Lundi 25 décembre 2006
Analyse

LE MONDE | 23.12.06 | 12h49  •  Mis à jour le 23.12.06 | 12h59
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Le rideau est tombé, mercredi 20 décembre, sur le dernier acte de la tragédie d'Outreau. Dans un hémicycle pratiquement désert, les députés ont adopté une série de dispositions inspirées par les auditions de la commission d'enquête parlementaire. Critiquant la frilosité du projet, UDF, PS et PCF se sont abstenus. Seule l'UMP a voté pour, après avoir admis comme le garde des sceaux, Pascal Clément, que la vraie réforme de la justice serait pour plus tard. Examiné selon la procédure d'urgence - une seule lecture par chaque Assemblée -, le texte est attendu au Sénat début 2007 afin d'être définitivement adopté avant les élections. Triste épilogue pour une réflexion qui avait suscité tant d'espoir - peut-être trop -, notamment celui de rompre enfin avec un vieux travers français, la présomption de culpabilité.

Le scandale d'Outreau l'a montré : les justiciables attendent de leurs juges qu'ils fassent preuve d'humanité à défaut d'avoir de l'expérience. Lesdits juges entrent tôt à l'Ecole nationale de la magistrature - 25 ans en moyenne. Ils y deviennent de "parfaits mécaniciens du droit", selon l'expression, en séance, d'André Vallini, député (PS) de l'Isère et ancien président de la commission d'enquête. Mais à ses yeux cela ne suffit pas : "Respecter la loi, certes ; connaître l'état du droit, évidemment ; mais aussi apprendre à penser par soi-même, savoir dire non lorsque tous les autres ont dit oui : voilà ce qui a cruellement manqué dans l'affaire d'Outreau."

Penser contre soi-même... Pour la plupart, les magistrats passent par la même école, par le même moule. Trop peu sont recrutés après avoir exercé comme juristes dans le secteur privé ou l'administration, contrairement au Royaume-Uni où les juges sont choisis parmi les avocats chevronnés. Le garde des sceaux, M. Clément, le regrette : "Les juges doivent être issus d'horizons plus variés." C'est promis, la chancellerie y veillera. L'Assemblée nationale, où il a fait cette déclaration, a décidé de porter de deux à six mois le stage que les auditeurs de justice effectuent dans un cabinet d'avocat, ce qui n'est pas superflu. Un futur magistrat a tout à apprendre des droits de la défense, au-delà de leur affirmation de principe.

Souvent très jeunes, ces magistrats sont nombreux à exercer une fonction de juge unique : juge d'instruction, juge de l'application des peines, juge des enfants... Sur les 587 magistrats instructeurs, soixante-six ont moins de trois ans d'ancienneté. C'est aussi leur premier poste. Tel était le cas de Fabrice Burgaud au tribunal de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).

L'idéal, pour remédier à la solitude du juge unique, serait d'obliger ces magistrats à travailler collégialement. A instruire chaque affaire non plus seul mais à trois. Plus facile à dire qu'à faire... Dans soixante-six tribunaux, il n'y a qu'un seul juge d'instruction. Qui plus est, pour instituer cette collégialité, il faudrait recruter massivement.

Comme on pouvait s'y attendre, le gouvernement a reculé devant l'obstacle. Mais l'Assemblée a créé des "pôles d'instruction", une formule plus souple qui laisse les affaires simples aux mains d'un seul juge et confie les plus complexes à plusieurs magistrats instructeurs. Cette réforme nécessitera la création de 70 postes de juges et de 102 emplois de greffiers qui, pour l'instant, ne sont pas financés.

De reculade en reculade, le doute s'est ainsi installé. Le gouvernement aurait-il seulement cherché à gagner du temps ? Il avait juré que toutes les leçons du scandale d'Outreau seraient tirées. Mais, au fil des mois, tous les prétextes ont été bons pour faire machine arrière : obstacles budgétaires, constitutionnels, pratiques, de calendrier, sans parler des pressions exercées par les magistrats pour perpétuer l'impunité dont ils bénéficient de facto.

Le Conseil supérieur de la magistrature - organe censé les sanctionner en cas de faute - n'a prononcé que trente et une exclusions depuis 1959, pour 1 800 juges et procureurs (en 2006). Le plus souvent, ce sont des comportements personnels déviants qu'il punit : alcoolisme invétéré, affaires de moeurs... Beaucoup plus rarement, le non-respect du bien-juger. Il en résulte un sentiment d'impunité qui tient moins à la volonté des magistrats de se soustraire au droit commun qu'à la conviction de n'avoir de comptes à rendre qu'à leur conscience. Ainsi le juge Burgaud.

LES MENTALITÉS EN CAUSE

Ce "corporatisme protecteur que l'on ne tolérerait d'aucune profession", selon le philosophe Yves Michaud, a encore de beaux jours devant lui. Cédant à la pression, le gouvernement a fait adopter par les députés une nouvelle définition de la faute professionnelle des magistrats. Particulièrement précautionneuse, elle se borne à réprimer la violation "intentionnelle" de la procédure pénale. Cette "intention" sera évidemment difficile à prouver. C'est ce qu'a fait remarquer, sceptique, le président de la commission des lois, Philippe Houillon (UMP, Val-d'Oise), ancien rapporteur de la "commission Outreau".

La plupart des mesures adoptées par l'Assemblée ne sont pas inutiles : la possibilité pour les justiciables de saisir le médiateur de la République ; l'enregistrement audiovisuel des gardes à vue et des instructions en cas de crime ; la faculté pour un détenu de demander à la chambre de l'instruction de réexaminer son dossier tous les six mois, même si rien n'oblige celle-ci à s'exécuter... Mais il en faudrait davantage pour se persuader qu'un nouveau scandale comme celui d'Outreau est impossible : l'incarcération de quatorze innocents qui auront cumulé au total vingt-cinq ans de prison.

Là encore les mentalités sont en cause. Trop souvent, la présomption d'innocence est bafouée par ceux-là mêmes qui en sont les garants. Dans le doute - et le doute est fréquent -, ils préfèrent envoyer un prévenu en prison. 34 % des détenus français sont actuellement incarcérés à titre provisoire, sans avoir été jugés ; 19 % au Royaume-Uni, patrie de l'habeas corpus ; et 20 % aux Etats-Unis dont le système judiciaire ne passe pas pour indulgent.

Les magistrats ne sont pas les seuls à blâmer. Souvent l'opinion surenchérit. Si la tragédie d'Outreau a eu une vertu, c'est d'avoir éclairé tous ceux qui ne jurent que par la répression sur les non-dits du système judiciaire français. Celui-ci repose sur de détestables a priori que Me Jean-Denis Bredin, cité par M. Vallini, énonce ainsi : "Tout suspect est présumé coupable", "Mieux vaut un innocent en prison qu'un coupable en liberté", "La défense de la société est placée au-dessus de toute valeur morale"...

Bertrand Le Gendre
Article paru dans l'édition du 24.12.06. Abonnez-vous au journal : 15€/mois


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mercredi 20 décembre 2006, mis à jour à 16:45

Parlement


L'Assemblée nationale adopte la réforme de la justice

LEXPRESS.fr avec Reuters

Le projet de loi sur la réforme de la justice a été adopté dans la nuit de mardi à mercredi à l'Assemblée nationale. Reprenant quelques-unes des propositions du rapport de la commission Outreau, il est critiqué par l'opposition qui le juge "bâclé"


 

es députés ont adopté dans la nuit de mardi à mercredi la réforme de la justice présentée par le garde des Sceaux, Pascal Clément, et que le Sénat examinera à son tour en janvier.

Le groupe UMP a voté pour et l'UDF s'est abstenue, tout comme les groupes PS et PCR qui la jugent "bâclée". Cette réforme reprend quelques-unes des propositions du rapport de la commission d'enquête parlementaire sur le fiasco judiciaire de l'affaire de pédophilie d'Outreau.

