Jeudi 12 janvier 2006


Eric Lecluyse, avec Reuters

Assassin présumé d'un employé de La Poste dans une caserne de Saint-Christol, un légionnaire de 29 ans a été arrêté


Un légionnaire de 29 ans originaire de Russie a été écroué pour l'assassinat d'un employé de La Poste, a-t-on appris de source judiciaire. Il a été mis en examen pour "assassinat" et "vol avec usage d'une arme".
Agé de 41 ans et père de deux enfants, Patrice Pavani a été tué d'une balle dans la tête. Son corps avait été retrouvé le 2 janvier dans une caserne du 2e Régiment étranger de génie, à Saint-Christol, dans le Vaucluse. Une somme de 7000 euros avait été dérobée.
Créé le 1er juillet 1999, le 2e REG fait partie de la 27e brigade d'infanterie de montagne et compte 880 hommes.

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Mercredi 11 janvier 2006


AFP 11.01.06 | 20h51

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La garde à vue de deux des trois hommes arrêtés mercredi matin à Mâcon dans l'enquête sur l'assassinat d'Anne-Sophie Girollet, une étudiante en médecine de 20 ans tuée en mars 2005, a été prolongée, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

Le sort du troisième homme était indéterminé vers 20H00. Il pouvait être remis en liberté ou demeurer en garde à vue.

Ces trois hommes, dont deux frères, avaient été placés en garde à vue pour des vérifications de leur emploi du temps et d'éventuels alibis. Ils pourraient avoir un lien avec un "témoin important" vu au volant d'une grosse cylindrée sur le parking où la victime a été aperçue pour la dernière fois, a-t-on ajouté de même source.

Leur ADN a été prélevé. Des perquisitions avaient été menées au petit matin pendant plus d'une heure à leurs domiciles.

Les enquêteurs, qui ont effectué un important travail d'analyse sur des communications téléphoniques, disposaient d'éléments "intéressants" sur ces jeunes hommes d'origine turque, selon la même source.

Une dizaine de personnes, qui pouvaient être tenues pour suspectes, avaient déjà été entendues ou placées en garde à vue avant d'être relâchées sans qu'aucune charge ne soit retenue à leur encontre.

L'opération de mercredi a été menée par la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Dijon et la Division nationale pour la répression des atteintes aux personnes et aux biens (DNRAPB).

Etudiante en troisième année de médecine, Anne-Sophie Girollet avait disparu dans la soirée du 19 mars 2005, après avoir participé à un gala de danse à Mâcon. Elle avait été aperçue pour la dernière fois vers 23H30, alors qu'elle s'apprêtait à quitter en voiture le parking du club où avait eu lieu le spectacle.

L'étudiante devait rejoindre son ami, présent au gala, à Charnay-lès-Mâcon (Saône-et-Loire), à quelques kilomètres de Mâcon. Le jeune homme avait donné l'alerte le soir même.

Son corps avait été retrouvé près d'un pont de Mâcon, le 2 avril, flottant dans la Saône. Elle aurait eu des relations sexuelles non consenties avant d'être tuée de coups au thorax qui ont entraîné une suffocation.

La piste sentimentale avait été privilégiée dans un premier temps. Les enquêteurs travaillent depuis plusieurs mois sur celle d'un rôdeur ou d'une personne avec laquelle elle aurait eu une dispute qui aurait mal tourné.


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Samedi 7 janvier 2006


Sélection RELATIO. Dans un  « Point de vue » du Monde du 05/01/06, le philosophe Emmanuel Faye regrette que Heidegger soit au programme de l’agrégation de philosophie et demande l’ouverture des archives personnelles de l’auteur d’ « Etre et Temps », archives interdites en grande partie  d’accès jusqu’en 1926. Cela relance évidemment les controverses autour de Heidegger. Des controverses qui avaient été bien développées en 2004 au Parlement européen des philosophes de Strasbourg.

Le fait que Heidegger demeure ainsi à la mode, soit  considéré souvent comme « le plus grand philosophe du XX ième siècle »  et reste en partie très mystérieux  dans sa vie comme dans sa pensée pose problème en effet. Au cœur des controverses : la nature exacte des engagements du philosophe au nazisme. Nous en saurions beaucoup plus si la correspondance privée du philosophe  était accessible aux chercheurs.

Comme le pressentaient nombre d’auteurs (Victor Farias, Philippe Lacoue-Labarthe) le « maître à penser » n’a pas attendu Hitler au pouvoir pour adhérer à l’idéologie nationale-socialiste. Emmanuel  Faye avait déjà établi qu’il avait voté pour le Parti nazi dès 1932.Et une anthologie de lettres à son épouse Elfride viennent de noircir encore le  « dossier Heidegger ». Emmanuel Faye met notamment en relief :

* « la radicalité de l'antisémitisme et du racisme qui habite Heidegger dès les années 1910. Voilà ce qu'il dit le 18 octobre 1916, en pleine guerre, à sa fiancée : "L'enjuivement (Verjudung) de notre culture et des universités est en effet effrayant et je pense que la race allemande (die deutsche Rasse) devrait trouver suffisamment de force intérieure pour parvenir au sommet" (p. 51). Pour que la race allemande accède au sommet, elle a besoin d'un guide (Führer) ».

Ces formules , revèle Emmanuel Faye, constituent «  l'amorce d'un programme de domination raciale qu'il exposera une quinzaine d'années plus tard dans ses cours de philosophie, alors qu'Hitler sera au pouvoir ». Il parlera alors d'"exploiter à fond les possibilités fondamentales de l'essence de la souche originellement germanique et de les conduire jusqu'à la domination " [Gesamtausgabe (œuvres complètes), t. 36-37, p. 89].

*  «  Dans sa lettre du 17 octobre 1918, il déplore "la perte complète de but et le vide" dans "la vie et la constitution de l'Etat" et il conclut : "Je reconnais de manière toujours plus pressante la nécessité du Führer."

* « Son adhésion intellectuelle au nazisme est manifeste dès 1930. Dans une lettre du 2 octobre 1930, à propos du procès de Leipzig où trois officiers de la Reichswehr sont accusés de haute trahison pour avoir formé une cellule nazie, il indique à Elfride qu'il possède déjà un exemplaire du Völkischer Beobachter et il se réjouit que "le procès de Leipzig semble déjà retomber sur les fameux accusateurs". C'est donc à un quotidien nazi qu'il se fie pour s'informer de l'actualité politique et la commenter. Si Heidegger critique avec Alfred Bäumler, nazi inconditionnel qu'il évoque constamment dans les lettres de cette période, le niveau culturel des nationaux-socialistes et de leur presse, il n'en souligne pas moins que "le mouvement a sa mission" (lettre du 18 juin 1932).

*  « L'antisémitisme foncier d'Heidegger se voit aussi à ses réflexions sur Jaspers et sur l'affection profonde de ce dernier pour sa femme, qui est juive.(…)  Heidegger voudrait que le Dasein allemand renonce à toute pensée de l'humanité comme telle et coupe tout lien avec les juifs, pour se rattacher exclusivement à une Grèce mythifiée.

.

Il nous semble essentiel de soutenir  la démarche d’ Emmanuel FAYE, qui est maître de conférence en philosophie à l’université Paris X-Nanterre : « Nous lançons un appel solennel aux responsables allemands et européens pour que le droit à la vérité historique et philosophique soit enfin assuré et que, soixante ans après la fin du régime nazi, ces archives soient ouvertes à tous les chercheurs ».

