Mardi 19 juillet 2005

Et Sarkozy rêve d'une justice divine
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Le ministre tend à faire passer les juges pour des irresponsables et veut une justice exempte de questions et de doute.Côme Jacqmin est secrétaire général du Syndicat de la magistrature.

01 juillet 2005 «Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.» Avec cette déclaration Nicolas Sarkozy, assume le caractère purement démagogique des propos qu'il a tenu sur le «nettoyage» de la cité des 4 000 à la Courneuve ou sur la responsabilité des juges. Tous les amalgames sont permis. L'affaire d'Outreau, l'affaire Crémel ou celle de Grenoble constituent autant d'icônes des dysfonctionnements judiciaires. Pourtant, elles ne revêtent pas du tout la même signification. L'affaire d'Outreau a montré la difficulté de l'institution à jouer son rôle, c'est-à-dire à prendre du recul et à ne pas se laisser sidérer par les fortes attentes de l'opinion, spécialement face à l'image des victimes. La libération de plusieurs membres présumés du milieu grenoblois pour cause de nullité de procédure révèle au contraire les faiblesses d'une justice qui, comme le souhaite Sarkozy, ne serait que la courroie de transmission de la police, au détriment de ses propres règles. Enfin, l'affaire Crémel nous rappelle la part irréductible de subjectivité que contient toute appréciation judiciaire. Elle peut, à cet égard, être mise en parallèle avec l'acquittement par la cour d'appel il y a quelques semaines d'un médecin accusé de viol. Personne n'aurait heureusement pensé à attaquer les citoyens jurés ayant prononcé une condamnation en première instance. Derrière les sophismes de Sarkozy se cache une contestation radicale de l'indépendance de la justice et de la particularité de ses fonctionnements. Or, la vérité judiciaire n'est pas préétablie. C'est une construction intellectuelle, qui résulte notamment de l'exercice des voies de recours. Ce qui assure la prééminence de la solution de la cour d'appel, c'est la fiction de la hiérarchisation des juridictions, ce n'est pas le fait que la solution de la juridiction supérieure serait systématiquement la meilleure. Sarkozy rêve au contraire d'une justice exempte de toutes contradictions, dans laquelle tout risque de solution divergente serait annihilé, où il n'y aurait plus d'appel possible. Cette vision de la justice correspond à l'idée qu'il nous vend d'une société débarrassée de toutes aspérités et notamment de «l'insécurité» qu'il met en avant pour mieux camoufler la précarisation qu'il justifie dans le domaine social. Les magistrats ne sont pas irresponsables. Ils sont soumis à de nombreux contrôles. Evaluation individuelle régulière, primes de rendement, contrôle hiérarchique sur l'avancement et les mutations, constituent autant de moyens de contrôler, voire sanctionner les magistrats sans le dire. Les magistrats sont par ailleurs soumis à un régime disciplinaire. La carence du politique en ce domaine avait été particulièrement illustrée par l'attitude de Dominique Perben, garde des Sceaux, omettant de poursuivre Jean-Paul Renard, juge d'instruction à Nice, révoqué depuis en raison de ses accointances suspectes avec des réseaux affairistes voire mafieux. Ce contrôle disciplinaire tend pourtant à se renforcer. En 2004, le Conseil supérieur de la magistrature a été saisi de onze nouvelles affaires, pour 7 500 magistrats. La possibilité maintenant ouverte aux premiers présidents ou procureurs généraux d'engager les poursuites permet de faire échapper pour partie la discipline aux influences politiques. Contrairement à une idée reçue, si le domaine juridictionnel jouit d'une certaine immunité, elle n'est pas totale. Ainsi, un magistrat a pu être sanctionné en 2004 pour la négligence avec laquelle il traitait ses dossiers d'instruction. Enfin, il existe différents régimes de responsabilité de l'Etat du fait du mauvais fonctionnement ou des dommages causés par la justice : indemnisation des détentions provisoire injustifiées, réparation de la faute lourde du service public... Comme les autres services publics, la justice indemnise les préjudices que causent ses erreurs ou ses dysfonctionnements et les magistrats sont susceptibles de voire l'Etat se retourner vers eux dans le cas où leur faute personnelle, détachable du fonctionnement habituel de l'institution, serait à l'origine du dommage. Malgré leur statut d'indépendance, la situation juridique des magistrats n'apparaît donc pas singulière dans le panorama de la fonction publique. Nicolas Sarkozy confond volontairement «faire payer le juge» et «indemniser la victime». Chacun voit que la confusion n'est pas neutre et que le souci des victimes n'est que le prétexte pour se payer les juges et plus largement l'Etat de droit.

 

 

Jacques Chirac lance une mission sur la responsabilité des juges

19/07/2005 - 20h27PARIS (Reuters) - Jacques Chirac a confié au garde des Sceaux, Pascal Clément, une mission sur la responsabilité des magistrats, annonce le ministère de la Justice.Le chef de l'Etat a souhaité qu'avant toute décision, les propositions du ministre soient soumises à l'avis du Conseil supérieur de la magistrature, précise-t-il dans un communiqué. Les premières consultations débuteront la semaine prochaine. Le ministre de l'Intérieur avait rouvert le débat sur ce sujet sensible le mois dernier après l'arrestation d'un homme déjà condamné dans l'enquête sur le meurtre d'une mère de famille. "Est-ce qu'il peut exister un pouvoir, un seul, où la question de la responsabilité ne se pose pas ?", avait demandé Nicolas Sarkozy en prenant pour exemple les journalistes, les médecins et les maires. Ces déclarations ont suscité la colère de syndicats de magistrats reprochant au ministre de l'Intérieur de vouloir les "mettre au pas".Ils soulignent que les juges peuvent déjà voir leur responsabilité mise en cause dans un cadre professionnel, disciplinaire ou pénal. Toutefois, Pascal Clément a également confirmé fin juin sa volonté de rouvrir le débat sur la responsabilité des magistrats."Le Premier ministre le souhaite et, effectivement, nous allons faire en sorte de conduire cette réflexion, bien évidemment avec les magistrats et aussi le Conseil supérieur de la magistrature", avait-il dit. Pour le garde des Sceaux, "la réforme est souhaitée par l'opinion".

 


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Vendredi 1 juillet 2005

Magistrats / Conditionnelle

23 juin 2005

Nicolas Sarkozy va nettoyer la justice ? Après ses propos polémiques sur le nettoyage au karcher du quartier de la Courneuve, le ministre de l'Intérieur s'en prend aux magistrats, afin que ses mots ne restent pas des mots. Ainsi, il a estimé que le juge qui a remis en liberté un des meurtriers présumés de Nelly Crémel, devait "payer" pour sa "faute". "Moi, je le sais, que la justice est humaine (...) mais c'est pas parce que c'est humain qu'on ne doit pas payer quand on a fait une faute". Patrick Gateau, condamné à perpétuité en 1990 pour un assassinat dans des circonstances similaires, a été mis en liberté conditionnelle en 2003.Afin de lutter contre la récidive, le ministre de la Justice Pascal Clément a préconisé un durcissement de la libération conditionnelle pour les condamnés à perpétuité. "Pour les criminels les plus dangereux, violents, violeurs, même si vous êtes condamné à perpétuité, au bout de 15 ans la libération conditionnelle est possible. Je crois qu'il va falloir monter le plafond". Les condamnés à perpétuité peuvent actuellement demander à bénéficier d'une libération conditionnelle après 15 ans de prison, si leur condamnation n'est pas assortie d'une période de sûreté décidée par les jurés de la cour d'assises, qui peut aller jusqu'à 30 ans pour les crimes les plus graves. Evidemment, les magistrats clament au scandale et à l'indépendance de la justice. Mais se soucient-ils vraiment des victimes ? Quand on sait que les criminels terroristes d'Action directe demandent actuellement leur liberté conditionnelle...