Cette réforme comprend deux projets de loi, l'un, organique, sur la formation et la responsabilité des magistrats dans lequel a été intégré un article relatif au médiateur. Le second texte, qui a été voté dans la nuit de mardi à mercredi, concerne le "renforcement de l'équilibre de la procédure pénale".

Collégialité de l'instruction
Ce texte prévoit notamment la création de "pôles de l'instruction" regroupant plusieurs juges d'instruction dans certains tribunaux de grande instance (TGI) et modifie les conditions dans lesquelles peut être décidée la co-saisine de plusieurs juges d'instruction.

Un amendement de la commission des Lois a été voté qui prévoit d'instaurer d'ici cinq ans la collégialité de l'instruction en la confiant à trois juges d'instruction désignés par le président du tribunal de grande instance.

Le texte prévoit également la présence obligatoire de l'avocat pour le placement en détention provisoire, l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires en garde à vue et devant le juge d'instruction ou bien encore le renforcement de la protection des mineurs victimes d'infractions sexuelles.

L'Assemblée avait adopté jeudi dernier le projet de loi organique sur la formation et la responsabilité des magistrats en retenant de nombreux amendements dont plusieurs du garde des Sceaux.

Nouvelle sanction disciplinaire pour les magistrats
Comme celui qui précise que "constitue un manquement" aux devoirs des magistrats "la violation grave et intentionnelle par un magistrat d'une ou de plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties, commise dans le cadre d'une instance close par une décision de justice devenue définitive".

Parmi les autres mesures de ce texte figure la création d'une nouvelle sanction disciplinaire consistant à interdire à un magistrat d'exercer pendant cinq ans des fonctions à juge unique comme juge d'application des peines ou juge d'instruction.

Le texte comporte également plusieurs dispositions visant à améliorer la formation des magistrats comme l'obligation de formation continue ou bien encore celle qui porte de deux à six mois la durée des stages des élèves sortant de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM).

Autre mesure, celle qui permet à un justiciable s'estimant lésé par un dysfonctionnement de la justice ou par un fait "susceptible de constituer une faute disciplinaire" de saisir le médiateur de la République qui pourra saisir le garde des Sceaux.


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Mercredi 20 décembre 2006



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mercredi 20 décembre 2006, mis à jour à 09:24

Reuters

Les députés ont adopté dans la nuit de mardi à mercredi la réforme de la justice présentée par le garde des Sceaux, Pascal Clément, et que le Sénat examinera à son tour en janvier.

Le groupe UMP a voté pour et l'UDF s'est abstenue, tout comme les groupes PS et PCR qui la jugent "bâclée". Cette réforme reprend quelques-unes des propositions du rapport de la commission d'enquête parlementaire sur le fiasco judiciaire de l'affaire de pédophilie d'Outreau.

Cette réforme comprend deux projets de loi, l'un, organique, sur la formation et la responsabilité des magistrats dans lequel a été intégré le texte -un article- relatif au médiateur. Le second texte, qui a été voté dans la nuit de mardi à mercredi, concerne le "renforcement de l'équilibre de la procédure pénale".

Ce texte prévoit notamment la création de "pôles de l'instruction" regroupant plusieurs juges d'instruction dans certains tribunaux de grande instance (TGI) et modifie les conditions dans lesquelles peut être décidée la co-saisine de plusieurs juges d'instruction.

Un amendement de la commission des Lois a été voté qui prévoit d'instaurer d'ici cinq ans la collégialité de l'instruction en la confiant à trois juges d'instruction désignés par le président du tribunal de grande instance.

Le texte prévoit également la présence obligatoire de l'avocat pour le placement en détention provisoire, l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires en garde à vue et devant le juge d'instruction ou bien encore le renforcement de la protection des mineurs victimes d'infractions sexuelles.

L'Assemblée avait adopté jeudi dernier le projet de loi organique sur la formation et la responsabilité des magistrats en retenant de nombreux amendements dont plusieurs du garde des Sceaux.

Comme celui qui précise que "constitue un manquement" aux devoirs des magistrats "la violation grave et intentionnelle par un magistrat d'une ou de plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties, commise dans le cadre d'une instance close par une décision de justice devenue définitive".

Parmi les autres mesures de ce texte figure la création d'une nouvelle sanction disciplinaire consistant à interdire à un magistrat d'exercer pendant cinq ans des fonctions à juge unique comme juge d'application des peines ou juge d'instruction.

Le texte comporte également plusieurs dispositions visant à améliorer la formation des magistrats comme l'obligation de formation continue ou bien encore celle qui porte de deux à six mois la durée des stages des élèves sortant de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM).

Autre mesure, celle qui permet à un justiciable s'estimant lésé par un dysfonctionnement de la justice ou par un fait "susceptible de constituer une faute disciplinaire" de saisir le médiateur de la République qui pourra saisir le garde des Sceaux.


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Mercredi 20 décembre 2006

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mercredi 20 décembre 2006, mis à jour à 16:45

 LEXPRESS.fr avec Reuters

Le projet de loi sur la réforme de la justice a été adopté dans la nuit de mardi à mercredi à l'Assemblée nationale. Reprenant quelques-unes des propositions du rapport de la commission Outreau, il est critiqué par l'opposition qui le juge "bâclé"


es députés ont adopté dans la nuit de mardi à mercredi la réforme de la justice présentée par le garde des Sceaux, Pascal Clément, et que le Sénat examinera à son tour en janvier.

Le groupe UMP a voté pour et l'UDF s'est abstenue, tout comme les groupes PS et PCR qui la jugent "bâclée". Cette réforme reprend quelques-unes des propositions du rapport de la commission d'enquête parlementaire sur le fiasco judiciaire de l'affaire de pédophilie d'Outreau.

Cette réforme comprend deux projets de loi, l'un, organique, sur la formation et la responsabilité des magistrats dans lequel a été intégré un article relatif au médiateur. Le second texte, qui a été voté dans la nuit de mardi à mercredi, concerne le "renforcement de l'équilibre de la procédure pénale".

Collégialité de l'instruction
Ce texte prévoit notamment la création de "pôles de l'instruction" regroupant plusieurs juges d'instruction dans certains tribunaux de grande instance (TGI) et modifie les conditions dans lesquelles peut être décidée la co-saisine de plusieurs juges d'instruction.

Un amendement de la commission des Lois a été voté qui prévoit d'instaurer d'ici cinq ans la collégialité de l'instruction en la confiant à trois juges d'instruction désignés par le président du tribunal de grande instance.

Le texte prévoit également la présence obligatoire de l'avocat pour le placement en détention provisoire, l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires en garde à vue et devant le juge d'instruction ou bien encore le renforcement de la protection des mineurs victimes d'infractions sexuelles.

L'Assemblée avait adopté jeudi dernier le projet de loi organique sur la formation et la responsabilité des magistrats en retenant de nombreux amendements dont plusieurs du garde des Sceaux.

Nouvelle sanction disciplinaire pour les magistrats
Comme celui qui précise que "constitue un manquement" aux devoirs des magistrats "la violation grave et intentionnelle par un magistrat d'une ou de plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties, commise dans le cadre d'une instance close par une décision de justice devenue définitive".

Parmi les autres mesures de ce texte figure la création d'une nouvelle sanction disciplinaire consistant à interdire à un magistrat d'exercer pendant cinq ans des fonctions à juge unique comme juge d'application des peines ou juge d'instruction.

Le texte comporte également plusieurs dispositions visant à améliorer la formation des magistrats comme l'obligation de formation continue ou bien encore celle qui porte de deux à six mois la durée des stages des élèves sortant de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM).

Autre mesure, celle qui permet à un justiciable s'estimant lésé par un dysfonctionnement de la justice ou par un fait "susceptible de constituer une faute disciplinaire" de saisir le médiateur de la République qui pourra saisir le garde des Sceaux.


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Mardi 19 décembre 2006
mardi 19 décembre 2006, 22h18

Les députés ont entamé mardi l'examen du projet de loi sur la procédure pénale, deuxième volet de la réforme de la justice, dont ils devaient entériner l'une des mesures phares: la création de pôles de l'instruction, et leur remplacement dans cinq ans par la collégialité.


