Samedi 12 janvier 2008



LE 13 janvier 1898, Émile Zola publie une lettre ouverte au Président de la République dans “L’Aurore” sous le titre “J’accuse”.

Dans ce texte virulent qui occupe la première page du quotidien, le célèbre écrivain dénonce les manigances qui entourent le procès du capitaine Alfred Dreyfus accusé à tort d’espionnage, et l’acquittement par le conseil de guerre, trois jours plus tôt, du capitaine Esterhazy, le vrai coupable.

Ce faisant, Émile Zola, riche et comblé d’honneurs, prend sciemment à 48 ans le risque de se faire arrêter et condamner pour diffamation publique.
Son article fait d’emblée l’effet d’une bombe. Dès le lendemain a lieu une « pétition des intellectuels » en soutien de l’écrivain. Cette pétition est une première dans l’Histoire de France.
Zola reçoit par ailleurs le soutien empressé de Georges Clemenceau qui tient une chronique dans L’Aurore” depuis que le scandale de Panama l’a exclu de la vie parlementaire.

Sincèrement indigné, le « tombeur de ministères » saisit l’occasion de faire sa rentrée politique en s’en prenant selon son habitude au gouvernement en place.
Le 23 février 1898, Émile Zola est traduit en cour d’assises et condamné à un an de prison. Mais l’affaire prend de l’ampleur et met l’opinion publique en ébullition.

La vérité éclate au grand jour

En août, coup de théâtre ! Le colonel Henry, qui a décrypté le bordereau à l’origine de l’Affaire, met au jour un nouveau document. Mais un examen minutieux révèle des anomalies...
Le 30 août, le colonel est convoqué par le ministre de la guerre auquel il avoue avoir « arrangé les choses ». Emprisonné, il se suicide le lendemain dans sa cellule... grâce à la bienveillance de ses gardiens qui, contrairement aux usages, lui ont laissé de quoi se tuer (un rasoir).
Devant le scandale, le ministre est contraint à la démission et son remplaçant consent à la révision du procès de Dreyfus qui rentre enfin du bagne.

Un procès se tient à Rennes dans une atmosphère houleuse.
Le 9 septembre 1899, la cour militaire reconnaît à nouveau Dreyfus coupable de haute trahison, mais le condamne seulement à dix ans de réclusion en raison de « circonstances atténuantes » ( !).
Le Président de la République Émile Loubet gracie Dreyfus dès le 19 septembre, mais l’ancien capitaine exige un acquittement complet.
L’émotion provoquée par l’Affaire concourt à la formation d’un bloc républicain et relance le principe d’une laïcisation complète de l’État, en latence depuis l’époque de Jules Ferry vingt ans plus tôt. C’est ainsi que la loi de séparation des Églises et de l’État est enfin votée après d’ardents débats le 5 décembre 1905.
Enfin, le 12 juillet 1906, l’Affaire trouve son épilogue avec un arrêt de la Cour de Cassation qui casse le jugement du 9 septembre 1899. Dreyfus est définitivement innocenté. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur dans la cour de l’École militaire le 21 juillet 1906.
Picquart, que Clemenceau considère comme le véritable héros de l’Affaire car il a risqué sa carrière au nom de la justice et de l’honneur, est promu au grade de général et devient tout bonnement ministre de la Guerre dans le gouvernement du « Tigre » (surnom de Clemenceau).
L’Affaire sera close avec le transfert des cendres de Zola au Panthéon le 4 juin 1908.

Dreyfus, les intellectuels et l’antisémitisme

Dès la parution de J’accuse (1898), la bourgeoisie parisienne se divise très violemment en deux camps.

- Les dreyfusards dénoncent l’injustice faite à Dreyfus et l’acquittement inique d’Esterhazy. Ils placent la justice et les droits de l’homme au-dessus de l’honneur militaire et de la raison d’État.
Parmi les dreyfusards, on trouve non seulement des hommes politiques mais aussi des écrivains de renom. C’est le moment où l’on commence de parler des « intellectuels », non sans une nuance de mépris.

- Les antidreyfusards considèrent qu’il vaut mieux condamner un innocent plutôt que d’admettre que la justice militaire ait pu se tromper.
À une époque où chacun, à droite comme à gauche, ne rêve que de revanche sur l’Allemagne et de« guerre régénératrice », tout affaiblissement de l’Armée fait figure à leurs yeux de haute trahison.
Par le fait que Dreyfus est issu d’une riche famille israélite, le camp antidreyfusard ne tarde pas aussi à attiser un antisémitisme d’un genre nouveau, à la fois national et laïc.



“J’accuse”
Article paru dans Témoignages le samedi 12 janvier 2008 (page 9)
URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=27146

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Jeudi 10 janvier 2008


Grynszpan

 
Robert Badinter, avocat et fils de déporté, revient sur l'événement qui a servi de prétexte à Hitler pour amorcer la déportation...

Le docu-fiction de Joël Calmettes, que vous avez conseillé, dévoile ce soir un pan d'histoire méconnu...

Tout le monde connaît la Nuit de Cristal en 1938 [pogrom perpétré dans la nuit du 9 au 10 novembre], mais personne ne se souvient que le prétexte saisi par Hitler a été l'assassinat à Paris de l'attaché d'ambassade Ernst Vom Rath par Herschel Grynszpan, qui voulait alerter sur les persécutions des Juifs en Allemagne. Cette affaire a mobilisé de manière incroyable les gouvernements dans les années 1938 à 1942. Hitler voulait en faire le procès du « complot juif mondial »...

De quand date votre rencontre avec cette affaire ?

