MARSEILLE - Cédric et Béchir, les deux mineurs de 15 et 16 ans condamnés chacun à huit ans de prison le 28 septembre par le tribunal pour enfants de Marseille après l'incendie d'un bus marseillais le 28 octobre 2006, ont fait appel du jugement, a-t-on appris mercredi de source judiciaire.
L'incendie avait failli coûter la vie à une jeune femme, Mama Galledou, qui a été très grièvement brûlée.
"Je trouve que la sanction est beaucoup trop répressive eu égard à la personnalité de mon client. J'espère que le mûrissement de sa personnalité lui permettra de mieux se présenter devant la cour", a déclaré Me Philippe Vouland, l'avocat de Cédric.
Béchir, 16 ans, a fait appel depuis la prison de Luynes (Bouches-du-Rhône), où il est détenu. Ses avocats, Mes Michel Lao et Anne Carrel, n'excluent pas toutefois de se désister dans le délai d'un mois, comme la loi les y autorise.
Le procès en appel ne devrait pas avoir lieu avant le mois de janvier 2008.
Du 3 au 7 décembre prochain, les six autres mineurs mis en cause, qui étaient âgés de plus de 16 ans le jour du drame, comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs des Bouches-du-Rhône. AP
. Les deux agresseurs de 18 et 19 ans étaient jugés pour des violences commises lors d'une rixe survenue près de la gare du Nord, début septembre.
. Ils ont été reconnus coupables de "violences volontaires en réunion et avec armes par destination" lors de la bagarre.
- le 04/10/2007 - 21h06
Deux jeunes gens de 18 et 19 ans ont été condamnés jeudi par le tribunal correctionnel de Paris à une même peine de six mois de prison, dont deux mois ferme, pour des violences commises lors de la bagarre entre deux groupes le 2 septembre près de la gare du Nord.
Ousmane Dembélé, 18 ans, et Amara Dramé, 19 ans, qui vivent dans les quartiers nord de la capitale, ont été reconnus coupables de "violences volontaires en réunion et avec armes par destination" lors de la rixe qui était survenue aux abords de la discothèque "Casa 128" rue Lafayette (Xe).
Bouteille de verre, coups de bâton
"C'est un jugement conforme aux décisions habituelles du tribunal dans ce type d'affaire", a commenté leur avocat Me Antonin Lévy, en précisant que le parquet avait requis six mois de prison dont "au minimum trois mois ferme". Les deux jeunes gens, qui ont effectué un mois de détention provisoire, devraient être libérés d'ici à la fin octobre, a ajouté leur défenseur.
La bagarre, au cours de laquelle deux jeunes du Val d'Oise avaient été blessés, l'un avec une bouteille de verre, l'autre à coups de bâton, était intervenue après deux autres rixes entre bandes rivales fin août à Paris, même si elle n'avait aucun lien avec celles-ci.
Ousmane Dembelé et Amara Dramé, interpellés le soir des faits avec quatre autres agresseurs présumés mineurs, devaient être jugés en comparution immédiate le 5 septembre mais leur procès avait été différé d'un mois le temps pour les victimes de se constituer partie civile si elles le souhaitaient. Aucune victime n'a finalement réclamé de dédommagements.
LE MONDE | 19.09.07 | 16h13 • Mis à jour le 19.09.07 | 16h13
MARSEILLE ENVOYÉ SPÉCIAL
ls voulaient faire comme à Paris : incendier un bus pour passer à la télé. Deux des huit incendiaires du bus 32 pris d'assaut le 28 octobre 2006 à Marseille - tous mineurs au moment des faits - comparaîtront du 25 septembre au 1er octobre devant le tribunal pour enfants de la cité phocéenne. Cyrille P. et Boris F. (tous les prénoms des accusés ont été changés) avaient moins de 16 ans lorsqu'ils ont réduit en cendres le véhicule de la Régie des transports de Marseille, brûlant grièvement Mama Galledou, une étudiante de 26 ans. Ils sont poursuivis pour "incendie volontaire ayant entraîné une infirmité ou une mutilation permanente" et risquent quinze ans de prison. Les six autres - qui avaient plus de 16 ans - seront jugés par la cour d'assises des mineurs d'Aix-en-Provence, du 3 au 7 décembre.
AP/CLAUDE PARIS
Deux CRS devant l'autobus incendié à Marseille, samedi 28 octobre 2006.
L'autobus s'était embrasé comme une torche, en quelques secondes. Mama Galledou était assise à l'arrière, juste en face la sortie. Elle avait bien entendu Cyrille P. qui lui intimait de descendre, mais, glissant sur une flaque d'essence, elle n'avait pas réussi à fuir assez vite et avait pris feu par les pieds. Son corps a été brûlé à plus de 60 %. Trois autres passagers ont échappé de justesse aux flammes.
Plongée dans un coma artificiel à l'hôpital de la Conception à Marseille, l'étudiante d'origine sénégalaise a passé plusieurs semaines entre la vie et la mort. Trois jours après les faits, Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur en campagne pour la présidentielle, s'était rendu à son chevet, se saisissant de l'affaire pour rouvrir le débat sur les mineurs délinquants. En juillet, devenu président, il a proposé de venir rendre visite à Mama. La famille n'a pas donné suite.
