Complots militaires, plébiscites personnage historique
A l’inverse absolu de ses deux Prédécesseurs de 1875 (élaboré en quatre ans) et de 1946 (deux ans de vie politique largement dominée par les enjeux de la Constitution), le texte de 1958 est né dans la rapidité (Quatre mois), le secret et avec un rôle décisif joué par le Gouvernement.
1958 : La France est en guerre. Depuis quatre années, les rebelles du FLN luttent pour l'indépendance de l'Algérie. Le 8 février, l’Armée Française bombarde Sakhiet Sidi Youssef, un village tunisien qu’elle considère à tort comme une base ennemie dans le conflit algérien voisin, tuant 70 civils. La tentative des
États-Unis de proposer leurs bons offices échoue et cette bavure finit par coûter sa place au gouvernement Félix GAILLARD qui chute le 15 avril.
Après plusieurs semaines de crise, le 8 mai, le Président de la République René COTY désigne comme Président du Conseil Pierre PFLIMLIN, qui ne cache pas son intention de négocier un cessez-le-feu avec.
Le 13 mai l’Armée réagit en organisant une manifestation qui dégénère en insurrection. Lors de ces « événements d'Alger», un « Comité du Salut Public » réclame le retour du Général Charles DE GAULLE, éjecté de l'activité politique depuis 1947 mais toujours très désireux de donner à la France des institutions plus stables, aux affaires pour maintenir la souveraineté de la France sur l'Algérie. Les Généraux MASSU et SALAN qui ont les Pleins Pouvoirs à Alger, menacent de prendre le pouvoir par les armes.
Le lendemain
14 mai, à Paris, l’Assemblée résiste à ces menaces et investit Pierre PFIMLIN
qui obtient l'institution pour trois mois de l'"état d'urgence".
La tension monte entre ces deux pouvoirs rivaux, le légal et l’insurrectionnel qui le 15 mai lance un appel public au Général DE GAULLE.
Après avoir le jour même fait répondre de sa retraite de Colombey-les-deux-Églises: «
je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République », et tandis qu’à Alger le putsch se prépare, le Général convoque quatre jours plus tard, le
19 mai, les journalistes pour une célèbre Conférence de presse :
« Le moment m'a semblé venu où il pourrait m'être possible d'être utile encore une fois directement à la France. (..) Lié à aucun parti, à aucune organisation, depuis cinq ans je n'exerce aucune action politique, depuis trois ans je n'ai fait aucune déclaration, je suis un homme qui n'appartient à personne et qui appartient à tout le monde (..) A présent, je vais rentrer dans mon village et m'y tiendrai à la disposition du pays »
Il annonce la mise à mort de la 4ème : « Le régime exclusif des partis n'a pas résolu, ne résout pas, ne résoudra pas, les énormes problèmes avec lesquels nous sommes confrontés » et précise la méthode : « si de Gaulle était amené à se voir déléguer des pouvoirs exceptionnels, pour une tâche exceptionnelle, dans un moment exceptionnel, cela ne pourrait évidemment se faire suivant la procédure et les rites habituels, tellement habituels que tout le monde en est excédé. Il faudrait adopter une procédure, elle aussi, exceptionnelle. Pour l'investiture de l'Assemblée nationale par exemple. Les procédures comportent une flexibilité considérable. Toute mon action publique est là pour le prouver. »
Il rassure avec humour: « Croit-on, qu'à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ? »
Dans les jours qui suivent, la SFIO (ancêtre du PS) s’oppose au recours DE GAULLE évoqué avec tant d’insistance.
Mais les militaires rebelles de leur côté préparent un putsch, « l’opération résurrection », et utilisent habilement la radio pour faire planer sur la métropole la menace d'un débarquement militaire et d'une guerre civile, et le 24 mai, un comité de salut public prend le contrôle de la Corse.
Le 27 mai, après l’échec de sa rencontre avec PFIMLIN, le Général décide de bluffer : il annonce la formation d’un gouvernement. Stupeur dans la classe politique. Serait-ce un coup d'État ? L’armée reporte son putsch.
Malgré la résistance du SFIO contre DG, le
28 mai, PFIMLIN démissionne, alors qu’une manifestation antifasciste a lieu à
Paris.
Le 29 mai, le Président COTY dans un message au Parlement menace de démissionner lui aussi si l’Assemblée refuse son soutien à DE GAULLE, seul homme capable d’éviter le putsch et la guerre civile. L’intervention fait son effet : Le Général est désigné président du Conseil, et la SFIO se rallie dès le lendemain 30 mai.
Le 1er juin 1958, le gouvernement investi du général de Gaulle s’installe au pouvoir.
Les 2 et 3 juin, le Parlement avant de partir en vacances jusqu’en octobre, accorde à l’exécutif les pleins pouvoirs pour six mois : elle l’autorise notamment à réviser la Constitution de 1946, en lui confiant la mission d'élaborer un nouveau texte.