12h00 : Le ministre de la Justice Pascal Clément vient de prendre la défense des trois magistrats critiqués par Sarkozy pour avoir remis en liberté l'un des assassins de Nelly Crémel, estimant que "la loi était respectée"... Divergence ministérielle, patinage juridique, désordre politique...

Paris, le 23 juin 2005

Communiqué de Pascal CLEMENT, Garde des Sceaux,
Ministre de la Justice

Je veux préciser que, s’agissant de la libération conditionnelle accordée en 2003 à la personne qui vient d’être mise en examen pour l’assassinat de Madame Nelly Cremel, la loi, toute la loi a été respectée. C’est un collège de trois magistrats qui s’est prononcé, sur la base d’avis et d’expertise, en application des dispositions du code pénal et du code de procédure pénale

 

La saillie de Sarkozy condamnée par la Justice

Le ministre a estimé mercredi qu'il fallait «faire payer» le juge qui a accordé la liberté conditionnelle au meurtrier présumé de Nelly Crémel.

24 juin 2005

iIl n'y a pas de juge à qui «faire payer» le meurtre de Nelly Crémel, la joggeuse de Seine-et-Marne. A Nicolas Sarkozy qui lui réclame une tête, Pascal Clément, le ministre de la Justice, répond : «Je veux préciser que, s'agissant de la libération conditionnelle accordée en 2003 à la personne qui vient d'être mise en examen pour l'assassinat de Mme Nelly Crémel, la loi, toute la loi, a été respectée.» Les syndicats de magistrats trouvent la réplique «minimale» compte tenu de la violence de l'attaque : un ministre d'Etat, candidat à la présidence de la République, qui nie l'un des principes de base de toute démocratie, la séparation des pouvoirs. «Délire». «Dans son délire de toute-puissance, Nicolas Sarkozy devient à lui seul le gouvernement, le Parlement et le juge», analyse Dominique Barella. Le président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire et modérée) vient d'écrire à Jacques Chirac et à Dominique de Villepin pour leur demander de rappeler le ministre de l'Intérieur à ses obligations. Pour sa part, le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) s'est adressé au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), autorité garante de l'indépendance de la justice. Réunis en assemblée plénière hier, les membres du CSM ont décidé de s'autosaisir et ont envoyé un courrier à Chirac pour attirer son «attention sur des propos qui, par leur excès, sont de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice et à son indépendance». Le communiqué de Pascal Clément était très attendu à Colmar, ressort de la cour d'appel où a été prise la décision de libérer Patrick Gateau, incarcéré à la centrale d'Ensisheim après sa condamnation à perpétuité en 1990 pour le meurtre d'une femme. «L'émotion était grande chez les magistrats, et nous attendions une réaction», explique Bernard Legras, le procureur général. Cette mise au point du ministre de la Justice le satisfait : «L'essentiel est dit, la décision a été prise de manière collégiale, dans le strict respect de la loi.» «Détenu modèle». En accusant le juge, Nicolas Sarkozy feint d'ignorer la manière dont se prennent les décisions de libération conditionnelle. En l'occurrence, ils étaient trois (un conseiller de cour d'appel et deux juges d'application des peines) à décider de cette libération, et le dossier de Gateau était couvert de tous les avis favorables possibles : psychiatres, administration pénitentiaire, services pénitentiaires d'insertion et de probation (Spip), juge d'application des peines (JAP)... Patrick Gateau, 48 ans, est répertorié comme psychopathe par les psychiatres qui l'ont examiné au cours de son parcours de détenu. «Mais les experts expliquent qu'il est indemne de toute maladie mentale, donc non dangereux d'un point de vue psychiatrique, indique une source judiciaire. Les médecins ne le considèrent pas comme un malade mental qu'ils pourraient soigner mais comme un malade social qu'ils renvoient au juge.» Selon la même source, «en bon psychopathe, Patrick Gateau est devenu un détenu modèle, le plus apprécié des surveillants de la prison». Il a passé son bac, épousé une infirmière retraitée, s'est mis à écrire des poèmes et à couvrir de fresques les murs de la bibliothèque et du parloir de la centrale. En 2001, au bout de quinze ans de détention, il fait une première demande de libération conditionnelle. Tous les clignotants sont au vert : il a un travail, un domicile, une épouse, et tout le monde loue son comportement. Les juges décident pourtant d'attendre. Lors de sa deuxième demande, examinée en 2003, mêmes avis favorables. Seul le parquet de Colmar émet une réserve, en raison justement de ce côté trop parfait du personnage, mais ne fait pas appel quand les juges décident de le libérer. Pas plus que le parquet de Mulhouse, ressort de la cour d'appel de son lieu de résidence après sa sortie. Des précautions sont prises : il passe d'abord six mois en semi-liberté (revenant tous les soirs dormir en prison après le travail) et il reste soumis à un contrôle judiciaire pendant dix ans (le maximum prévu). Après son déménagement en Seine-et-Marne, il a continué à respecter ses obligations : visites au JAP, Spip, psychiatre...Ce type de récidive est statistiquement très rare (on évalue à moins de cinq pour mille le risque de retour en prison pour crime d'un criminel), mais se prête bien à une exploitation démagogique, regrettent les magistrats. «Or, les libérations conditionnelles sont nécessaires, dans l'intérêt même de la société», estime Dominique Barella

 

25.06.05

Jacques Chirac demande une modification de la législation de la libération conditionnelle

FFront uni contre Nicolas Sarkozy. Après le premier ministre, c'est le président de la République qui a répondu, vendredi 24 juin, au ministre de l'intérieur. Celui-ci a déclenché un tollé en appelant à faire "payer" un juge pour ce qu'il estime être une "faute" commise à l'occasion de la libération conditionnelle de Patrice Gateau, meurtrier récidiviste de Nelly Crémel. "Le principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs et le respect de l'indépendance de la magistrature sont intangibles et essentiels à l'équilibre et au bon fonctionnement de nos institutions" , a indiqué Jacques Chirac. Le chef de l'Etat avait été saisi jeudi par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qu'il préside. "Dans l'affaire du terrible assassinat de Mme Crémel, la décision de libération conditionnelle a été rendue dans le respect de la loi" , ajoute M. Chirac. Celui-ci réclame au ministre de la justice une nouvelle réforme pénale. "Les circonstances de ce drame confirment la nécessité de faire examiner et voter au plus tôt par le Parlement une réforme de la législation sur la libération conditionnelle" , a indiqué le chef de l'Etat. En déplacement à Evreux, ville dont Jean-Louis Debré, le président de l'Assemblée nationale, est le maire, le ministre de la justice Pascal Clément a défendu "une approche globale de la délinquance" , alliant prévention et répression. "Se méfier de la magistrature est un commencement de dissolution sociale" , a, pour sa part, affirmé M. Debré. Des discussions ont commencé entre la chancellerie et le ministère de l'intérieur pour amender la proposition de loi sur la récidive, en navette parlementaire depuis décembre 2004. Le gouvernement souhaite qu'un nouveau texte soit examiné par la commission des lois de l'Assemblée avant le 14 juillet, pour être débattu à l'automne. BRACELET ÉLECTRONIQUE La réforme portera d'une part sur les "délinquants d'habitude" que M. Sarkozy veut mieux punir en limitant à deux le nombre des sursis avec mise à l'épreuve dont ils peuvent bénéficier et d'autre part sur la question des grands criminels. Pour eux, le placement sous bracelet électronique mobile devrait être instauré en France. La chancellerie qualifie cette mesure d'"essentielle" . De plus, les conditions de la libération conditionnelle devraient être durcies. M. Clément a annoncé, mardi 22 juin, vouloir "monter le plafond" de cette libération anticipée, que les condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité peuvent demander au bout de 15 ans. Une mesure considérée comme inutile par les magistrats. En 2004, 5 866libérations ont été accordées, dont 1 500 à des auteurs d'atteintes aux personnes. Au total, 216 ont été révoquées pour des motifs divers. Pour l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), "la vraie réponse a été apportée par le député Jean-Luc Warsmann, vice-président de la commission des lois, dans son rapport sur la loi Perben II : il ne faut pas modifier la loi, mais créer 3 500 emplois dans les services d'application des peines". La remise en cause de la libération conditionnelle inquiète juges et responsables pénitentiaires. Va-t-on voir resurgir le projet de Pierre Méhaignerie de 1993 ? Après l'assassinat d'une petite fille, le garde des sceaux de l'époque avait prévu que la cour d'assises puisse interdire les libérations conditionnelles et les permissions de sortie aux personnes condamnées pour l'assassinat d'un mineur accompagné d'un viol ou d'actes de barbarie. En 2004, plusieurs propositions de lois ont été déposées visant à allonger à 30 ans (contre 22 ans au plus aujourd'hui) la période de sûreté des condamnations, ou à créer une nouvelle peine de perpétuité pour les auteurs de viols suivis de mort. 49 députés ont proposé de rétablir la peine de mort pour les terroristes.