Jeune, j'ai travaillé avec Henri Torrès, un des avocats de Grynszpan. Ce procès - qui n'a jamais eu lieu -, j'aurais rêvé de le plaider, en le transcendant pour en faire le procès de l'antisémitisme nazi... Autant vous dire que j'ai trouvé passionnant, pour les besoins du docu-fiction, de reconstituer la plaidoirie de Me Moro Giafferi, avocat de l'oncle et de la tante de Grynszpan... accusés d'avoir hébergé leur neveu, un sans-papiers !

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans le film ?

Les archives allemandes retrouvées par Joël Calmettes ont permis de reconstituer les réunions entre les dirigeants nazis sur la Nuit de Cristal. Des conférences si délirantes qu'on les croirait inventées par un scénariste. Mais non ! Cette vulgarité, cette bassesse, cette folie étaient réelles et consignées par écrit. Et le film montre bien à quel point Grynszpan est dépassé par un acte dont il attend tout et qui se retourne contre ceux qu'il veut défendre. Imaginez cet adolescent de 17 ans, petit sans-papiers perdu dans une France xénophobe, qui tue pour une cause. Et qui fournit aux bourreaux l'occasion de mettre en oeuvre leur projet sinistre. Il est l'instrument du destin. L'affaire Grynszpan, c'est une tragédie, au sens premier du terme.


Recueilli par A. Kerloc'h


20 Minutes, éditions du 10/01/2008 - 07h06

dernière mise à jour : 10/01/2008 - 07h55


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Mercredi 9 janvier 2008

 

NOUVELOBS.COM | 08.01.2008 | 18:50

Isabelle Coutant-Peyre a demandé au tribunal administratif d'ordonner à Rachida Dati le transfert du terroriste et de faire remettre à ses avocats copie des pièces manquantes du dossier.

Carlos (Sipa)

Carlos (Sipa)

Isabelle Coutant-Peyre, l'un des avocats du terroriste Carlos, a saisi, mardi 8 janvier, le tribunal administratif de Paris d'une requête en référé contre la garde des Sceaux, Rachida Dati, pour violation des droits de la défense.
Elle a indiqué dans un communiqué avoir demandé au tribunal administratif "d'ordonner à Rachida Dati, sous astreinte, de faire transférer Ilich Ramirez Sanchez (dit Carlos) à la maison d'arrêt de la Santé et de faire remettre à ses avocats copie des pièces manquantes du dossier".
"Ilich Ramirez Sanchez se trouve à la prison de Clairvaux (Aube) depuis deux ans, de sorte que ses principaux avocats qui se trouvent à Paris n'ont aucune possibilité de s'entretenir avec lui", plaide-t-elle.

Série d'attentats en France


L'avocate s'insurge également contre le refus du juge anti-terroriste, Jean-Louis Bruguière, qui a instruit le dossier, de communiquer à Carlos certaines "pièces manquantes demandées depuis le mois de mars 2007".
Elle précise avoir saisi en urgence le juge des référés administratifs avant que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris n'examine le 17 janvier l'appel de l'ordonnance de renvoi de Carlos devant la cour d'assises pour une série d'attentats commis en France en 1982 et 1983.
Le tribunal administratif de Paris a de son côté indiqué avoir enregistré une requête en référé-liberté mais n'était en mesure de préciser la date d'audiencement dans l'immédiat.
Si cette requête est déclarée recevable, le juge des référés doit se prononcer dans un délai de 48 heures.

Condamné à la perpétuité

En mai 2007, le juge Bruguière a renvoyé Carlos, né en 1949 au Venezuela, devant la cour d'assises spéciale de Paris pour des attentats contre le train Toulouse-Paris "Le Capitole" le 29 mars 1982 (5 morts), le siège du magazine Al Watan Al Arabi, rue Marbeuf à Paris le 22 avril 1982 (1 mort), la gare Saint-Charles de Marseille (2 morts) et un TGV à Tain-L'Hermitage (3 morts) le 31 décembre 1983.
Il a été condamné en 1997 à la perpétuité pour le meurtre en 1975 de deux policiers de la DST et d'un indicateur à Paris.

Sur Internet

La demande de transfert de Carlos a été refusée

NOUVELOBS.COM | 09.01.2008 | 12:59

Le tribunal administratif a estimé que la requête ne présentait pas de caractère d'urgence puisque Carlos est détenu depuis plus de deux ans à Clairvaux.

Carlos (Sipa)

Carlos (Sipa)

Le tribunal administratif n'a pas jugé recevable la requête "en urgence" du terroriste Carlos d'être transféré à la maison d'arrêt parisienne de la Santé afin de mieux préparer sa défense avant une audience de la chambre de l'instruction le 17 janvier, a-t-on appris, mardi 9 janvier, auprès de cette instance.
La requête ne présente pas de caractère d'urgence puisqu'Ilich Ramirez Sanchez (dit Carlos) est détenu depuis plus de deux ans à la centrale de Clairvaux (Aube) et avait donc la possibilité de présenter sa demande plus tôt, a-t-il été expliqué.
Isabelle Coutant-Peyre, avocate de Carlos, avait saisi lundi le tribunal administratif, lui demandant "d'ordonner à Rachida Dati, sous astreinte, de faire transférer Ilich Ramirez Sanchez à Paris et de faire remettre à ses avocats copie des pièces manquantes du dossier".
"Ilich Ramirez Sanchez se trouve à la prison de Clairvaux (Aube) depuis deux ans, de sorte que ses principaux avocats qui se trouvent à Paris n'ont aucune possibilité de s'entretenir avec lui", avait-elle plaidé.