Par Béatrix BACONNIER-MARTIN

 

PARIS (AFP) - Les députés ont entamé mardi l'examen du projet de loi sur la procédure pénale, deuxième volet de la réforme de la justice, dont ils ont entériné l'une des mesures phares: la création de pôles de l'instruction, et leur remplacement dans cinq ans par la collégialité.

Défendue par le garde des Sceaux, Pascal Clément, pour remédier à la solitude des magistrats, la création de pôles regroupant les magistrats, avec cosaisine dans les affaires les plus lourdes, avait fait l'objet de vives critiques de la part des députés de tous bords. Reprenant l'une des propositions de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, dont le rapport avait été adopté à l'unanimité de ses membres, la majorité, comme l'opposition, avait jugé le dispositif du ministre "insuffisant" et plaidé pour une mise en place de la collégialité. "Pour démontrer leur très forte volonté d'instaurer" cette collégialité, a expliqué le rapporteur du texte Guy Geoffroy (UMP), les députés UMP avaient supprimé ces pôles lors de l'examen en commission. Ils les ont rétablis ensuite en acceptant une solution de compromis de M. Clément: l'instauration immédiate de pôles et leur remplacement, dans cinq ans, par la collégialité. "Les pôles et la cosaisine" sont une "préfiguration de ce que sera, dans cinq ans la collégialité", a fait valoir M. Geoffroy. "Le gouvernement partage l'analyse de la commission sur l'affaire d'Outreau: garder le juge d'instruction et instaurer la collégialité", a expliqué M. Clément. Il a présenté son compromis comme une "solution de transition" et précisé que ces pôles seront instaurés "dans le cadre départemental". "Il y en aura en gros 125" tandis que "le minimum de juges pour les pôles sera de deux", a-t-il précisé. Ancien président de la commission d'Outreau, André Vallini (PS) a de nouveau cité les propos de ses collègues de la majorité parlant de "rafistolage" et de "fausse réforme". "C'est de l'affichage, ce n'est pas une réforme", a dit M. Vallini qui veut "instaurer la collégialité de l'instruction pour en finir avec la solitude et l'inexpérience du juge de l'instruction". "Le juge Burgaud (mis en cause dans l'affaire d'Outreau, ndlr) était trop seul", a-t-il affirmé. En fin d'après-midi, l'Assemblée nationale a adopté un amendement du président de la commission des Lois, Philippe Houillon (UMP) et de M. Geoffroy instaurant la collégialité de l'instruction, en la confiant à trois juges d'instruction. Un autre amendement, qui sera voté ultérieurement, devrait préciser que cette collégialité n'entrera en vigueur que dans cinq ans. Les députés, qui ont voté la semaine dernière le premier volet de la réforme de la justice renforçant la responsabilité des magistrats et les pouvoir du médiateur, s'attaqueront ensuite à la deuxième mesure phare du texte: l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires lors des gardes à vue dans les affaires criminelles. Examiné selon la procédure d'urgence (une seule lecture par assemblée) afin d'être adopté plus rapidement, le projet de loi est considéré par tous, ministre, parlementaires et magistrats, comme la "première étape" d'une réforme beaucoup plus profonde dont la prochaine législature aura, selon eux, la charge.

mardi 19 décembre 2006, 20h53  Par Béatrix BACONNIER-MARTIN

Les députés s'apprêtent à entériner la création de pôles de l'instruction

PARIS (AFP) - Les députés ont entamé mardi l'examen du projet de loi sur la procédure pénale, deuxième volet de la réforme de la justice, dont ils devaient entériner l'une des mesures phares: la création de pôles de l'instruction, et leur remplacement dans cinq ans par la collégialité.

Défendue par le garde des Sceaux, Pascal Clément, pour remédier à la solitude des magistrats, la création de pôles regroupant les magistrats, avec cosaisine dans les affaires les plus lourdes, avait fait l'objet de vives critiques de la part des députés de tous bords. Reprenant l'une des propositions de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, dont le rapport avait été adopté à l'unanimité de ses membres, la majorité, comme l'opposition, avait jugé le dispositif du ministre "insuffisant" et plaidé pour une mise en place de la collégialité. "Pour démontrer leur très forte volonté d'instaurer" cette collégialité, a expliqué le rapporteur du texte Guy Geoffroy (UMP), les députés UMP avaient supprimé ces pôles lors de l'examen en commission. Ils les ont rétablis ensuite en acceptant une solution de compromis de M. Clément: l'instauration immédiate de pôles et leur remplacement, dans cinq ans, par la collégialité. "Les pôles et la cosaisine" sont une "préfiguration de ce que sera, dans cinq ans la collégialité", a fait valoir M. Geoffroy. "Le gouvernement partage l'analyse de la commission sur l'affaire d'Outreau: garder le juge d'instruction et instaurer la collégialité", a expliqué M. Clément. Il a présenté son compromis comme une "solution de transition" et précisé que ces pôles seront instaurés "dans le cadre départemental". "Il y en aura en gros 125" tandis que "le minimum de juges pour les pôles sera de deux", a-t-il précisé. Ancien président de la commission d'Outreau, André Vallini (PS) a de nouveau cité les propos de ses collègues de la majorité parlant de "rafistolage" et de "fausse réforme". "C'est de l'affichage, ce n'est pas une réforme", a dit M. Vallini qui veut "instaurer la collégialité de l'instruction pour en finir avec la solitude et l'inexpérience du juge de l'instruction". "Le juge Burgaud (mis en cause dans l'affaire d'Outreau, ndlr) était trop seul", a-t-il affirmé. Il devait proposer, dans la soirée, un amendement en ce sens qui devrait logiquement être rejeté. En fin d'après-midi, l'Assemblée nationale a adopté un amendement du président de la commission des Lois, Philippe Houillon (UMP) et de M. Geoffroy instaurant la collégialité de l'instruction, en la confiant à trois juges d'instruction. Un autre amendement, qui sera voté ultérieurement, devrait préciser que cette collégialité n'entrera en vigueur que dans cinq ans. Les députés, qui ont voté la semaine dernière le premier volet de la réforme de la justice renforçant la responsabilité des magistrats et les pouvoirs du médiateur, s'attaqueront ensuite à la deuxième mesure phare du texte: l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires lors des gardes à vue dans les affaires criminelles. Examiné selon la procédure d'urgence (une seule lecture par assemblée) afin d'être adopté plus rapidement, le projet de loi est considéré par tous, ministre, parlementaires et magistrats, comme la "première étape" d'une réforme beaucoup plus profonde dont la prochaine législature aura, selon eux, la charge.

