
© ARD/Degeto
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[1] [2] En caméra subjective, un travelling avant parcourt la tranchée, les soldats alignés de part et d'autre. Un contrechamp nous montre ensuite, en travelling arrière, Dax avançant parmi ses hommes. Tous sont tendus. Aucun bruit. Le ciel est à peine visible sur l'écran. Kubrick enchaîne encore trois fois ce champ-contrechamp, donnant ainsi une idée de la grandeur des effectifs impliqués.
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La troisième fois, une explosion retentit et la caméra traverse un brouillard de fumée. Puis, en contrechamp, Dax s'accroche à une des échelles. La caméra le suit. Un soldat lui donne l'heure. Dax redescend dans les tranchées, entame le compte à rebours, monte l'échelle puis, à l'heure H, sort de la tranchée.
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[10] Un plan d'ensemble, en plongée, pris par derrière, montre les hommes se lever en masse et quitter les tranchées. Kubrick alternera dans la suite ces plans larges, où une troupe bouge, avec des plans beaucoup plus rapprochés, à hauteur du sol. C'est la célèbre tension entre les points de vue de Victor Hugo et de Stendhal (Fabrice dans la Chartreuse de Parme) sur Waterloo : la vue d'ensemble, objective, et la vue subjective du soldat dans la mêlée, qui ne voit que désordre.
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[11] De dos, Dax siffle et fait avancer ses hommes. Un plan plus large, en plongée, nous les montre ensuite en progression. Des explosions surviennent, les hommes commencent à tomber. Le plan suivant est plus rapproché, un travelling suit maintenant les soldats le long de leur avancée, donc de profil.
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[13] Un plan encore plus rapproché. Dax réapparaît, il est au milieu de l'écran, il se lève et siffle. La bande sonore, ici, est simple, elle oppose le sifflet insistant du colonel aux explosions de plus en plus régulières, traduisant ainsi la tension entre l'exigence d'avancer et la présence persistante de la mort.
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[23] Vus de face à hauteur d'homme, les soldats continuent d'avancer. Dax est au centre. La caméra zoome sur son visage. On sent qu'arrive un moment où il s'interroge sur le destin même de cette offensive. C'est la troisième partie de la séquence qui commence, celle où l'échec commence à être avéré.
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[24] En contrechamp, nous avons ce qu'il voit, c'est-à-dire rien de particulier. Autrement dit, les lignes ennemies ne sont même pas encore visibles : l'avancée a été faible. Les soldats arrivent alors sur l'écran, par derrière, en même temps que la caméra passe en travelling arrière pour les laisser remplir le champ visuel. L'offensive continue donc.
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La nuit est douce ce 3 juillet 1975, lorsque, en compagnie d'une amie, Geneviève, le juge François Renaud gare sa voiture, une BMW, devant son immeuble la Vigie. Il est 2 h 42.
Trois hommes, à bord d'une Audi 80, l'attendent, le visage masqué. Ils ne lui laissent aucune chance en tirant avec un 38 spécial et en l'achevant d'une balle dans la tête. L'enquête, malgré toutes les promesses officielles, se terminera par un non-lieu. Six juges d'instruction se sont succédé et des avocats de renom ont été choisis par les fils du magistrat: Mes Badinter, Bredin, Vergès.
Des noms ont pourtant été avancés. Des thèses aussi, sans qu'aucune aboutisse: vengeance du milieu, vengeance personnelle, mobile politique, services secrets.
NON-LIEU DANS L’AFFAIRE DU JUGE RENAUD
Une ordonnance de non-lieu concernant le dossier du juge François Renaud, assassiné à Lyon le 3 juillet 1975, a été rendue le 17 septembre par le juge d’instruction Georges Fenech. La famille du juge Renaud, partie civile dans cette affaire, représentée par Me Jacques Vergès, a fait appel de cette décision. La Chambre d’accusation devra donc se prononcer sur cette décision du juge, qui est le sixième magistrat chargé de l’instruction de cette affaire. Quelle que soit l’ultime décision, ce dossier pourrait être rouvert en cas de nouveaux éléments, les dix ans de prescription ne courant qu’à partir de la date de classement.
Au cours des 17 années d’instruction, selon le palais de justice de Lyon, des centaines de personnes ont été entendues, mais aucune audition n’a permis d’aboutir dans ce dossier complexe. « On ne connaît aujourd’hui ni le motif ni les auteurs de cet assassinat, a-t-on précisé, plusieurs noms ont circulé, mais aucune preuve n’a pu être recueillie ». Le juge Renaud, surnommé « le shérif » par le milieu lyonnais, avait été tué devant son domicile, rue de l’Observance, par trois ou quatre inconnus. Le corps du magistrat, premier juge assassiné en France, avait été découvert, derrière des voitures en stationnement, criblé de balles de « Geco 38 spécial » tirées par deux armes différentes.
