LE FAIT D'ARMES n'est déjà pas très brillant. Une erreur sur la personne pourrait encore assombrir l'affaire. Le doute est désormais instillé dans l'enquête sur le meurtre d'un ressortissant ivoirien par des soldats français en mai 2005. Firmin Mahé aurait pu être victime d'une tragique méprise.
L'affaire a rebondi avant-hier avec la révélation de l'arrestation en Côte d'Ivoire d'un «second Mahé». Les faits sont relatés dans un rapport de la prévôté, la gendarmerie militaire. «Les renseignements remontés hier du théâtre d'opérations confirment l'interpellation d'un homme nommé Nestor Koho Mahé, confie une source du ministère français de la Défense, et ce à peu près à la même période». La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie a décidé de transmettre à la justice tous ces nouveaux documents, parmi lesquels le PV de renseignement militaire.
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Le «second Mahé» a été arrêté le 19 mai – soit six jours après le meurtre du premier Mahé –, les armes à la main et avec deux autres suspects. Les trois hommes auraient ensuite été remis à Man aux autorités de la rébellion des Forces nouvelles (FN), qui contrôle la région. Ils sont toujours détenus. Selon le procureur du tribunal aux armées de Paris (TAP), Jacques Baillet, il pourrait s'agir d'individus «connus et reconnus pour avoir commis des exactions en zone de confiance». Ce profil pourrait faire de Nestor Mahé le redoutable «coupeur de routes» qui terrorisait l'ouest de la Côté d'Ivoire. La confusion apporte de l'eau au moulin de l'avocat de la famille de Firmin Mahé, Me Fabien Ndoumou, qui affirme depuis longtemps qu'il y a eu erreur sur la personne.
Sombres surprises
Au ministère de la Défense, on ne traite pas l'affaire de haut et on s'interroge. Le coupeur de routes avait été désigné à la patrouille française par un informateur ivoirien l'accompagnant. Qu'il se soit trompé est possible, que l'erreur sur la reconnaissance physique ait concerné un homonyme paraît plus étonnant. «Mais tout est possible dans cette histoire, qui n'en finit pas de révéler de sombres surprises», poursuit la même source.
D'autres éléments sont troublants : le fait que le corps de la victime n'ait pas été réclamé, en mai 2005 ; et celui de l'arrêt du brigandage dans la zone juste après les faits, comme l'avait souligné le général Bentegeat, chef d'état-major des armées, à l'occasion de l'annonce des sanctions touchant le général Poncet et ses subordonnés. «La double bavure ne peut pas être écartée, confie une source proche du dossier, comme toutes les manipulations puisque peuvent rentrer en ligne de compte des considérations politiques et financières.» A Paris, on constate aussi que tout cela va être difficile à établir, la situation ivoirienne étant d'une manière générale très confuse. Ainsi, il n'existe pas de casiers judiciaires sur lesquels s'appuyer. Cependant, la nouvelle affaire ne change rien aux volets disciplinaires et judiciaires du dossier. L'homicide volontaire sur un prisonnier reste une triste certitude.
Un mandat d'arrêt lancé contre deux pilotes accusés de la mort de soldats français.
Bouaké: la justice française réclame des comptes à Abidjan
par Jean-Dominique MERCHET
QUOTIDIEN : lundi 26 décembre 2005
La justice française devrait très rapidement délivrer un mandat d'arrêt contre deux officiers ivoiriens, soupçonnés d'avoir bombardé le camp français de Bouaké. Le 6 novembre 2004, cette attaque avait provoqué la mort de dix personnes, dont neuf militaires, et trente et une personnes avaient été blessées. Des pilotes mercenaires d'origine «slave» étaient également à bord des deux Sukhoï 25, mais leur sort continue à susciter de nombreuses interrogations.