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Mardi 19 décembre 2006
La réforme de la justice.
Aujourd'hui
de 09h50 à 11h30
Avec Serge Portelli,
vice-président au tribunal de Paris
Question de : Internaute
Bonjour, Que pensez-vous des légions d´honneur qui sont décernées par des politiques à des juges ? Ne trouvez-vous pas cela malsain ? Et vous, est-ce que vous avez la légion d´honneur ? Sainte-Gamelle
Réponse : ça me paraît aussi dangereux que ridicule. La règle numéro un de la magistrature étant l´indépendance, tout ce qui peut pousser les juges à en perdre, ne serait-ce qu´une partie, me semble à proscrire. Personnellement je n´ai aucune médaille d´aucune sorte, je n´en veux pas et n´en aurai jamais. Mon père a la légion d´honneur pour des faits de guerre. J´en suis parfois un peu fier pour lui. Sans plus.
Question de : Internaute
Beaucoup de justiciables ne comprennent pas l´éviction du juge Jacques Bidalou, dont Jean-Edern Hallier disait qu´il était la statue du commandeur de la justice française. Etes-vous partisan de sa réhabilitation ?
Réponse : je n´aurais pas aimé être défendu par Jean-Edern HALLIER. Je pense que BIDALOU appartient à une époque de l´histoire de la magistrature française et du syndicalisme judiciaire, époque révolue mais rétrospectivement touchante. Je n´ai jamais partagé les méthodes de BIDALOU qui me semblent relever davantage de l´art que de la politique. A ce titre il mérite une étude particulière au-delà du strict judiciaire. Pour le reste, le syndicalisme judiciaire a besoin d´être respecté et entendu. Les temps risquent d´être très durs en 2007. Ce n´est pas le moment de refaire du Bidalou. Je vois tout à fait l´utilisation que pourraient en faire les partisans de Nicolas SARKOZY.
Question de : jean
Bonjour M. Portelli, Une justice qui refuse de réhabiliter Seznec, malgré tous les éléments nouveaux apportés par son petit-fils, est-elle encore crédible? Jean (Paris).
Réponse : La crédibilité de la justice est évidemment en baisse. Cette décision n´améliore pas la situation. Elle peut s´expliquer en droit. Mais d´un point de vue politique, au sens large, c´est une catastrophe. La caractère symbolique de cette affaire nécessitait une vision plus large, plus prospective. Cette affaire pose aussi la question du rôle de la cour de cassation dans la politique judiciaire en France. Par rapport aux autres cour suprêmes en Europe et dans le monde, joue-t-elle vraiment ce rôle de premier moteur de la défense des libertés qu´on est en droit d´attendre d´elle, conformément au rôle que nous confie , à nous magistrats, la constitution, ou se contente-t-elle de gérer les flux des pourvois en cassation?
Question de :
Que s´est-il passé exactement entre Nicolas Sarkozy et vous après o´émission de Serge Moatti ?
Réponse : très exactement ce qu´en dit le Canard Enchaîné. Nicolas SARKOZY qui avait réussi à se contenir pendant l´émission a perdu son sang-froid dès que les caméras se sont éteintes. C´est dommage. Après une émission, c´est d´habitude le moment de se retrouver, même si le débat a été rude. Là, j´ai vraiment eu l´impression de voir un autre homme. Plus du tout l´homme tranquille, serein, posé... que Nicolas SARKOZY essaie de paraître, peut-être avec un peu de sincérité d´ailleurs (peut-être en a-t-il assez lui aussi de ce personnage électrique et agressif), mais cet homme sûr de lui, excédé par l´opposition, cassant, mal dans sa peau finalement, qui veut, d´un geste, d´un mot, d´un regard, ravaler son interlocuteur plus bas que terre. C´est vrai que là, je ne me suis pas laissé faire et que la bêtise et l´incongruité de son agression et de sa réaction m´ont paru d´un ridicule achevé
Question de : Internaute
Que pensez vous de la détention provisoire ?
Réponse : Chacun dit qu´elle doit être l´exception. Les lois le répètent inlassablement mais rien n´y fait, la détention provisoire reste, indéracinable. Là encore, il faut que le monde de la justice prenne vraiment conscience du problème. Une fois plongé dans le dossier, le juge oublie les beaux principes qu´il a étudiés et appris autrefois sur les bancs de l´université, l´exigence de liberté s´évanouit très vite. Et la classe politique le pousse inlassablement à plus de répression. Alors qu´en matière de détention provisoire, les politiques, au niveau national mais local également, doivent faire preuve de responsabilité et éduquer la population, parler de justice, de présomption d´innocence plutôt qu´attiser la haine et exploiter les peurs. Nicolas SARKOZY, lors de l´émission "à vous de juger" il y a dix jours faisait le lapsus terrible de parler des "présumés coupables" au lieu des "présumés innocents". C´est mal parti.
Question de :
Etes-vous syndiqué, à quel syndicat, pourquoi ?
Réponse : je suis membre du syndicat de la magistrature. J´y ai adhéré il y a fort longtemps (chut!) , je m´en suis éloigné un petit peu, sûrement à tort mais c´est ainsi, lorsque la gauche est venu au pouvoir. En fait c´est l´outrance de Nicolas SARKOZY qui, il y a deux ans, m´a fait comprendre l´urgence de la situation. J´ai réadhéré sans état d´âme et j´ai retrouvé mes copains. Voilà, je me bats avec beaucoup de gens à Paris et ailleurs, magistrats ou pas, sur plein de fronts pour défendre les libertés sous de multiples formes. J´écris beaucoup pour faire comprendre quels sont les enjeux. Je ne veux pas avoir honte devant mes enfants en mai 2007 et après s´ils me disent: "tu avais fait quoi?"
Question de :
Pourquoi le fait de filmer les interrogatoires des prévenus par les magistrats serait-il un problème ?
Réponse : pour moi, ce n´est pas un problème. Je suis tout à fait favorable à l´introduction de la caméra partout où l´on interroge. Nous avons tout à y gagner. Peut-être se rendra-t-on compte, alors, qu´il faut apprendre à écouter, à interroger, à poser des questions, à mener un entretien, à écouter les réponses, à parler à une victime, un enfant, un étranger, bref, que tout ceci est une discipline à part entière et non un don du ciel, accordé en même temps que le diplôme de juge ou de policier. Je n´attends pas le moindre début de prise de conscience sur cette question avant dix ans. C´est désespérant. Et pourtant Outreau est passé par là. Peine perdue! dommage
Question de :
"Ne me touchez pas ! Ne me touchez pas !" Qui suis-je ?
Réponse : un citoyen plein d´humour contrairement à l´homme qui a épousté son costume pour ne pas être contaminé par le doute. J´aurais bien aimé que cette vieille maladie que je porte en moi soit contagieuse et ne résiste pas à ce geste de terrible mépris. Mais sait-on jamais? Je ne désespère jamais de personne. C´est ma principale différence avec lui.
Question de : fre
Que pensez-vous de l´affaire Borrel, ce crime peut-il un jour être résolu ? Les magistrats français, un ministre de la Justice peuvent-ils faire pression pour pousser à connaître la vérité ?
Réponse : L´affaire est en cours. Elle est apparemment loin, très loin, d´être finie selon ce qu´en disent les ouvrages et les articles qui sont aujourd´hui publiés. Peut-être même faudra-t-il attendre très longtemps, attendre que les dirigeants changent à DJIBOUTI. Heureusement les juges d´instruction français ont changé. Mme BORREL et son conseil iront jusqu´au bout. Nous sommes tous solidaires de leur action. En espérant qu´il n´est pas trop tard. Mais quel dommage d´avoir perdu tant de temps! Pourquoi la justice française a-t-elle pendant si longtemps privilégié une seule hypothèse, celle du suicide, alors que tout démontre aujourd´hui, qu´elle est fausse? Cette question-là devra elle aussi être résolue.
Question de : fre
Que pensez-vous de l´idée consistant à rétablir les peines minimales ?
Réponse : juger, c´est se pencher sur un cas particulier, c´est apprécier un acte spécifique commis par une personne qui ne ressemble à aucune autre au préjudice d´une victime qu´il faut écouter dans son individualité. La loi est faite pour le général. Le juge pour le particulier. Obliger le juge à prononcer des peines (qu´on les appelle peines-plancher, peines fixes ou peines automatiques, peu importe) est un non sens. C´est confondre les rôles et oublier la nécessaire séparation des pouvoirs. La justice n´est pas une machine aveugle, qui débite des peines et crache de la prison pour répondre à des données statistiques. Les libertés des citoyens passent par la liberté du juge.
Question de : fre
bonjour merci pour vos interventions à Ripostes,selon le résultat des élections,ne craignez-vous pas le placard ?
Réponse : je pense que nous devons tous nous engager, à chacun des postes que nous occupons, à chacune des places qui sont les notres, sans nous préoccuper des conséquences sur nos petites personnes. Il n´est plus temps d´être frileux. Les enjeux sont trop importants. A quoi bon penser à son petit confort de juge, à sa belle carrière, si les libertés sont bafouée. Cela n´aurait aucun sens. Vous savez, on peut aussi juger dans un placard. La justice, ce n´est pas le spectacle des soi disant "grands procès". Ce sont des affaires dont personne ne parle jamais, avec des justiciables qui ne se plaignent pas beaucoup et qui, le plus souvent, subissent leur sort, sans maugréer. C´est cette "petite" justice-là qui me plaît et à laquelle je veux rendre sa dignité.
Question de : Internaute
A part un manque de moyens ( humains et financiers ) flagrants,qu´est ce qui ne marche pas bien dans la Justice française ? pourquoi ne pas faire un travail pédagogique, à l´école et même dans des émissions télévisées, pour mieux faire comprendre la justice ?
Réponse : La liste serait trop longue des défaillances. Les moyens, oui, évidemment. Mais il ne faut pas que cette question soit un alibi, qu´elle cache les autres difficultés, les carences, les lacunes béantes. si l´on part de deux notions simples, l´humanité et les libertés, on peut décliner une série de principes et d´exigences. Car la justice, comme le reste de la société, souffre tragiquement d´un manque de sens. Oui, plus de moyens, des ordinateurs, du personnel, des établissements neufs, de belles prisons... Mais pour rendre quelle justice? Pour contribuer à former quel type de citoyen? Mais changer quoi, en l´homme? Expliquer ce qu´est la justice aujourd´hui, c´est ne pas avoir peur de dire ce qu´elle n´est pas, ce que je ne suis pas. C´est cette honnêteté-là vers laquelle je tatonne
Question de : fre
Un des grand principe de la justice est l´indépendance pourquoi pas simplement une bonne administration de la justice ?
Réponse : entre la justice et l´administration il y a cette différence qui existe entre le "dossier-homme" et le "dossier-papier", selon l´expression fameuse de M. LESIGNE dans l´affaire d´Outreau.
Question de : fre
Bravo aux magistrats de soutenir les avocats pour l´aide juridictionnelle. Pourquoi ce soutien ?
Réponse : parce que accéder à la justice est la base de la base. Il faut d´abord que le citoyen puisse aller vers le juge et qu´il ne soit pas retenu par des questions de moyens. Si la justice est réservée à des privilégiés, quel intérêt? On peut faire une démocratie pour une poignée de gens qui ont les moyens, ce n´est pas ma façon de voir. Et les victimes? Il ne suffit pas de sauter comme un cabri en criant "les victimes! les victimes!" Il faut leur donner un avocat et leur donner les moyens de faire valoir leurs droits. Voilà pourquoi, j´étais aux côtés de mes amis avocats hier dans la rue. Pardon à tous ceux auxquels je n´ai pas répondu, uniquement faute de temps. Serge PORTELLI

