bonne administration de la justice.

En réalité, le juge d’instruction est une institution en déséquilibre : magistrat du siège, il est néanmoins soumis au parquet sans les réquisitions duquel il ne peut se saisir ; chargé d’instruire, il commence par refaire l’enquête ; devant instruire à charge et à décharge, il a néanmoins pour rôle de confondre le coupable quand ce n’est pas déjà fait ; intervenant parfois longtemps après la commission de l’infraction, alors que les preuves et les constatations immédiates n’ont pas été recueillies par lui, il est trop souvent tenté d’utiliser la détention provisoire comme moyen de pression ; s’il ne dispose plus du pouvoir d’incarcérer, en revanche le juge des libertés qui doit la prononcer ne connaît pas le dossier et ne peut que s’en remettre à sa demande ; quant à la chambre d’instruction sous le contrôle de laquelle il opère, elle n’est pas mieux lotie et généralement entérine ses actes.

Abandonner la procédure d’instruction dite « inquisitoriale » au profit d’une procédure accusatoire serait un remède pire que le mal : il n’est que d’observer ce qui se passe aux États-Unis pour s’en convaincre. Justice-spectacle, chantage judiciaire, déséquilibre congénital entre l’attaque outrageusement favorisée par ce système, et la défense contrainte dans 90% des cas à plaider coupable, puis à transiger sur les réparations, erreurs judiciaires nombreuses ; en un mot rien qui convainque et tout qui révulse.

En revanche, seul le conservatisme ou le corporatisme empêchent que les fonctions du juge d’instruction soient purement et simplement dévolues au parquet, c’est à dire aux procureurs, avec la même obligation d’instruire à charge et à décharge. Leur dépendance à l’égard du pouvoir politique, ou plutôt de la Chancellerie ? Faux problème : non seulement elle est largement théorique, mais elle a été très atténuée au fil des réformes ; de plus l’action publique peut aussi être mise en mouvement par les plaintes reçues ; et les parquets tiennent déjà les juges d’instruction largement sous tutelle. Bien entendu, le juge des libertés garderait sa compétence exclusive pour prononcer toutes les mesures coercitives qui seraient demandées ; et on pourrait utilement y ajouter celle de trancher les litiges avec les inculpés ou les parties civiles sur les auditions, expertises ou autres actes nécessaires. Comme les parquets sont mieux équipés, qu’ils font déjà le travail d’enquête préliminaire et disposent de la police judiciaire, qu’en fait ils révisent systématiquement le dossier du juge d’instruction, on y gagnerait une plus grande rapidité, l’élimination de nombreuses redondances, et une sérieuse simplification.

C’est, à peu de choses près, le système en vigueur en Allemagne, et l’on ne sache pas qu’il débouche sur une plus mauvaise justice. Quant aux quelque 570 juges d’instruction, ils renforceraient utilement parquets et formations de jugement, tandis que tomberaient d’elles-mêmes les critiques sans solution dont ils font l’objet. L’ampleur du mal interdit néanmoins de s’en tenir à des mesures d’organisation ou à une réallocation des moyens sous contrainte budgétaire : il faut s’attaquer, autant que faire se peut, à deux phénomènes plus fondamentaux.

Seconde remise en cause : l’abus de procédure

Toutes les réformes introduites depuis vingt-cinq ans ont modifié, parfois profondément, la procédure pénale pour accroître les garanties accordées aux justiciables ; louable intention, mais qui se paye au prix fort d’une instabilité et d’une insécurité juridiques graves doublées d’une complexité excessive.

Plus que celles de droit commun, ce sont les affaires politico-financières qui ont enclenché la machine à réformer ; avec des intentions qui n’étaient pas toutes pures, loin s’en faut ! Quels contresens n’a-t-on pas entendu sur la « présomption d’innocence » ? Qu’un quidam interrogé au début d’une enquête soit présumé tel, et traité en conséquence, devrait être naturel. En revanche, qu’une personne mise en examen, c’est à dire accusée d’avoir commis un crime ou un délit sur la base de preuves, ou au moins d’indices graves et concordants, et donc poursuivie nommément à ce titre, veuille encore prétendre à cette présomption, et que l’on se prête à une telle revendication abusive montre que l’on a déraillé. Les excès d’inculpation commis par certains juges d’instruction ne changent pas la nature de la chose [7]. C’est pourquoi la reconstruction de la procédure sur cette base a abouti à une impasse.