L'enquête n'a pas traîné. Dès le 31 octobre, la police interpellait cinq jeunes dans la cité des Oliviers - dont l'un allait être relâché -, un sixième le 3 novembre, et les trois autres à la mi-novembre. S'escrimant dans un premier temps à nier leur participation, ils ont tous fini par l'admettre, tout en "fournissant des explications divergentes", relève l'ordonnance de renvoi et de mise en accusation.
"Ce soir, il faut que je brûle un bus. A Paris, ils brûlent et ils passent à la télé. Ici on brûle et on passe pas à la télé", avait lancé Eric M. dans l'après-midi de ce samedi 28 octobre, devant le bloc A6 de la cité des Oliviers. Dans la foulée, l'un d'eux était allé acheter 3 litres d'essence à la station Shell. Vers 21 heures, ils se sont postés derrière un fourré à l'arrêt de bus Castors-du-Merlan, sur l'avenue Normandie-Niemen, entre les cités des Lilas et des Hirondelles, à deux pas de chez eux.
Ils s'y sont repris à deux fois : la première, Alain A. a reconnu l'une de ses amies assise au fond du véhicule. "Non, pas maintenant, après", a-t-il ordonné. Les adolescents sont descendus du bus et ont attendu que la conductrice fasse demi-tour quelques centaines de mètres plus haut, au rond-point du terminus. Au deuxième passage, alors que le 32 repartait vers le centre-ville, René L. s'était mis en travers de la route pour l'arrêter.
Puis chacun des huit acteurs du drame s'est employé à sa tâche : répandre l'essence, empêcher le bus de redémarrer, ouvrir les portes arrière. "L'action avait été programmée la veille", ont-ils affirmé aux enquêteurs, et les rôles bien distribués. Il n'a fallu que quelques secondes pour mener à bien l'attaque et maîtriser le véhicule.
L'un des garçons a crié aux dix ou onze passagers - leur nombre a été impossible à établir : "Descendez ! descendez !" Un autre - les enquêteurs n'ont pas réussi à l'identifier - a alors jeté une allumette ou un mouchoir enflammé. Un seul, Boris F., a dénoncé Eric M., mais celui-ci a toujours clamé qu'il n'avait été "qu'un simple spectateur", refusant de livrer le nom du coupable "par peur de représailles".
Après huit greffes, Mama Galledou a réussi à s'en sortir, mais elle vit encore un calvaire. "J'essaie de penser à l'étape suivante, mais pour l'avenir, je ne vois rien... Je ne veux pas sortir d'ici, car on vous regarde bizarrement quand vous n'êtes pas normale", a-t-elle confié aux juges d'instruction Pascale Liégeois et Laetitia Ugolini, venues l'entendre le 21 mars à l'hôpital Léon-Berard de Hyères (Var), où elle est toujours hospitalisée. Contrainte de porter une minerve et des vêtements compressifs, elle n'a pas encore décidé si elle se présenterait à la barre des témoins. "Elle ne veut pas se montrer et redoute d'affronter les caméras et les photographes", indique son avocat, Me Alain Molla.
Ni elle ni aucun autre témoin - ils sont quatre à s'être constitués partie civile - ne peuvent reconnaître le visage de celui qui a mis le feu. "Il était accroupi au niveau des portes du bus", a précisé Mama Galledou aux juges. Ces dernières précisent que, selon l'étudiante, "l'individu qui avait allumé le feu n'avait pas attendu qu'elle soit descendue pour mettre à exécution son projet".
A lire les extraits de leurs dépositions, aucun prévenu n'avait imaginé de telles conséquences. "Aucun d'eux n'avait eu l'intention de blesser des individus", notent les juges. "Ce n'est pas de ma faute si elle n'est pas descendue", s'est défendu l'un d'entre eux. Depuis leur forfait, les huit accusés sont incarcérés en détention provisoire - un seul a été placé sous contrôle judiciaire dans un centre éducatif fermé. Les deux procès se dérouleront à huis clos.
EVRY (AFP) - Des peines de 7 à 8 ou 10 ans de prison ont été requises lundi devant le tribunal correctionnel d'Evry contre les trois principaux agresseurs présumés de deux CRS le 19 septembre 2006 dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (Essonne).
L'audition d'un témoin anonyme, fait exceptionnel, vendredi devant le tribunal correctionnel d'Evry n'a pas permis de dissiper toutes les zones d'ombres entourant l'agression de deux CRS dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (Essonne) en septembre 2006.
"Je peux me tromper, mais il y a des visages qui m'ont marqué", a-t-il notamment déclaré lors de cette audition. Il s'agit "vraisemblablement" de la première fois qu'un témoin anonyme est ainsi entendu par un tribunal, selon une source judiciaire.
Une arrestation à la cité des Tarterêts en octobre 2006 (Sipa)
L'audience de près de deux heures s'est tenue vendredi matin à huis clos partiel, sans public mais en présence de douze journalistes, dans la bibliothèque du Palais de justice d'Evry. Via un dispositif de visioconférence, la silhouette du témoin, derrière une porte vitrée occultée par un store vénitien bleu, n'apparaissait que très partiellement.
