Le sourire de Rachida Dati
Par Michel Delean, samedi 19 janvier 2008 à 18:59 dans Général / Général
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"Si j'avais su qui vous êtes, je ne vous aurais pas salué". Le ton est tranchant, l'œil furibard. Rachida Dati retire aussitôt sa main de la mienne. Dans ce grand salon de l'Hôtel de Bourvallais, jeudi, Place Vendôme, la ministre de la Justice, très élégante sur ses hauts talons, semblait pourtant de fort belle humeur. Ayant prononcé son discours, rempli de projets pour 2008, elle achève la cérémonie des vœux aux parlementaires, magistrats, avocats et autres journalistes, en venant les saluer un à un, avec un sourire immense, suivie de près par son attachée de presse et un officier de sécurité. Malheureusement pour moi, ce grand sourire disparaît d'un coup, à l'instant même où on lui présente "monsieur Deléan du JDD". Des conversations cessent autour de nous. Madame la ministre n'est pas contente, mais alors pas du tout. Venant, pour ma part, de la saluer avec courtoisie, je me permets de lui demander ce qui motive son propos, qui pourrait sembler inhabituellement abrupt.
Rachida Dati me répond sèchement qu'elle n'a pas aimé l'article paru quelques jours plus tôt dans le JDD. J'y relatais ceci: une demande visant à la faire entendre par un magistrat venait d'être déposée au tribunal de Versailles, dans le dossier de la Fondation Hamon. Une affaire dans laquelle Charles Pasqua et André Santini, notamment, sont mis en examen. Ce n'était pourtant qu'un article assez court, en bas de page. En jargon journalistique, on appelle cela un "papier factuel". Le ton est mesuré. L'article n'impute aucun agissement litigieux à Rachida Dati. Il expose des faits, et se termine par une déclaration rassurante et apaisante du porte-parole de la ministre - que j'avais pris soin de solliciter. Autant le dire, je ne comprends pas cet accès de mauvaise humeur. Rachida Dati m'explique vivement qu'elle n'a rien à voir dans cette affaire là, et qu'il n'y avait donc pas matière à écrire. Selon sa conception de la presse, on frôlerait la malhonnêteté intellectuelle. Je défends mon travail, explique qu'une information nouvelle concernant un(e) ministre, et à plus forte raison l'un(e) des plus médiatiques et des plus populaires du gouvernement, sera forcément publiée un jour ou l'autre, et peut-être avec moins de précautions. Le fait que la ministre de la Justice puisse éventuellement être entendue par un juge d'instruction (rien ne s'y oppose dans cette procédure) peut-il être passé sous silence? Las, aucun de mes arguments n'atténue l'ire de la ministre.
Je finis par comprendre que c'est le titre de l'article (Des soucis pour Rachida Dati) qui l'a mise hors d'elle. Bon, d'accord, ce titre est un brin accrocheur, mais il n'est pas bien méchant, et l'article encore moins. Est-ce parce qu'il est paru alors que la ministre était en déplacement dans le Golfe avec Nicolas Sarkozy? A cause de sa possible promotion à l'Intérieur, qui occupe actuellement les conversations? La faute à une campagne municipale moins tranquille que prévu? Toujours est-il que la ministre s'est mise en colère. Dès dimanche matin, la Chancellerie a diffusé un communiqué sur l'affaire Hamon… qui reprend presque mot pour mot les déclarations de son porte-parole dans le JDD.
Disproportionné, ce courroux ministériel me laisse songeur. Je repense à toutes ces photos glamour dans les magazines, à ces émissions de télé à l'ambiance sympathique et chaleureuse, à ces livres où Rachida Dati est souvent à son avantage. Alors que la ministre retrouve un sourire éclatant en parlant avec mon voisin - un confrère à la plume redoutable - me reviennent quelques confidences faites par d'anciens conseillers de la Place Vendôme qui ont pris la poudre d'escampette. Selon eux, dame Dati serait autoritaire, n'aimerait pas les mauvaises nouvelles, et son humeur serait inégale. De mauvaises langues, à n'en point douter.




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