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Samedi 16 décembre 2006

C'est un projet de loi bricolé qui est présenté en urgence aux députés avant les élections.
Par Jacqueline COIGNARD
QUOTIDIEN : vendredi 15 décembre 2006
 
Dernière réforme de la justice avant fermeture, pour cause de campagne électorale. De tous ces textes qui remanient la procédure ­ deux par an, en moyenne depuis 2002 ­, celui qui est débattu depuis hier à l'assemblée, devant une douzaine de députés, ne frappe pas par son ambition. Il est pourtant né sur les décombres de l'affaire d'Outreau, en réponse à un immense émoi populaire. Tour à tour, les orateurs ont évoqué les millions de Français vissés devant leur téléviseur, regardant défiler les acquittés en s'affolant : ça pourrait m'arriver aussi ! Le résultat, c'est une réponse bricolée en quelques mois et présentée en urgence (une seule lecture par assemblée) dans un hémicycle désert pour, selon l'aveu même du ministre de la Justice, faire quelque chose avant les élections.
Ceux qui espéraient beaucoup de l'après-Outreau en seront donc pour leurs frais. Pascal Clément parle de «premier pas» ou de «première étape» en présentant son projet de loi, critiqué de toutes parts et jusque dans les rangs de la majorité. Pendant la gestation difficile de ce texte, le ministre de la Justice a servi de punching-ball à Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Obligé par l'un d'accepter l'enregistrement des audiences chez le juge d'instruction, pour donner des gages aux policiers irrités par le possible débarquement de caméras dans les locaux de garde à vue. Obligé par l'autre de maintenir la définition d'une nouvelle faute disciplinaire pour les magistrats, malgré l'hostilité de la profession et les réserves du Conseil constitutionnel. Pour finir, ce sont ses collègues UMP qui se sont mis à réécrire son texte en commission des lois.
«Nos citoyens attendent une réflexion à long terme sur l'avenir de notre système judiciaire. C'est la tâche qui incombera à la prochaine législature», admet Pascal Clément. Tout en vendant, malgré tout, ses quelques «réponses immédiates et concrètes aux principaux dysfonctionnements constatés dans l'affaire d'Outreau». Pour remédier à la solitude des juges d'instruction, le ministre promeut leur regroupement dans des «pôles» et la désignation de plusieurs magistrats pour les dossiers les plus difficiles. Et de citer les précédents que sont le pôle antiterroriste de Paris ou les juridictions interrégionales spécialisées. «Personne ne parle d'usine à gaz mais de grand succès à leur égard !» lance le ministre de la Justice.
En commission de lois, les députés UMP avaient supprimé ces pôles qualifiés effectivement d' «usine à gaz» (Georges Fenech), de «fausse bonne idée» (Alain Marsaud) ou de «contre-productifs» (Jacques-Alain Bénisti). Finalement, les pôles sont rétablis. Mais, en échange, la commission des lois a obtenu que soit inscrit «le principe d'une instruction collégiale» (trois magistrats systématiquement), qui aurait vocation à entrer en vigueur dans cinq ans. «Je soutiendrai cet amendement», explique Pascal Clément, soulignant que son application nécessiterait 240 magistrats et 400 greffiers supplémentaires.
André Vallini (PS) se moque de cette mesure différée de plusieurs années, qui revient à dire : si vous me réélisez, je la mettrai en oeuvre. «Dans le droit positif, quand on fait la loi c'est pour qu'elle s'applique tout de suite», dit celui qui présida la commission Outreau. Au passage, il signale que des députés UMP comme Xavier de Roux (par ailleurs rapporteur du texte) ou Claude Goasguen ont manifesté le même étonnement que lui en commission des lois, qualifiant le dispositif de «lamentable rafistolage» ou d' «annonce électoraliste». Certes, les uns et les autres estiment que l'enregistrement des gardes à vue est un progrès, ainsi que les mesures qui visent à mieux contrôler les détentions provisoires. Mais Vallini exprime des doutes sur la fin de parcours de ce texte qui sera sans doute voté, mais «promulgué c'est moins sûr, et mis en oeuvre encore moins».



Les députés UMP veulent une fin de session tranquille

SOPHIE HUET.
 Publié le 15 décembre 2006
Actualisé le 15 décembre 2006 : 08h38


Zoom +
(Le Figaro/S.Soriano).

Ils se plaignent d'avoir à examiner, dans l'urgence et à quelques mois des élections, des textes à fort contenu politique.

 
LES DÉPUTÉS UMP n'arrivent plus à faire face au rythme législatif, toujours aussi intense à cinq mois du premier tour de l'élection présidentielle. « Le gouvernement Villepin s'est lancé dans un activisme au jour le jour qui n'a aucun sens », confie un dirigeant de l'UMP. Exemple : les élus de la majorité ne comprennent pas pourquoi il était si urgent d'adopter cette semaine le projet de loi constitutionnelle visant à geler à la date de 1998 le corps électoral néocalédonien pour les élections provinciales futures.
 

« C'est du travail parlementaire symbolique, bâclé en quatre heures, et on voit mal le Parlement être réuni en Congrès à Versailles avant 2007 », dénoncent les sarkozystes Thierry Mariani et Dominique Paillé. « On légifère à la va-vite, et le calendrier ne permettra pas de faire passer les textes au Sénat », ajoute Laurent Wauquiez, sarkozyste lui aussi, qui conseille au gouvernement de « se concentrer sur la sortie des décrets d'application des lois déjà adoptées ».