Le brouillage de sa voix a rendu les débats difficiles, d'autant plus que le témoin semblait ne pas toujours comprendre clairement les questions qui lui étaient posées et avait parfois des difficultés à s'exprimer. Ce témoignage à charge, très attendu, était contesté par les avocats de la défense, mais n'a toutefois pas éclairé toutes les zones d'ombre du dossier.
Parmi les griefs des avocats de la défense sur sa fiabilité, le fait que "X" ait mis en cause au cours de l'enquête des gens qui avaient un alibi qui a été démontré, ou qui étaient en détention le soir des faits. "Pour les gens qui sont en prison, je crois que j'ai fait une erreur", admet-il. Autre argument de la défense contre ce témoignage, ses motivations: agressé il y trois ou quatre ans dans la cité des Tarterêts, le témoin explique en avoir "marre de l'insécurité", précisant toutefois qu'aucun des prévenus n'y était mêlé: il n'a eu "aucun problème avec ces jeunes-là".
Tour à tour, le président Eric Gillet a demandé aux sept prévenus de se présenter devant une caméra qui permettait au témoin de les voir. Le fait que les premiers aient été appelés par leurs noms provoque des protestations des défenseurs des prévenus. "Quand on ne dit pas les noms, c'est moins évident", s'énerve Me Karine Bouden.
Face à Mounir Labidi, le témoin affirme: "Il a participé, mais pas longtemps. Et il a dit +arrêtez, vous allez les tuer+". Selon Me Eric Plouvier, ce témoignage contre son client "s'autodétruit", puisque lors de l'enquête, il n'avait pas initialement reconnu M. Labidi sur présentation de photos. Ce recours à l'anonymat illustre le climat de crainte de représailles qui règnent autour de ce dossier. "S'ils m'attrapent, je suis mort", déclare le témoin anonyme au tribunal.
Les éléments qu'il a fournis ont toutefois été corroborés pendant l'instruction par plusieurs autres témoignages - non anonymes -, dont ceux de deux mineurs, qui doivent comparaître devant le tribunal pour enfants le 12 octobre. Comme le prévoit la loi, un suspect ne peut être renvoyé sur la seul foi de témoignages de ce type.
IlS RISQUENT jusqu'à vingt ans de prison. L'enjeu est de taille. Le tribunal d'Evry rend aujourd'hui son jugement dans l'affaire des deux CRS, agressés le 19 septembre 2006 dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes.
Depuis mercredi, sept jeunes de 19 à 23 ans comparaissent pour avoir soit participé au lynchage des policiers, soit dégradé leur véhicule ou menacé de mort d'autres mis en cause.
Dans ce procès « difficile et délicat », de l'aveu même en audience du président Eric Gillet, les juges doivent déterminer le rôle de chaque accusé. Un exercice compliqué, faute de preuves matérielles. Ils peuvent s'appuyer sur différents témoignages, tout en connaissant leur fragilité. Surtout dans un contexte de peur qui pèse dans la cité. Différents protagonistes se sont rétractés par crainte de représailles. Certains prévenus sous contrôle judiciaire qui avaient « enfoncé » d'autres protagonistes multipliaient les regards en direction de la salle.
Vendredi, le témoin X qui avait assisté « à une trentaine de mètres » à la scène est allé jusqu'au bout de sa volonté de « raconter ce qu'il a vu » à cause de son ras-le-bol de « l'insécurité ». Cet habitant des Tarterêts a confirmé lors de son audition dans un huis clos ouvert à la presse, la présence de trois jeunes, Bianca, Mounir le boxeur, et Mehdi, alias Pistache. Ce dernier a été reconnu mais « avec un gros soupçon » par le commandant Aubriot. Bachirou, lui, appartenant à la fratrie des Cosby a été identifié formellement par le CRS Audiffren. Ahmed lui aussi semblait présent. C'est lui qui aurait dérobé la lampe torche du policier. Mais tous contestent. Pendant les trois jours du procès, rien n'a filtré. Ils sont restés sur une seule et même ligne de défense : le complot policier. Leurs aveux ont été « extorqués ». Ils ont été mis sous « pression ». De quoi agacer le tribunal.
Aujourd'hui, les avocats de la défense vont tenter de démontrer dans leur plaidoirie la fragilité du dossier. Depuis le début, ils contestent la « fiabilité » du témoignage sous X. « Il a reconnu des visages qui n'étaient pas là, souligne M e Plouvier. Quelle crédibilité peut-on accorder à ses déclarations ? » De là à convaincre le tribunal... Le président ayant affirmé ne pas prendre X « pour parole d'évangile ». Le tribunal relève d'autres charges dans le dossier, avec notamment les aveux de deux mineurs, jugés le 12 octobre.