DR

  

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Commentaires

Comme j'aime me répèter et enfoncer les clous, je rajoute cette note déjà parue sur le site de M. Riot.
Et cela recommence, le vieux cirque pour diaboliser Heidegger !
Vous devriez vous reporter à notre article, paru en juillet dernier, au sujet du pauvre gros ouvrage, bien indigeste et bien partial de M. Faye (http://ladroitestrasbourgeoise.blogspirit.com/lectures). Vous devriez aussi aller sur le site http://parolesdesjours.free.fr/scandale.htm, où des intellectuels répondent et démontent le système Faye. Vous hésiteriez, peut-être, à relayer ce type de bétise et d'inexactitudes. Vous devriez avoir honte de faire régner un simili terrorisme intellectuel au sujet de Heidegger.
Si archives il y a, il faudrait déjà commencer par traduire ce qui existe dans la Gesamtausgabe, aux éditions Klostermann (http://www.klostermann.de). Une soixantaine de volumes sont seulement parus à ce jour, sur 106, beaucoup n'apparaissent pas encore chez Gallimard, en français.
De plus, si vous réussissez à lire l'ouvrage de Faye (certes fascinant dans sa manière de couper les citations, de tronquer les livres, de traduire à côté les textes du philosophe), il faudra passer outre les constants rappels de l'écrivaillon Faye, sur la bassesse du philosophe de Todnauberg, sur les constants rappels sur son soi-disant comportement, sur les jugements diffamatoires qui parsèment son texte.
Vous devriez enfin vous approchez de ce nauséabond et malhonnête ouvrage, pour constater, que Faye, en procureur digne de la Terreur et de l'époque nazie, ne demande rien moins que l'élimination des livres de Heidegger des étagères des bibliothèques. Qu'il demande que l'on cesse d'étudier ce philosophe à l'université et au lycée. Bref, Monsieur Riot, cela rappelle une certaine époque, en Allemagne, vous savez, la belle époque des AUTODAFES ! Mais c'est vrai, la censure dans ce sens là ne compte pas, seul compte de penser comme tous vos amis, comme le Monde, comme tout ceux qui n'ont jamais lu une ligne de Heidegger, de Hölderlin et qui jugent 50 ans après ce qu'un homme, du haut de sa stature intellectuelle a dit et fait durant la guerre.

Ecrit par : Dante | 06.01.2006

La temporalisation du temps s'effectue par futurution et non par prétérition, ce qui rend impossible le racisme qui veut déterminer l'être de l'étant homme par son hérédité biologique (passé). Le Dasein n'est pas l'homme (anthropos), l'analytique existentiale n'est pas l'anthropologie (voire le beau commentaire de Jacques Derrida dans "Apories"; sur la critique du biologisme de Rosenberg et la tentative de "spiritualiser" le nazisme, voir "De l'esprit" toujours de Jacques Derrida).
Sur les rapports de Heidegger au judaîsme, relire "La dette impensée" de Marlène Zarader, ce qui permet, par extension, de comprendre ce que l'Europe (ce qui prétend se résumer aujourd'hui sous ce mot) pense d'elle-même dans son rapport au judaîsme (et c'est là qu'il faut entendre Lévinas quand il sollicite les Grecs, comme Heidegger).
Toujours sur le judaîsme et Heidegger, voir le site de Stéphane Zagdanski (http://parolesdesjours.free.fr/scandale.htm).
Le fait que le traité constitutionnel n'ait pas fait mention de l'héritage judéo-chrétien de l'Europe, 60 ans après l'extermination de 6 millions de juifs d'Europe et de la volonté d'effacement du judaîsme comme constitutif de la culture et de l'identité européennes, n'est peut-être pas sans rapport. Juste pour rappeler que la mémoire collective (et corrélativement, ce qu'elle oublie, refoule ou forclut) n'est pas affaire de bonne conscience et de morale. Il faut continuer à lire Heidegger, non pour en faire "le plus grand philosophe" mais pour nous comprendre, nous autres, européens. Lancer des anathèmes, ce n'est pas penser et fermer les livres n'a jamais été un signe d'inteligence. Le nazisme n'est pas un accident, il a été une possibilité de l'Europe et de la modernité. N'oublions pas que nos sociétés sont des sociétés post-totalitaires. Toute la question étant de savoir ce que signifie ce "post" (simple succession chronologique ?). Le nazisme aura été la première volonté bio-politique (l'homme est d'abord un corps) et les nouvelles technologies de l'information et du vivant en sont aussi les héritières, non quant à leur intention mais quant à leur possibilté. Le nazisme aura été un visage de la modernité, ne l'oublions pas et c'est cela qu'il faut penser avec, contre et par-delà Heidegger (non pas l'homme mais ses textes).
( Lire : Olivier Razac "Histoire politique du Barbelé, la Prairie, la Tranchée, le Camp" , Zygmunt Bauman "Modernité et Holocauste", Enzo Traverso "La Violence nazie . Une généalogie européenne" aux editions la Fabrique).

Vous qui défendez si ardemment les Droits de l'Homme et le courage légendaire des fonctionnaires du Conseil de l'Europe, vous devriez peut-être vous interroger sur ceci : qu'est-ce que l'homme ? (donc, l'animal, l'inhumain, le monstrueux, le divin...).

Ecrit par : un idiot | 06.01.2006

Entièrement d'accord avec les analyses de l'idiot (!) qui signe le deuxième commentaire, je m'interroge néanmoins sur la programmation, proprement sans gard- fou, de Heidegger à l'agrégation: il est à tout le moins inconséquent d'envisager Heidegger SANS ses engagements nazis, sans questionner sa pensée sur ce qui ne les a pas rendus impossibles, ce dont Emmanuel Lévinas s'est acquitté pour sa part bien mieux que je ne pourrais le faire. Et de fait, dans certaine UFR du sud ouest, la question n'est pour ainsi dire jamais abordée en cours, au grand dam de nombreux étudiants, qui souhaiteraient que le problème soit traité. Dans cette même université, Lévinas n'a pas l'honneur de compter parmi les auteurs etudiés à l'école doctorale de philosophie...Coïncidence? Je ne veux bien sur pas dire que les enseignants y soient suspects de sympathie pour le nazisme, mais bien plutôt que la question éthique les dérange (c'est bien le moins...), qu'autrui n'y est traité que comme une modalité ontologique ''comme une autre", et que finalement on n'y fait pas preuve de moins de cécité intellectuelle que l'Europe moderne . Lire Heidegger, penser "avec, contre et au-delà" , oui: à quand Lévinas à l'agreg?

Ecrit par : Lyne Zrehen | 06.01.2006

Je remercie la revue "Relatio" du soutien qu'elle apporte à mon appel.
En effet, si mes recherches m'ont conduit à remettre en question le statut philosophique accordé à l'oeuvre de Heidegger et tout particulièrement aux cours ouvertements hitlériens récemment parus dans la Gesamtausgabe - dont vous citez une phrase bien révélatrice que j'ai traduite dans cet article -, loin d'appeler à la censure, j'en appelle au contraire à l'ouverture des Archives Heidegger et à la poursuite de la recherche, pour que toute la vérité philosophique et historique soit faite sur la signification de son oeuvre et le fond raciste de sa pensée.

