PARIS (AFP) - L'islamiste algérien Rachid Ramda a été condamné vendredi soir à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans, pour sa complicité dans trois des attentats de 1995 à Paris dont celui du RER Saint-Michel (huit morts).
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L'un de ses avocats, Sébastien Bono, a qualifié ce verdict de "sans surprise" et annoncé son intention de faire appel.
La cour d'assises spéciale de Paris, devant laquelle Ramda a comparu pendant quatre semaines, avait délibéré pendant près de sept heures. A l'énoncé du verdict, l'accusé est resté impassible. Avant de quitter le box, il a salué son frère présent dans le public d'un geste de la main en souriant.

Rachid Ramda lors de son extradition en France, début 2005 (AP)
"On se sent un peu soulagé mais toujours un peu déçu parce que l'on a pas eu d'explication", a déclaré à la presse Jean-Claude Brocheriou, père d'une jeune fille tuée dans l'attentat de Saint-Michel.
Ramda a été reconnu coupable de complicité d'assassinat et de tentatives d'assassinats pour l'attentat de Saint-Michel (8 morts, 150 blessés, le 25 juillet 1995) et pour ceux des stations Maison-Blanche et Musée d'Orsay qui avaient fait des dizaines de blessés en octobre de la même année.
Parmi les éléments retenus par l'accusation, une empreinte digitale de Ramda a été identifiée sur un bordereau de transfert d'argent à un des poseurs de bombe, à la veille d'un des attentats en octobre 1995.
Au cours du procès, l'accusé, 38 ans, au profil d'intellectuel, portant veste et barbe soignée, a reconnu ce virement effectué depuis Londres, destiné selon lui à rémunérer les avocats des "frères" interpellés lors de coups de filet anti-islamistes en France.
Mais il a affirmé ignorer que le destinataire, un certain "Benabbas", était en réalité Boualem Bensaïd, un des deux auteurs principaux des attentats avec Smain Aït Ali Belkacem. Tous deux ont été condamnés à la prison à vie en 2002 dans un procès dont Ramda avait été le grand absent. Arrêté à Londres en novembre 1995, il n'a été extradé que dix ans plus tard après une longue bataille de procédure.
Dans le volet délictuel de l'affaire (association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste), il a été condamné en 2006 à 10 ans d'emprisonnement, une peine qu'il avait "déjà purgé" avant même de comparaître, a souligné vendredi Me Sébastien Bono qui a demandé l'acquittement de son client.
"Ce qui est présenté par l'accusation n'est pas convaincant", a déclaré Me Bono, s'étonnant par exemple que n'aient pas été interrogés les islamistes vivant sous le même toit que Ramda à Londres et qui, selon lui, auraient également pu être mêlés au financement des attentats.
Tout au long des débats, la défense s'est aussi employée à étayer, avec une quinzaine de témoignages d'experts, la thèse selon laquelle le gouvernement algérien de l'époque aurait pratiqué "un terrorisme d'Etat" dont il faisait porter la responsabilité aux islamistes afin de les discréditer.
L'avocat général Delphine Dewailly a fermement écarté cette thèse. Selon elle "peu importe qui arme le bras meurtrier". Dans son réquisitoire mercredi elle a qualifié Ramda de "rouage essentiel" du GIA, un homme de confiance dont la hiérarchie de cette organisation en Algérie avait fait sa "courroie de transmission" en Europe.
Vendredi, l'accusé, qui faisait face à quatre parents de victimes de Saint-Michel brandissant une photo de leur proche disparu, s'est une nouvelle fois déclaré étranger aux attentats : "Je ne les ai pas reconnus à l'époque et je ne les reconnaîtrai jamais".
- Une fiche wikipédia sur la réclusion à perpétuité
- Qu'est-ce que la période de sûreté?
- Un dossier sur les attentats de 1995 et sur le rôle de Rachid Ramda
- Les attentats de 1995, site personnel
- Le procès des attentats de 1995
- Liste des attentats en France depuis 1975
- Une fiche sur le GIA
- Chronologie des attentats dans le monde en 1995
- Rôle et fonction de la Cour d'assises
Le portrait de Rachid Ramda
Rachid Ramda, appelé aussi "Elyess" alias Abou Farès, condamné pour avoir financé les attentats de 1995 dans le métro parisien, est considéré comme un "intellectuel" de la mouvance islamiste algérienne radicale mais aussi comme le "responsable de la propagande" du GIA (Groupe islamique armé) qui avait revendiqué les attentats.
Cet islamiste algérien est considéré comme le "pivot" de la préparation des attentats de 1995 commis en France et comme le commanditaire des poseurs de bombes dans le métro parisien, notamment sur la ligne du RER C qui, le 25 juillet, avait fait 9 morts et 119 blessés.
Rachid Ramda, homme replet aux cheveux noirs coups courts et arborant un collier de barbe, n'a jamais eu à s'exprimer longtemps devant un tribunal. Son rôle exact au sein du GIA est encore peu connu, même s'il est suspecté d'avoir été dès 1994 l'un des principaux dirigeants en Europe de cette organisation.
Rachid Ramda a été arrêté le 4 novembre 1995 en Grande-Bretagne et placé sous écrou extraditionnel dans une prison située près de Londres, à Belmarsh, prison ou sont détenus la plupart des suspects d'actes terroristes. Malgré l'insistance de Paris à réclamer son extradition, Rachid Ramda a réussi pendant dix ans à l'éviter en utilisant tous les recours offerts par une ancienne loi britannique. Il a finalement été extradé en décembre 2005, après dix ans passés en prison à contester cette extradition.
En 1993, en pleine guerre civile algérienne, Rachid Ramda avait été condamné à mort par contumace pour sa collaboration présumée à l'un des tout premiers attentats d'envergure commis l'année précédente par le Groupe islamique armé contre l'aéroport d'Alger. Cet attentat avait causé la mort de 9 personnes et fait 123 blessés.
Réfugié à Londres, Rachid Ramda était étroitement surveillé par les autorités britanniques qui le soupçonnaient d'être également le rédacteur du bulletin du GIA, Al-Ansar.
La justice française a établi que Rachid Ramda était très probablement le "financier" du réseau terroriste orchestré par l'"émir" algérien Djamel Zitouni qui, reprochant à Paris son "soutien" à Alger avait décidé d'exporter la violence en France. Les enquêteurs pensent notamment que Rachid Ramda avait opéré des transferts de fonds de Londres afin de permettre à Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem de perpétrer les attentats de 1995. Pour ce crime, ils ont été condamnés, en octobre 2002, à la réclusion criminelle à perpétuité.



24.10.07 | 22h07
otfi Lagha, un ancien détenu tunisien de la prison américaine de Guantanamo, a été condamné mercredi à trois ans de prison ferme pour "association de malfaiteurs projetant des agressions contre des personnes et des biens" dans le cadre d'un projet terroriste.

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