Appel de l'ordonnance de renvoi examiné le 17 janvier


Quant à sa demande de voir le juge Jean-Louis Bruguière, magistrat qui a instruit le dossier, communiquer à Carlos certaines "pièces manquantes demandées depuis le mois de mars 2007", le tribunal administratif a estimé qu'il n'avait pas compétence pour y répondre.
L'avocate avait saisi en urgence le juge des référés administratifs avant que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris n'examine le 17 janvier l'appel de l'ordonnance de renvoi de Carlos devant la cour d'assises pour une série d'attentats commis en France en 1982 et 1983.
En mai 2007, le juge Bruguière a renvoyé Carlos, né en 1949 au Venezuela, devant la cour d'assises spéciale de Paris pour des attentats contre le train Toulouse-Paris "Le Capitole" le 29 mars 1982 (5 morts), le siège du magazine Al Watan Al Arabi, rue Marbeuf à Paris le 22 avril 1982 (1 mort), la gare Saint-Charles de Marseille (2 morts) et un TGV à Tain-L'Hermitage (3 morts) le 31 décembre 1983.
Il a été condamné en 1997 à la perpétuité pour le meurtre en 1975 de deux policiers de la DST (contre espionnage) et d'un indicateur à Paris.

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Lundi 7 janvier 2008

RTBF
Justice - Le dossier Dutroux bis n'est pas refermé

La chambre des mises en accusation de Liège a ordonné ce lundi au juge d'instruction Jacques Langlois d'effectuer des nouveaux devoirs dans le dossier Dutroux "bis". Elle n'a cependant pas ordonné formellement de nouvelles analyses mais bien des devoirs plus techniques.
Le juge va devoir interroger les experts sur l'utilité de poursuivre les analyses. De leur avis dépendra la suite à donner au dossier. La chambre des mises en accusation a également ordonné au juge de vérifier si les profils génétiques extraits figurent bien dans la banque de données ADN instituée par une loi entrée en vigueur le 30 mars 2002. Le juge Langlois a l'obligation d'effectuer ces devoirs.
Le dossier Dutroux "bis", qui ne comporte que quelques dizaines de feuilles, a été ouvert dans la foulée de la clôture de l'instruction du dossier Dutroux pour permettre l'examen d'éventuels faits ou de dossiers inconnus qui n'auraient pas été jugés par la cour d'assises d'Arlon.
Ce dossier a cependant divisé les autorités judiciaires. Le procureur du Roi de Neufchateau, maintenant devenu substitut, Michel Bourlet, souhaitait notamment que soit versées à ce dossier 86bis les analyses des quelques 6.000 cheveux retrouvées dans les habitations de Dutroux, ainsi que des microtraces. Ces analyses n'ont jamais été effectuées complètement.
Le juge d'instruction chestrolais, Jacques Langlois, estimait pour sa part que ce devoir d'enquête ne devait pas être réalisé car il n'apporterait pas d'élément neuf et était trop coûteux.
Le 23 novembre 2004, après avoir entendu le juge, la chambre des mises en accusation de Liège avait suivi le juge Langlois et ordonné la fin de l'instruction du dossier bis. En juin 2005, Michel Bourlet avait répondu en envoyant un rapport au parquet général de Liège, dans lequel il recommandait la poursuite des analyses.
Fin septembre 2005, le parquet général avait estimé que des devoirs d'enquête complémentaires mais limités devaient être réalisés. Le juge Langlois n'a cependant pas souhaité suivre l'injonction du parquet général et a confirmé, en juin dernier, qu'il ne réaliserait pas ces devoirs.
Le parquet général a interjeté appel de la décision et le dossier a été examiné par la chambre des mises en accusation. Dans son réquisitoire, l'avocat général Jean-Baptiste Andries a de nouveau réclamé des devoirs complémentaires limités. Selon lui, le dossier ne pouvait pas être refermé sans que ces devoirs ne soient effectués.
La chambre des mises en accusation lui a donné raison ce lundi et a ordonné au juge Langlois d'effectuer des devoirs. La cour veut savoir sur quels éléments le juge se base pour affirmer que les analyses n'apporteraient aucun élément neuf. Elle demande donc au juge de faire établir un rapport par les experts.
La cour demande également au juge de vérifier si les profils génétiques sont bien inscrits dans la banque de données ADN. Celle-ci est en effet entrée en vigueur en mars 2002, soit après la collecte des profils.
L'INCC (Institut national de criminalistique et de criminologie) devra donc vérifier que les profils extraits y figurent et confirmer que les résultats sont négatifs, ou les y inscrire et analyser les résultats.
La chambre des mises en accusation n'a fixé aucun délai au juge Langlois pour réaliser ces devoirs.



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Vendredi 4 janvier 2008
UN CRANE D'ENFANT DECOUVERT

 

NOUVELOBS.COM | 04.01.2008 | 12:43

Le crâne d'un enfant a été retrouvé dans l'arrière-pays niçois, à quelques kilomètres du cabinet de Jean-Louis Turquin, condamné en 1997 pour assassinat après la disparition de son fils de huit ans.

Jean-Louis Turquin en 1997 (Sipa)

Jean-Louis Turquin en 1997 (Sipa)

Un crâne de petite taille a été découvert dans un bois près de Duranus (Alpes-Maritimes), un petit village de l'arrière-pays niçois, a-t-on appris, vendredi 4 janvier, auprès de la gendarmerie. Cette découverte pourrait relancer l'affaire de la disparition du petit Charles-Edouard Turquin. Ce crâne, qui pourrait être celui d'un enfant, a été retrouvé par hasard lundi dernier dans un endroit particulièrement escarpé par des chasseurs qui ont alerté le maire du village ainsi que les gendarmes. Une enquête a été ouverte et une expertise scientifique doit être réalisée dans les prochains jours pour tenter de dater le décès et l'âge de la victime.