 

25/06 Sarkozy persiste et signe Le ministre de l'Intérieur n'a "pas l'intention de se laisser impressionner" par ses détracteurs Invité du 20h de France2, vendredi, il s'en est pris aux "professionnels de la pensée unique" qui lui reprochent ses propos sur la nécessité de "nettoyer" la cité des 4000 de la Courneuve après la mort d'un enfant de 11 ans, et ceux sur la "faute" d'un juge. Il a proposé de supprimer le sursis et les aménagements de peine pour les multirécidivistes. A "ceux qui poussent des cris d'orfraie, ceux qui sont choqués par le verbe 'nettoyer', je confirme: mon devoir c'est de nettoyer la cité des 4000 des trafics et des trafiquants", a prévenu le ministre de l'Intérieur. Il a insisté en indiquant que "tous les jours, nous envoyons la police aux 4000 pour obtenir des résultats parce que les plus pauvres et les plus démunis de nos compatriotes ont besoin de la sécurité". Il a dénoncé le "décalage phénoménal entre ce que disent certains  responsables politiques et ce que vivent les Français". Il s'en est pris à "certains responsables politiques, bien au calme, bien au chaud, qui ne connaissent pas les problèmes d'insécurité, qui sont choqués par une expression que tout le monde emploie, comprend". Et d'ajouter: "moi, je suis choqué par la mort d'un enfant de 11 ans." Il a annoncé son intention de se rendre à nouveau à La Courneuve la semaine prochaine "pour rencontrer les jeunes" et "essayer de mettre les bases d'une politique de sécurité". Il a cependant assorti cette annonce d'une mise en garde. "Je n'ai pas l'intention de dialoguer pour rétablir l'ordre, je veux qu'on rétablisse l'ordre et ensuite seulement on dialogue." Par ailleurs, le ministre de l'Intérieur s'est défendu de vouloir chasser sur les terres de l'extrême droite. "Chaque fois que l'on dit quelque chose de bon sens, on se rapproche de Jean-Marie Le Pen ? J'ai toujours combattu Jean-Marie Le Pen", a déclaré Nicolas Sarkozy. "C'est moi qui ai aboli la double peine, c'est moi qui ait voulu que les musulmans de France aient une instance, c'est moi qui parle pour la discrimination positive", a-t-il ajouté. Ceux qui "ont profité de Jean-Marie Le Pen pendant les deux septennats de François Mitterrand" n'ont pas de "leçons" à lui donner aujourd'hui, a estimé Nicolas Sarkozy, visant des responsables socialistes  Durcir la répression contre les multirécidivistes Vendredi soir sur France 2, le ministre de l'Intérieur est aussi intervenu sur la polémique déclenchée par ses propos sur le juge qui a remis en liberté un des meurtriers présumés (déjà condamné à perpétuité) d'une mère de famille assassinée en Seine-et-Marne, Nelly Cremel: il avait déclaré que ce magistrat devrait "payer" pour sa "faute". "Est-ce qu'il peut exister un pouvoir, le pouvoir des juges, sans responsabilité?", a-t-il demandé sur France 2, balayant les critiques des associations de magistrats contre ses propos: "Là, j'ai vu beaucoup de décisions et de déclarations corporatistes." "Alors, j'ai voulu poser le problème, parce qu'une erreur d'appréciation qui conduit à un meurtre, qui conduit à une famille dans le désastre le plus total, qu'est-ce qui est choquant, que je pose que cette question ou que cette femme ait été assassinée?", a poursuivi Nicolas Sarkozy. Il s'est réjoui de ce que le président Jacques Chirac ait demandé dans un communiqué que soient "au plus tôt" votées des lois sur la libération conditionnelle et la récidive. "J'ai été heureux que le président annonce deux décisions importantes: qu'on revoit les conditions d'application des peines et qu'on travaille d'arrache-pied pour trouver une solution sur les multi-récidivistes", a déclaré Nicolas Sarkozy, ignorant la première partie du communiqué présidentiel. Première partie dans laquelle le chef de l'Etat a réaffirmé que "rien de saurait remettre en cause" la séparation des pouvoirs. "Vous voyez, j'ai voulu qu'on agisse. Le gouvernement décide d'agir. Alors, les professionnels de la pensée unique, tous ceux qui parlent sans rien faire depuis longtemps aujourd'hui doivent s'inquiéter parce qu'on a décidé d'agir", a ajouté le ministre. Nicolas Sarkozy a proposé qu'un représentant des associations de victimes soit systématiquement présent lors des décisions de remise en liberté conditionnelle. "Après tout, les victimes ont peut-être des choses à dire lorsqu'on relâche des assassins, des criminels ou des délinquants", a-t-il dit. Actuellement, les associations de victimes sont représentées lorsqu'il est fait appel de la décision de libération conditionnelle prise par un tribunal de  l'application des peines (composé de trois juges) concernant un détenu condamné à  plus de 10 ans ou dont le reliquat de peine est supérieur à trois ans. "Par ailleurs, je demande qu'il n'y ait plus de sursis lorsqu'il s'agit d'un multirécidiviste, qu'il n'y ait plus d'aménagement de peine lorsqu'il s'agit d'un multirécidiviste (...) et qu'il y ait comparution immédiate quand il  y a un multirécidiviste, parce que les policiers et les gendarmes, vous savez, ils en ont assez de courir pour arrêter les mêmes qui recommencent", a encore dit le ministre de l'Intérieur. L'aménagement de peine englobe les libérations conditionnelles, les régimes de semi-liberté ou le recours au bracelet électronique.