Aujourd’hui, instruire une affaire pénale s’apparente à un véritable parcours du combattant : le formalisme a atteint un tel degré de complexité et d’instabilité que la principale préoccupation des policiers et des juges est moins la recherche de la vérité que la régularité formelle de leurs actes : chacun d’eux est une occasion d’erreur, donc de recours qui retarde d’autant l’issue du procès et qui débouche régulièrement sur des nullités de forme. En conséquence de quoi les dossiers deviennent un gruyère d’où on ne peut plus rien tirer. Voilà comment l’instruction des affaires politico-financières parvient à durer dix ou quinze ans, et comment les « responsables » ont trop souvent réussi à échapper à toute culpabilité, laissant les lampistes se débrouiller avec ce qui reste d’un dossier mis en charpie.

Bien entendu, seuls ceux qui en ont les moyens en tirent profit avec des avocats dont la qualité se mesure maintenant à l’habileté chicanière. Les autres subissent les contrecoups, c’est à dire l’allongement démesuré des délais d’instruction et de jugement et l’allongement corrélatif des détentions provisoires, avec des dossiers mal instruits et donc mal jugés, qui valent désormais à la France d’être régulièrement condamnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme [8].

Quand admettrons-nous qu’il faut opérer un virage complet et remettre à plat le code de procédure pénale pour le simplifier de façon drastique ? Non pour réduire les droits de la défense ni écarter les avocats des différent stades de la procédure car leur présence est plus que jamais légitime dans un tel embrouillamini ; mais pour privilégier le fond, c’est à dire l’infraction et son auteur, plutôt que la forme ou la méthode. Hélas, on n’en prend pas le chemin : le « plaider-coupable » [9], qui posait un premier et modeste pas dans cette direction, n’a-t-il pas été vidé d’une partie de sa substance d’abord par le Conseil Constitutionnel [10], puis par le Conseil d’Etat qui a annulé la circulaire d’application créant une phase préparatoire dès l’enquête policière [11] ? Dans l’un et l’autre cas, les motifs juridiques invoqués étaient incontestables, mais dénotaient un attachement excessif au formalisme des principes par rapport à la nécessité de sortir de l’ornière.

C’est pourquoi, et quoi qu’en disent les vigilants gardiens du temple, on peut estimer que, par exemple, un recours contre un acte de procédure ne devrait plus suspendre l’instruction d’une affaire mais, le plus souvent possible, être joint au fond pour une appréciation d’ensemble dans le cadre du jugement ; ou encore que l’annulation d’un acte de procédure ne devrait pas empêcher d’utiliser les pièces qu’il contient ou les constatations qu’il a permises si la véracité de celles-ci et leur utilité à l’appréciation du fond de l’affaire sont avérées.

Disant cela, on inscrit ici à rebours des idées reçues, mais qu’importe ! Si on ne le fait pas, on aura beau augmenter le nombre des magistrats et accroître le budget de la Justice, on n’en sortira pas car rien ne sera jamais suffisant.

Troisième remise en cause : la pénalisation systématique des relations sociales

On pourrait multiplier les exemples de ce mécanisme infernal : un problème, une loi ; et pas de loi sans nouveau délit. Environnement, relations du travail, consommation, santé publique, fonctionnement des entreprises : aucun domaine de la vie collective n’échappe à ce maelstrom auquel tous les gouvernements, depuis des décennies, ont apporté leur contribution.

Quand par hasard la loi ne prévoit pas d’incrimination, ce sont les justiciables qui y suppléent : accident, pollution, catastrophe, ou simplement comportement critiquable, les victimes ne se contentent plus de demander une réparation civile des dommages subis. Il leur faut des coupables ; il leur faut un individu à clouer au pilori et à punir, quand bien même la complexité des faits ou des situations empêcherait toute indentification d’une faute patente. Qu’importe : dépôt de plainte, inculpation, procès pénal, l’incantation judiciaire est devenue la règle. Les prétoires sont transformés en exutoire de tous les dysfonctionnements sociaux, voire en théâtre complaisant d’une thérapie collective.