« Ils veulent être reconnus en tant que victimes »
Quelle que soit la sentence, les parties civiles réclament simplement « justice » (voir encadré) . « Ils veulent être reconnus en tant que victimes », a plaidé vendredi soir M e Gernez, avocat du commandant Aubriot. « On ne veut pas que se banalise l'agression des forces de l'ordre », a ajouté M e Domenach, conseil de Marc Audiffren. Assis dignement, les deux policiers, soutenus par leurs collègues du Snop (syndicat national des officiers de police), opinaient en silence. Tant bien que mal, ils ont repris le travail, dans les bureaux, loin du terrain. Le commandant Aubriot, touché à l'oeil droit, souffre encore d'engourdissements. Son collègue est fortement handicapé par des acouphènes et a perdu 43 % de son audition à l'oreille gauche.
TRIBUNAL D'EVRY, LE 12 SEPTEMBRE. Le jugement de l'affaire des deux CRS agressés (à droite) il y a un an dans la cité des Tarterêts e st rendu aujourd'hui. Le commandant Aubriot, touché à l'oeil droit, souffre encore d'engourdissements. Son collègue (LP/A.V.)
CRS agressés aux Tarterêts: le témoin sous X n'a pas dissipé toutes les zones d'ombres
Par Sylvain PEUCHMAURD AFP -
EVRY (AFP) - L'audition d'un témoin anonyme, fait exceptionnel, vendredi devant le tribunal correctionnel d'Evry n'a pas permis de dissiper toutes les zones d'ombres entourant l'agression de deux CRS dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (Essonne) en septembre 2006.
"Je peux me tromper, mais il y a des visages qui m'ont marqué", a-t-il notamment déclaré lors de cette audition.
Il s'agit "vraisemblablement" de la première fois qu'un témoin anonyme est ainsi entendu par un tribunal, selon une source judiciaire.
L'audience de près de deux heures s'est tenue vendredi matin à huis clos partiel, sans public mais en présence de douze journalistes, dans la bibliothèque du Palais de justice d'Evry. Via un dispositif de visioconférence, la silhouette du témoin, derrière une porte vitrée occultée par un store vénitien bleu, n'apparaissait que très partiellement.
Le brouillage de sa voix a rendu les débats difficiles, d'autant plus que le témoin semblait ne pas toujours comprendre clairement les questions qui lui étaient posées et avait parfois des difficultés à s'exprimer.
Ce témoignage à charge, très attendu, était contesté par les avocats de la défense, mais n'a toutefois pas éclairé toutes les zones d'ombre du dossier.
Parmi les griefs des avocats de la défense sur sa fiabilité, le fait que "X" ait mis en cause au cours de l'enquête des gens qui avaient un alibi qui a été démontré, ou qui étaient en détention le soir des faits. "Pour les gens qui sont en prison, je crois que j'ai fait une erreur", admet-il.
Autre argument de la défense contre ce témoignage, ses motivations: agressé il y trois ou quatre ans dans la cité des Tarterêts, le témoin explique en avoir "marre de l'insécurité", précisant toutefois qu'aucun des prévenus n'y était mêlé: il n'a eu "aucun problème avec ces jeunes-là".
Tour à tour, le président Eric Gillet a demandé aux sept prévenus de se présenter devant une caméra qui permettait au témoin de les voir. Le fait que les premiers aient été appelés par leurs noms provoque des protestations des défenseurs des prévenus.
"Quand on ne dit pas les noms, c'est moins évident", s'énerve Me Karine Bouden.
Face à Mounir Labidi, le témoin affirme: "Il a participé, mais pas longtemps. Et il a dit +arrêtez, vous allez les tuer+". Selon Me Eric Plouvier, ce témoignage contre son client "s'autodétruit", puisque lors de l'enquête, il n'avait pas initialement reconnu M. Labidi sur présentation de photos.
Ce recours à l'anonymat illustre le climat de crainte de représailles qui règnent autour de ce dossier. "S'ils m'attrapent, je suis mort", déclare le témoin anonyme au tribunal.
Les éléments qu'il a fournis ont toutefois été corroborés pendant l'instruction par plusieurs autres témoignages - non anonymes -, dont ceux de deux mineurs, qui doivent comparaître devant le tribunal pour enfants le 12 octobre.
Comme le prévoit la loi, un suspect ne peut être renvoyé sur la seul foi de témoignages de ce type.
Le procès, qui s'est ouvert mercredi, doit s'achever lundi.
Baptême du feu pour le témoin sous X
Cette méthode a été utilisée, vendredi, au procès de l’agression des CRS à Corbeil-Essonnes en 2006.
Par Patricia TOURANCHEAU
QUOTIDIEN : samedi 15 septembre 2007
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Pour la première fois en France, un témoin sous X a été auditionné vendredi matin pendant un procès grâce à un système de visioconférence qui brouille la voix et occulte le visage. Cet habitant des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (Essonne), qui a dénoncé des jeunes de la cité pour l’agression gratuite de deux CRS le 19 septembre 2006, a ainsi été protégé d’éventuelles représailles. Il a bénéficié de ce statut de témoin anonyme permis par la loi depuis trois ans dans le but de briser l’omerta qui règne dans certains quartiers.
«Insécurité». «Monsieur X», comme l’a appelé le président du tribunal d’Evry qui juge sept garçons des Tarterêts pour «violences aggravées» et/ou «dégradations», a d’ailleurs expliqué qu’il a été incité à la délation par «des tracts avec des numéros verts distribués dans les boîtes à lettres» des HLM par la police : «J’ai décidé de parler parce que j’en avais marre de l’insécurité, et que j’avais déjà été agressé et hospitalisé quatre ans avant, mais c’était pas eux», dit-il à distance.