Réactions L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a indiqué attendre "avec intérêt les positions du ministre de la Justice Pascal Clément" sur les propositions de Nicolas Sarkozy visant à durcir la répression contre les multirécidivistes, qui lui semblent "contraires aux obligations européennes de la France", selon son président Dominique Barella. Le Syndicat de la magistrature: Nicolas Sarkozy "fait preuve de son irresponsabilité" en préconisant la suppression du sursis et des aménagements de peine pour les multirécidivistes. "Il fait aussi preuve de son inconséquence politique alors que la majorité dont il est le leader a prétendu relancer les aménagements de peine" lesquels "constituent justement l'un des moyens de favoriser la réinsertion et de prévenir la récidive". L'Association nationale des juges de l'application des peines (ANJAP): la suppression du sursis et de l'aménagement des peines pour les multirécidivistes préconisée par Nicolas Sarkozy est "un recul extrêmement inquiétant". Selon elle, le ministre "confond l'aménagement de la peine avec un cadeau qu'on ferait au condamné alors que cet aménagement est une somme de contraintes très efficaces destinées justement à lutter contre la récidive".L'ancien ministre socialiste de l'Economie Dominique Strauss-Kahn dénonce dans un entretien accordé au Journal du dimanche ce qu'il qualifie de "dérapages verbaux" du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. "Ces dérapages verbaux sont le double signe spectaculaire d'un constat d'impuissance et d'une obsession d'existence. Le rôle (de Nicolas Sarkozy) au gouvernement depuis trois ans, n'est pas de poser des questions. Il est d'apporter des réponses", déclare le député socialiste au JDD.Henri Emmanuelli (PS) a dénoncé vendredi soir "les récidives provocatrices et démagogiques de M. Sarkozy" qui "posent un double problème : celui de sa capacité personnelle à occuper sereinement les fonctions qui sont les siennes, et celui du fonctionnement normal de nos institutions démocratiques".Roger-Gérard Schwartzenberg, ancien ministre et député PRG : le chef de l'Etat doit "démettre de ses fonctions le ministre de l'intérieur" Nicolas Sarkozy après "ses attaques contre la justice".

Grenoble

27 juin 2005Quand la justice rectifie le tir, Sarkozy ressort son flingue
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A la suite d'une bourde d'un magistrat, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon a dû libérer des membres présumés du milieu grenoblois • Une décision logique qui s'est attirée la «colère» de Nicolas Sarkozy • Dde nouvelles mises en liberté, légitime du point de vue juridique, risquent de faire du bruit. Il y a six mois, 45 personnes sont arrêtées dans le «milieu» grenoblois. Mais la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon vient d'annuler l'essentiel de la procédure, et de remettre dehors les 4 qui se trouvaient encore derrière les barreaux. Selon la cour, le juge qui instruisait l'affaire était chargé d'un petit dossier, dont il en aurait profité pour enquêter, sans l'autorisation du parquet, sur d'autres affaires et quelques gros poissons intéressant la police grenobloise Au départ de toute l'histoire, se trouve une gérante de paille d'un bistrot grenoblois qui affirme en 2000 aux policiers qu'elle subit des pressions parce qu'elle ne paie pas ce qu'elle doit au caïd contrôlant en réalité son établissement. Elle lâche le nom de ce dernier, figure locale mêlée à de sérieuses histoires de proxénétisme à la fin des années 1970, et soupçonné à chaque règlement de compte grenoblois — et ils furent très fréquents dans les années 80 et 90. Les policiers flairent l'aubaine, la justice aussi. Le 4 juillet 2000, une information judiciaire est ouverte et le juge Luc Fontaine récupére le dossier. «A partir de ce moment-là, dénonce Pierre Albert, avocat de quatre des principaux accusés, l'histoire très ordinaire du départ n'a plus intéressé personne. Le juge s'est mis à instruire sur la personne dénoncée, sur son frère et sur toutes les personnes qu'ils fréquentaient. Il a fait inspecter les patrimoines, mettre sur écoute tout ce monde et de nombreuses cabines publiques grenobloises. Il délivrait des commissions rogatoires qui permettaient aux policiers de fouiller très largement.» En fonctionnant de cette manière, les enquêteurs trouvent matière à charger certains de ces clients. Mais le juge ne demande pas au parquet les supplétifs qui lui aurait permis d'élargir ainsi légalement son enquête. Il s'est, en somme, auto-saisi. Ce que Bernard Ripert, autre avocat du dossier, résume brutalement: «le magistrat s'est comporté comme un shérif. Il a voulu faire la loi seul, en enquêtant sur des personnes, non sur des faits. Il est stupéfiant que le parquet n'ait pas relevé cette erreur.» Au total, sur les 45 personnes arrêtées en Rhône-Alpes entre le 6 et le 9 décembre 2004, 22 sont mises en examen et 15 écrouées, dont les épouses de deux frères Maldera, figures locales soupçonnées d'être à la tête du réseau. Les chefs d'accusation étaient extrêmement vastes et un policier aurait glissé à un avocat, en l'appelant pour une garde à vue: «On a retenu tout le code pénal, sauf l'homicide». A la fin du mois de janvier, le dossier quitte le cabinet du juge Fontaine, pour rejoindre, à Lyon, le pôle interrégional spécialisé dans le grand banditisme, innovation de la loi Perben II. Là, un nouveau juge d'instruction commence par remettre en liberté plusieurs personnes, dont les épouses des frères Maldera. Puis le 2 mars, les avocats saisissent la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon. Sans entrer dans le détail des vices énumérés par les avocats, la cour tranche en amont, déclarant nulle toute la procédure dépassant l'extorsion de fonds initiale. Faute de supplétifs, le juge aurait dû s'en tenir là et des cinq ans de l'enquête, il ne reste que ce très modeste dossier. Onze personnes avaient déjà été libérées. Les quatre dernières sont sorties vendredi, après l'arrêt de la chambre de l'instruction. «Il faut se réjouir qu'il y ait une juridiction de contrôle et qu'elle ait le courage de jouer son rôle», estime maître Albert. Anticipant la polémique qui s'annonce, l'avocat estime que «cette affaire ne doit pas apporter de l'eau au moulin de Nicolas Sarkozy. Elle réaffirme la primauté de la sûreté, des libertés fondamentales, sur la sécurité». Selon lui, «c'est un rappel essentiel à la loi qui vient d'être rendu». Manifestement, le ministre de l'Intérieur n'en a eu cure (Lire l'article Nouvelle polémique après la libération de quinze caïds présumés

 

27 juin 2005Nouvelle passe d'armes entre le ministre de l'Intérieur et les juges PARIS - Une possible maladresse de la justice, qui a conduit à la libération de quinze "caïds" présumés du milieu grenoblois pour un vice de procédure, a amené une nouvelle passe d'armes entre le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy et la magistrature. Les quinze suspects, arrêtés en décembre dans une enquête sur une affaire de racket, ont été remis en liberté ces derniers jours après un arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon. Quatre ans d'enquête, vingt tomes du dossier comprenant 25.000 pages et 22 mises en examen ont été annulés pour l'instant, sous réserve d'un éventuel réexamen de l'affaire en cassation. La chambre de l'instruction a estimé que la commission rogatoire initiale du juge de Grenoble Luc Fontaine, délivrée le 5 juillet 2000 aux policiers, était trop large par rapport aux motifs "d'extorsion de fonds" visés par l'information judiciaire. A la suite d'articles sur cette affaire dans Le Figaro et Le Parisien, Nicolas Sarkozy a déclaré lundi à des journalistes qu'il sentait "monter la colère de beaucoup de gens". "Cela représente des années de travail pour les policiers et les magistrats et voir libérer quinze malfrats dans ces conditions-là, on s'étonne après que je demande qu'on agisse...", a-t-il dit. "C'était utile que je lance ce débat, que je pose ces questions et qu'enfin on agisse", a insisté Nicolas Sarkozy, qui a suscité une polémique la semaine dernière en s'en prenant à un magistrat à l'origine de la libération conditionnelle d'un récidiviste présumé. POSSIBLE POURVOI EN CASSATION Interrogé par Reuters, le cabinet du ministre de la Justice, Pascal Clément, a annoncé avoir demandé un rapport sur l'affaire au procureur général de Lyon, Jean-Olivier Viout. Un éventuel pourvoi en cassation contre l'arrêt de la cour d'appel sera décidé au vu de ce document. Pascal Clément ne souhaite pas commenter dans l'immédiat les propos de Nicolas Sarkozy, a-t-on ajouté. L'Union syndicale de la magistrature (USM, majoritaire) a exprimé son soutien au juge Fontaine et a qualifié de "folles" les déclarations du ministre de l'Intérieur. "M. Sarkozy cherche tout simplement à flinguer les institutions. M. Luc Fontaine est un excellent magistrat qui a fait son travail, il n'a commis aucune faute, pas plus que la cour d'appel de Lyon. Tout le monde est dans son rôle", a déclaré à Reuters Dominique Barella, président de l'USM. Selon lui, l'origine du problème est à rechercher dans la loi "Perben II" qui réserve depuis octobre 2004 les affaires de criminalité organisée à de nouveaux pôles régionaux. Cette disposition a amené le dessaisissement du juge Fontaine au profit de juges d'instruction lyonnais et la saisine de la cour d'appel de Lyon, qui appliquerait une jurisprudence plus restrictive qu'à Grenoble, souligne l'USM. Certaines juridictions jugent en effet régulier de saisir les enquêteurs d'investigations très générales sur des suspects, même si le cadre initial se limite à certains faits. Le parquet de Grenoble n'avait rien vu à redire à cette démarche, souligne l'USM. Au contraire, la cour d'appel de Lyon a estimé que le juge Fontaine - qui avait notamment sollicité des investigations sur les revenus et le patrimoine des suspects - a commis "un excès de pouvoir en se saisissant lui-même de faits dont l'instruction ne lui était pas confiée".