Ecrit par : Emmanuel Faye | 06.01.2006

Emmanuel, je ne vous connaispas personnellement. Je connais un peu Jean-Pierre que j'ai eu l'occasion d'apprécier à plusieurs reprises, dans des rencontres strasbourgeoises. Si nous vous soutenons dans votre démarche, c'est parce que nous pensons que la vérité ne peut jaillir que de la confrontation, avec des textes à l'appui.
Pourquoi sont-ils occultés? pourquoi restent-ils occultés? Censurés? Je ne vous connais que par vos pulications: celà est l'essentiel. Nous ferons rebondir le "dossier Heidegger", par souci de sortir de cette crise de la pensée qui ne date pas d'aujourd'hui. Que les nostalgiques aboient: c'est leur problème...Je me retrouve en phase avec vous non seulement par respect du passé, mais aussi et surtout par souci de l'avenir. Merci et bravo pour votre courageuse contribution contre ce qui est la vraie "pensée unique", donc le manque de pensée. Salutations. Persévérez. Travaillons ensemble. Une année de lucidité: c'est mon voeux. Bonne année à vous.

Ecrit par : danielriot | 06.01.2006

"Les nostalgiques aboient"? Je vais aboyer encore plus fort. Riot, votre propos flagorneur à propos de Faye me fait pitié. Comme me fait pitié la petite entreprise familiale fondée par Faye père, que le fils reprend dignement avec les médias collaborateurs, chargés de soumettre toute pensée "enracinée" dans ce que j'estime être l'Europe et pas celle que vous défendez.
Vous n'entendez réellement pas ce qui se trame sous ce propos, vous ne voulez pas entendre ces appels à la délation, à la censure de votre "courageux" Faye. Avouerez-vous que son ouvrage "Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie" est mal écrit, en plus d'être orienté au possible ? Qui écrit mal pense mal. J'ai l'article du Monde sous les yeux. Vous le journaliste, vous êtes censé être objectif, non? Que penser de ceci, tiré de cet article : "L'antisémitisme foncier d'Heidegger se voit aussi à ses réflexions sur Jaspers et sur l'affection profonde de ce dernier pour sa femme, qui est juive. "Je suis ébranlé de voir comment cet homme, purement allemand, à l'instinct le plus authentique, qui perçoit la plus haute exigence de notre destin (...) demeure lié à sa femme." Ce n'est que "dans sa relation originelle avec les Grecs", poursuit Heidegger, que "la métaphysique du dasein allemand pourra devenir agissante", et "Jaspers pense assurément trop en fonction de l'humanité" (19 mars 1933). Bref, Heidegger voudrait que le Dasein allemand renonce à toute pensée de l'humanité comme telle et coupe tout lien avec les juifs, pour se rattacher exclusivement à une Grèce mythifiée."
Belle preuve de ce que vous appelez "une courageuse contribution contre ce qui est la vraie "pensée unique". A aucun moment il n'est fait mention de la religion de la femme de Jaspers. Evidemment, Faye prend cette citation et en donne un sous entendu infect. C'est normal, c'est sa méthode de petit stalinien de la pensée. Vive les procès de Moscou ! D'autant plus qu'il faudrait être crétin pour ne pas voir le fil entre la pensée grecque et la culture grecque, avec les auteurs allemands de l'époque, Hölderlin en particulier. Mais cela, M. Faye ne veut pas l'écrire.
Il faudrait être crétin pour ne pas savoir que Heidegger a été membre du Parti Nazi. Il faudrait être crétin pour en déduire que cela a influencé jusqu'à Hitler, thèse que défend Faye. Savez-vous que Faye sous entend dans ce livre que "et oui, c'est Heidegger qui a peu-être écrit certains discours du Führer", tout comme il ose écrire qu'Heidegger a légitimé le négationnisme. Vous devriez rajouter que Heidegger a Buchenwaldisé (je reprends cette expression terrible à Marc-Edouard Nabe, vous pouvez hurler !) le champ de la pensée philosophique allemande et européenne, ce cerait encore plus élégant !
"La vérité historique et philosophique" est là : pour Faye, pour Riot et tous les chiens de garde de la pensée pré-machée, la pensée et les livres de Heidegger sont à jeter au feu car il a été membre du NSDAP, qu'il a vu les ravages destructeurs du progressisme et parce qu'il a entrevu le lien profond qui unit le peuple allemand au sol, aux traditions, aux poètes.
Oui, pitié, c'est bien le sentiment que j'ai en ce moment.

Ecrit par : Dante | 07.01.2006

"Les nostalgiques aboient"? Je vais aboyer encore plus fort. Riot, votre propos flagorneur à propos de Faye me fait pitié. Comme me fait pitié la petite entreprise familiale fondée par Faye père, que le fils reprend dignement avec les médias collaborateurs, chargés de soumettre toute pensée "enracinée" dans ce que j'estime être l'Europe et pas celle que vous défendez.
Vous n'entendez réellement pas ce qui se trame sous ce propos, vous ne voulez pas entendre ces appels à la délation, à la censure de votre "courageux" Faye. Avouerez-vous que son ouvrage "Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie" est mal écrit, en plus d'être orienté au possible ? Qui écrit mal pense mal. J'ai l'article du Monde sous les yeux. Vous le journaliste, vous êtes censé être objectif, non? Que penser de ceci, tiré de cet article : "L'antisémitisme foncier d'Heidegger se voit aussi à ses réflexions sur Jaspers et sur l'affection profonde de ce dernier pour sa femme, qui est juive. "Je suis ébranlé de voir comment cet homme, purement allemand, à l'instinct le plus authentique, qui perçoit la plus haute exigence de notre destin (...) demeure lié à sa femme." Ce n'est que "dans sa relation originelle avec les Grecs", poursuit Heidegger, que "la métaphysique du dasein allemand pourra devenir agissante", et "Jaspers pense assurément trop en fonction de l'humanité" (19 mars 1933). Bref, Heidegger voudrait que le Dasein allemand renonce à toute pensée de l'humanité comme telle et coupe tout lien avec les juifs, pour se rattacher exclusivement à une Grèce mythifiée."
Belle preuve de ce que vous appelez "une courageuse contribution contre ce qui est la vraie "pensée unique". A aucun moment il n'est fait mention de la religion de la femme de Jaspers. Evidemment, Faye prend cette citation et en donne un sous entendu infect. C'est normal, c'est sa méthode de petit stalinien de la pensée. Vive les procès de Moscou ! D'autant plus qu'il faudrait être crétin pour ne pas voir le fil entre la pensée grecque et la culture grecque, avec les auteurs allemands de l'époque, Hölderlin en particulier. Mais cela, M. Faye ne veut pas l'écrire.
Il faudrait être crétin pour ne pas savoir que Heidegger a été membre du Parti Nazi. Il faudrait être crétin pour en déduire que cela a influencé jusqu'à Hitler, thèse que défend Faye. Savez-vous que Faye sous entend dans ce livre que "et oui, c'est Heidegger qui a peu-être écrit certains discours du Führer", tout comme il ose écrire qu'Heidegger a légitimé le négationnisme. Vous devriez rajouter que Heidegger a Buchenwaldisé (je reprends cette expression terrible à Marc-Edouard Nabe, vous pouvez hurler !) le champ de la pensée philosophique allemande et européenne, ce cerait encore plus élégant !
"La vérité historique et philosophique" est là : pour Faye, pour Riot et tous les chiens de garde de la pensée pré-machée, la pensée et les livres de Heidegger sont à jeter au feu car il a été membre du NSDAP, qu'il a vu les ravages destructeurs du progressisme et parce qu'il a entrevu le lien profond qui unit le peuple allemand au sol, aux traditions, aux poètes.
Oui, pitié, c'est bien le sentiment que j'ai en ce moment.