L’homme se trouve dans un local à Paris en compagnie de deux officiers de police judiciaire et d’un technicien. Le tribunal, les victimes, les sept prévenus, les avocats et les douze journalistes autorisés assistent à cette audience, huis-clos partiel dans la bibliothèque du palais de justice d’Evry. Sur l’écran, on ne voit de Monsieur X que sa silhouette derrière un store vénitien bleu. On peine à comprendre ses paroles, trop altérées par le cryptage. A tel point qu’une avocate de la défense croit capter «J’ai entendu des cris de Noirs» quand Monsieur X dit «des cris de loin». Il s’agit pourtant du principal témoin à charge d’un dossier qui ne comporte pas de preuve matérielle, ni de traces d’ADN ni d’empreintes digitales.
Cet homme qui, ce soir-là, téléphonait d’une cabine située à 240 mètres du lieu de l’agression a «entendu des cris et des impacts sur la voiture des CRS», puis a marché vers le petit groupe de bagarreurs. Il dit qu’il se trouvait alors «à une trentaine de mètres»de la scène de violences : «C’étaient Mounir [Labidi, ndlr], Bianca [Ngobila], Ahmed [Aimad] qui n’a pas tapé et un petit que je connais pas.» Ils ont été rejoints par «deux équipes de foot qui préparaient un match» sur le terrain d’à côté et qui «ont pris quatre barrières métalliques, mais ce n’est pas ça qui a fait tomber le policier [Ludovic Aubriot, l’officier tabassé ]. C’est Bianca qui a mis le policier par terre.» Il affirme que Mounir Labidi alias «le boxeur» a «participé mais pas longtemps, puis il a dit : Arrêtez, vous allez le tuer . C’est la phrase qui les a fait partir».
«Mensonges». Me Eric Plouvier s’étonne que Monsieur X n’ait pas reconnu son client Mounir Labidi sur l’album de 202 photographies qui lui ont été présentées après les faits, et qu’il ait identifié trois garçons des Tarterêts se trouvant de façon certaine ailleurs : deux en prison et un dans son foyer, en internat. «Pour les gens qui sont en prison, je crois que j’ai fait une erreur […]. Je peux me tromper, mais il y a des visages qui m’ont marqué», répond le témoin.
Le président du tribunal, Eric Gillet, demande aux sept prévenus de se présenter tour à tour à 30 centimètres de la caméra pour que Monsieur X puisse les voir. Le hic, c’est qu’il a appelé les premiers à défiler par leur nom (Tandjigora, Aimad, Labidi) ce qui a provoqué des protestations des avocats de la défense. Et voilà Monsieur X qui se trompe sur l’identification du suivant, Karim qu’il appelle à tort Mehdi.
M e Plouvier boit du petit-lait et décrédibilise l’accusateur : «Entre ses erreurs, ses aversions, ses peurs et ses mensonges, son témoignage s’autodétruit. Quand les indices reposent sur des ragots et c’est le cas, le tribunal doit en tirer les conséquences.»
Pourtant, Monsieur X a pris des risques et a encore la trouille : «S’ils m’attrapent, je suis mort.»
L'audition exceptionnelle d'un témoin anonyme n'a pas apporté les précisions attendues sur le dossier.
La cité des Tarterêts (Sipa)
Fait exceptionnel, le tribunal correctionnel d'Evry a entendu vendredi 14 septembre un témoin anonyme dans l'affaire de l'agression de deux CRS aux Tarterêts, à Corbeil-Essonne en 2006. Cette audition n'a cependant pas permis de dissiper toutes les zones d'ombre du dossier. "Je peux me tromper, mais il y a des visages qui m'ont marqué", a-t-il notamment déclaré lors de cette audition. Selon une source judicaire, il s'agit "vraisemblablement" de la première fois qu'un témoin anonyme est ainsi entendu par un tribunal. L'audience, à huis clos partiel, a duré près de deux heures, sans public mais en présence de douze journalistes, dans la bibliothèque du Palais de justice d'Evry. Via un dispositif de visioconférence, la silhouette du témoin, derrière une porte vitrée occultée par un store vénitien bleu, n'apparaissait que très partiellement. Le brouillage de sa voix a rendu les débats difficiles, d'autant plus que le témoin semblait ne pas toujours comprendre clairement les questions qui lui étaient posées et avait parfois des difficultés à s'exprimer.
Contestations des avocats de la défense
Ce témoignage à charge, très attendu, était contesté par les avocats de la défense. Ces derniers s'interrogeaient notamment sur sa fiabilité et reprochaient le fait que "X" ait mis en cause au cours de l'enquête des gens qui avaient un alibi qui a été démontré, ou qui étaient en détention le soir des faits. "Pour les gens qui sont en prison, je crois que j'ai fait une erreur", admet-il. Autre argument de la défense contre ce témoignage, ses motivations: agressé il y trois ou quatre ans dans la cité des Tarterêts, le témoin explique en avoir "marre de l'insécurité", précisant toutefois qu'aucun des prévenus n'y était mêlé: il n'a eu "aucun problème avec ces jeunes-là". Tour à tour, le président Eric Gillet a demandé aux sept prévenus de se présenter devant une caméra qui permettait au témoin de les voir. Le fait que les premiers aient été appelés par leurs noms provoque des protestations des défenseurs des prévenus.