Le juge instruisait différents dossiers sensibles liés au milieu et à des personnalités compromises, au moment de son assassinat.
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Article paru dans l'édition du 9 octobre 1992.
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vocat des justes causes, le cinéma s'est maintes fois transformé en prétoire et s'est délecté à créer des effets de suspense à partir des épisodes d'un procès. Le cas de Bamako est un peu différent. Il s'agit d'un procès fictif et symbolique (une parabole) mis en scène par des représentants de la société civile africaine. Un faux procès, justifié par un crime vrai : l'inhumanité avec laquelle le Nord étrangle le Sud, le cynisme avec lequel les institutions financières internationales condamnent l'Afrique à sa perte, favorisent un capitalisme prédateur qui ne vise qu'à fabriquer "des profits à perpétuité".
Bamako : le nom de la capitale du Mali signifie en bambara "le marigot du caïman". Mais dans le film du Mauritanien Abderrahmane Sissako, les caïmans sont absents, ils sont représentés par des avocats en robe, défenseurs des institutions accusées : la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Quant au marigot, il est remplacé par la cour d'une maison d'un quartier populaire où siège la cour, improvisée devant un auditoire filtré. Victimes de démocraties trompeuses, voire corrompues, otages de scrutins mascarades, les Africains sont habitués à voir leur quotidien transformé en théâtre, avec changements de costumes en coulisse. Sissako brouille sciemment la notion d'espace privé ou public en montrant comment la vie continue dans l'enceinte même où se déroulent les audiences. Enveloppée d'une serviette et un savon à la main, une jeune fille se faufile entre les chaises pour aller faire sa toilette avant que ne commencent les débats. Puis ce sont lessives, repas, tirage de l'eau d'un puits, vente de bricoles, noce, activisme des hommes et des femmes autour de bassines à teindre les tissus. Le dispositif ancre le procès rêvé dans le réel : qu'ils soient dedans ou dehors, réduits à suivre les débats retransmis par des haut-parleurs, les Africains révèlent parfois indifférence ou lassitude à l'égard de ces palabres qui les dépassent, dont ils n'attendent rien. Comment s'étonner de leur méfiance du verbe ensorceleur lorsqu'on leur fit tant de promesses ? Pour enraciner son propos, favoriser l'échange, Sissako ne se contente pas de faire circuler l'homme de la rue en plein théâtre des opérations. Il mêle quelques microfictions au dialogue politico-économique : un homme qui agonise faute de médicaments dans la pièce voisine, un ballet de téléphones portables, une parodie de western spaghetti diffusée sur un poste de télévision avec cow-boy à peau noire. Ce jeune couple, surtout, dont le mariage est condamné : elle, chanteuse dans un night-club, envisage de s'exiler à Dakar ; lui, déprimé, si persuadé que plus personne n'écoute la parole des pauvres qu'il n'a plus qu'un interlocuteur, le revolver qu'il approche de sa tempe. Mais justement : il s'agit dans Bamako de libérer la parole, de dire ce que l'on a sur le coeur, de refuser qu'on fasse taire les témoins. Aminata Traoré en tête, les témoins défilent. Pour dire que l'Afrique réclame des règles équitables, qu'elle n'a pas à payer une dette illégitime ne tenant pas compte du pillage de ses ressources et du viol de son imaginaire, qu'on lui a volé sa souveraineté, qu'on l'a obligée à privatiser ses services publics (la santé, l'école, l'eau), qu'on a dilapidé son argent et bradé son patrimoine. Et la parole se mue en cri avec le chant de ce vieux paysan qui, en fin de procès, s'exprime au nom des anonymes, dans une langue incompréhensible. Beau moment, révélateur de rage et de compassion. Comme celui où Melé, la chanteuse, se met à pleurer au micro. Beau film altermondialiste qui rappelle que les pays pauvres endettés sont plus pauvres aujourd'hui qu'il y a vingt ans, qu'il est temps que la Banque mondiale retrouve sa mission de Banque de l'humanité, et, comme le souligne Sissako, que "la force de l'art est de rendre tout possible". Film franco-américano-malien d'Abderrahmane Sissako avec Aïssa Maïga, Tiécoura Traoré, Aminata Traoré, Roland Rappaport, William Bourdon. (1 h 58.) Jean-Luc Douin
Article paru dans l'édition du 18.10.06
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Des vies, un procès contre le FMI, l'OMC dans une cour en Afrique, une réflexion sur la pauvreté, la mondialisation... - Mots-clefs : bamako, film, procès, OMC, FMI, afrique
Bamako est une œuvre de fiction qui relate le procès engagé par plusieurs représentants de la Société Civile Africaine contre la Banque Mondiale, le FMI et l'OMC. La Société Civile Africaine estime que ces derniers sont responsables de la dette africaine et par conséquent du drame que vit l’Afrique au quotidien.
