FREETOWN (AFP) — La Cour d'appel du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) a confirmé vendredi la condamnation de trois anciens chefs rebelles à des peines allant de 45 à
50 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au terme d'une procédure de près de cinq ans.
"La Cour d'appel considère comme justifiée la décision du tribunal de condamner à 50 ans de prison (Tamba) Brima et (Santigie Borbor) Kanu et à 45 ans de prison (Brima) Kamara",
a déclaré le juge George Gelaga King.
"Nous n'avons aucune raison de modifier ces peines (...), le jugement et les peines devront maintenant être appliqués", a ajouté le juge King.
Près de cinq ans après leur inculpation, il s'agisssait du dernier recours pour MM. Brima, 35 ans, Kanu, 42 ans, et Kamara, condamnés le 19 juillet pour des crimes commis lors de
la guerre civile sierra-léonaise (1991-fin 2001).
Les trois hommes ont été reconnus coupables de la majorité des 14 chefs d'accusation qui pesaient sur eux, notamment de meurtres, de viols et d'enrôlement d'enfants soldats. La
plupart de ces chefs d'accusation sont considérés comme des crimes contre l'humanité.
A l'énoncé du verdict vendredi, les condamnés sont restés calmes mais apparemment abattus par la décision de la Cour, a constaté un journaliste de l'AFP. Leurs avocats ont quand
à eux quitté la salle d'audience sans s'exprimer devant la presse.
Ces hommes étaient des responsables du redouté Conseil des forces armées révolutionnaires (CFAR), un groupe rebelle responsable de nombreuses atrocités, notamment des viols, des
meurtres et des mutilations de civils.
Ils étaient plus précisément poursuivis pour avoir commandé des groupes armés qui se sont livrés à des exactions contre les populations civiles des régions diamantifères de
Sierra Leone et pour avoir participé à la prise meurtrière de Freetown en janvier 1999.
"Cette décision finale clôt un chapitre violent de l'histoire de la Sierra Leone", s'est félicité le procureur du tribunal Stephen Rapp, dans un communiqué publié après le
jugement.
"Elle établit définitivement que certains des crimes les plus abominables, violents et brutaux de l'histoire humaine ont été commis" en Sierra Leone et "reconnaît les grandes
souffrances éprouvées par le peuple de Sierra Leone, en particulier lors de l'occupation de Freetown en janvier 1999", estime M. Rapp.
Les CFAR auraient été soutenus par l'ex-président libérien Charles Taylor, le plus célèbre accusé du TSSL, dont le procès a été dépaysé pour des raisons de sécurité à La
Haye.
Il est le premier ancien chef d'Etat africain jugé pour crimes contre l'humanité par une juridiction internationale, et doit répondre de 11 chefs d'inculpation, dont ceux de
meurtre, viols et recrutement d'enfants soldats.
En interjetant appel en novembre 2007, l'équipe de la défense des trois hommes avait jugé ces peines "disproportionnées", et équivalentes "à de la prison à vie".
Le parquet du TSSL avait quand à lui demandé, à l'ouverture de leur procès en appel, que les peines soient alourdies. En première instance, le procureur avait requis des peines
allant de 50 à 60 ans de prison.
Leur jugement en juillet constituait la première condamnation prononcée par le TSSL depuis sa création en 2002.
Depuis, deux anciens chefs de la milice pro-gouvernementale des Forces de défense civiles (CDF) qui combattaient les rebelles pendant la guerre ont été condamnés à six et huit
ans de prison ferme en octobre 2007.
Trois autres accusés, des leaders de la rébellion du Front révolutionnaire uni (RUF), sont encore en jugement à Freetown devant le TSSL.
Juridiction soutenue par l'ONU, le TSSL, qui siège à Freetown, vise à juger les responsables d'exactions commises au cours de la guerre civile en Sierra Leone qui a fait 120.000
morts et des milliers de mutilés.
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