Ecrit par : Dante | 07.01.2006

"Les nostalgiques aboient"? Je vais aboyer encore plus fort. Riot, votre propos flagorneur à propos de Faye me fait pitié. Comme me fait pitié la petite entreprise familiale fondée par Faye père, que le fils reprend dignement avec les médias collaborateurs, chargés de soumettre toute pensée "enracinée" dans ce que j'estime être l'Europe et pas celle que vous défendez.
Vous n'entendez réellement pas ce qui se trame sous ce propos, vous ne voulez pas entendre ces appels à la délation, à la censure de votre "courageux" Faye. Avouerez-vous que son ouvrage "Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie" est mal écrit, en plus d'être orienté au possible ? Qui écrit mal pense mal. J'ai l'article du Monde sous les yeux. Vous le journaliste, vous êtes censé être objectif, non? Que penser de ceci, tiré de cet article : "L'antisémitisme foncier d'Heidegger se voit aussi à ses réflexions sur Jaspers et sur l'affection profonde de ce dernier pour sa femme, qui est juive. "Je suis ébranlé de voir comment cet homme, purement allemand, à l'instinct le plus authentique, qui perçoit la plus haute exigence de notre destin (...) demeure lié à sa femme." Ce n'est que "dans sa relation originelle avec les Grecs", poursuit Heidegger, que "la métaphysique du dasein allemand pourra devenir agissante", et "Jaspers pense assurément trop en fonction de l'humanité" (19 mars 1933). Bref, Heidegger voudrait que le Dasein allemand renonce à toute pensée de l'humanité comme telle et coupe tout lien avec les juifs, pour se rattacher exclusivement à une Grèce mythifiée."
Belle preuve de ce que vous appelez "une courageuse contribution contre ce qui est la vraie "pensée unique". A aucun moment il n'est fait mention de la religion de la femme de Jaspers. Evidemment, Faye prend cette citation et en donne un sous entendu infect. C'est normal, c'est sa méthode de petit stalinien de la pensée. Vive les procès de Moscou ! D'autant plus qu'il faudrait être crétin pour ne pas voir le fil entre la pensée grecque et la culture grecque, avec les auteurs allemands de l'époque, Hölderlin en particulier. Mais cela, M. Faye ne veut pas l'écrire.
Il faudrait être crétin pour ne pas savoir que Heidegger a été membre du Parti Nazi. Il faudrait être crétin pour en déduire que cela a influencé jusqu'à Hitler, thèse que défend Faye. Savez-vous que Faye sous entend dans ce livre que "et oui, c'est Heidegger qui a peu-être écrit certains discours du Führer", tout comme il ose écrire qu'Heidegger a légitimé le négationnisme. Vous devriez rajouter que Heidegger a Buchenwaldisé (je reprends cette expression terrible à Marc-Edouard Nabe, vous pouvez hurler !) le champ de la pensée philosophique allemande et européenne, ce cerait encore plus élégant !
"La vérité historique et philosophique" est là : pour Faye, pour Riot et tous les chiens de garde de la pensée pré-machée, la pensée et les livres de Heidegger sont à jeter au feu car il a été membre du NSDAP, qu'il a vu les ravages destructeurs du progressisme et parce qu'il a entrevu le lien profond qui unit le peuple allemand au sol, aux traditions, aux poètes.
Oui, pitié, c'est bien le sentiment que j'ai en ce moment.

Ecrit par : Dante | 07.01.2006


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Vendredi 6 janvier 2006

Le Gri-Gri
no.40 - 6 octobre 2005

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Radio ta gueule

Les Indigènes :

Au printemps 2005, un texte fondateur a circulé dans Paris : "L’APPEL DES INDIGÈNES DE LA RÉPUBLIQUE". Signé par divers militants, universitaires et intellectuels, il a défrayé la chronique. Le Gri-Gri est allé à la rencontre de HOURIA BOUTELDJA. Elle répond ici aux questions en tant que membre du mouvement des Indigènes. Mais en son nom propre.

Est-ce qu’il vous est possible de vous présenter, vous et les Indigènes ?
J’ai fait des études de langues. Je suis à Paris depuis 5 ans. Jusqu’à l’affaire du voile, je n’avais jamais milité… En gros, jusqu’à l’apparition des "Ni putes ni soumises", cette imposture politique. 

Pourquoi être si offensifs contre ce mouvement ?
C’est un mouvement antiféministe. Leur manière de poser la question des rapports hommes-femmes dans les quartiers est ravageuse. L’émancipation des femmes n’est envisagée que selon le modèle occidental. Or, dans les quartiers, dans les populations issues de la colonisation, et chez les hommes en particulier, le féminisme, qui est considéré comme une valeur "occidentale", rend les femmes "suspectes". Dans les quartiers, il y a des femmes qui essaient de promouvoir un féminisme autre, non occidental, mélange des héritages des féminismes de ce pays et de celui des pays d’origine. Celui des "Ni putes, ni soumises", c’est celui de Madame Badinter. Il émancipe de force. Au nom de modèles préétablis, qui entérinent la domination occidentale. Les "Ni putes, ni soumises" se disent émancipées par les Lumières et la République. Nous, on dit que nous n’avons jamais été émancipés par les Lumières et la République. Il y a des principes émancipateurs dans les Lumières, mais il y a aussi la caution de l’esclavage, de la colonisation, dans les Lumières.

Si un pays du Sud devient réellement indépendant, mais ultra-libéral…
Deux choses : s’il s’émancipe de la tutelle coloniale, très bien. S’il prend des options libérales, on le condamnera. Dans notre démarche, les préoccupations sociales sont essentielles. Nous sommes anti-capitalistes. Et très critiques vis-à-vis des pays d’origine.

Vous réunissez diverses tendances et associations, n’y aurait-il pas un risque d’éparpillement ?
Oui, et de division de la gauche, je connais l’argument. On l’a sorti aux femmes, lorsqu’elles ont voulu lutter de manière autonome. Chaque lutte doit pouvoir être menée de façon autonome. On n’exclut pas de nos analyses les analyses de classes, mais on apporte un élément nouveau. En s’inscrivant dans la gauche. La gauche ne peut exister que si elle prend en compte toutes ces dimensions.

Qu’est-ce que vous pensez du Conseil français du culte musulman (le fameux CFCM) ?
On a besoin de l’égalité. Il faut que l’Islam prenne toute sa place dans la société, qu’il y ait des mosquées dignes, que les musulmans puissent parler librement, sans risquer l’anathème permanent et la stigmatisation… Qu’ils ne soient plus considérés comme une cinquième colonne. Mais pas une organisation contrôlée par l’État, qui dicte au CFCM ce que les musulmans doivent faire pour être de "bons républicains". Nous, on lutte pour tout le monde…

Pourtant, c’est vous qu’on soupçonne de communautarisme…
Le communautarisme est en face. Nous interrogeons, en fait, le communautarisme de la société dominante, donc, en réalité, le communautarisme des Blancs. Et, plus largement, des dominants et des élites.

Quelle est la genèse du mouvement des Indigènes ?
Une réaction à l’espèce de rouleau compresseur qui s’abat sur les quartiers : Sarkozy, l’islamophobie, le discours de Finkielkraut sur les Antillais, la manière dont on traite le sexisme des banlieues, comme si la société blanche était exempte de tout sexisme… Je trouve qu’on est en face d’une fascisation (sic) de la société. Il faut s’organiser. Installer des rapports de force.

