En 2003, un Suisse, Stefan S., était tué à coups de manche de pioche dans son haras du sud de la France. Jugés l'an dernier par la Cour d'assises du Var, la Suissesse Rita H. et ses
coaccusés devaient répondre, à des degrés divers, de cet assassinat.

Arrivés près de la maison, les gendarmes avaient rencontré Rocco. Il était accompagné d'une femme blonde et tous deux étaient arrêtés sur le chemin d'accès à la propriété, à côté de la
grille qui en marquait l'entrée. Après avoir été invités à ne pas quitter les lieux, ils avaient été placés en garde à vue.
Rocco était rapidement apparu comme un coupable idéal. Ancien toxicomane et gigolo, il avait vingt ans de moins que Rita, un casier judiciaire déjà bien rempli, et toutes les raisons de
penser que la mort du mari arrangerait ses affaires.
Lors des interrogatoires, il avait été mis sous pression, mais n'avait pas varié dans ses explications. Sa rencontre avec Rita datait de l'année précédente, au Casino. Même si, dans un
premier temps, il l'avait trouvée un peu trop vieille, il l'avait revue et ils étaient devenus amants. A ce moment-là, il était en disponibilité. En d'autres termes, il n'avait ni
logement, ni travail, de sorte qu'il s'était installé chez elle. Il savait qu'elle était en instance de divorce, mais ne connaissait pas les détails. D'ailleurs, il évitait d'être là
lorsque Stefan venait. Pour ne pas faire d'histoires, il dégageait avant qu'il arrive.
C'était précisément ce qu'il avait fait ce jour-là: il s'était levé vers 10 heures et demie et avait pris un café avant de passer le tracteur sur la piste d'entraînement des chevaux. Ce
n'était pas très long: tout au plus dix minutes. Il avait ensuite rassemblé ses affaires et était parti de la maison vers midi.
Les détails qu'il avait donnés sur son emploi du temps étaient extrêmement précis: en quittant le domaine, il s'était tout d'abord rendu dans un bar, pour boire un café et lire le
journal, puis à l'ANPE, dans le but de prendre un rendez-vous pour un entretien. On lui avait toutefois expliqué qu'il suffisait de remplir un formulaire pour bénéficier du plan d'aide au
retour à l'emploi, ce qu'il avait fait. Il avait regardé quelques petites annonces et comme rien ne lui convenait, il était parti. Il avait passé au Casino pour s'acheter une bouteille
d'eau gazeuse, un sandwich et des biscuits, puis s'était rendu chez le marchand de pneus, où il était resté pas mal de temps. Il avait expliqué aux enquêteurs qu'il avait crevé quelques
jours auparavant, et que, pour avoir des pneus identiques à l'avant, il en avait acheté deux nouveaux qu'il avait fallu monter sur les jantes.
Il avait terminé aux environs de 16 heures 30 et avait appelé Rita. A sa façon de répondre, il avait compris qu'il s'était passé quelque chose. Elle était en pleurs et avait coupé la
communication, sans lui parler. Inquiet, il avait décidé de retourner à la maison sans attendre. Lorsqu'il avait aperçu Michelle et son chien devant le portail, il s'était arrêté, mais il
avait juste eu le temps de pisser contre un arbre avant que les gendarmes ne viennent l'arrêter.
Rocco aurait été un coupable idéal, mais il avait un alibi en béton. Son emploi du temps avait pu être confirmé et l'enquête n'avait pas permis d'établir qu'il ait été au courant des
plans fomentés contre le mari de Rita. Il avait donc été libéré de toutes poursuites judiciaires.
Entendu comme témoin devant la Cour d'assises, il confirma encore une fois ses déclarations, mais ajouta qu'à son avis, s'il n'y avait pas eu ce drame, le divorce aurait été
inévitable.
Antonella Cereghetti est avocate. Elle a suivi ce procès hors du commun
Derniers Commentaires