Ce procès est un peu atypique car il a lieu dans la cour d’une maison que partagent plusieurs familles maliennes, notamment Melé, chanteuse dans un bar, et son mari Chaka. Alors que plaidoiries et témoignages se succèdent, la vie continue dans la cour…
Au-delà de ce procès, Bamako traite de sujets beaucoup plus vastes, tel que la pauvreté dans le Monde, la mondialisation, la dette africaine, les plans d’ajustement structurel, les inégalités Nord-Sud…
C’est un film extrêmement riche, qui ne laisse pas indifférent.
Lien web : www.bamako-film.com
LEXPRESS.fr du 18/10/2006
Le cinéaste mauritano-malien Abderrahme Sissako détaille pour LEXPRESS.fr le message que distille Bamako, film de combat qui, sous la forme d'un procès métaphorique, dresse le réquisitoire du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, puissantes institutions financières dont les injonctions suscitent, en Afrique, une hostilité croissante. Salué à Cannes, Grand prix du public au festival Paris-Cinéma, Bamako sort le 18 octobre en France
Pour l'essentiel, votre long-métrage obéit à une dramaturgie quasi-théâtrale, qu'atteste l'unité de lieu: une courée de Bamako, la capitale du Mali, qui héberge le tribunal. Pourquoi?Unité de lieu, soit, mais avec des moments de fuite. Notamment une scène de western ou la vision de l'errance d'immigrants clandestins dans le désert. J'ai voulu ainsi aérer le propos, au-delà du procès et de la controverse socio-économique. On reste dans le cinéma; il s'agit d'ailleurs de tricher par le cinéma pour maintenir l'attention sur des enjeux qui touchent des millions de gens. Bamako ressemble parfois à un documentaire engagé parsemé de contrepoints intimes. Redoutez-vous de dérouter une audience occidentale?© DR Je ne me suis pas vraiment posé la question du public visé. Ce film est un acte politique de création, le reflet de ma liberté de lancer un cri. Tant mieux s'il est entendu. Je ne prétends pas changer ainsi le monde, mais au moins l'Occident saura-t-il que nous savons. Cet Occident qui voit l'Afrique comme un continent chaotique, incapable de comprendre ce qui lui arrive. Ma priorité, c'est bien la suprématie de deux grandes institutions financières sur l'humanité. Le FMI et la Banque mondiale jouissent d'une telle position de force qu'ils en sont devenus sourds aux plus faibles. Au mieux, leurs dirigeants veulent faire le bonheur de l'Autre, tenu pour ignorant. Ils oublient l'éducation et la santé. Or, à la différence des nations développées, nos pays ne sont pas assez robustes pour confier au secteur privé de tels enjeux. Si la forme choisie s'avère originale, le fond du propos n'est pas nouveau...Il faut que certaines choses soient dites. Elles ont peut-être été écrites mille fois, mais le livre n'a pas l'impact du cinéma. Je déteste moi aussi les raccourcis commodes. Le combat n'oppose pas un Nord heureux à un Sud malheureux. Il se joue à l'intérieur de chaque sphère. Et notamment en France, où à l'évidence, les élites politiques ne comprennent pas la jeunesse. Comprennent-elles les ressorts de l'afflux massif vers l'Europe d'immigrants clandestins?On ne résoudra pas cette tragédie par un accord entre Nicolas Sarkozy et (le président sénégalais) Abdoulaye Wade. L'approche du ministre de l'Intérieur est tellement superficielle pour quelqu'un qui aspire aux plus hautes fonctions de la République... Fermer les frontières? Logique, à condition de se pencher sur les racines de l'exode. Donc sur la vanité des politiques de développement sur place, vouées à l'échec faute de véritable partage des richesses. Un tel aveuglement peut prendre une tournure imprévisible, avec des jeunes prêts à se transformer en boules de feu. Au terme de l'échappée vers un western parodique, votre rebelle noir embusqué abat l'un des assaillants blancs. Faut-il y voir un appel à la révolte armée?On peut le ressentir ainsi. C'est surtout une façon de souligner que le mort est partout le prix de la sujétion. Les pouvoirs africains puisent leur légitimité en dehors du continent. Dès que tel Etat n'a plus les moyens de régler le traitement des fonctionnaires du mois prochain, son chef, condamné à un statut d'humilié, est en danger. Dès lors, tout