Vendredi soir, le procureur du tribunal aux armées de Paris, Jacques Baillet, a donc donné son feu vert à la juge d'instruction Brigitte Raynaud pour qu'elle lance, comme elle le souhaitait, des mandats d'arrêt internationaux contre Patrice Ouei et Ange Magloire Gnanduillet Attualy. Formés en France, ces deux pilotes auraient été à bord des avions qui ont attaqué le camp Descartes. La juge Raynaud est en charge depuis le 19 janvier d'une instruction pour «assassinats, tentative d'assassinats et destruction de biens». Par ailleurs, des familles de militaires français, représentées par Me Jean Balan, se sont portées parties civiles.
Extradés. Le mandat d'arrêt sera transmis à Interpol, mais les deux officiers ne devraient pas être extradés de Côte-d'Ivoire. Toutefois, s'ils quittent leur pays, ils pourraient être arrêtés et extradés vers la France. De passage à Paris, le procureur militaire de Côte-d'Ivoire, Ange Kassi, s'est déclaré «un peu surpris» par cette décision. Ces deux officiers n'ont pas attaqué le camp français de leur propre initiative et ils ont d'ailleurs été récompensés pour leur action. Une note de la direction française du renseignement militaire (DRM) du 13 septembre 2005 pointait le fait, «pas dénué d'ambiguïté», que ces pilotes étaient au «tableau d'avancement», ce qui «apparaît comme une récompense».
Qui, alors, leur a donné l'ordre ? Interrogé par la juge d'instruction, le général Henri Poncet, commandant de l'opération Licorne, a pointé la responsabilité de «deux personnages clés dans l'entourage du président Gbagbo» : Kadet Bertin, conseiller spécial, et Edouard Séka Yapo, chef d'état-major de l'armée de l'air. Un autre officier français, le général Jean-Paul Thonier, à l'époque adjoint de Poncet, «ne peut exclure que l'ordre soit venu de l'entourage du colonel Mangou», aujourd'hui chef d'état-major de l'armée ivoirienne.
Responsabilité. Ces déclarations pourraient permettre d'exonérer la responsabilité directe de Laurent Gbagbo, évitant ainsi une crise diplomatique avec Abidjan. Dès le 11 novembre 2004, soit cinq jours après les faits, le général Bentégeat, chef d'état-major des armées, affirmait d'ailleurs : «Nous sommes persuadés que l'ordre n'a pas été donné par le président Gbagbo.»
Au-delà du cas des deux pilotes ivoiriens, la question des mercenaires reste entière. Car les deux Sukhoï 25 avaient chacun un équipage mixte composé d'un Ivoirien et d'un «Slave», vraisemblablement ukrainien ou biélorusse. L'armée française possède des photos et des vidéos d'eux, prises sur l'aéroport de Yamoussoukro, à leur retour de mission, juste avant que les avions soient détruits à coups de missile Milan. En dépit de l'existence de ces images et d'écoutes réalisées par le détachement avancé des transmissions, les deux pilotes blancs n'ont pas été identifiés. Au moins officiellement. Leur sort reste inconnu et une rumeur abidjanaise évoque même leur assassinat.
Les militaires de Licorne ne semblent pas avoir fait preuve d'un grand empressement pour établir l'identité et pour arrêter des hommes qui venaient quand même de tuer neuf des leurs. «A ma connaissance, aucun ordre n'a été donné par rapport aux pilotes en cause», a «déclaré le général Thonier, interrogé par la brigade criminelle.
Hors de tout cadre légal. Pourtant, au même moment, quinze mercenaires «slaves» ont été «retenus» par l'armée française pendant cinq jours sur l'aéroport d'Abidjan. Il s'agissait de mécaniciens d'aviation qui connaissaient l'identité des pilotes. Ils ont été interrogés, hors de tout cadre légal, par un membre des forces spéciales, lieutenant-colonel dans la gendarmerie, avant d'être remis au consul de Russie.
e tribunal correctionnel de Metz (Moselle) a condamné, mercredi 14 décembre, Azedine Sebiane, gardien de la paix de 36 ans, à cinq ans d'emprisonnement, dont quatre ferme, pour "incitations publiques à la haine raciale", "injures" à caractère raciste et "provocation à la discrimination".




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