Il y a aujourd’hui des descendants d’immigrés qui ne veulent pas de ce discours, qui veulent juste consommer…
Il y a un fatalisme général. On a dégoûté ces gens de la politique. De la même manière qu’on a cassé les mouvements sociaux, les mouvements de l’immigration qui militaient pour la cause sociale… Il y a une rupture dans la transmission de l’Histoire.

Imaginons que l’historiographie rétablisse toutes les vérités historiques…
Nous ne sommes pas dans le "mémoriel". Il ne s’agit pas de mettre des plaques commémoratives partout… Même si une minute de silence pour les victimes africaines des incendies n’aurait pas été indécente ! On en a fait pour les victimes du 11 septembre… Non, il s’agit pour nous de montrer ce qu’il y a, structurellement, dans les institutions, afin de changer la réalité du présent. Pour que les Noirs, les Arabes et les musulmans arrêtent d’être perçus comme des inférieurs, obligés de prouver leur humanité de façon permanente.

Comment vaincre l’"à-quoi-bonisme" des gens que vous défendez ?
Par des convictions. Aller dans les quartiers. C’est ce que nous allons faire avec la Caravane des Indigènes (1). Et aussi convaincre l’ensemble de la société française.

Que pensez-vous de la relecture du colonialisme que propose la droite ?
Nous demandons l’abrogation de la loi du 23 février 2005, sur l’œuvre positive de la France.

Combien de temps vous tiendrez-vous pour des descendants, des héritiers de l’immigration ?
Jusqu’à ce qu’on soit des égaux.

Propos recueillis par GRÉGORY PROTCHE

(1) Voir le texte fondateur dit "Appel des Indigènes de la République", ainsi que le parcours de la Caravane des Indigènes sur le site www.lesamisdugrigri.com

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Jeudi 5 janvier 2006

, par Emmanuel Faye

LE MONDE | 04.01.06 | 13h32  •  Mis à jour le 04.01.06 | 13h32
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Pour la première fois, Martin Heidegger figure comme l'un des deux grands auteurs de l'écrit au programme de l'agrégation de philosophie, avec Spinoza. Outre le fait que l'auteur d'Etre et Temps a présenté l'auteur de l'Ethique comme "un corps étranger dans la philosophie", cette décision pose de graves problèmes. Le premier est juridique : vu l'interdiction par les ayants droit de la reproduction dans les manuels de textes d'Heidegger, les jurys ont décidé de ne plus mettre cet auteur à l'écrit du baccalauréat depuis 1983.

Le second problème résulte des entraves à la recherche : les archives Heidegger sont, jusqu'en 2026, en grande partie fermées aux chercheurs, son fils Hermann n'accordant son autorisation qu'à ceux qui montrent en quelque sorte patte blanche. C'est ainsi qu'il avait interdit l'accès des archives à Victor Farias, l'auteur en 1987 d'un livre pionnier sur Heidegger et le nazisme. De ce fait, la vérité n'apparaît que très lentement. Il aura fallu, par exemple, que nous ayons reproché à son fils d'avoir caché qu'Heidegger avait voté pour le Parti nazi dès 1932 pour qu'il le reconnaisse enfin publiquement dans une lettre à la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 15 novembre 2005.

De nouveaux éléments, cependant, sont apportés par une anthologie de lettres à son épouse Elfride. Ils sont accablants. On découvre en effet la radicalité de l'antisémitisme et du racisme qui habite Heidegger dès les années 1910. Voilà ce qu'il dit le 18 octobre 1916, en pleine guerre, à sa fiancée : "L'enjuivement (Verjudung) de notre culture et des universités est en effet effrayant et je pense que la race allemande (die deutsche Rasse) devrait trouver suffisamment de force intérieure pour parvenir au sommet" (p. 51). Pour que la race allemande accède au sommet, elle a besoin d'un guide (Führer). A cet égard, très tôt, Heidegger a arrêté son parti : dans sa lettre du 17 octobre 1918, il déplore "la perte complète de but et le vide" dans "la vie et la constitution de l'Etat" et il conclut : "Je reconnais de manière toujours plus pressante la nécessité du Führer."

Par ailleurs, la légende d'un Heidegger apolitique est balayée par cette correspondance. Son adhésion intellectuelle au nazisme y est manifeste dès 1930. Dans une lettre du 2 octobre 1930, à propos du procès de Leipzig où trois officiers de la Reichswehr sont accusés de haute trahison pour avoir formé une cellule nazie, il indique à Elfride qu'il possède déjà un exemplaire du Völkischer Beobachter et il se réjouit que "le procès de Leipzig semble déjà retomber sur les fameux accusateurs". C'est donc à un quotidien nazi qu'il se fie pour s'informer de l'actualité politique et la commenter. Si Heidegger critique avec Alfred Bäumler, nazi inconditionnel qu'il évoque constamment dans les lettres de cette période, le niveau culturel des nationaux-socialistes et de leur presse, il n'en souligne pas moins que "le mouvement a sa mission" (lettre du 18 juin 1932).

L'antisémitisme foncier d'Heidegger se voit aussi à ses réflexions sur Jaspers et sur l'affection profonde de ce dernier pour sa femme, qui est juive. "Je suis ébranlé de voir comment cet homme, purement allemand, à l'instinct le plus authentique, qui perçoit la plus haute exigence de notre destin (...) demeure lié à sa femme." Ce n'est que "dans sa relation originelle avec les Grecs", poursuit Heidegger, que "la métaphysique du dasein allemand pourra devenir agissante", et "Jaspers pense assurément trop en fonction de l'humanité" (19 mars 1933). Bref, Heidegger voudrait que le Dasein allemand renonce à toute pensée de l'humanité comme telle et coupe tout lien avec les juifs, pour se rattacher exclusivement à une Grèce mythifiée.

On relèvera enfin en quels termes Heidegger commente la seconde guerre mondiale : le 18 mai 1940, au moment où les armées motorisées du IIIe Reich déferlent sur la Hollande, la Belgique et la France, il loue les Allemands d'avoir conçu "la domination totale de la technique" tout autrement qu'en 1917, et n'hésite pas à parler de "la légalité intérieure de la technicisation inconditionnée de la guerre". Nous sommes loin de ses discours d'après 1945 sur l'errance de la technique planétaire assimilée au nihilisme !

Or les propos antisémites et racistes d'Heidegger ne sont pas sans répercussions dans l'œuvre même. Les formules de 1916 citées plus haut sur l'enjuivement et sur la race allemande constituent en effet l'amorce d'un programme de domination raciale qu'il exposera une quinzaine d'années plus tard dans ses cours de philosophie, alors qu'Hitler sera au pouvoir. Il parle alors d'"exploiter à fond les possibilités fondamentales de l'essence de la souche originellement germanique et de les conduire jusqu'à la domination " [Gesamtausgabe (œuvres complètes), t. 36-37, p. 89]. Entre-temps, il s'est employé, dans son cours du semestre d'été 1927, à détruire la notion de genre humain en proposant de traduire le genos grec par les mots "lignée, souche" et en parlant désormais au pluriel des "souches". La même année, il affirme dans Etre et Temps que l'existence (Dasein) authentique entendue comme communauté (Gemeinschaft), comme peuple, doit se choisir "son héros" afin de "se rendre libre pour la poursuite du combat".

Et dès l'hiver 1929-1930, dans le cours intitulé "Les concepts fondamentaux de la métaphysique", où il récuse ce qu'il nomme "l'imbroglio politique" de l'Allemagne de Weimar et appelle à "être dur", il a abandonné la question "Qu'est-ce que l'homme ?" pour la question "Qui sommes-nous ?". En 1933-1934, il précise dans ses cours que le "nous" en question ne désigne que le peuple allemand, le seul à avoir encore un "destin". A cette date aussi, il explicite dans un séminaire ce qu'il nomme "la santé du peuple", par référence à "l'unité du sang et de la souche" et à "la race".