Climat de crainte
"Quand on ne dit pas les noms, c'est moins évident", s'énerve Me Karine Bouden. Face à Mounir Labidi, le témoin affirme: "Il a participé, mais pas longtemps. Et il a dit 'arrêtez, vous allez les tuer'". Selon Me Eric Plouvier, ce témoignage contre son client "s'autodétruit", puisque lors de l'enquête, il n'avait pas initialement reconnu Labidi sur présentation de photos. Ce recours à l'anonymat illustre le climat de crainte de représailles qui règnent autour de ce dossier. "S'ils m'attrapent, je suis mort", déclare le témoin anonyme au tribunal. Les éléments qu'il a fournis ont toutefois été corroborés pendant l'instruction par plusieurs autres témoignages - non anonymes -, dont ceux de deux mineurs, qui doivent comparaître devant le tribunal pour enfants le 12 octobre. Comme le prévoit la loi, un suspect ne peut être renvoyé sur la seule foi de témoignages de ce type. Le procès, ouvert mercredi, s'achèvera lundi.
L'accusation s'appuie sur les déclarations de cette personne entendue anonymement grâce à un système de visio-conférence.
La cité des Tarterêts (Sipa)
Le tribunal correctionnel d'Evry a entendu vendredi 14 septembre dans la matinée un témoin sous X, dans le cadre du procès de cinq agresseurs présumés de deux CRS à la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (Essonne). Posté à 240 m, de l'agression, il affirme avoir assisté directement à la scène. Les avocats de la défense contestent la fiabilité du témoin entendu anonymement pendant l'enquête. L'audition s'est déroulé dans une salle du palais de justice d'Evry équipée d'un dispositif de visio-conférence permettant de flouter l'image et de brouiller la voix de ce témoin afin de préserver son anonymat et de le protéger. L'audition s'est faite à huis clos, tout en restant ouverte à la presse, "par souci de transparence", a expliqué le président du tribunal, Eric Gillet.
Thèse du guet-apens
Le procès des cinq jeunes hommes pour l'agression des CRS s'est ouvert jeudi. L'un d'eux est également poursuivi pour des dégradations sur la voiture des policiers, et pour menace de mort sur un mineur qui doit comparaître le 12 octobre devant le tribunal pour enfants. Deux autres prévenus sont jugés respectivement pour des dégradations sur la voitures des policiers et avoir menacé le même mineur lors d'une garde à vue. L'accusation s'appuie sur deux témoignages sous X. La thèse du guet-apens, mise en avant au moment des faits et notamment par le ministre de l'Intérieur de l'époque Nicolas Sarkozy, a été écartée par l'enquête. Le 19 septembre 2006, la voiture du capitaine Ludovic Aubriot et du sous-brigadier Marc Audiffren avait été la cible de jets de pierres. Le capitaine, descendu pour constater les dégâts, et son collègue venu pour lui porter secours avaient été roués de coups. Contestation de témoignages
Moins d'une semaine après les faits, une vaste opération de police menée par environ 200 fonctionnaires, en présence de nombreux journalistes avait permis de procéder à l'interpellation de 11 suspects. Deux d'entre eux, identifiés grâce à de l'ADN retrouvé sur une canette et des restes de pizza, avaient finalement été mis hors de cause. De tentative de meurtre au début de l'enquête, les faits ont été requalifiés au cours de l'instruction en violences aggravées. Deux témoignages anonymes
Estimant que son client n'avait pas droit à un procès équitable, Me Plouvier, conseil de l'un des principaux mis en cause, a saisi la Cour européenne des Droits de l'Homme (CEDH). Les prévenus encourent des peines allant de 20 ans à 6 mois de prison. Une demi compagnie de CRS, soit une trentaine d'hommes, était présente au Palais de justice et aux alentours, épaulée par des effectifs de la BAC (Brigade anti-criminalité)
MARSEILLE (Reuters) - Six des huit adolescents impliqués dans l'incendie volontaire d'un bus en octobre 2006 à Marseille seront jugés du 3 au 7 décembre par la cour d'assises des mineurs des Bouches-du-Rhône, apprend-on de source judiciaire.
Ils seront jugés pour "incendie volontaire ayant entraîné une infirmité ou une mutilation volontaire". Ils encourent une peine de trente ans de réclusion criminelle.
Les deux autres prévenus, qui sont âgés de moins de 16 ans, seront jugés à huis clos du 25 septembre au 1er octobre par le tribunal pour enfants de Marseille. Ils bénéficient de l'excuse de minorité et encourent quinze ans de réclusion.
Assise à l'arrière du bus, une étudiante de 26 ans, Mama Galledou, avait été brûlée sur 62% de la surface du corps.
Sortie à la mi-février du service des grands brûlés de l'hôpital de la Conception, elle a été prise en charge dans un centre de rééducation fonctionnelle à Hyères, dans le Var.