 

La réforme a minima de la justice, pour tenir compte des conclusions de la commission Outreau, fait aussi grincer des dents. « On travaille dans la précipitation. Dire qu'il s'agit d'une nouvelle étape avant une grande réforme de la justice en 2007 ne me paraît pas convaincant », indique Claude Goasguen. Qui ajoute : « La procédure pénale n'est pas du chewing-gum ». Il n'y avait d'ailleurs que vingt députés (sur 577), présents hier en séance, quand le garde des Sceaux Pascal Clément a pris la parole pour ouvrir les débats.

 

« Frénésie malsaine »

 

« Le vécu de la précipitation est très fort chez les députés », témoigne Jean-Michel Dubernard, le président de la commission des affaires sociales, qui court d'une réunion à l'autre, après avoir participé hier matin en séance aux débats sur la création d'un ordre national des infirmiers. « On travaille beaucoup trop rapidement sur des sujets très sérieux. Il faut maintenant partir en campagne électorale et arrêter au plus vite les travaux législatifs », enchaîne Philippe Houillon, le président de la commission des lois, qui est sur la brèche depuis le début septembre. Cette commission doit même examiner mercredi prochain, à cinq jours de Noël, le projet de loi réformant le statut pénal du chef de l'État !

 

« Il y a trop de législation dans une période où l'on sait qu'on ne trouvera pas la sérénité, et que les députés ne pensent qu'à labourer leurs circonscriptions en vue de leur réélection », déclarent Bernard Accoyer, le patron des députés UMP, et Jean Leonetti. « Cette frénésie préélectorale est malsaine. À quelques mois d'une élection majeure, on ne devrait légiférer que sur le quotidien », estime le sarkozyste Yves Jego. « À légiférer trop et très rapidement, on accrédite l'idée que l'actuelle majorité n'en a pas fait assez », ironise encore Dominique Paillé. « Il est toujours difficile de légiférer en fin de mandature, car l'absentéisme est grandissant », constate Marc Laffineur. « Les députés ont la tête ailleurs », résument Paul-Henri Cugnenc et Thierry Mariani.




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Vendredi 15 décembre 2006

Discours de Pascal Clément,
Garde des Sceaux, Ministre de la justice

Réforme de la Justice

Assemblée nationale – Jeudi 14 décembre 2006

 

Il y a un peu plus d’un an, le drame d’Outreau créait une onde de choc dans notre pays.

Nous pouvons dire, je crois, que le traitement de cette affaire a entraîné une réelle crise de confiance entre les Français et la justice. Chacun s’est en effet demandé : et si c’était moi ?

Je tiens néanmoins à rappeler combien il est difficile de rendre la justice et que, s’il y a eu un Outreau, des milliers de décisions sont rendues chaque année par des magistrats exemplaires assistés de fonctionnaires passionnés et compétents. Que l’on se souvienne du procès des pédophiles d’Angers, à bien des égards comparable à celui d’Outreau, qui montre bien que la justice en France peut être exemplaire.

Les travaux de votre commission d’enquête, suivis par des centaines de milliers de téléspectateurs, ont suscité un intérêt sans précédent des Français, qui ont découvert à travers ces auditions la complexité des procédures judiciaires et la difficulté de faire reconnaître son innocence.

Qu’attendent nos concitoyens à la suite de ce drame ?

Ils attendent une réflexion à long terme sur l’avenir de notre système judiciaire. C’est la tâche qui incombera à la prochaine législature, en s’inspirant des propositions adoptées à l’unanimité par votre commission d’enquête, car une telle réforme nécessite du temps, à l’image de ce qui a été fait à la fin des années 80 pour réformer le code pénal.

Mais ils souhaitent également des réponses immédiates et concrètes aux principaux dysfonctionnements constatés dans l’affaire Outreau, afin qu’une telle affaire ne puisse pas se renouveler.

Quels étaient ces dysfonctionnements ? la solitude du juge d’instruction, le recours excessif à la détention provisoire, l’opacité de la procédure, l’insuffisance du contradictoire et le non respect des procédures dans le recueil de la parole de l’enfant..

Le drame d’Outreau a également suscité des interrogations sur la formation des magistrats et leur régime de responsabilité.

Les projets que je vous présente aujourd’hui au nom du Gouvernement répondent point par point à ces difficultés.

Ils mettent en place des pôles de l’instruction pour lutter contre la solitude du juge, instaurent un véritable contrôle de la chambre de l’instruction pour éviter les détentions provisoires injustifiées, accroissent la transparence de la procédure en prévoyant l’enregistrement audiovisuel des interrogatoires en garde à vue et devant le juge d’instruction et la publicité des débats sur la détention provisoire, améliorent le contradictoire, notamment pour les expertises, et rendent obligatoire l’enregistrement de l’audition du mineur victime.

Ils améliorent également la formation des magistrats, précisent leur régime disciplinaire et mettent en place une nouvelle voie de recours pour les justiciables à travers la saisine du Médiateur de la République.

Il ne s’agit que d’une première étape dans la rénovation de notre justice, mais une étape qui me semble indispensable pour éviter demain d’autres Outreau.

La réforme pragmatique que je propose s’appuie, elle aussi, très largement sur les propositions de votre commission d’enquête, puisqu’elle reprend entièrement ou partiellement 21 des 32 propositions législatives du rapport.

Comme toute synthèse, elle a suscité un certain nombre de critiques : pas assez ambitieuse pour certains, elle est aussi irréaliste pour d’autres.

J’ai cependant la conviction qu’elle constitue une première étape nécessaire pour permettre aux Français de retrouver la confiance dans leur justice.

I-Le projet de réforme de la procédure pénale apporte des réponses précises et concrètes aux principaux dysfonctionnements constatés dans l’affaire Outreau.

Ce qui a frappé le plus les Français dans cette affaire, c’est la solitude d’un juge d’instruction, qui a pu paraître enfermé dans ses certitudes.

Je souhaite mettre fin à cette solitude, en faisant travailler les juges d’instruction au sein d’une équipe. Les affaires criminelles et les affaires correctionnelles complexes ne seront plus instruites par un magistrat isolé dans un tribunal, mais par un ou plusieurs juges d’instruction, réunis au sein d’un pôle, qui pourront échanger entre eux sur les points difficiles.

Le succès rencontré par le pôle antiterroriste de Paris et les juridictions interrégionales spécialisées, qui traitent des affaires de grande criminalité, m’ont convaincu que les dossiers d’instruction complexes ne pouvaient plus être confiés à des juges d’instruction isolés, mais devaient faire l’objet de regards croisés.

De manière plus générale, je souhaite que ces pôles conduisent les juges d’instruction à ne plus travailler seuls au sein de leur cabinet, mais les poussent au contraire à acquérir la culture du travail en équipe.

Ces pôles permettront de rendre plus facile les co-saisines, c'est-à-dire la désignation de plusieurs juges d’instruction sur un même dossier. Ces co-saisines pourront désormais être imposées par le président de la chambre de l’instruction, même sans l’accord du magistrat initialement saisi. Elles permettront, sur des affaires complexes, de faire travailler des juges d’instruction peu expérimentés avec des magistrats confirmés.

Sans attendre l’adoption de ce dispositif, j’ai demandé à ce que les postes de juges d’instruction soient, autant que faire se peut, pourvus par des magistrats expérimentés, et non pas par des jeunes magistrats sortant de l’Ecole nationale de la magistrature.

En pratique, les pôles auront un ressort départemental. Cependant, compte tenu des particularités locales, certains pôles pourraient s’étendre à plusieurs départements et certains départements pourraient avoir plusieurs pôles.

Contrairement à ce qu’ont pu affirmer certains, le système ne remet aucunement en cause la carte judiciaire actuelle. Chaque tribunal de grande instance conservera en effet un juge d’instruction, chargé des affaires correctionnelles simples. Par ailleurs, les affaires instruites au sein des pôles continueront à être jugées par la juridiction territorialement compétente.