Si l'on se rapporte à l'ensemble des textes cités plus haut, il est extrêmement préoccupant de voir Etre et Temps et les deux cours des années 1927 et 1929-1930 mis pour la première fois au programme de l'écrit de l'agrégation. Fallait-il charger l'Université française d'un tel poids ? Et la pensée n'a-t-elle pas aujourd'hui besoin de tout autres bases ?

On souhaiterait du moins que cette situation soit l'occasion d'un réexamen de fond des écrits d'Heidegger. Or, pour que toute la lumière soit faite sur ses intentions profondes et sur son implication dans le nazisme, il est indispensable que tous les chercheurs aient accès à l'ensemble des archives des intellectuels les plus compromis dans l'hitlérisme, à commencer par les archives Heidegger de Marbach et les archives Bäumler de Munich. On sait en effet, par une lettre à Elfride, que Bäumler continue en 1943, l'année même où il fait paraître son éloge d'Alfred Rosenberg, à correspondre avec Heidegger. Cependant, la lettre de Bäumler n'est pas rendue publique.

Le président de la République française avait montré l'exemple en déclassifiant, en 1988, le dossier Heidegger conservé aux archives du Quai d'Orsay. C'est pourquoi nous lançons un appel solennel aux responsables allemands et européens pour que le droit à la vérité historique et philosophique soit enfin assuré et que, soixante ans après la fin du régime nazi, ces archives soient ouvertes à tous les chercheurs.


Emmanuel Faye est maître de conférences en philosophie à l'université Paris X-Nanterre.

EMMANUEL FAYE

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Lundi 2 janvier 2006
France

 

La France a voulu rendre invisible la présence étrangère en pratiquant une politique intégration et d’assimilation. De leur côté, les étrangers ont, pendant longtemps, voulu rester peu visible, très probablement de crainte de mouvements xénophobes, toujours prêts à se déclencher lorsqu’il y a crise politique. Dans ces cas, comment repérer les immigrants de 3 ème génération ? Il n’y a pas de communauté, de quartier ethnique en France comme aux Etats- Unis. Cela se traduit, pour l’historien et pour l’ethnologue par une documentation peu nombreuse.

La tradition historique française est positiviste, c’est-à-dire qu’elle s’appuie sur les documents qu’ils soient archéologiques ou scripturaux. Elle s’est pendant longtemps méfié de la mémoire et des archives dites orales. Mais depuis le milieu des années soixante-dix, l’histoire de l’immigration présente un enjeu.

La question de la formation de la population française, de son histoire devient un enjeu politique. Cette histoire de la population, de sa constitution, des classes immigrées constitue aussi un partie de l’histoire de la classe ouvrière et des relations inter-ethniques. Gérard Noiriel résume dans son article paru dans les Actes de la recherche en sciences sociales les faits fondamentaux de l’histoire de l’immigration. Il part du constat que dans les discours, l’argumentation est basée sir l’histoire mais que les thèses des historiens de l’immigration ne sont pas utilisées. Ce recours à l’histoire est utilisé dans un sens précis, pour démontrer que l’immigration actuelle est d’une autre nature. Ce type de discours a été particulièrement employé dans les années quatre-vingt.

En 1984, date où Noiriel publie son article, deux ouvrages paraissent en librairie : L’immigration, une chance pour la France de Bernard Stasi, fils d’immigré italien et L’immigration : le choc d’Alain Griotteray. La problématique développée dans les deux ouvrages est semblable ; seules les conclusions diffèrent.

La France découvre, en 1984, le problème de l’immigration. Le Monde crée une rubrique spéciale dans son journal et la confie à Robert Solé. Il défend l’idée que la France est confrontée à un phénomène nouveau et que jusqu’à la Seconde guerre mondiale, la France avait su assimiler les immigrés. On assisterait depuis à un phénomène de rejet. Solé développe d’autre part l’idée que les immigrés sont, depuis, concentrés en quelques pôles urbains alors qu’ils étaient autrefois disséminés.

Bernard Stasi adopte le même argumentaire, mais il explique que les immigrés étaient auparavant d’origine européenne et que l’immigration est devenue africaine et musulmane. Il prétend que la France peut assimiler les musulmans à condition que la France se pluralise. Giotteray adopte la même problématique, mais il pense que le problème culturel et religieux est insurmontable.

Les sociologues qui ont enquêté dans le milieu immigré pensent qu’il y avait une immigration provisoire et que celle ci est devenu une immigration de peuplement, ce qui se traduit par l’apparition d’une seconde, puis troisième génération. Or ce sont ces générations qui se présentent comme les parties les plus problématiques de la population migrante. Il y aurait donc un phénomène nouveau.

La question qui se pose est donc de savoir si la problématique est nouvelle, si la question est réelle.

Il semblerait que ce type de raisonnement existait déjà avant la Seconde guerre mondiale. Les clivages politiques étaient alors les mêmes que ceux de nos jours. La question de l’immigration possède un caractère récurent et les derniers immigrés sont toujours les plus menaçants. En fait, l’immigration est utilisée comme une arme politique par les deux bords. Sur un plan xénophobe pour certains, pour accéder au pouvoir par d’autres parce que les immigrés faisant partie des classes sociales les plus défavorisées, joueront un rôle politique à travers la question syndicale. La véritable question, à savoir si la France peut assimiler les étrangers, n’est pas posée.

L’étranger a toujours été mal vu. La première immigration massive est celle des Belges dans la seconde partie du XIX ème siècle. Or les Belges qui venaient travailler dans les filatures du Nord étaient essentiellement des Wallons, donc des gens de même culture. Les positions à leur égard a changé avec l’arrivée massive des immigrés italiens (début du XX ème siècle). Les Belges sont alors devenus de bons immigrés. Quant aux Italiens, ils ont été intégrés après avoir été présentés comme inassimilables. A chaque vague, il y a reproduction du schéma précédent.

Ce problème de l’invasion se retrouve aussi dans la littérature ; deux romans de Danrit ont le mot invasion dans leur titre : l’invasion jaune et l’invasion noire. Ce thème est récurent dans la pensée de nombreux auteurs, notamment avec les différentes tensions internationales qui ont précédé la Première guerre mondiale.

Dans l’entre-deux-guerres, les migrations de travail ne se sont pas faites sans heurts, sans douleur. L’opinion publique était d’autant plus réservée que la France traversait une crise économique. Elle pouvait même devenir franchement hostile à l’immigration et se transformer en xénophobie.

Critique du « catalogue des idées reçues » concernant l’immigration.

L’immigration est un problème nouveau en France. Si l’on effectue une comparaison entre les recensements de 1931 et ceux fournis par le ministère de l’intérieur en 1984, les chiffres montrent qu’il y a eu en permanence un flux migratoire. La proportion est la même : entre 7 à 8% d’immigrés. Dans les années 20/30, la France est le pays à plus fort taux d’immigration.

Critique personnelle de Noiriel : Il faut comparer ce qui est comparable. Les données proviennent d’une part d’un recensement de population (1982), d’autre part des déclarations de la préfecture de police (1931). Comment ces données ont-elles été recueillies ? Quelle est la systématisation du recueil de ces données. D’autre part, entre ces deux dates, il y a un changement d’échelle non négligeable : en 1931 la France disposait d’un immense empire colonial - l’exposition coloniale de 1932 en témoignera - et en 1981, elle a perdu cet empire colonial. Où sont comptabilisé, de part et d’autre les ressortissants des anciennes colonies ?