Assassinat

Les habitants de Duranus ne peuvent s'empêcher de songer à Charles-Edouard Turquin, 8 ans, fils d'un vétérinaire niçois, qui a disparu en mars 1991 et dont on ne sait toujours pas ce qu'il est advenu. Le père, Jean-Louis Turquin, qui a eu pendant longtemps son cabinet un peu plus bas dans la vallée à Tourrette-Levens (Alpes-Maritimes), a été condamné à 20 ans de réclusion en 1997 pour son assassinat qu'il a toujours nié. Il est sorti de prison en juillet 2006, continuant de clamer son innocence. (AP)

Sur Internet

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Jeudi 3 janvier 2008
undefinedPARIS - L'écrivain Pierre Péan a été renvoyé en correctionnelle pour complicité de diffamation raciale et de provocation à la haine raciale à la suite de la publication en novembre 2005 de "Noires fureurs, blancs menteurs", ouvrage sur le génocide rwandais, a-t-on appris jeudi de sources judiciaires.

Cette ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris, signée le 3 décembre, est conforme au réquisitoire du parquet. Une audience pour déterminer la date du procès est prévue le 5 février devant la 17e chambre.

En octobre 2006, l'association SOS Racisme avait déposé plainte pour diffamation raciale et incitation à la haine raciale contre M. Péan et son éditeur, Fayard. Vingt-cinq passages du livres font l'objet de poursuites.

L'ouvrage a été publié par les éditions Arthème Fayard dans la collection Mille et une nuits. Claude Durand, PDG des éditions Fayard, est également renvoyé devant le tribunal. AP

pas/mw


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Vendredi 14 décembre 2007

Hotyat01jpg JUSTICE - Le vacancier avait loué au Grand-Bornand. Comme convenu, il s’était installé dans le chalet ouvert, et attendait un trousseau de clés. L’homme est arrivé. C’était David Hotyat. «Bonjour, je suis le propriétaire», a-t-il dit. Il semblait «cordial, souriant, sympathique». Il venait de massacrer une famille pour accaparer ce chalet. Cinq personnes tuées pour éteindre une envie dévorante, devenir propriétaire ? David Hotyat a avoué, puis il s’est rétracté, pour s’enfermer dans un déni infantile. Deux hommes l’auraient assommé avant de tuer les Flactif, puis l’auraient obligé à nettoyer la maison et brûler les corps...  

(photo : Sébastien EROME)

Version impossible pour la cour d’assises de Haute-Savoie, qui a infligé la perpétuité à Hotyat en juin 2006, avec une peine de sûreté de vingt-deux ans. Verdict maximal. David Hotyat a fait appel, et il devait être rejugé cette semaine à Lyon. Mais au dernier moment il s’est désisté. Sans plus d’explication (lire). Il est définitivement coupable de l’assassinat des Flactif, en avril 2003. Pour comprendre son geste, il reste ses aveux lors de son arrestation en septembre 2003, les témoignages de ses complices, et des bribes sibyllines et bibliques lâchées devant les jurés.

Flactif et Hotyat venaient tous deux du nord de la France. Le premier avait tout ; l’autre, rien. La jalousie serait devenue obsédante. David Hotyat et sa femme, Alexandra, étaient arrivés en Haute-Savoie à l’été 2001. Ils avaient deux filles de 2 et 5 ans. Hotyat connaissait le Grand-Bornand pour y être venu en vacances, plus jeune. Il était un enfant timide, passionné d’oiseaux et de papillons, qu’il chassait avec son père. Aux psychiatres, il dira toute l’amertume, la rancœur cachées qu’il a accumulées durant son enfance. Entre un père très effacé et une mère dominatrice, très intrusive, David se sent transparent, en manque d’affection. Une petite sœur, qui deviendra gendarme, reçoit plus de marques d’amour. David lui casse ses jouets et déchire la tapisserie de sa propre chambre, malheureux de sa jalousie.

«J’ai toujours montré une personnalité forte, sans faille et sans faiblesse, confiait-il en 2006 à la cour d’assises. C’est toujours comme ça que je fonctionne aujourd’hui. Personne ne peut jamais rien voir apparaître sur moi.» Adulte, il devient déterminé, colérique. Un garde champêtre se souvient l’avoir vu jeter sa propre voiture contre un mur, d’exaspération. L’auto, c’est pourtant la passion d’Hotyat. Il est fan de «309 GTI 16 soupapes». Un fétiche dont il partage l’adoration avec Stéphane Haremza, futur complice. Soudeur dans le Nord, Hotyat devient monteur de pneus en Haute-Savoie, puis mécano. Il fait venir Haremza, ils travaillent et améliorent l’ordinaire en dérobant, le soir, pour les revendre, de l’essence et des pièces de voitures. Ils font aussi de petits cambriolages et se meublent. La table basse du salon, le lit, le banc de la télé…

Faux contrats de vente

Pendant qu’Hotyat vit de médiocres rapines, Xavier Flactif s’enrichit avec des méthodes filoutes mais nettement plus lucratives. Il rachète les crédits de personnes endettées, les pousse à investir au Grand-Bornand dans des chalets qu’il se charge de louer. Il place parfois des locataires sans prévenir, ce qui oblige parfois à déloger les occupants au dernier moment. C’est ce que vont vivre plusieurs fois David et Alexandra. Ils louent d’abord le chalet voisin des Flactif. Les deux couples s’entendent bien, même s’ils se ressemblent peu. Les Flactif sont propriétaires, généreux; ils font la fête, ont beaucoup d’amis. Les Hotyat sortent peu, parfois au Flunch avec les Haremza. Ils sont locataires, ne connaissent personne. S’installe une relation de domination, renforcée par les quelques heures de ménage qu’Alexandra fait chez les Flactif. Le couple Hotyat voit de près ce luxe auquel il n’a pas accès. Ils jalousent celui qu’ils appellent «le négro». Recevant Libération, quelques jours après la disparition de la famille Flactif, Alexandra et David détailleront, pleins de bile, les nombreuses voitures dans le garage, le prix des canapés en cuir…