N’imaginons pas que les chefs de cour assistent passivement à la montée du flot : c’est à Bobigny, deuxième tribunal de France dont le parquet traite 180.000 affaires par an et en poursuit 50.000, où chaque magistrat suit 1.600 dossiers par an contre 700 dans Paris, que l’on a inventé la réception et le traitement téléphonique en temps réel des plaintes et saisines par les substituts de permanence, à raison d’environ quatre-vingts appels, et donc autant de décisions, par jour et par magistrat…
Il n’est pas mauvais non plus que le projet actuellement soumis au Parlement tente de refreiner les plaintes avec constitution de partie civile, souvent injustifiées. En vertu du principe selon lequel « le pénal tient le civil en l’état », lorsque, sur une même affaire, deux procès sont en concurrence et que la décision à intervenir au pénal est susceptible d’avoir une influence sur la solution du procès civil, celui-ci est suspendu au premier. Cette règle de bonne justice est trop souvent détournée pour qu’on en préserve l’intangibilité : nombre de justiciables ont en effet compris que, attaqués par un adversaire sur le plan civil, il leur suffisait de contrattaquer par le dépôt d’une plainte habilement dirigée contre celui-ci à seule fin de paralyser la procédure pendant plusieurs mois, quitte à encombrer inutilement les juridictions pénales. Le projet offre, pour la première fois, la possibilité de dissocier les deux procédures et de subordonner la recevabilité de la plainte à certaine conditions.
Gouttes d’eau cependant dans un océan de dérives.

Pendant ce temps, le recours aux instruments préventifs ou aux réparations non pénales que sont des dispositifs éducatifs adaptés, les mécanismes de réinsertion, les sanctions civiles, les mesures de conciliation sans procès, qui tous existent déjà, stagne quand il n’est pas entravé [12]. Et ce n’est pas seulement à cause du manque de moyens ou de temps, mais aussi parce que ces instruments impliquent l’intervention d’autres partenaires que l’on ne souhaite pas voir pénétrer dans un domaine jusqu’à présent réservé.

À qui en douterait, conseillons d’observer le mauvais accueil réservé par les professionnels aux juges de proximité [13] et les constantes remises en cause, sous tous les prétextes, dont ils font l’objet : ils arbitrent ou se prononcent en équité ? ils ne font pas assez de droit ? ils ne sont pas assez procéduriers ? Et alors ! Faut-il préférer l’encombrement des tribunaux et le véritable déni de justice qui, de fait, en résulte ? Que vaut-il mieux : écouter les gens et tenter de leur répondre concrètement, ou les broyer dans l’engrenage de la machine judiciaire ?

Il est urgent de dépénaliser toute une série de matières dont le contentieux n’a été inscrit dans le droit pénal que pour des raisons d’affichage ou de tranquillité politique, et par méconnaissance de la réalité du « vrai monde où l’on vit » : on pense, notamment, au droit du travail, au droit des affaires, au droit de la consommation, au droit de l’environnement. Non qu’il ne faille pas créer un droit adapté aux caractéristiques de la vie moderne, ni qu’aucun agissement n’y soit jamais passible de sanctions pénales ; mais ces matières n’ont pas vraiment leur place dans les prétoires, comme on peut le constater régulièrement [14].

Et il faudrait s’étonner que la justice pénale fonctionne mal ! Trop d’acteurs refusent de voir qu’elle ne peut plus prendre en charge tous les dysfonctionnements de la société ; trop de militants qui s’autoproclament défenseur de n’importe quelle cause l’instrumentalisent ; trop de politiques la prennent en otage. Commençons par la recentrer sur son domaine propre et par diversifier les réponses : on y verra certainement plus clair.

Sommaire, ce propos ? Je l’admets volontiers, sans prétendre avoir épuisé le sujet. Mais si l’on s’en tient ici à quelques idées-force, c’est parce que l’état de notre justice pénale est alarmant : il est tel qu’il faut bousculer sérieusement, non pas l’ordre, mais le désordre établi. Certes, on ne remédiera pas facilement aux tendances lourdes de la société et on n’endiguera pas de sitôt la montée de la délinquance. Il n’en reste pas moins qu’une répression pénale plus efficace est indispensable au bon fonctionnement de la vie commune.

Quand un navire trop alourdi menace de sombrer dans la tempête, la sagesse et la prudence exigent que l’on jette une partie de la cargaison à la mer pour sauver les passagers et l’équipage !



*Vice-président de la Fondation de service politique.