La population avant la guerre était disséminée sur l’ensemble du sol national. La population était de ce fait plus facilement assimilable. Rien ne prouve qu’une population disséminée est plus facilement assimilable. Aujourd’hui la population serait concentrée dans des zones spécifiques. Avant la seconde guerre mondiale, les stratégies de recrutement de travailleurs immigrés pour les mines du Nord-Est faisaient appel à des régions entières de Pologne. Ces immigrés étaient ensuite regroupés dans des zones à forte concentration d’immigrés : 20%des Polonais résidaient dans des communes où ils représentaient plus de 50% de la population. Il y a donc bien concentration urbaine. Critique de Noiriel : Si rien ne prouve que la dissémination facilite l’assimilation, la concentration crée des solidarités « ethniques » qui constituent des bastions de résistance.

Dans les zones à forte concentration d’immigrés, les autorités sont confrontées à la mise en place de pouvoirs parallèles, entièrement aux mains de ces groupes solidaires. Cette constitution d’un Etat dans l’Etat ne favorise ni intégration, ni assimilation, car sa raison d’être est de substituer à un modèle qui existe, un nouveau modèle.

L’immigration avant guerre était célibataire.

Une immigration célibataire serait plus facilement gérable. Par le jeu du mariage l’intégration se ferait plus facilement. Avec cette affirmation le problème de la seconde génération est évacué. Si l’on veut faire appel à une population stable, il faut favoriser l’immigration familiale.

Critique de Noiriel : une immigration de célibataire pose différents problèmes, notamment ceux de la vie quotidienne des hommes seuls. Pour éviter certains problèmes de moeurs, les autorités privilégient l’installation familiale car elle préside à une plus grande stabilité. La question familiale ne se pose pas avec les familles monogames car on se trouve devant l’équation un homme + une femme = une famille. La question est différente avec la polygamie ou l’équation devient un homme + 4 femmes = une famille. On transpose alors des modes de vie totalement différents t les femmes répudiées peuvent fonder de nouveaux foyers en se remariant. Le problème n’est pas celui de la famille, mais la manière dont on peut contourner les lois concernant l’immigration.

Avant la guerre les immigrés s’intégraient dans la nation. Les mémoires publiées par certains immigrés montrent les vexations subies. L’intégration semblait facile parce que les immigrés étaient européens. L’idée d’Europe, à quelque exception prêt, n’existait pas dans l’entre-deux- guerres. Mentionner une quelconque idée européenne constitue un anachronisme.

Les immigrés étaient catholiques.

La France est un pays laïque où il y a une séparation de l’Eglise et de l’Etat. Concordat de Napoléon (1805) et loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. La France est alors un pays laïque où la classe ouvrière est fortement déchristianisée. D’autre part, le catholicisme est très diversifié. Il serait intéressant de connaître les opinions du catholicisme social (Marc Sagnier sur cette question de l’immigration).

Dans le Sud-Est l’immigration arménienne est très importante, notamment dans les années 20 après qu’ils aient été chassés de Turquie. Or les Arméniens sont orthodoxes et font partie de l’Eglise autocéphale d’Arménie. A la même période arrivent de nombreux juifs d’Europe centrale qui sont soucieux de maintenir la tradition juive.

Le catholicisme polonais a parfois été considéré comme un frein à l’intégration et à l’assimilation. Les Polonais restaient entre eux pour célébrer le culte. Le clergé était Polonais, les sermons faits en Polonais, ce qui avait pour effet d’agacer les autorités civiles qui ne pouvaient contrôler ce qui se disait. Le clergé français était favorable au regroupement des communautés polonaises qui étaient ainsi moins soumises à l’influence des syndicats laïques et marxistes.

Critique de Noiriel : Il prend ces différents éléments comme une succession de parties indépendantes, alors qu’ils font partie d’un tout : la culture. Le catholicisme, la famille constituent plus des représentation d’une culture chrétienne que l’on oppose à une culture musulmane. Pour ne pas avoir à prendre en compte le phénomène culturel dans sa globalité avec ce que cela recouvre de mode de vie, Noiriel a découpé certaines tranches de la culture pour pouvoir les soumettre aux présupposés de sa thèse. Notons d’ailleurs que l’immigration européenne en France est une immigration essentiellement chrétienne, voire catholique et non protestante. L’immigration juive en France n’a pas été sans heurts, notamment dans l’entre-deux-guerres. La question de l’assimilation et de l’intégration des immigrés est avant tout culturelle En fait le problème de l’immigration est mal posé. C’est celui d’un pays disposant de richesses qui cherche à préserver la qualité de vie de ses habitants en mettant en place des barrières contre la pauvreté. Les pauvres, les immigrés, n’ont de cesse de venir dans les pays riches.

Noiriel pose des questions, mais pas les bonnes. Il est encore pris dans le système de 1894 où l’on dénie toute valeur à la nation, où pendant longtemps on a dénié toute valeur à la différence ethnique et où seule comptait la différence de classe. Seule la lutte des classes était privilégiée et rien de devait entraver cette vision marxiste de la société. Or en 1984, l’Union soviétique est engagée depuis quatre ans en Afghanistan dont elle ne peut se dépêtrer ; des mouvements de dissidents font entendre leurs voix (Sakharov, Rostropovitch, etc.). A partir de 1985, Gorbatchev mènera une politique différente qui conduira en cinq ans à l’écroulement du système soviétique et du marxisme-léninisme. Il faut substituer autre chose à la lutte des classes...

Conclusion.

L’intégration se fait dans le milieu dans lequel on vit. Les difficultés nouvelles proviennent selon Noiriel du fait que la France est en crise ; c’est une crise du modèle national.

On a d’autre part transposé en France la situation coloniale avec les nombreux immigrants d’origine maghrébine et africaine. Cela s’est traduit par un problème de racialisation des immigrants. La France a perdu ses colonies en 1960, et depuis l’immigration provient de ses colonies. A la perte de prestige sur le plan international, s’ajoute la venue d’anciens sujets sur le territoire national.

Notes : Lequin Y. : La mosaïque française (Larousse).

Milza P. : Thèse sur les Italiens en France

Noiriel G. : Histoire de l’immigration in Actes de la Recherche en sciences sociales N°54 - octobre 1984.

Noiriel G. : Le creuset français

Schor R. : L’opinion française et les étrangers de 1919 à 1939 (Publications de la Sorbonne)

Schor R. : Histoire de l’immigration en France (E. Colin - Col U)

Temine E : L’immigration espagnole dans le Sud-Est de 1861 à 1936 in Ethnologie française.

 
Publié le dimanche 1er janvier 2006

 
 

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Mardi 27 décembre 2005
Convergences  révolutionnaires
Revue publiée par la fraction de Lutte Ouvrière



26 décembre 2005

En 1994, le génocide au Rwanda a fait près d’un million de victimes. Préparé par le régime soutenu par la France, il s’est poursuivi sous les yeux de l’armée française, jusque dans les camps où elle prétendait protéger les réfugiés.

Pourtant en 1998, dans une belle unanimité gauche droite, une mission d’information parlementaire a déclaré “blanchir” la France et son armée.

Aujourd’hui, le Tribunal aux armées accepte d’ouvrir une information pour “complicité de génocide” suite à des témoignages accusant directement des militaires français. Enfin la levée d’un coin du voile ?