Les relations dégénèrent lorsque Flactif commence à les faire déménager pour installer des vacanciers. Changeant régulièrement de logement, parfois au tout dernier moment, Les Hotyat ont l’impression de se faire balader. La colère monte. David Hotyat développe ce que le psychiatre Pierre Lamothe appelle «un sentiment victimaire», l’impression d’être une «proie». Il se sent «chosifié». Exaspéré et impuissant, «dans les griffes de Flactif». Cela tourne au fantasme obsessionnel. Dans le huis clos que forment les deux couples Haremza et Hotyat, Flactif devient le diable, le profiteur, le responsable de tous les maux. «Je n’avais plus que du Flactif dans la tête», écrira Hotyat à son père, de sa prison. En janvier 2003, il regarde un reportage de TF1 consacré à Alfredo Stranieri, assassin qui tuait ses victimes pour prendre leurs biens. Il s’empare «de façon mythique de cet escroc», explique le psychiatre. David propose à Alexandra et aux Haremza de tuer les Flactif pour faire un faux contrat de vente et se partager le Cortinaire, ce chalet où ils habitaient à leur arrivée, à côté des Flactif. Ce n’est alors qu’un «fantasme conjuratoire». Mais il va se concrétiser dans la tête d’Hotyat.

Selon Me Humez, avocat de la famille Flactif, Hotyat serait passé progressivement «de la convoitise à la jalousie». Dans un documentaire consacré à l’affaire (1), Pierre Lamothe, expert psychiatre dans ce dossier, précise: «Dans l’envie, on est dans la rage d’être désireux de quelque chose que l’on pressent possible, que d’autres ont et que l’on n’a pas. Dans la jalousie, on est dans la rivalité.» Hotyat entraîne Stéphane Haremza dans une première tentative. Mais celui-ci renonce lorsque David lui tend les cordelettes destinées à étrangler les enfants. Stéphane se «dégonfle». David le traite de «flipette». Puis Alexandra essaie de le dissuader. Mais il s’enferme dans son projet. «Je le dis, je le fais», répète-t-il. «Il n’y avait pas moyen de le raisonner, expliquera-t-elle au juge. Il disait que Flactif était un pourri, un dégueulasse, qu’il aurait ce qu’il mérite.» Elle lui parle alors des enfants, il répond que «tous les Flactif sont pareils». Il veut tuer tout le monde pour faire croire à une fuite. «David était devenu fou. Il était obnubilé par une chose, devenir propriétaire du Cortinaire», résumera Alexandra aux assises.

Sols et murs devenus bleus

On ne saura jamais avec précision comment Xavier Flactif (41 ans), Graziella (36 ans) et leurs trois enfants (10, 9 et 7 ans) ont été assassinés. Dans ses premiers aveux, David Hotyat gomme les détails les plus insoutenables, affirme avoir utilisé un pistolet. Les experts ont établi d’après les fragments de dents et les projections sur les murs que les enfants ont été tués à coups de bâton ou de batte de base-ball dans le visage.

Il n’en reste aucune trace visible à l’œil nu, mais les gendarmes ont projeté un produit qui teinte en bleu les résidus de sang lavé. Un enquêteur a failli vomir lorsque, dans la cuisine et le salon, sols et murs sont devenus bleus. David Hotyat a la phobie du sang, et ses avocats, Mes Luc Brossolet et Didier Leick, soutiennent que leur client ne peut avoir fait cela. Le psychiatre Lamothe glisse au contraire que «les phobiques peuvent faire des choses terribles, aller jusqu’au meurtre, pour effacer la phobie qui les assaille».

Hotyat a vomi plusieurs fois en tuant. Puis il a entendu le message téléphonique de ce vacancier qui attendait son trousseau de clés. Il le lui porte au Cortinaire, «cordial, souriant, sympathique». Nouveau «propriétaire», il laisse son nom et son numéro de téléphone sur un post-it. Puis repart, pour brûler les corps.

Un spécialiste des crémations rituelles au Népal a établi que pour incinérer tout seul ces cinq corps dans un endroit peu accessible, dans la montagne, Hotyat avait préparé près de 900 kilos de bois. Il avait aussi siphoné une cinquantaine de litres de gazole et d’essence, et il lui a fallu deux nuits pour réduire la famille Flactif en cendres. Les gendarmes ont très vite soupçonné Hotyat. Lorsque David et Alexandra s’installent au Cortinaire, un mois après les faits, avec un faux bail, ils sont déjà sur écoutes. De leurs cartons, ils déballent la minichaîne stéréo de Sarah, l’aînée des Flactif (12 ans), et la posent sur leur buffet. Ils sortent 156 DVD, des objets volés chez les Flactif. Et le parfum de Graziella, qu’Alexandra adopte. David met sa carte SIM dans le téléphone de Graziella, Alexandra la sienne dans le portable de Sarah.

Sur le capot de la 309

La compagne d’Hotyat se met  ensuite à sortir, à boire, pour s’échapper. Elle prend un amant et les gendarmes feront avouer David en lui faisant écouter en garde à vue une conversation téléphonique d’Alexandra avec son amant. Ils évoquaient leur étreinte de la veille, sur le capot de la 309 GTI 16 soupapes du mari. Double infortune. Quelques mois après ses aveux, Hotyat s’est rétracté, et verrouillé. Aux assises, les jurés ont cru qu’il allait craquer. Au quatrième jour, alors que la cour avait exigé le matin qu’on lui rende son lecteur de CD et sa bible en prison, l’accusé a semblé au bord de parler. Il s’est penché, puis redressé : «J’peux pas rentrer dans le détail. Au fond de moi, c’est bloqué. Pour moi, ça a été trop dur à ce moment-là. Ce n’est pas que je ne veux pas. C’est ma personnalité qui ne peut pas.» Sept jours plus tard, il dit: «Vous pouvez faire ce que vous voulez, vous ne pourrez jamais obtenir de moi ce que vous voulez. Jamais.»