Pour accompagner cette réforme, je souhaite que soient pris en compte les frais de déplacements supplémentaires supportés par les avocats intervenant au titre de l’aide juridictionnelle pour se rendre dans les pôles de l’instruction. Par ailleurs, afin d’assurer un accès en temps réel aux dossiers, j’ai décidé d’accélérer la mise en place de la numérisation des procédures pénales : d’ici la fin de l’année, une centaine de tribunaux de grande instance devraient expérimenter cette numérisation. Enfin, pour limiter les déplacements chaque fois que c’est possible, j’ai demandé que l’on utilise la visioconférence. Tous les tribunaux de grande instance en seront équipés d’ici la fin de l’année.

Comme j’ai souvent eu l’occasion de le dire -mais j’ai compris qu’il était nécessaire de le redire avec force aujourd’hui-, ces pôles constituent pour moi la première étape vers la collégialité de l’instruction proposée par votre commission d’enquête et à laquelle je suis tout à fait favorable. C’est pourquoi, comme je l’ai dit lors de mon audition devant la commission des Lois, je soutiendrai l’amendement de votre président et de votre rapporteur inscrivant dans la loi le principe d’une instruction collégiale.

Mais la pyramide des âges dans la magistrature, avec des départs massifs à la retraite à l’horizon 2010, conjuguée à l’importance des moyens humains nécessaires pour une telle réforme –il faudrait environ 240 magistrats et 400 fonctionnaires de greffe supplémentaires-, nous oblige à différer celle-ci et à nous limiter, dans un premier temps, aux pôles de l’instruction.

Le deuxième enseignement que l’on peut tirer de l’affaire Outreau, c’est le caractère excessif du recours à la détention provisoire.

Le projet de loi propose donc un certain nombre de dispositions permettant d’éviter des détentions provisoires injustifiées.

Il renforce le caractère exceptionnel de la détention provisoire en limitant l’utilisation du critère du trouble à l’ordre public, qui ne pourra plus être employé en matière correctionnelle pour la prolongation ou le maintien en détention. Ce critère est en revanche maintenu pour le placement initial en détention, car il peut être nécessaire dans certaines circonstances, notamment en matière de violences urbaines.

Limiter la détention provisoire, c’est aussi mieux assurer la défense du mis en examen. Le projet de loi prévoit la présence obligatoire d’un avocat lors du débat sur la détention provisoire, ce qui semble-t’il n’a pas toujours été le cas lors de l’affaire Outreau. Il permet par ailleurs au juge des libertés et de la détention de reporter ce débat pour favoriser le recours au contrôle judiciaire.

Enfin -et c’est là à mes yeux une disposition fondamentale pour limiter la durée des détentions provisoires- le projet instaure une audience publique de la chambre de l’instruction permettant d’examiner contradictoirement tous les aspects de la procédure en cours, dès lors qu’une personne est détenue.

Cette audience permettra à la chambre de l’instruction d’avoir une vision globale du dossier, vision qui a clairement manqué lors de l’affaire Outreau et qui aurait sans doute permis d’éviter d’aller devant la juridiction de jugement pour que l’innocence des personnes mises en cause soit reconnue.

Votre commission a souhaité que ce réexamen de l’ensemble de la procédure puisse avoir lieu au bout de trois mois, au lieu des six mois initialement prévus. Je me range volontiers à ce nouveau délai, qui permettra un contrôle approfondi du dossier au début de l’instruction.

J’ajoute que le contrôle des chambres de l’instruction sur les cabinets des juges d’instruction sera également renforcé par la mise en place d’assesseurs permanents au sein de ces chambres à partir de septembre 2007, lorsque l’activité de ces dernières le justifie.

La crédibilité de la justice passe par une plus grande transparence des procédures. Ce souci de transparence se concrétise au travers de deux mesures : la publicité des audiences relatives à la détention provisoire et l’enregistrement audiovisuel des interrogatoires de garde à vue et devant le juge d’instruction en matière criminelle.

Cet enregistrement est souvent interprété, à tort, comme une mesure de défiance à l’égard des forces de police et des magistrats. Il s’agit au contraire de lever tout soupçon et de prévenir les mises en cause injustifiées dont font parfois l’objet ces interrogatoires. L’enregistrement, qui pourra être consulté en cas de contestation, permettra de mieux sécuriser les procédures.

J’ai pu constater, lors de mes déplacements en Angleterre et en Italie, combien ces mesures étaient appréciées, bien qu’elles aient fait l’objet de longs débats au moment de leur adoption.

Dans une société de plus en plus transparente, la justice ne peut pas refuser les garanties que peuvent apporter les nouvelles technologies.

Le caractère contradictoire de l’instruction, qui a fait défaut dans l’affaire Outreau, sera également renforcé.

La mise en examen pourra être contestée à intervalles réguliers, et non pas seulement dans les six premiers mois, et des confrontations individuelles pourront être demandées.

Votre commission a souhaité faire de la confrontation individuelle un principe que le juge ne pourra écarter que par une décision spécialement motivée. Je suis d’autant plus favorable à cette modification que les difficultés rencontrées dans Outreau proviennent en partie de l’absence de confrontations individuelles.

Le caractère contradictoire des expertises sera également renforcé : information des parties de la décision du juge ordonnant une expertise, sauf si cette information nuit à l’efficacité des investigations, possibilité de désigner un coexpert de leur choix, suppression du filtre du président de la chambre de l’instruction en cas d’appel de refus d’une contre expertise.

Enfin, le règlement des informations sera plus contradictoire, puisque le juge devra statuer au vu des réquisitions du parquet et des observations des parties qui, chacun, auront pu répliquer à ces réquisitions ou observations, et l’ordonnance de renvoi –c’est une disposition à laquelle je tiens beaucoup- devra préciser les éléments à charge et à décharge concernant chacune des personnes mises en examen.

Enfin, le projet de loi rend obligatoire l’enregistrement des auditions des mineurs victimes, alors qu’actuellement cet enregistrement peut être écarté par simple décision motivée du procureur ou du juge d’instruction. Par ailleurs, le mineur victime devra obligatoirement être assisté d’un avocat, le cas échéant commis d’office.

Mais la crédibilité de la justice passe aussi par sa célérité et par la nécessité de limiter, autant que faire se peut, les informations injustifiées, afin de permettre aux juges d’instruction de ne traiter que les affaires réellement complexes.

Comment un juge peut-il consacrer son temps et son énergie à des affaires difficiles et sensibles comme celle d’Outreau quand son cabinet d’instruction est encombré d’informations dilatoires qui se terminent toutes, au bout de quelques mois, par un non-lieu ? Je rappelle, à titre d’illustration, que près des trois-quarts des informations ouvertes sur plaintes avec constitution de partie civile à Paris font l’objet d’un non-lieu.

Il ne s’agit pas d’empêcher le dépôt de plaintes avec constitution de partie civile, mais simplement d’éviter que cette procédure ne soit détournée de son objet et utilisée pour paralyser le fonctionnement de la justice.

Reprenant les conclusions du rapport Magendie, le projet de loi maintient la règle selon laquelle le criminel tient le civil en l’état lorsque l’action civile est engagée en réparation du dommage causé par l’infraction, mais la supprime dans les autres cas, revenant ainsi à l’application originelle de cette règle avant qu’elle ne soit étendue par la jurisprudence.

Ainsi, par exemple, une plainte avec constitution de partie civile pour vol déposée par l’employeur dans le seul but de paralyser la contestation du licenciement aux prud’hommes n’aura plus l’effet recherché, ce qui devrait limiter le nombre de plaintes avec constitution de partie civile, et donc d’informations.

De la même manière, le projet de loi cherche à éviter l’ouverture d’une information lorsqu’une affaire peut être résolue plus simplement et plus rapidement par une enquête du parquet.

Ainsi, en matière délictuelle, il faudra, avant de pouvoir déposer une plainte avec constitution de partie civile, avoir saisi le parquet. A l’issue d’un délai de trois mois, si le parquet n’agit pas ou refuse de poursuivre, la plainte sera alors recevable.