Le 3 juin 1958 la
loi constitutionnelle révise la Constitution de 1946 (
Journal officiel, 4 juin 1958). Son alinéa premier dispose "
la Constitution sera révisée par le Gouvernement qui établit un projet de loi constitutionnelle ».
Pour la première fois depuis 1791, et chose unique dans un régime représentatif, le texte de la Constitution n’est pas élaboré par une Assemblée élue pour ce faire, mais sans discussion, sans débat ni la moindre publicité, par un Gouvernement dénué de toute légitimité.
La session du Parlement est suspendue dès l'adoption de cette loi. Toutes les tentatives pour insérer, par exemple, les commissions parlementaires dans la procédure d'élaboration de la Constitution, échoueront.
Le 13 juin après une réunion d'experts la veille, et Sous l’impulsion quotidienne de Michel Debré, garde des Sceaux, ministre de la Justice, et sous la direction régulière du général, le Gouvernement se met au travail, avec des méthodes de travail qui s'inspirent plus du travail d'état-major que de la délibération parlementaire : les réunions d'experts, de commissaires et de ministres ont lieu dans le plus grand secret.
L'oeil fixé sur les échéances de l'automne (la nouvelle Constitution doit être adoptée avant le premier mardi d'octobre, c'est-à-dire avant la fin des vacances du Parlement La volonté du général de Gaulle de présenter la nouvelle Constitution le jour anniversaire de la proclamation de la 3ème République en 1870), le Gouvernement met au point un texte qui donne à l'exécutif les bases nécessaires à son action et à sa durée.
Six semaines plus tard, l'essentiel de la Constitution est prêt, et le 29 juillet, le Gouvernement transmet son projet au
Comité consultatif constitutionnel, présidé par Paul Reynaud et bien que composé pour les deux tiers de députés et de sénateurs, mais qu'il n'est en aucun cas possible d'assimiler à une représentation parlementaire structurée
Les travaux durant la première moitié d'août se déroulent discrètement : les procès verbaux se sont pas distribués, pas même aux membres du Comité qui s’il adopte le texte le 13 août, propose des modifications publiées au Journal officiel du 20 août.
Entre le 20 et le 28 août, les délibérations du Conseil d'État (qui ne dispose que d’un délai d’une semaine pour statuer) sont tout aussi empreintes de discrétion. Tradition classique dans cette maison : travaux et avis final destinés simplement à alimenter les réflexions et décisions ultérieures du Gouvernement, ne sont pas rendues publics.
La presse de l’été 1958 témoigne de la difficulté d’informer de l'évolution du processus. analystes, journalistes, hommes politiques, chercheurs ou professeurs, ne disposent pas des travaux préparatoires publics pour expliquer le cheminement et les oppositions.
commentaires et de prises de position, spécialement à partir des éléments rendus publics ou d'indiscrétions, mais à aucun moment il n'y a l'équivalent des débats parlementaires préparatoires de 1875 ou de 1946.
Le
4 septembre, le Général De Gaulle
place de la République à Paris, présente la nouvelle
constitution, aux Français qui le 28 septembre l’approuveront par référendum à une très large majorité (près de 80% mais 66% des inscrits).
Le 4 octobre le texte est promulgué et publié au Journal officiel du lendemain.
Dès cette élection DG ne se présente plus, comme il l’a fait de mai à septembre, comme un « arbitre » mais comme un « Guide ».
Un Guide qui extrapole sa propre Constitution pour s’arroger un « domaine réservé », qui dispose d’un article 16 qu’il appliquera d’avril à septembre 1961 alors que le putsch n’a duré que quatre jours.
[1]
Ce consulat personnel n’a pas disparu avec le Consul. La période 58-62 finit d’écarter la tradition parlementaire.
En avril 1962, DE GAULLE a réglé le problème algérien. Mais il souhaite continuer à gouverner. Il nomme un inconnu PM.
Après l’attentat du Petit Clamart du 22 août, il annonce le 20 septembre son intention de réviser la C au moyen d’un référendum. Le 5 oct L’AN vote contre POMPIDOU, DG dissout
Réfé le 28 octobre, 60% des exprimés mais moins de 50% des inscrits SUD
[1] Le 20 avril 1961, au soir, le général Maurice Challe initie un complot avec trois autres généraux. Le 22, les paras prennent le contrôle d'Alger. À Paris, le putsch échoue, le gouvernement fait immédiatement arrêter leurs complices, tandis qu’en Algérie, Challe n'arrive pas à rallier les officiers de haut rang à sa cause. Il se refuse à armer les civils. Le dimanche soir 23 avril, le général de Gaulle apparaît en uniforme à la télévision les mots font mouche, le Premier ministre Michel Debré dramatise la situation. Le lendemain lundi, après une grève générale massivement suivie, c'en est fini de l'insurrection algéroise. Le 25 avril, Maurice Challe se livre. Salan et Jouhaud rentrent dans la clandestinité et prennent la tête de la sinistre
OAS (Organisation de l'Armée Secrète)