Les références bibliques n’ont cessé de hanter ce procès. Un avocat invoque le «supplice de la race de Caïn». Un autre parle de cette «inquisition» qui consiste à «juger le diable et ses voisins». L’avocat général décrit le voyage d’Hotyat «aux portes de l’enfer». Hotyat lui-même a convoqué la Bible, le dernier jour, en renvoyant les jurés aux psaumes de David, qu’il lit en prison. «J’ai l’impression de me retrouver, disait-il. Alors lisez-les, et peut-être que vous comprendrez.» Au fil de ces 73 psaumes, le roi David raconte les «montagnes de Dieu», où «rusant avec le fourbe», il rabaisse les «yeux hautains», jusqu’à faire de ses ennemis «une fournaise». L’un des psaumes ajoute en s’adressant à Dieu: «Le feu les avalera. Leur fruit, tu l’ôteras de la terre, leur semence, d’entre les fils d’Adam.»

Ol.B.

Papier publié ce vendredi dans les pages Grand angle de Libération (avec un dessin de Marecelino TRUONG), dans le cadre d'une série consacrée aux 7 péchés capitaux. Ici, l'envie.


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Mardi 11 décembre 2007
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Grand Angle
 
 
En 1987, un gang braque une agence de Marseille et s’enfuit par les égouts avec 10 millions de francs. Sous l’œil de deux superflics occupés à se tirer dans les pattes.
 
PATRICIA TOURANCHEAU dessin MARCELINO TRUONG
 
QUOTIDIEN : vendredi 7 décembre 2007
 

Il y a vingt ans, la guerre entre deux grands flics pétris de courage et d’orgueil a donné l’avantage à une équipe de braqueurs certifiés qui les ont ridiculisés. D’un côté, le commissaire Georges N’Guyen Van Loc, alors patron du groupe d’intervention de la police nationale (GIPN) de Marseille, respecté et craint par le milieu local, grande gueule qui finit par rejouer ses exploits à la télévision dans la série «le Chinois». De l’autre, le commissaire Robert Broussard, ancien chef de la brigade antigang à Paris qui a dénoué soixante prises d’otages et traqué «l’ennemi public numéro 1» Jacques Mesrine jusqu’à la fin, sous les balles, en 1979. Le Marseillais et le Parisien vont s’opposer, le 9 février 1987, autour du casse de la Caisse d’épargne de La Blancarde à Marseille.

 

Des bandits viennent d’entrer à 8 heures dans l’agence, de frapper un vigile et de se retrancher à l’intérieur avec 14 clients et 9 employés. Le premier sur les lieux, le commissaire Van Loc, qui prévient toujours les truands que «la mort fait partie des risques du métier», téléphone au chef du gang. Réponse : «Va te faire enculer.»

Unité d’élite

Le bouillant chef du GIPN réquisitionne 300 flics pour cerner la banque. L’ardeur des malfaiteurs à l’ouvrage intrigue l’inspecteur Gérard de Fabritus : «On entendait les burins, on entendait les disqueuses, on entendait les coups de marteau, les coups de masse. Comment, alors que 300 policiers sont là, en cercle, comment se fait-il que ces gens-là continuent à casser les coffres, ça paraissait hallucinant.» Même si cette agence cossue compte 2 000 coffres. Les preneurs d’otages exigent maintenant une rançon de 30 millions de francs (4,5 millions d’euros).

Comme à son habitude, Van Loc opte pour les grands moyens. Il demande les plans des égouts ainsi que deux hélicoptères et deux blindés. Selon le journaliste du Provençal José d’Arrigo, qui a assisté à des interventions du «Chinois» à Marseille et à Nice, cet «homme extrêmement courageux, téméraire parfois, a toujours dénoué des situations dramatiques en libérant les otages et quelques fois en tuant, quand il le fallait, le malfaiteur». Mais, face à l’envergure et à la durée de la prise d’otages, le préfet décide de faire appel à la toute nouvelle unité d’élite, le Raid d’Ange Mancini, commandé pour l’occasion par le fameux commissaire Broussard, devenu directeur central des polices urbaines.

D’entrée de jeu, la coopération entre services marseillais et parisien s’annonce délicate. Sitôt débarqué à Marignane, le patron du Raid apprend «les grincements de dents, et c’est un euphémisme, du "Chinois", qui n’admettait pas d’avoir été dessaisi». Le journaliste du Provençal en témoigne : «Van Loc conçoit comme une agression personnelle le fait qu’on appelle à la rescousse Robert Broussard. Comme s’il n’était pas capable, lui, N’Guyen Van Loc, de résoudre ce problème tout seul avec ses hommes. Il a senti une sorte d’humiliation personnelle…» Broussard tente de pacifier la situation, prend à part Van Loc : «Ecoute, sois raisonnable, je comprends, mais on va faire quelque chose ensemble, on va constituer des équipes mixtes.» «Sur le moment, il dit "bon d’accord", reprend le journaliste, ça l’avait un peu calmé. Mais il restait dans son coin, ne voulant absolument pas proposer ou suggérer quelque chose. Il boudait.» Selon José d’Arrigo, Van Loc «est un homme d’ordre qui ne supporte pas l’autorité». Le voilà «vexé» par cette «arrivée hautaine» des Parisiens.