devient possible. Si le "complot" du FMI et de la Banque mondiale était la cause unique de tous les maux de l'Afrique, ça se saurait. Votre réquisitoire ne risque-t-il pas de dédouaner à bon compte les potentats du continent?Ce n'est pas parce que le mal à plusieurs causes qu'il faut s'abstenir de dénoncer la principale. L'art n'est pas la justice. Il cherche à émouvoir, à éveiller les consciences. Dans Bamako, on juge lors d'un procès improbable ce qui d'ordinaire n'est pas jugeable. Car aucun pays ne peut assigner des entités financières internationales devant un authentique tribunal. Pourquoi avoir confié les rôles d'avocats de la partie civile et des institutions incriminées à de vrais ténors du Barreau, William Bourdon et Roland Rapaport?J'avais lu un texte de Me Bourdon sur la mondialisation, paru dans Jeune Afrique. Et son look m'intéressait. Quant à Me Rapaport, il m'a été présenté par le défunt Humbert Balsan, pressenti initialement pour produire le film. Renseignements |
Qui n’a pas rêvé, un jour, de dire leurs faits aux puissants qui oppriment ? La confrontation avec ceux qu’on souhaite épingler est souvent chimérique, voire utopique. Abderrahmane Sissako fait pourtant de ce fantasme l’objet principal son dernier film. A Bamako, dans la cour à palabres d’un village, il dresse un vrai procès - bien qu’idéaliste - de ceux qu’il considère comme les profiteurs de l’Afrique.
Le rêve de la parole
« Quand on vit sur un continent où l’acte de faire un film est rare et difficile, on se dit qu’on peut parler au nom des autres : face à la gravité de la situation africaine, j’ai ressenti une forme d’urgence à évoquer l’hypocrisie du Nord vis-à-vis des pays du Sud ». C’est avec ces mots que Abderrahmane Sissako présente son dernier film, co-produit par l’acteur américain Danny Glover (qui y interprète un cow-boy). Dans la cour d’une large maison où vivent nombre de familles, un procès a lieu, celui du Fonds Monétaire International et de l’Occident qui l’a produit. La plaignante s’appelle Afrique. Puisqu’aucune juridiction n’existe pour remettre en question le pouvoir des profiteurs, le réalisateur en crée une de toutes pièces afin de dresser son réquisitoire. Jouant à plein du pouvoir du cinéma, il utilise l’acte créatif et artistique dans son sens premier. Il invente un monde afin de dire le Monde, où pour une fois les Africains en la personne de Maliens ont la parole et revendiquent leurs pleins droits.
A l’heure où la France renvoie les immigrés africains par charters sans leur demander leur avis, Sissako met en images un continent et un pays qu’on a peu l’habitude de voir et propose d’écouter une voix qui ne se fait jamais entendre. « Je voulais donner une autre image (de l’Afrique) que celle des guerres et des famines », dit encore le cinéaste, « c’est en cela que la création artistique est utile, non pas pour changer le monde, mais pour rendre l’impossible vraisemblable, comme ce procès des institutions financières internationales ».
Avec une subtile mise en scène, il fait un état des lieux sans naïveté ni bons sentiments. Ses dénonciations ne sont jamais affectées. Il ne s’agit pas de séduire le chaland avec de la sensiblerie mais de dire (d’énoncer !) les faits. Sissako a choisi un dispositif proche du documentaire pour filmer une fiction. Dès lors, il ne laisse rien au hasard, aucun détail n’est gratuit. Les avocats du FMI et de la banque mondiale sont à la barre et tout dans leurs gestes trahit une attitude coloniale.
Plus dure est la réalité quotidienne
Si le réalisateur dénonce clairement le fait que « le destin de centaines de millions de gens est scellé par des politiques décidées en dehors de leur univers », il parvient également à faire sourire ou pleurer en captant les à côtés du procès. Ce dernier a lieu dans une cour populaire, dans tous les sens du terme. Lieu des palabres et des croisements, la population y poursuit sa existence quotidienne. Certains voisins peuvent y assister en versant un bakchich au portier, d’autres l’écoutent à la radio en faisant des commentaires, d’autres encore, malades, restent sur leur lit de mort, à trois pas de la barre, dans l’attente d’une hypothétique tri-thérapie.