 

27/06/2005 - 20h15

Polémique Sarkozy-Clément sur une "bourde" judiciaire Le parquet général de Lyon va se pourvoir en cassation contre l'annulation d'une enquête visant 22 membres présumés du milieu grenoblois, sur fond de polémique entre le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, le garde des Sceaux Pascal Clément et la magistrature. C'est un arrêt rendu vendredi par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon, annulant intégralement une procédure d'enquête et 22 mises en examen prononcées en décembre, qui a mis le feu aux poudres. La décision a entraîné la remise en liberté des trois dernières personnes détenues. La chambre de l'instruction a fondé sa décision sur le fait que le premier juge d'instruction de l'affaire à Grenoble, Luc Fontaine, aurait instruit hors de sa saisine, qui ne portait au départ que sur une affaire de tentative de racket sur un bar. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a implicitement critiqué le juge Fontaine, expliquant qu'il sentait "monter la colère de beaucoup de gens". Il a par ailleurs évoqué de manière erronée 15 remises en liberté au lieu de trois. "Cela représente des années de travail pour les policiers et les magistrats et voir libérer quinze malfrats dans ces conditions-là, on s'étonne après que je demande qu'on agisse...", a-t-il dit. Dans la soirée, le ministre de la Justice Pascal Clément a réagi en annonçant le pourvoi en cassation du parquet général de Lyon. L'entourage du ministre a estimé qu'il ne s'agissait pas de la "faute" d'un magistrat mais d'un débat juridique commun à beaucoup d'affaires. Le procureur général de Lyon, Jean-Olivier Viout, conteste en effet l'analyse des juges d'appel. Il pense que les 22 mises en examen de décembre sont régulières, car elles sont selon lui "couvertes" par plusieurs réquisitoires supplétifs délivrés par le parquet depuis 2001. "Il s'agit d'un problème strictement juridique", a-t-on déclaré à Reuters au cabinet du ministre de la Justice Pascal Clément.DECISION DANS SIX MOIS A UN AN La Cour de cassation devra notamment réexaminer la régularité de la commission rogatoire initiale délivrée en 200O aux policiers par le juge Fontaine, où des indications différentes de celles du dossier judiciaire figureraient. Si la plus haute juridiction française suivait le parquet général, l'enquête pourrait redémarrer sur les mêmes bases. La procédure prendra cependant de six mois à un an. Le dossier a été transféré l'année dernière à des juges du pôle "grande criminalité" du tribunal de Lyon. L'affaire a suscité la colère de l'Union syndicale de la magistrature (USM, majoritaire), qui a exprimé son soutien au juge Fontaine et qualifié de "folles" les déclarations du ministre de l'Intérieur. "M. Sarkozy cherche tout simplement à flinguer les institutions. M. Luc Fontaine est un excellent magistrat qui a fait son travail, il n'a commis aucune faute, pas plus que la cour d'appel de Lyon. Tout le monde est dans son rôle", a déclaré à Reuters Dominique Barella, président de l'USM. Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) s'est montré plus prudent sur l'existence éventuelle d'une erreur de procédure mais a condamné les propos de Nicolas Sarkozy. "C'est irresponsable de la part d'un ministre de jeter de l'huile sur le feu et de chercher un bouc émissaire. Si erreur il y a, elle est collective et vient du juge, du parquet et des policiers", a déclaré Aïda Chouk, présidente du SM.

June 28, 2005 Pascal Clément prône l'apaisement dans l'affaire de Grenoble Pascal Clément se déclare prêt à réfléchir "sereinement" à la question de la responsabilité des juges tout en s'efforçant d'apaiser l'affaire de la remise en liberté de trois membres du milieu grenoblois. "Il ne serait pas effectivement de mauvaise politique de se mettre à réfléchir sereinement, avec les magistrats, avec le conseil supérieur de la magistrature, sur l'état actuel de la responsabilité des magistrats", a déclaré le garde des Sceaux lors des questions d'actualité à l'Assemblée nationale. Au lendemain d'une nouvelle polémique entre le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy et la magistrature sur une décision de justice, Pascal Clément a néanmoins souligné que les juges devaient déjà faire face à une triple responsabilité, "pénale, disciplinaire et professionnelle". Il a également rappelé que le parquet général de Lyon s'était pourvu en cassation contre l'annulation de l'enquête de Grenoble et qu'il était donc prématuré de parler de bourde judiciaire. "Vous ne pourrez dire qu'il y a faute que quand la cour de cassation se sera prononcée", a-t-il dit. Un arrêt rendu vendredi par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon a annulé intégralement une procédure d'enquête et 22 mises en examen prononcées en décembre. Le ministre de la Justice a souligné que cette décision n'avait entraîné que la remise en liberté des trois dernières personnes détenues. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy avait implicitement critiqué lundi le juge qui avait instruit hors de sa saisine, expliquant qu'il sentait "monter la colère de beaucoup de gens". Dans la soirée, Pascal Clément avait réagi en annonçant le pourvoi en cassation du parquet général de Lyon. L'entourage du ministre estimait qu'il ne s'agissait pas de la "faute" d'un magistrat mais d'un débat juridique commun à beaucoup d'affaires.