Notes
[1] Tous les chiffres qui suivent sont tirés de l’Annuaire statistique de la Justice ou des Chiffres-clés de la justice publiés par la Chancellerie.
[2] C’est n’est pas mieux devant les juridictions civiles.
[3] Neuf affaires « non poursuivables » sur 10 sont classées pour défaut d’élucidation.
[4] Avant l’affaire d’Outreau, celle de Bruay-en-Artois ou l’affaire « Grégory », par exemple.
[5] La responsabilité civile des magistrats suit les mêmes règles que celle des fonctionnaires : c’est l’État qui est engagé par leurs agissements, à charge pour lui de se retourner contre l’agent fautif par le moyen de « l’action récursoire », ce qu’il ne fait jamais. Quant aux poursuites disciplinaires pour « manquement aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse ou à la dignité », selon les termes de leur statut, elles sont très rares : une dizaine de cas par an.
[6] À supposer que le gouvernement parvienne à les rédiger sans encourir les foudres du Conseil constitutionnel après en avoir été dissuadé par le Conseil d’État.
[7] À dire vrai, la définition des « charges suffisantes » que donne la Cour de cassation a ouvert la porte à de tels abus : ce sont des éléments qui «s’ils venaient à être avérés, viendraient à constituer une infraction pénale» ! À partir de cette formulation hypothétique, avec le renversement de charge de la preuve ainsi introduit, il est facile d’ouvrir un débat sur la fragilité des présomptions. Mais cette constatation n’invalide pas le problème de principe qui est posé.
[8] De 2001 à 2005, 300 condamnations ont été prononcées contre la France, dont 117 concernent directement ou indirectement la procédure pénale, la plupart du temps pour défaut d’impartialité du tribunal, délai déraisonnable de la procédure, abus de détention provisoire ou atteinte aux droits de la défense.
[9] Institué par la loi Perben du 9 mars 2004, sous le nom de « Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité », il s’accompagne d’une négociation de la peine qui devait permettre de désengorger les tribunaux de multiples petites affaires.
[10] Décision du 2 mars 2004 qui a imposé que l’audience d’homologation soit publique.
[11] Décision du 26 avril 2006, « Syndicat des avocats de France ».
[12] Cf. les centres de l’association « Jeunes en équipe de travail » créés par l’amiral Brac de La Perrière en 1986 : ils avaient pour mission d’organiser des stages de rupture de quatre mois à l’intention des jeunes délinquants et étaient encadrés militairement par des volontaires ; mais, malgré un succès relatif et plutôt supérieur aux autres mécanismes de réinsertion, ils n’ont jamais été admis par le petit monde des juges d’application des peines et des travailleurs sociaux sous prétexte qu’ils s’apparentaient aux Chantiers de Jeunesse, n’ont jamais reçu les moyens nécessaires et ont fini par être fermés en 2004.
[13] Institués par la loi d’orientation et de programmation de la Justice du 9 septembre 2002, les juges de proximité ont des compétences à la fois civiles et pénales pour les petits litiges (moins de 1.500 €) et les contraventions passibles d’amendes. Alors que 3.300 postes étaient envisagés initialement, leur nombre ne dépassera finalement pas 1.000, et encore…
[14] Quelques exemples glanés au hasard : le « fameux » délit d’entrave dont usent et abusent les syndicats, l’affaire de la « vache folle » ou l’affaire « Buffalo Grill » en matière de consommation, la parodie d’action collective qui vient d’être engagée par les organisations de consommateurs contre les opérateurs de téléphonie mobile, etc.




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Mardi 7 novembre 2006
 par Isabelle Debergue
  lundi 6 novembre 2006  Envoyer l'article
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Lundi 6 novembre 2006

© Reuters Agrandir l'image

dimanche 5 novembre 2006, mis à jour à 20:24

Pascal Clément relance la réforme de la responsabilité des juges Reuters

Le ministre de la Justice Pascal Clément confirme qu'il engagera bien une réforme élargissant la responsabilité des magistrats, après avoir dans un premier temps promis son abandon.

Le Garde des sceaux a expliqué au Grand jury RTL-le Figaro-LCI que cette volte-face n'en était pas une et qu'il s'agissait d'un malentendu.

Il n'aurait en fait annoncé qu'une "réflexion" supplémentaire sur le sujet lors d'un Congrès de l'Union syndicale des magistrats, le 20 octobre et non l'abandon du projet.