Il ne s’agit donc pas d’empêcher les plaintes avec constitution de partie civile, mais de vérifier auparavant si l’affaire ne peut pas être traitée plus rapidement et plus efficacement par une brève enquête du parquet.

Ces deux séries de mesures ont le même objectif : permettre aux juges d’instruction de disposer de plus de temps pour instruire les affaires complexes, en évitant que leur cabinet ne soit encombré de plaintes ne justifiant pas l’ouverture d’une information.

Elles ont été accueillies très favorablement par les associations de victimes, qui ont salué leurs conséquences positives sur la durée des instructions.

J’y suis donc très attaché, car je pense qu’elles auront un impact réel sur le fonctionnement quotidien des cabinets d’instruction.


Le coût de l’ensemble de la réforme a été estimé à 30 millions d’euros pour le ministère de la justice. Elle nécessitera en particulier la création de 70 postes nouveaux de magistrats et 102 emplois de fonctionnaires de greffe. Les magistrats seront pourvus par redéploiement et un recrutement supplémentaire de fonctionnaires devra être organisé.

Ce financement ne figure pas dans le projet de loi de finances pour 2007, car le chiffrage précis de la réforme dépend du périmètre définitif de la loi et de son calendrier de mise en œuvre. Dès que la loi sera promulguée, le Gouvernement abondera en tant que de besoin les crédits du ministère.


II-Je crois par ailleurs que le moment est venu de procéder à une véritable modernisation de la formation et du régime disciplinaire des magistrats, comme l’a souhaité votre commission d’enquête.

On ne peut plus considérer aujourd’hui que la formation et la discipline des magistrats telle qu’elle a été prévue il y a près de 50 ans est appropriée à la société française de 2006.

C’est pourquoi je vous propose des mesures concrètes destinées à améliorer cette formation et à préciser le régime disciplinaire des magistrats.

Un bon magistrat, c’est un magistrat, qui, avant de décider, doute, écoute et examine tous les arguments qui lui sont soumis, en accordant la même importance à la parole de la victime et à celle du mis en examen.

Il n’y a pas d’autre moyen de vérifier qu’un futur magistrat est capable de s’obliger à cette méthode qu’en le soumettant à un stage préalable obligatoire avant toute nomination aux premières fonctions.

Or tous les magistrats aujourd’hui en poste n’ont pas été soumis à cette formation indispensable qu’est le stage. C’est pourquoi je propose de donner, pour toutes les voies d’accès à la magistrature, un caractère probatoire obligatoire à la formation préalable à la nomination dans les premières fonctions.

Ce n’est pas la seule modification de la formation des magistrats à laquelle je suis attaché. Depuis mon arrivée à la Chancellerie, je me suis fixé comme objectif d’ouvrir l’Ecole nationale de la magistrature vers le monde extérieur.

A ma demande, ce changement radical de la pédagogie est déjà mis en œuvre.

Désormais, une trentaine d’élèves avocats suivent à Bordeaux la même scolarité que les élèves magistrats. Il faut absolument éviter qu’une coupure ne se crée entre magistrats et avocats, et il n’y a pas de meilleur moment pour éviter cette rupture que la période de formation des uns et des autres.

Les manuels de droit nous apprennent que les avocats sont des auxiliaires de justice. Je veux que ce concept fondamental ne reste pas lettre morte. Cette évolution rejoint d’ailleurs l’objectif de l’amendement voté par la commission des lois prévoyant d’allonger la durée du stage qu’effectueront les auditeurs de justice au sein des cabinets d’avocats.

Désormais, les enseignants de l’Ecole nationale de la magistrature ne sont plus uniquement des magistrats. Il s’agit là aussi de tout mettre en œuvre pour que la formation soit plurielle. Les avocats, les universitaires, les psychologues ont maintenant leur place au sein du corps enseignant de l’ENM.

Désormais, l’enseignement de la déontologie à l’ENM est une discipline à part entière, qui fait l’objet de cours spécifiques, aussi bien en formation initiale qu’en formation continue. En proposant de confier au Conseil supérieur de la magistrature le soin d’élaborer un recueil des obligations déontologiques des magistrats, la commission des lois s’inscrit parfaitement dans cette ligne.

Je souhaite d’ailleurs aller plus loin en instaurant, lors de l’examen de sortie de l’ENM, une épreuve qui portera spécifiquement sur la déontologie des magistrats. Cette épreuve sera un nouvel outil à la disposition du jury qui lui permettra de déterminer l’aptitude d’un candidat à exercer les fonctions de magistrat.

Au-delà de la seule formation des magistrats, il faut également modifier leur recrutement, en diversifiant les voies d’accès à la magistrature.

La justice est rendue au nom du peuple français. Les juges doivent donc être issus d’horizons plus variés. Ils doivent également, au cours de leur carrière, pouvoir aller travailler au sein d’autres institutions, au sein d’entreprises, d’associations, pour mettre leurs méthodes, leurs convictions et parfois leurs certitudes à l’épreuve d’autres réalités.

Pour ces raisons, je soutiendrai les amendements adoptés par votre commission des lois visant à accroître significativement le recrutement aux fonctions de magistrats de personnes ayant déjà exercé une activité professionnelle et instaurant une mobilité obligatoire des magistrats avant que ne leur soient confiées les fonctions les plus importantes.

Cela signifie concrètement qu’un magistrat qui souhaite être nommé conseiller à la chambre sociale de la cour de cassation pourra utilement effectuer une mobilité de deux ans au sein d’une direction des ressources humaines d’une entreprise.

Adapter le statut de la magistrature de 1958 à la France de 2006, c’est aussi adapter le régime disciplinaire des magistrats aux exigences de notre société.

Mais je sais que toucher à la discipline des magistrats, c’est toucher à une question extrêmement sensible, car liée à l’indépendance de l’autorité judiciaire.

Je veux être efficace, c'est-à-dire que je souhaite que les modifications proposées entrent effectivement en vigueur sans risquer d’encourir la censure du Conseil Constitutionnel.

La commission d’enquête avait proposé de «faire sanctionner par le CSM la méconnaissance des principes directeurs de la procédure civile et pénale ».

Je suis évidemment entièrement d’accord avec cette proposition. Je veux, et je le dis fermement, qu’elle soit mise en œuvre.

Mais pour cela, il nous devons nous conformer aux observations faites par le Conseil d’Etat.

L’amendement que je défendrai au nom du Gouvernement propose de sanctionner la violation grave et intentionnelle par un magistrat des règles de procédure constituant des garanties essentielles des droits des parties, commise dans le cadre d’une instance close par une décision de justice devenue définitive.

- pourquoi une violation intentionnelle ? Parce qu’il faut marquer que c’est en toute conscience que le magistrat n’a pas respecté les règles de procédure.

- pourquoi une violation grave ? Parce que les conditions matérielles actuelles contraignent parfois les magistrats à ne pas respecter en toute conscience certaines règles procédurales.

Je pense notamment à ces audiences qui devraient être tenues en présence d’un greffier et qui ne peuvent l’être parce que, malgré les efforts considérables entrepris depuis 2002, nous ne disposons pas aujourd’hui d’un nombre suffisant de greffiers au sein de nos juridictions.

La présence du greffier est une garantie essentielle. Ne pas la respecter est donc la violation intentionnelle d’une garantie essentielle des droits des parties. Est-elle pour autant grave ? Je ne le crois pas.

Pour moi, une violation grave est une violation qui fait grief à une partie, qui la prive d’un moyen de défense, qui met en cause l’impartialité du juge.

- pourquoi les garanties essentielles des parties ? Parce qu’il faut éviter la paralysie de la justice qui résulterait de l’engagement abusif d’actions disciplinaires à l’encontre de magistrats dans le seul but de les déstabiliser.

- pourquoi cette violation doit-elle intervenir dans le cadre d’une instance close par une décision de justice devenue définitive ? Parce que le Conseil d’Etat a considéré que l’absence de cette mention introduisait un risque de confusion entre l’office des juges d’appel et de cassation et celui du juge disciplinaire. Il a clairement indiqué que le CSM ne pour