 

Pascal Clément relance le débat sur la responsabilité des juges  June 29, 2005 PARIS (Reuters) - Le ministre de la Justice Pascal Clément a confirmé sa volonté de rouvrir le débat sur la responsabilité des magistrats, suscitant une vive réaction des syndicats qui ont appelé à manifester vendredi et ont lancé une pétition.  "Le Premier ministre le souhaite et, effectivement, nous allons faire en sorte de conduire cette réflexion, bien évidemment avec les magistrats et aussi le Conseil supérieur de la magistrature", a dit le ministre en marge d'une conférence de presse sur la réforme des successions. Pour le garde des Sceaux, "la réforme est souhaitée par l'opinion". Le débat à été rouvert par l'arrestation d'un homme déjà condamné pour homicide dans l'enquête sur le meurtre d'une mère de famille, Nelly Crémel, début juin, et par l'annulation pour vice de forme, vendredi dernier à Lyon, d'une enquête visant 22 membres présumés du milieu grenoblois. L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a fait savoir qu'elle n'accepterait pas de réforme "sous la pression" de l'actualité, d'autant qu'elle conteste que des erreurs aient été commises dans les deux cas. Patrick Gateau, le récidiviste présumé de l'affaire Crémel, avait été libéré en 2003 par une juridiction collégiale après l'avis favorable du procureur, des psychiatres et des agents de probation. Le problème de procédure de l'affaire de Grenoble est purement juridique et a été porté en cassation par le parquet, souligne le syndicat. "La responsabilité, oui, la chasse aux magistrats et les règlements des comptes d'hommes politiques contre les magistrats, non", a déclaré le président de l'USM, Dominique Barella. "OBSERVATOIRES REGIONAUX DE LA POLICE" Il a mis au défi le ministre de "conduire un audit de tous les tribunaux français". "Que le garde des Sceaux prenne ses responsabilités et engage des poursuites en cas de problème, il a le pouvoir disciplinaire", a déclaré Dominique Barella. L'USM a aussi annoncé la création d'"observatoires régionaux des erreurs de procédure de la police", qui sont selon lui de plus en plus nombreuses et affectent les procédures judiciaires. Le syndicat annonce une manifestation avec plusieurs organisations d'avocats vendredi au palais de justice de Paris pour demander le "respect de la séparation des pouvoirs". Il entend répondre au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy qui a critiqué publiquement les magistrats en cause dans l'affaire Crémel et dans le dossier de Grenoble. Enfin, l'USM, le Syndicat de la magistrature (gauche), l'Association nationale des juges de l'application des peines (Anjpa) et deux syndicats de juges administratifs ont lancé dans la magistrature une pétition sur ce sujet. Un premier projet de réforme instaurant un nouveau régime de responsabilité des magistrats, préparé par Elisabeth Guigou, avait été retiré en 2000. Ce texte prévoyait notamment la création d'une commission de recours des justiciables contre les juges. Les syndicats de magistrats soulignent que les juges peuvent déjà voir leur responsabilité mise en cause dans un cadre professionnel, disciplinaire ou pénal. Une mauvaise gestion d'un dossier ou une erreur manifeste entraîne des sanctions dans la poursuite de leur carrière, ils sont susceptibles d'être révoqués en cas de manquement à leurs obligations déontologiques et peuvent être visés par des plaintes s'ils commettent des infractions pénales. Des avocats et des parlementaires de droite et de gauche jugent pourtant le système trop limité en pratique. Ils citent souvent l'exemple du juge Fabrice Burgaud, qui a conduit une instruction très critiquée dans l'affaire de pédophilie d'Outreau et n'a pu être sanctionné, même s'il a été muté a la suite de cette polémique


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Mercredi 29 septembre 2004
Il prépare un jeu de chaises musicales très politique au sommet de la justice.
Par Jacqueline COIGNARD et Dominique SIMONNOT
mercredi 22 septembre 2004 (Liberation - 06 :00)
Chez les hauts magistrats, le grand bal est pour bientôt. Il ne sera pas joli à voir. Ce ne sont, dans le mouvement d'échiquier qui se prépare, que petits calculs stratégico-politiques. Où l'intérêt de l'institution elle-même paraît un critère bien secondaire. Un seul homme s'en va pourtant : le procureur général près la Cour de cassation, Jean-François Burgelin, prend sa retraite le 18 octobre. Mais d'après les rumeurs de palais, le retraité ne serait pas remplacé par l'un des plus éminents juristes de la Cour de cassation, comme Bruno Cotte ou Régis de Gouttes (respectivement président de la chambre criminelle et premier avocat général).
Selon les pronostics, plusieurs têtes devraient changer. « On en profite pour resserrer encore un peu plus les boulons. On est déjà en 2007 », commente un connaisseur. Ainsi, Jean-François Burgelin céderait son fauteuil (honorifique et prestigieux) à l'actuel procureur général de la cour d'appel de Paris, Jean-Louis Nadal. Qui lui même serait remplacé par Yves Bot, le procureur de la République de Paris, arrivé en novembre 2002. Une promotion fulgurante, peu usuelle. Elle a cependant l'avantage de dégager ce lieu névralgique de pouvoir pour Jean-Claude Marin, l'actuel directeur des affaires criminelles et des grâces (DACG). Pour la DACG, poste ultrasensible du ministère par lequel transitent tous les dossiers délicats ? Le nom de Michel Dobkine, actuel procureur général de Nîmes, circule.
Chiraquien pur sucre. Le tandem procureur général-procureur de la république qui se profile dans la juridiction parisienne, suscite (c'est peu dire) des commentaires réservés. Entre Jean-Claude Marin et Yves Bot, c'est le choc d'une profonde inimitié. Et tout le palais de justice de Paris bruisse déjà des futures algarades entre ces deux fortes personnalités passant une bonne part de leur énergie à guetter les faux pas du voisin, à tenter de le neutraliser. D'aucuns parient qu'ils feront taire « leurs dissensions narcissiques » parce que sur le fonds des dossiers, « ils sont en phase ». Et aussi par intérêt personnel. « Ils seront obligés de s'entendre et ils auront l'intelligence de le faire. » D'autres ironisent : « On part du principe que tous ces gens-là sont excellents, et donc que tout ça va très bien marcher. » Circule aussi l'hypothèse d'un affreux calcul. Promouvoir Yves Bot, c'est aussi se débarrasser d'une sorte d'électron libre, réputé proche de Sarkozy et aujourd'hui au poste clé de procureur de la République de Paris. Là où défilent la plupart des affaires sensibles. Et, ce au profit d'un homme plus rassurant, chiraquien pur sucre. Et surtout, à la faveur de cette valse, l'un des hommes qui s'est illustré de la pire des manières comme directeur de la DACG sous l'ère Toubon, Marc Moinard, reviendrait à la chancellerie comme secrétaire général, fonction qui n'existe pas encore.
« Supercopter. » Marc Moinard, baptisé « Supercopter » pour son intervention la plus calamiteuse : l'envoi d'un hélicoptère dans l'Himalaya pour récupérer le procureur d'Evry dans une ultime tentative d'enterrer l'affaire Xavière Tiberi. Mais plus chanceux, dans ses multiples interventions pour étouffer d'autres dossiers RPR, dont ceux de Jean-François Mancel dans l'Oise. « Jamais le mot de morale n'a été plus mal accolé à celui de justice », commente un haut magistrat.
L'idée de créer un secrétariat général ? « C'est bien. Si cela marche, c'est la première fois qu'on arriverait à décloisonner la chancellerie », explique un ancien de la maison. « Actuellement, chaque directeur défend son autonomie. Il n'y a que le directeur de cabinet, un politique à 100 %, qui peut arbitrer. Or sur les dossiers comme ceux de la politique de la ville, tout le monde est concerné ; les réunions sont interminables et c'est le directeur le mieux en cours qui finit par l'emporter », décrit-il. Sur le papier, secrétaire général est une fonction administrative et son titulaire est censé présenter un profil de technicien-technocrate. Personne n'imagine Moinard en administratif pur. « Son influence dépendra des directeurs qu'il aura en face de lui, surtout à la DACG », analyse un autre connaisseur. Même ceux qui apprécient son imagination créatrice de gestionnaire (initiateur des maisons de justice et du droit, d'un bureau d'exécution des peines en temps réel à Bordeaux), ont du mal à oublier son activisme débordant sur les dossiers politiques. « On récompense, pour services rendus, Marc Moinard qui piaffe d'impatience dans son bureau de procureur général à Bordeaux et comme on ne peut pas lui offrir un poste trop voyant... Mais c'est un retour en force, il sera un ministre bis ! », prédit un haut magistrat.
Rage. Tous se souviennent, entre ironie et rage, qu'en décembre 1996, Chirac avait entrepris une grande réforme pour que plus jamais ne pèsent de soupçons d'intervention du pouvoir sur la justice. Il parlait même de « l'indépendance du parquet » et avait confié une grande mission au premier président de la cour de Cassation Pierre Truche. Une grande réforme aujourd'hui totalement enterrée.
Avec sa loi Perben 2, l'actuel ministre de la Justice consacre une reprise en main des parquets, totalement assumée.
Le ministre de la Justice fait même son entrée dans le code pénal, en tant que patron des parquetiers. Une première. Un magistrat s'en étouffe : « Et là, c'est ahurissant ! On a reculé de 25 ans, avec des nominations du fait du prince ! »
© libération
Publié avec l'aimable autorisation du journal Libération.