Le Raid prend les choses en mains. Pour le commissaire Ange Mancini, «Van Loc n’avait pas de stratégie à ce moment-là. Il était dans un magasin de jouets. Il attendait qu’on amène de l’argent pour aller chercher les gens et puis les poursuivre en hélicoptère. C’est pas de la stratégie, ça. C’était de l’improvisation.» José d’Arrigo compare les bisbilles policières à un match de football : «C’est Marseille - Paris-Saint-Germain. C’est OM-PSG quoi, voyez. Sauf que là, c’est grave, parce qu’il y a quand même 23 otages.»

Broussard prend contact avec les malfaiteurs qui exigent les 30 millions dans l’heure. Dans l’après-midi, un indicateur balance aux gendarmes que «les gars peuvent fuir par les égouts». Broussard dépêche des policiers avec des égoutiers dans tous les boyaux qui passent aux abords de la Caisse d’épargne, pour s’assurer qu’aucune galerie n’est reliée aux sous-sols de la banque : «J’ai demandé que toutes les plaques d’égouts soient soulevées et vérifiées. Et, à chaque fois, il y avait rien, il y avait rien, il y avait rien.» Le flic croit alors à un tuyau percé.

Braqueurs volatilisés

La nuit tombe sur Marseille. Les négociations restent désespérément au point mort. Broussard n’a pas de prise sur ces gangsters et ne les sent «pas prêts» : «Autre chose commençait sérieusement à m’inquiéter, c’est qu’on entendait encore des coups.» Ange Mancini ne comprend pas plus ce qui se passe à l’intérieur : «Ils tapent depuis je ne sais pas combien de temps. Qu’est ce qu’ils font là-dedans ? Ça nous tracassait.» Les policiers et journalistes, tel José d’Arrigo, se préparent à passer la nuit : «On achète des sandwichs, de quoi s’installer pour la nuit pour assister, un peu comme au spectacle, à l’assaut final.»

A 19 heures, les bandits demandent aux otages de les aider à calfeutrer les fenêtres et à quelques costauds de fracturer les coffres : «Allez, mettez-y du cœur.» Les otages s’appliquent. Jusqu’au moment où les deux groupes réalisent que les casseurs ont déserté la banque. A 19 h 25, le chef d’agence sort, drapeau blanc à la main. «Stupéfaction, voyez. Un instant de stupéfaction intense, parmi les journalistes, le public, la police…» dit d’Arrigo. Atterré,Broussard s’aperçoit alors «de l’étendue de la catastrophe».

La catastrophe, c’est que les bandits ont pris la fuite depuis déjà vingt minutes avec trois sacs de sport remplis à ras bord de bijoux, lingots d’or et billets de banque piqués dans 276 coffres. Au nez et à la barbe des plus grands policiers de France. Ils ont d’abord suivi le tunnel de 32 mètres qu’ils avaient percé depuis deux mois entre la banque et les égouts, marché plusieurs centaines de mètres dans le boyau visité par la police, avant de rejoindre l’égout principal. Là, ils ont gonflé un bateau pneumatique pour porter le butin évalué à 10 millions de francs (1,5 million d’euros) et rejoindre enfin l’air libre, 3 kilomètres plus loin.

Dans un cagibi derrière la salle des coffres, les enquêteurs découvrent un trou qui donne sur un tunnel réalisé et étayé par un maçon. Avec un luxe de précautions, les taupes avaient installé une porte métallique pour boucher l’entrée de la galerie et l’avaient maculée de boue. L’inspecteur Fabritus se souvient «qu’ils l’avaient badigeonnée de terre, jusqu’à trois mètres de part et d’autre, si bien qu’on ne voyait plus du tout les interstices. Alors, lorsqu’on dit que la police a été mauvaise, c’est vrai qu’on n’a pas été brillants. Mais qui aurait pu imaginer qu’il existait sous cette tache de six mètres de large une porte d’accès à un tunnel ?» Autre tour de force des bandits, stratégique celui-ci : faire croire à la police qu’il s’agit d’un hold-up d’amateurs ayant mal tourné. C’est exprès qu’ils ont molesté le vigile pour se retrouver encerclés et pouvoir ainsi rassembler leur butin. Toute la journée, les cambrioleurs ont eu un coup d’avance.

Le lendemain, les journaux font les gros titres sur l’échec de la police et l’exploit du «gang des égoutiers» de Marseille. Même la presse américaine. Un des lecteurs, Albert Spaggiari, en cavale aux Etats-Unis après le casse du siècle qu’il a réalisé à Nice en 1976, fait paraître sa photo signée de sa main dans Paris Match pour réclamer des droits d’auteurs aux égoutiers de Marseille qui l’ont copié. Un pied de nez aux flics. Côté policiers, on règle ses comptes, paroles de Van Loc contre déclarations de Broussard.

Guerre des polices

Le pire est que la guerre va ressurgir sept ans plus tard, en 1994, lors du procès des douze malfrats aux assises d’Aix-en-Provence. Grâce aux tuyaux d’un indicateur, les deux cerveaux supposés du gang, Christian Checchi, un taiseux irascible, figure du milieu marseillais, et Stéphane Lanza, joueur de poker et exploitant de machines à sous clandestines, ont été rattrapés en Espagne, six mois après le casse, en possession de bijoux et pierres volés. Puis les dix autres qui recelaient soit des pièces d’or, soit des armes de poing, ont été coffrés. Les avocats prennent le parti d’admettre le recel, mais pas le casse. Leur stratégie : démonter l’instruction menée par un juge revanchard qui tient à laver l’affront fait à la police. Ainsi, Me Gilbert Collard pointe «l’incapacité à cicatriser une blessure narcissique tout au long de l’enquête, le retentissement des éclats de rire […] aux oreilles des policiers et du juge. Ce sentiment d’avoir été ridiculisés va les pousser dans l’acharnement». «provoquer un cirque» avec Broussard : «Plus j’arrivais à ridiculiser la police, plus mes clients s’en sortaient.» Collard sait que le «Chinois» viendra au procès «pour en découdre» L’avocat fait citer Van Loc à la barre, sûr de avec Broussard.