EVRY (AFP) - Le procès des agresseurs présumés de deux CRS dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (Essonne) en septembre 2006, devant le tribunal correctionnel d'Evry sera prolongé jusqu'à lundi, du fait de l'audition d'un témoin sous X vendredi, a-t-on appris jeudi auprès du tribunal.
Cette audition se déroulera vendredi matin dans une salle du palais de justice d'Evry via un dispositif de visio-conférence permettant de flouter l'image et de brouiller la voix de ce témoin afin de préserver sa sécurité.
Elle se fera à huis clos partiel car elle sera ouverte à la presse, dans un nombre de places très limité.
Le tribunal correctionnel d'Evry juge depuis mercredi cinq agresseurs présumés de deux CRS dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes. L'un d'eux est également poursuivi pour des dégradations sur la voiture des policiers, et pour menace de mort sur un mineur et doit comparaître le 12 octobre devant le tribunal pour enfants.
Deux autres prévenus sont jugés respectivement pour des dégradations sur la voitures des policiers et avoir menacé le même mineur lors d'une garde à vue.
EVRY (AFP) - L'un des deux CRS agressés le 19 septembre 2006 dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes a désigné jeudi "formellement", devant le tribunal correctionnel d'Evry, l'un des prévenus comme étant un des agresseurs, ce dernier affirmant au contraire que le policier se trompait.
Agrandir la photo Le capitaine Ludovic Aubriot (D) et le sous-brigadier Marc Audiffren (G), les deux CRS agressés
"C'est monsieur, au fond. C'est celui qui qui m'a asséné le dernier coup à la face", a déclaré le sous-brigadier Marc Audiffren, désignant du doigt l'agresseur qu'il affirme avoir identifié.
Au préalable, le président du tribunal Eric Gillet avait rappelé "l'importance des enjeux", trois des cinq agresseurs présumés encourant vingt ans de prison. "On n'est pas là juste pour condamner absolument des gens parce qu'il faut des coupables. On est là pour juger et chercher la vérité", a-t-il averti.
Le magistrat a ensuite interrogé Bachirou Tandjigora, 21 ans, désigné par le policier. Le jeune homme a invoqué une "erreur" de la part de la victime. "Il a vu un autre qui me ressemblait. C'est sûr que ça peut pas être moi", a-t-il expliqué.
Un peu plus tôt dans la matinée, M. Audiffren avait raconté à la barre le déroulement de l'agression. Leur voiture est caillassée. Le capitaine Ludovic Aubriot sort du véhicule demande à son collègue de faire demi-tour, mais leur voiture cale. Les deux policiers sont alors assaillis par une vingtaine d'agresseurs.
"Je l'ai (le capitaine ndlr) entendu dire +arrêtez, vous avez gagné+, ça m'a choqué", a expliqué M. Audiffren.
"Dans le vif, on sent pas trop les coups, je me suis dit, +ils vont nous achever+", a-t-il poursuivi. "Ils chargeaient par vagues, ils partaient et revenaient", a-t-il ajouté.
Lors de la reprise de l'audience à 14H00, le tribunal rendra sa décision concernant la demande des avocats de la défense d'entendre, via un dispositif garantissant son anonymat, le témoin sous X affirmant avoir assisté à la scène.
Par Sylvain PEUCHMAURD AFP - Mercredi 12 septembre, 21h21
EVRY (AFP) - Les avocats de la défense au procès des agresseurs présumés de deux CRS dans la cité des Tarterêts, en septembre 2006, ont mis en cause mercredi devant le tribunal correctionnel d'Evry la fiabilité des témoignages sous X sur lesquels s'appuie en partie ce dossier.
Ils ont demandé l'audition d'un témoin anonyme direct de l'agression du capitaine Ludovic Aubriot et du sous-brigadier Marc Audiffren, une demande à propos de laquelle le tribunal réserve sa décision, en fonction de la faisabilité technique et de la teneur ultérieure des débats. Cette audition pourrait avoir lieu vendredi.
Me Eric Plouvier, avocat de l'un des principaux prévenus, a relativisé la crédibilité de ce témoin, qui se trouvait selon lui dans une cabine téléphonique située à 240 mètres des lieux de l'agression. Il a souligné que ce témoin avait mis en cause des personnes qui n'étaient pas présentes et qui n'ont pas été poursuivies. Les motivations de ce témoignage posent selon lui problème: lors d'une confrontation, le témoin a ainsi répondu avoir eu "des problèmes dans la cité" et avoir été agressé.
Selon Me Ryme Gasmi, autre avocate de la défense, celui-ci pose un problème de "fiabilité et de crédibilité".
"Il y a plein de choses, quand on entend les hésitations" lors d'une audition d'un témoin devant le tribunal, a ajouté Me Karine Bouden, avocate d'un prévenu poursuivi pour violences aggravées, dégradations et menaces de mort sur un mineur, qui doit comparaître le 12 octobre devant le tribunal pour enfants. "Il y a tout ça que le tribunal doit ressentir", a-t-elle dit, avant de conclure: "ce dossier ne repose sur aucun élément matériel, il repose sur des dénonciations et des témoignages".