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Samedi 6 avril 2002
 
 
 
 
Au tribunal, face à un prévenu, le juge pénal décide d’abord de la culpabilité de la personne, en fonction des indices dont il dispose et de son intime conviction. Si cette culpabilité n’est pas établie le prévenu est acquitté. Par contre, lorsque le juge conclut à la culpabilité du délinquant, il doit encore prononcer une sanction, qui sera infligée en fonction de certains critères juridiques, tels que la peine prévue par la loi pour l’acte commis, la personnalité du délinquant, ses antécédents judiciaires, son mobile, etc.
S’il s’agit-là d’évidences aux yeux des juristes, quelques recherches récentes montrent que des critères non juridiques s’immiscent dans cette logique si limpide. C’est ainsi qu’une recherche en cours à la Faculté de psychologie de l’Université de Lausanne montre que l’ordre dans lequel les moyens de preuve sont présentés à la Cour influence fortement la décision quant à la culpabilité.
Pour ce qui est du prononcé de la sanction, le juge dispose d’un large pouvoir d’appréciation. En effet, on admet généralement que le juge individualise les peines et maîtrise ainsi les sanctions qu’il prononce. Il maîtriserait donc le nombre, qu’il s’agisse du nombre de francs ou d’euros d’amende ou du nombre de jours, de semaines, de mois ou d’années de détention qu’il inflige.
Mais est-ce véritablement le cas ? Le juge maîtrise-t-il le nombre ou le nombre influence-t-il le juge ? Voilà la question qui sera traitée ci-après. Pour ce faire, je vous présenterai les résultats de deux recherches effectuées en Suisse.
 
Les juges préfèrent les (peines) rondes
La première recherche consiste à étudier les statistiques nationales des condamnations à des peines privatives de liberté, en les regroupant par intervalles d’un mois, soit d’un jour à un mois, d’un mois et un jour à deux mois, de deux mois et un jour à trois mois, et ainsi de suite. Le graphique 1 représente un extrait de ce que l’on obtient en agissant de la sorte.
On y observe que les peines se répartissent bien moins uniformément que ce que l’on aurait pu penser. En effet, les juges, privilégiant très nettement certaines peines par rapport à d’autres, semblent particulièrement apprécier les peines " rondes " (8,10, 12, 18, 24, 30, 36, 42 mois) et ne prononcent presque jamais de peines de 11, 13, 17, 19, 23, 29 mois. Si le pic observé à 18 mois peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit, en Suisse, de la limite supérieure du prononcé possible du sursis, il est juridiquement beaucoup moins compréhensible que les nombres pairs soient largement préférés aux nombres premiers !
L’explication à caractère psychologique qui veut que chacun s’accroche à ce qu’il connaît et qui fait partie de son quotidien (soit à un an plutôt qu’à 11 ou 13 mois, ou à deux ans plutôt qu’à 23 ou 25 mois) n’ayant évidemment aucun fondement juridique, elle tend à nous faire penser que le nombre semble influencer le juge dans son processus de décision. Il y a les nombres que l’on aime (de par le fait qu’ils appartiennent à notre système de pensée, à nos échelles habituelles) et ceux que l’on n’aime pas. Et les juges ne sont pas différents de nous tous…
Il semble donc bien que, contrairement à l’idée que s’en font en général le public et les juges eux-mêmes, ces derniers ne maîtrisent pas forcément le nombre, mais que le nombre pourrait, par contre, les influencer lors du prononcé de leurs sanctions.
 
 
Les mois plus longs que les jours, les années plus courtes que les mois…
La seconde recherche (1) consistait à présenter quatre affaires criminelles fictives relativement graves à un échantillon de 290 juges pénaux et à demander à ces derniers de se déterminer sur la peine à prononcer, en partant de l’idée que la culpabilité était acquise. Un quart de l’échantillon devait se prononcer en jours, un quart en semaines, un quart en mois et le dernier quart en années, l’hypothèse étant que l’unité de sanction influence la durée de la peine prononcée.
 
 
Le graphique 2 et les analyses complémentaires effectuées à ce propos nous permettent de constater que, dans les quatre cas, les peines exprimées en jours ne sont pas significativement différentes des peines exprimées en semaines. Par contre, dans tous les cas, les peines prononcées en années sont significativement plus longues que celles prononcées dans les trois autres unités de sanction.
Si l’on traite de manière plus détaillée les quatre cas, on observe que dans les cas A et B (excès de vitesse et petit brigandage, soit des infractions de gravité restreinte), les peines prononcées en jours ou en semaines sont significativement plus courtes que les peines prononcées en mois, ces dernières étant significativement plus courtes que les sanctions infligées en années.
Par contre, dans les cas C et D (viol et détournement de plusieurs centaines de milliers d’euros, soit des infractions relativement graves), les peines prononcées en jours, en semaines et en mois ne sont pas significativement différentes quant à leur durée. Néanmoins, les peines prononcées en années restent toujours les plus longues et la différence de durée entre ces dernières et les peines prononcées dans les trois autres unités est statistiquement significative.
En conclusion, il semble donc bien que l’unité de sanction influence le quantum de la peine prononcée, laissant penser que les juges n’aiment pas prononcer des " grands " nombres de jours ou de semaines, alors qu’ils ne rechignent pas à prononcer des peines équivalentes en " petits " nombres d’années.
Ici encore, on pourrait arguer que la " logique " veut que les longues peines soient prononcées en années et les peines plus courtes en jours, semaines ou mois, puisque chacun se réfère à l’unité la plus courante et donc la plus simple à maîtriser dans chaque cas de figure. Mais, une fois de plus, cette logique n’a rien de juridique et implique dès lors que des considérations qui n’ont absolument rien à voir avec le droit pénal influencent la justice criminelle.
Les conclusions de cette seconde recherche nous permettent d’ailleurs de penser que, tout étant égal par ailleurs, les peines pécuniaires prononcées en euros seront probablement plus lourdes que celles prononcées par le passé en francs français… En effet, il semble possible de moduler les peines prononcées par les juges en leur imposant simplement un changement d’unité de sanction.
Sans vouloir affirmer que les magistrats sont à la merci du nombre, ce dernier semble véritablement influencer le juge dans sa décision lors du prononcé d’une sanction. Les juges seraient-ils donc sous l’influence d’un critère bien peu juridique lorsqu’ils prononcent leurs peines : le nombre ? Ou en d’autres termes : est-ce que le nombre influencerait la peine ? Est-ce que – nombre – peine ? Peine – nombre – est-ce que ? Pénombresque !
 