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Lundi 26 décembre 2005
 
LE 20 DÉCEMBRE DANS “L’HUMANITÉ


Publié dans l'édition du lundi 26 décembre 2005 (Page 7)

Dans son édition du 20 décembre dernier, l’Humanité évoque la Fête réunionnaise de la liberté notamment à travers deux articles : le combat des enfants réunionnais de la Creuse et une interview de Françoise Vergès, vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, sur ce sujet. On lira ci-après ces deux articles.


DROITS HUMAINS

AUJOURD’hui, les Réunionnais célèbrent l’abolition de l’esclavage. Les responsabilités de l’État dans le transfert d’enfants de l’île vers la métropole restent posées.

"Tu rentres directement de l’école, parce qu’il y a la voiture rouge qui guette". La voiture rouge, une deux-chevaux, était celle des services de l’enfance de La Réunion. De 1963 à 1981, plus de 1.600 bébés, enfants et adolescents ont été enlevés à leur famille et à leur milieu et envoyés à 13.000 kilomètres pour tenter d’endiguer l’exode rural en métropole. Même si Michel Debré, alors député de l’île, précisait qu’il devait s’agir d’orphelins ou d’enfants abandonnés, les services de l’État sont passés outre. Depuis plus de quarante ans, cette affaire pourrit en contentieux entre l’île et la métropole, entre des adultes agressés, lésés, déportés, traumatisés, et une justice qui éprouve des difficultés à la prendre à bras-le-corps. Il a fallu la demande faramineuse d’indemnisation déposée par Jean-Jacques Martial pour que le problème soit regardé d’un peu plus près en métropole. Et encore...

La justice doit faire son travail

À Saint-Denis de La Réunion a eu lieu, en juin dernier, le premier procès collectif où Me Damayantee Goburdhun a soutenu treize dossiers devant le tribunal administratif, mettant en cause l’État et ses représentants. "Le tribunal a donné raison à l’État", explique-t-elle, "en affirmant que l’aide sociale à l’enfance était un service départemental sous contrôle préfectoral et que le préfet n’était pas, alors, agent de l’État, mais exécutait simplement des décisions du département de La Réunion. Même le rapport de l’inspection générale des affaires sociales prouve que les décisions relevaient de l’État. Il n’y a aucun doute. Il faut que la justice fasse son travail." L’avocate a fait appel, en septembre, devant la cour de Bordeaux, puisque cette juridiction n’existe pas à 13.000 kilomètres de là. Elle a, parallèlement, engagé une procédure contre le département de La Réunion. "Pour avoir les deux fers au feu."

En métropole, l’association des Réunionnais de la Creuse cherche, depuis longtemps, à porter ses dossiers devant la justice. Dernière initiative : leur défenseur, Me Gilbert Collard, s’est adressé cet été au tribunal administratif de Limoges "pour violation des lois sur la famille et la protection de l’enfance, violation des conventions internationales, non-respect des droits de l’enfant". Neuf dossiers ont été déposés en août, d’autres en octobre. Selon l’avocat : "Il ne s’agit pas de discuter d’une image lointaine de la mémoire, mais de sa réalité. Michel Debré est une figure emblématique de la République et il a été l’initiateur d’une politique relayée par toutes les structures administratives. J’entends bien faire condamner l’État dans son entité, représentée par des préfets, non pas en tant qu’exécutants d’un conseil général, mais en tant qu’agents de l’État."
Le conseil général de la Creuse a déjà pris les devants pour tenter de s’exonérer des conditions d’accueil et du suivi des enfants, en commanditant une étude de sociologues - indépendants - qui ont été très mal reçus sur l’île, mais qui concluent : "Il est impossible de faire l’économie du débat, il y a trop de non-dits. Cette affaire est un moment de l’histoire de France que la France doit assumer."


Interview de Françoise Vergès dans “l’Humanité”

"Il faut décoloniser la République"

Pour Françoise Vergès, vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, l’État garde de sérieux stigmates de ces années de colonisations.

o Estimez-vous que l’État est responsable de cette "déportation" des enfants et des conditions dans lesquelles elle a été mise en œuvre ?

- Françoise Vergès : L’État est responsable dans la mesure où il est chargé de protéger les citoyens et qu’il a autorisé qu’on enlève les enfants de familles pauvres, supposées ne pouvant subvenir aux besoins de leur progéniture, et parce qu’elles ne répondaient pas aux critères de l’éducation en métropole. Il a légitimé un régime d’exception. Comme il a laissé faire la corruption, il a laissé les institutions mener cette politique.

o Cet état d’exception, comment l’expliquez-vous ?

- Il est lié à l’esclavage et au colonialisme. Le statut colonial ne se termine pas en 1946. Quand les esclaves sont émancipés en 1848, les “citoyens” sont des colonisés. Pour chaque loi votée par le Parlement, il est précisé comment elle va être appliquée dans ces territoires, Réunion, Antilles... Il y a entrave au droit de vote, l’éducation est confiée aux frères, l’économie est maintenue dans un état lamentable. En 1946, le tableau est celui d’une colonie complètement abandonnée. Les acquis du Front populaire, par exemple, ne se sont pas étendus à l’Outre-mer.

o Que se passe-t-il en 1946 ?

- Dans un monde où monte partout la volonté d’indépendance, La Réunion demande, elle, l’égalité de traitement avec les autres départements de métropole. C’est une notion très ancrée dans les mentalités depuis les luttes pour l’abolition de l’esclavage et qui reste d’actualité. Une notion difficile à concevoir quand la dimension de l’esclavage et celle de la colonisation ne sont pas inscrites dans votre propre vie, votre propre culture. Cela donne une mesure du fossé qui sépare l’histoire des Réunionnais de celle des métropolitains. Dans le détail, il n’y a pas d’histoire commune. Le seul consensus repose sur la condamnation morale de l’esclavagisme et, dans le meilleur des cas, de la colonisation. Aujourd’hui, cette confrontation entre deux histoires, entre deux cultures, devient débat public. Tant mieux. Il faut parvenir à un tronc commun de connaissances, apprendre ce que signifie avoir vécu l’esclavage, comment s’est faite la représentation des Noirs en métropole, quel était le discours officiel...

o Cette occultation relève-t-elle de la méconnaissance, de l’ignorance, de la culpabilisation, du racisme ?

- La France, en tant que patrie des droits de l’homme, est fière d’avoir aboli l’esclavage, mais elle n’est pas très fière de l’avoir pratiqué. On a toujours l’impression que les esclavagistes sont américains, arabes, grecs... Le compte de ce qu’a rapporté l’esclavage, économiquement, à la France, n’a jamais été fait. Ce serait difficile. Mais la question ne se pose pas. C’est le silence. Chez les philosophes, l’esclavage, c’est l’Antiquité. Chez les historiens, c’est un point aveugle. Inconscient, parfois. Pour la colonisation, c’est plus compliqué. Depuis deux siècles, colonisation et République sont intrinsèquement liées. S’en prendre à l’une est toujours interprété comme une mise en cause de l’autre. Alors qu’il est essentiel de séparer les deux notions, qu’il faut "décoloniser notre République". Celle qui a inscrit, au fronton de ses mairies, liberté, égalité, fraternité, mais qui a régi un empire d’exception où il n’y avait ni liberté, ni égalité, ni fraternité, et qui en garde plus que de sérieux stigmates. Ce n’est pas simple. Mais nécessaire et urgent.



Justice pour les Réunionnais de la Creuse
Article paru dans Témoignages le lundi 26 décembre 2005 (Page 7)
URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=12560

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Lundi 19 décembre 2005