Avec ces allers et retours entre la cour, centre de l’attention du pays, et la vie qui, aux alentours, continue son bonhomme de chemin, Sissako joue du dehors et du dedans. Là s’établit une sorte de métaphore de ce qui se joue pour le destin d’un pays. Certains habitants se sentiront toujours étranger vis-à-vis d’un gouvernement bien éloigné à leurs préoccupations journalières. Il y a toujours plus puissant que soi. Même s’il joue à la réalité, dans sa fiction, le réalisateur inclut des personnages qui, bien que concernés, écoutent mais n’attendent rien du procès. Comme si d’avance, ils savaient que seule la duperie de l’Occident serait leur quotidien.
Un jeu dont personne n’est dupe
Avec son film, Sissako dresse ainsi un état des lieux à la Montesquieu ou à la Voltaire. Bamako sort en effet sur nos écrans alors que le FMI vient d’être réformé. Accusé de représenter les intérêts occidentaux (les pays du G7 ont 45% des droits de vote du fonds), celui-ci devrait à l’avenir prendre davantage en compte les pays émergeants. Pourtant certains dénoncent encore le fait que 43 pays africains ne détiendront que 4,4% des droits de vote (Le Monde, 19 septembre 2006). A cela s’ajoute l’un des problèmes majeurs de l’Afrique, sa dette et les taux d’intérêt qu’on lui impose. Une des protagonistes du film rappelle d’ailleurs que nombre de pays africains consacrent 40% de leur budget national au remboursement de la dette, quand ils n’en utilisent que 4 à 12% pour leurs services sociaux de base.
« Parlant de l’Occident, l’un des témoins m’a dit pour m’encourager : au moins, ils sauront que nous savons », rapporte Abderrahmane Sissako, pas dupe des effets de son film. On doute en effet que son film ait les mêmes répercussions que l’Indigènes de Rachid Bouchareb. Celui-ci avait tellement touché le président Jacques Chirac que ce dernier a décidé d’aligner les pensions des anciens combattants issus des ex-colonies françaises sur ceux de la métropole (cf. le billet de Manu sur Ecrans). Mais il est vrai qu’on se demande comment appliquer une peine condamnant à perpétuité le FMI à des travaux d’« humanité générale » ...
Bamako
Réalisé par Abderrahmane Sissako
Avec : Hamèye Mahalmadane, Hamadoun Kassogué, Tiécoura Traoré, Aïssa Maïga, Danny Glover, Jean-Henri Roger, Elia Suleiman
France/Mali , 2006 - 118 mn
Sortie en salles (France) : 18 octobre 2006

[illustrations © Les Films du Losange]
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Sur Flu :
La bande annonce de Bamako sur Écrans
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Sur le web :
Site officiel du film
Bamako, film franco-malien d’Abderrahmane Sissako avec Aïssa Maïga, Tecoura Traoré, Hélène Diarra (1 h 58).
Les films d’Abderrahmane Sissako aiment mettre en scène le contournement des évènements censés figurer en leur coeur. En 1998, lorsqu’Arte lui demande de réaliser un opus de la série « 2000 vu par... », pour laquelle des cinéastes imaginent le passage à l’an 2000, le réalisateur part au Mali filmer son village, ses habitants et ses paysages. Il laisse hors champ le non-évènement que constitue le changement de millénaire, uniquement évoqué par les flashs d’information de RFI, dérisoire agitation qui laisse indifférents les habitants de Sokole. Au tumulte occidental, Sissako répond par un film sensible au rythme des travaux et des jours, scandé par les écrits d’Aimé Césaire : la Vie sur terre. Il s’y montre émerveillé par la beauté de ce qu’il voit et aime, mais tristement pessimiste sur la place laissée à l’Afrique dans le monde contemporain.
La tentation d’échapper au spectaculaire en se penchant sur ce qui reste à la marge se retrouve dans Bamako où le vocabulaire constitue un outil de mise en scène. Abderrahmane Sissako prend au pied de la lettre l’expression « cour de justice » et imagine le procès des institutions financières internationales dans une cour réunissant plusieurs habitations. Le dispositif produit la dissolution des audiences dans le quotidien d’un lieu sans leur retirer pour autant leur force symbolique. Chaque matin, à l’ouverture des débats, la chanteuse Melé sort de chez elle, appelle un jeune homme dans l’assistance pour qu’il lui boutonne sa robe devant les magistrats solennels et le public attentif, comme si l’évènement colossal que pourr