"Les gens ont entendu 'je le renvoie à la réflexion', ils se sont dit : donc, il ne veut plus rien. Mais j'avais dit la phrase d'avant, je vais préciser", a-t-il expliqué.

Le projet sera donc bien présenté aux députés, a finalement confirmé Pascal Clément. Son annonce initiale d'abandon semble en fait avoir été mal appréciée par le Premier ministre Dominique de Villepin, qui a exigé le maintien du projet lors d'une intervention télévisée le 22 octobre.

Ce projet, établi après le fiasco judiciaire du dossier Outreau, prévoit de pouvoir sanctionner une "violation délibérée des principes directeurs de la procédure" par un juge. La magistrature critique vivement ce texte en estimant qu'il porte atteinte à son indépendance.

Le Conseil d'Etat l'a critiqué dans un avis en estimant qu'il y avait déjà possibilité de sanctionner ce type d'irrégularité par des voies de recours normales contre les décisions (appel, cassation).

Le Conseil constitutionnel devra être consulté sur ce projet, ce qui rend incertaine son adoption avant l'élection présidentielle.

Pascal Clément a par ailleurs confirmé l'abandon du projet de réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), organe constitutionnel chargé de gérer la carrière et la discipline des magistrats.

Il était initialement prévu de modifier sa composition pour rendre les non-magistrats majoritaires au sein du CSM. Cette idée a soulevé aussi un tollé au sein de la magistrature.


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Vendredi 3 novembre 2006


Le projet de réforme de la justice mérite sans doute mieux que le spectacle affligeant que nous a offert la majorité au cours des dernières semaines. De reculades en volte-face, le ministre de la Justice, Pascal Clément, a mis à mal les efforts entrepris par la commission d’enquête présidée par le député PS de l’Isère, André Vallini. Censé tirer les enseignements du désastre d’Outreau, le texte présenté par le Garde des sceaux est marqué par un recul sans précédent de notre système judiciaire. Les lois Perben 1 et 2 se traduisent par une remise en cause des droits de la défense qui s’ajoute à des nominations partisanes et à une sérieuse reprise en main politique de la justice. Sans parler de la transformation de la chancellerie en « annexe du ministère de l’Intérieur », selon les termes d’André Vallini.
« Si on veut améliorer le système, il faut s’interroger sur l’organe chargé des sanctions disciplinaires, observe Elisabeth Guigou. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ne doit pas être majoritairement composé de magistrats, afin que le soupçon de corporatisme soit écarté. » La responsabilité des juges existe, ajoute la députée de Seine-Saint-Denis, avant d’appeler à une réforme du CSM et à la nomination, par cette instance, des procureurs généraux. Pour réformer la justice, il faudra compter aussi sur la responsabilité de l’État, qui ne peut continuer à faire exister un système judiciaire sans lui donner les moyens de son fonctionnement. Ainsi, le Projet socialiste prévoit une augmentation du budget alloué à la justice de 10 % par an, pendant au moins cinq ans.
Ariane Vincent


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Vendredi 3 novembre 2006
Actualité juridique

Le Conseil d'Etat va examiner jeudi l'avant-projet de loi sur la consommation qui prévoit notamment d'introduire dans le droit français les "actions de groupe" devant les tribunaux pour la réparation des préjudices matériels



Après l'avis obligatoire du Conseil d'Etat, rendu le plus souvent en quelques jours, le projet de loi pourrait être présenté en conseil des ministres le 8 novembre.

Ce calendrier, évoqué le 13 octobre par le président de l'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, Alain Bazot, est à nouveau cité par le journal Le Monde daté de jeudi. Bercy confirme simplement l'examen de l'avant-projet de loi devant le Conseil d'Etat jeudi.

Le dispositif phare du projet est le recours collectif en justice, cher au président Jacques Chirac. Inspiré de la "class action" dans le droit américain, il permet, lorsque de nombreuses personnes subissent le même tort, de poursuivre en justice collectivement.

Un volet très contesté par les organisations patronales. La présidente du MEDEF, Laurence Parisot, estimait cet été que ce système recèlerait "beaucoup trop de dangers" et aurait "un impact économique lourd".
A l'inverse, les associations de consommateurs craignent un champ d'application "trop restrictif", limité aux préjudices matériels inférieurs à 2.000 euros.

Le projet transpose enfin des directives européennes visant à protéger les consommateurs de publicités trompeuses.

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