André Kuhn, criminologue
Université de Lausanne

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Mercredi 19 décembre 1990

Une journée d’arrêt de travail jeudi, a décidé la direction du Syndicat de la Magistrature aiguillonnée par sa base L’ampleur du premier mouvement collectif de l’histoire des juges conditionnera leur émancipation du pouvoir politique

Des juges en grève : denrée rare. Ce devrait être jeudi 21 juin prochain à l’appel du Syndicat de la Magistrature (SM) « compte tenu du malaise de la Justice et de l’absence de réforme de fond de l’institution ». Il s’agira d’une grève totale de 24 heures, la première dans l’histoire de la magistrature si l’on excepte le mouvement engagé il y a dix ans par le SM contre la révocation de Jacques Bidalou, juge d’instance sanctionné par Peyreffitte. Une grève qui est interdite aux magistrats par leur statut, mais que « l’exaspération de la profession » légitime amplement.

Singulière décision en vérité si l’on songe qu’elle a été prise contre l’avis du nouveau président du SM, Jean Claude Nicod substitut général à Pau et son secrétaire général, Maurice Zavaro, maître de conférences à l’Ecole Nationale de la Magistrature de Bordeaux. Adoptée samedi par 16 voix contre 9, au cours d’un conseil syndical (1) élargi aux délégués régionaux du syndicat, cet appel à la grève représente en fait une victoire politique pour la tendance radicale du syndicat après sa nette défaite électorale subie lors du congrès du SM. Ce congrès, convoquée après l’éclatement d’une crise (voir l’Huma du 28 mai) avait en effet vue la victoire de la tendance modérée favorable à une « critique constructive » de la politique du gouvernement contre la tendance partisane de la rupture. Ces derniers regroupés autour du bureau sortant avaient cependant réussi à faire adopter une plate-forme engageant le syndicat vers une ligne syndicale offensive prévoyant notamment la grève.

Il est vrai que les motifs de mécontentement ne manquent pas : juridictions paralysées par le manque de moyens humains et matériels, statut archaïque, budget de la Justice ridicule et obéré par la construction des nouvelles prisons, loi d’amnistie. Plusieurs fois déjà, le « ras-le-bol » des juges s’est exprimé : à Bobigny, à la Roche sur Yon par exemple, ou des procès ont été renvoyés faute de temps ou de magistrats... Et chacun sait que ce qu’on a l’habitude de nommer le « malaise de la Justice » concerne bien plus que les 36% de magistrats qui ont accordé leurs suffrages au SM lors des dernières élections professionnelles. Enfin les juges administratifs viennent de montrer la voie en observant les deux premiers jours de grève de leur histoire la semaine dernière.

De sorte que la nouvelle direction du SM pourtant l’expression de syndiqués membres de nombreux cabinets ministériels mais aiguillonnée par la minorité radicale du syndicat, se voit contrainte de donner des perspectives d’action à des magistrats dont les états d’âme pèsent de moins en moins lourds face à la volonté d’en découdre avec un pouvoir qui leur avait tout promis mais qui n’a rien donné ou si peu.

Il s’agit « d’un signal fort » le premier d’une action de protestation qui doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année a déclaré hier J.C. Nicod, le président du SM qui a invité l’Union Syndicale des Magistrats (USM) à se joindre au mouvement de jeudi et a demandé le soutien du Syndicat des Avocats de France (SAF). « La justice française est dans un état avancé de délabrement » a-t-il souligné. Il y a un « embouteillage » des dossiers dans les tribunaux, des lois ne sont pas appliquées, « nous ne pouvons continuer à cautionner ce type de fonctionnement. Nous sommes poussés à cette extrémité » a-t-il expliqué en ajoutant qu’il ne s’agissait pas d’un mouvement « corporatiste » mais « d’une grève pour la Justice et les justiciables » dont la décision aurait été prise à « l’unanimité » ( !) du conseil syndical.

Bien sûr la Chancellerie peut choisir, en s’appuyant sur le statut des magistrat, de « saquer » les grévistes. Mais ce serait souligner l’archaïsme de ce statut. « Il faut savoir que les magistrats français sont les seuls en Europe à être notés comme des potaches » a indiqué Jean-Claude Nicod en précisant que « leur qualité » était prise en compte mais aussi le fait ou non de porter « cravate » pour les hommes, « jupe ou pantalon » pour les femmes.

« Jamais dans ce pays la Justice n’a eu la place que normalement, la constitution lui donne. Il faut que le gouvernement dise qu’elle place il veut pour la justice dans les institutions démocratiques » a-t-il encore lancé avant de s’étonner des récentes déclarations du ministre des Finances à propos du budget 1991 de la Justice qui serait « un budget privilégié avec quelques autres ». On se souvient en effet que Michel Rocard avait promis une « priorité » budgétaire pour la Justice en février dernier lors de sa venue à la Chancellerie.

En outre les magistrats avaient de longue date fait de la réforme du statut de la magistrature leur priorité à la suite des promesses en ce sens du candidat François Mitterrand. Mais cette réforme n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour du garde des Sceaux qui envisage seulement une dissociation du grade et de la fonction de manière à ce qu’un juge puisse continuer à exercer sur le même poste sans que son avancement hiérarchique n’en souffre.

De sorte que l’ampleur de la grève de jeudi s’annonce comme un test tant pour le gouvernement que pour les juges : après la fronde due à l’amnistie et à la révolte de « ses » juges le pouvoir aura-t-il le courage d’ouvrir le vaste chantier de rénovation de notre système judiciaire obsolète ? En s’engageant dans une grève, les magistrats ont-ils conscience qu’ils s’émancipent de la tutelle du politique dans un mouvement qui a toutes les chances de s’avérer irréversible ? Qui s’en plaindra ? Certainement pas les justiciables : c’est à dire vous, lui, moi, tout le monde quoi.

1.Outre Jean-Claude Nicod et Maurice Zavaro, le conseil syndical a élu Béatrice Patrie, juge d’instance de Paris XIIème, secrétaire général adjoint, Alain Vogelveigth, juge d’instruction à Boulogne-sur-Mer, trésorier et Jean-Christian Vaulot-Pfister, juge des enfants à Besançon, Anne-Marie Vigneau, juge des enfants à Bordeaux et Christine Peyrache, auditeur de justice au Havre comme vice-présidents.

Christian Ferrand avec AFP

Article paru dans l'édition du 11 juin 1990.


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    NOUVELOBS.COM | 06.01.2009 | 12:14 5 réactions Le chef de l'Etat devrait indiquer mercredi que l'ensemble des enquêtes judiciaires sera désormais confié au parquet sous le contrôle d'un magistrat du siège, appelé "juge de l'instruction". ...
  • Des caméras dans les prétoires ?
    Ceci est un sondage. Vous êtes convoqué au Palais de justice comme témoin ou parent d'un(e) ado passagèrement casse-tout. Etes-vous prêt(e) à être filmé(e) par une caméra de télévision ? Et si la hiérarchie judiciaire a donné son accord pour que soit capté un procès où...
  • 3 hommes jugés pour l'attentat de Djerba
    UN EX-émailleur allemand d'origine polonaise ainsi qu'un Koweïtien, qui passe pour l'un des "cerveaux" d'Al-Qaida et l'un des organisateurs du 11 septembre 2001 : Christian Ganczarski, 42 ans, et Khaled Cheikh Mohammed, alias "Al Mokh", 44 ans, sont jugés à partir de lundi...
  • Procès Ferrara
    Antonio Ferrara Le "baveux" Comment "le Petit" est devenu caïd Ferrara, roi de la belle et du braquage Le roi de la belle Ouverture du procès Ferrara décontracté ...
  • 4 policiers condamnés pour violences
    Créteil - Quatre policiers condamnés pour violences Crédit Photo : TF1/LCI Des policiers ...
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