En effet, le 7 février 1994, Van Loc traite le superflic de «rigolo» devant la cour d’assises, «rigolo à Marseille, rigolo à Paris». «Ils sont partis par les égouts non surveillés. Moi, j’aurais mis à chaque bouche d’égout un policier et un calibre. Broussard, lui, n’avait rien compris. Il allait donner l’assaut. Il a failli y avoir un massacre. Et là, marque de Dieu, Broussard affolé a perdu son calibre en courant, devant mes hommes», témoigne le «Chinois» qui tire sa morale de l’histoire : «Aux Marseillais les affaires marseillaises.» Devenu préfet, Broussard «revendique pleinement cet échec» à la barre, mais renvoie la balle : «Aucun responsable n’a été écarté dans cette affaire. Aucun responsable n’a proposé une autre stratégie ni d’autres solutions.» Cette querelle des chefs, ajoutée à l’absence de l’indic au procès ainsi qu’à des erreurs du juge, provoque un effet désastreux sur les jurés. Ce sont finalement les douze accusés qui remportent le match Van Loc-Broussard : tous acquittés du casse de la Caisse d’épargne et de la prise d’otages par la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

Aujourd’hui devenu un héros de série policière, Georges N’Guyen Van Loc renonce à tirer une nouvelle salve sur son adversaire Broussard qui, de son côté, avoue n’avoir «pas mesuré à quel point il avait pu être blessé dans son orgueil».

(vendredi prochain : l’envie)

 


http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/296350.FR.php
 
© Libération

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Dimanche 25 novembre 2007
           ENQUETE
 
 
Crédit Photo : www.abacapress.com
 
. Si le tueur en série Emile Louis a été démasqué, c'est largement grâce à lui. Mais le gendarme Jambert est mort en 1997. Meurtre ou suicide ?
. Les experts n'ont jamais pu s'accorder. Le corps doit prochainement être exhumé pour de nouvelles analyses.

- le 24/11/2007 - 19h17

 

Le corps du gendarme Christian Jambert, qui a démasqué le tueur en série Emile Louis et qui a été retrouvé mort en 1997 à Auxerre touché à la tête de deux balles, va être de nouveau exhumé pour déterminer les circonstances du décès. "L'exhumation doit avoir lieu dans les prochains jours. De nouvelles analyses - plus précises - des trajectoires des balles vont être menées à Bordeaux sur le véritable crâne et non pas sur un moulage comme précédemment", a indiqué Me Didier Seban, l'avocat des enfants du gendarme, Isabelle et Philippe. "Il y a une volonté absolue de connaître la vérité. Isabelle Jambert a la conviction que son père a été assassiné", a-t-il ajouté.

Selon l'avocat, la nouvelle expertise a été ordonnée il y a "une dizaine de jours" par le juge d'instruction d'Auxerre, Charles Prats. Ce dernier avait révélé le 21 septembre aux parties civiles que la thèse du suicide avait été corroborée par la dernière expertise, ordonnée en février à l'issue d'une confrontation organisée à Auxerre entre les différents experts de trois collèges, en désaccord sur les causes de la mort du gendarme. A l'audition, les parties civiles avaient demandé une deuxième exhumation du corps.

Pas d'autopsie lors de la découverte du corps

Il n'y avait pas eu d'autopsie lors de la découverte en août 1997 à son domicile du cadavre de celui qui avait été le premier à établir un lien entre Emile Louis et six des sept assassinats de jeunes femmes dans l'Yonne, mais un simple examen du corps. L'enquête avait alors conclu au suicide de ce dernier, âgé de 56 ans, et dépressif. A la demande des parties civiles, la justice avait reconsidéré le dossier en novembre 2003 et décidé d'exhumer le corps du défunt.

A la suite d'un premier rapport d'autopsie estimant le suicide peu probable, le parquet d'Auxerre avait ouvert en avril 2004 une information judiciaire pour assassinat, selon Me Seban. Mais les deux rapports d'autopsie suivants avaient conclu que le suicide était possible.

D'après agence


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Samedi 17 novembre 2007
L'image “http://lejournal.euskalherria.com/img/logo_journal.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Cour d'Assises des Basses-Pyrénées : Pierre D...re n'exerce aucune profession. Il se procure quelques ressources comme marqueur et chanteur de points dans les parties de pelote basque.

A Sare, où il habite, il passait pour être de mouurs dissolues. Au mois de juin 1908, le chef de la brigade de gendarmerie d'Espelette ayant appris que, d'après le bruit public, il avait commis des attentats à la pudeur, procéda à une enquête à la suite de laquelle D...re fut arrêté.

D...re est de taille au-dessus de la moyenne et d'apparence robuste. Il a le crâne complètement dénudé, ce qui contribue à lui donner un air débonnaire et il porte une fine moustache. Sa mise est très convenable. D'une voie douce, sans jamais se départir, d'un ton calme et en bon français il répond aux questions du président de la Cour d'Assises. Il déclare ne pas se rappeler les faits qu'on lui reproche et prétend qu'il n'a pas de mémoire, cette faculté, dit-il, serait annihilée chez lui à cause de certains phénomènes physiques auxquels il attribue également son vice, mais ses allégations ne s'accordent pas du tout avec les conclusions du médecin légiste, qui l'a reconnu entièrement responsable de ses actes.

Après avoir entendu le réquisitoire du M. Bottet et la plaidoirie de Maître Faravel, le jury se retire pour délibérer et revient avec un verdict d'acquittement.


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