Les déclarations des deux témoins sous X --l'un ayant directement assisté à la scène, l'autre rapportant les propos d'un de ses amis présent sur les lieux-- ont été corroborées par d'autres éléments lors de l'enquête. Comme l'exige la loi, des suspects ne peuvent en effet être renvoyés devant le tribunal sur la seule foi de dépositions de ce type.
Le tribunal s'est ensuite penché sur la personnalité des sept prévenus, poursuivis à des degrés divers.
Plusieurs ont déjà des casiers judiciaires chargés, malgré leur jeune âge. Certains ont à leur actif des condamnations pour des violences sur des policiers.
Lors des auditions, ont commencé à poindre des éléments qui auront leur importance lors de l'examen des faits eux-mêmes. Le président, le procureur, les avocats des parties civiles cherchent à savoir si certains ont des surnoms et sont connus dans la cité.
Parmi les autres questions récurrentes, la pratique, ou non, du football. L'enquête a en effet établi que nombres d'agresseurs du capitaine Aubriot et du sous-brigadier Audiffren venaient d'un terrain de foot situé non loin.
Le tribunal a ensuite entendu M. Aubriot, opéré deux fois depuis les faits. "Je sentais les coups pleuvoir de partout", explique-t-il à la barre. "A quoi on pense ?", l'interroge le président Eric Gillet. "La violence est tellement inouïe qu'on a pas le temps, dans ce moment là, de penser au pire", "on a eu la chance de s'en sortir par miracle".
. L'avocat de l'un des jeunes poursuivis pour l'agression de deux CRS réclame l'audition d'un témoin anonyme dont il remet en cause le témoignage.
. Le tribunal correctionnel d'Evry annoncera sa décision jeudi.
- le 12/09/2007 - 14h39
L'agression avait été très médiatisée, de même que l'enquête. Le 19 septembre 2006 à la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, la voiture du capitaine Ludovic Aubriot et du sous-brigadier Marc Audiffren avait été la cible de jets de pierres. Le capitaine, descendu pour constater les dégâts, et son collègue venu pour lui porter secours avaient été roués de coups. L'un des deux CRS avait témoigné devant les caméras, depuis sa chambre d'hôpital, et son visage tuméfié était apparu sur les écrans de télévision. Quelques jours plus tard, une opération de police mobilisant 200 fonctionnaires de police et menée devant les journalistes aboutissait à 11 arrestations. La mise en examen de certains des suspects s'appuyait sur deux témoignages anonymes, par crainte des représailles.
Près d'un an plus tard, l'affaire se retrouve devant le tribunal correctionnel d'Evry - et le contexte a quelque peu changé. Me Eric Plouvier, conseil de l'un des principaux prévenus, a ainsi demandé dès l'ouverture de l'audience l'audition d'un de ces témoins mettant en cause nommément son client, témoignage dont il remet la fiabilité en cause. Le tribunal correctionnel d'Evry annoncera jeudi sa décision à ce sujet.
Un témoin situé à 240 m du lieu de l'agression
De tentative de meurtre au début de l'enquête, les faits ont été requalifiés au cours de l'instruction en violences aggravées. Deux des suspects arrêtés en 2006, identifiés grâce à de l'ADN retrouvé sur une canette et des restes de pizza, ont été mis hors de cause. Finalement, ils sont cinq jeunes à comparaître pour l'agression (deux autres étant jugés pour des dégradations sur la voiture des deux CRS et pour menaces) et les débats se concentrent sur la fiabilité des témoignages recueillis sous X.
Selon Me Eric Plouvier, le témoin dont il réclame l'audition se trouvait à 240 mètres du lieu où les deux CRS ont été agressés, et a mis en cause des personnes dont l'alibi a été démontré lors de l'instruction et qui n'ont pas été poursuivies. Techniquement, il pourrait être possible de l'interroger sans trahir son anonymat - par exemple par une liaison téléphonique avec le tribunal et un dispositif brouillant sa voix. Si la réponse du tribunal était positive, il s'agirait alors d'une "audition", et non d'une "confrontation", a tenu à préciser le président Eric Gillet, une telle confrontation ayant déjà eu lieu au mois de décembre, lors de l'instruction. Mais en tout état de cause, a-t-il indiqué, "le tribunal réserve sa décision" en fonction de la disponibilité du matériel nécessaire pour entendre le témoin en protégeant son identité, de la disponibilité d'un technicien pour le faire fonctionner, ainsi que de la disponibilité du témoin. La décision tiendra compte également "de l'évolution des débats sur le fond".
Un an après l'agression très médiatisée de deux CRS à la cité des Tarterêts, sept jeunes hommes comparaissent. La défense conteste deux témoignages à charge.
L'opération de police à la cité des Tarterêts (Sipa)
Près d'un an après l'agression particulièrement médiatisée de deux CRS à la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes, sept jeunes hommes de 19 à 23 ans comparaissent à partir de mercredi 12 septembre devant le tribunal correctionnel d'Evry. Cinq d'entre eux sont poursuivis pour violences aggravées, dont un également pour des dégradations sur la voiture des policiers, et menace de mort sur l'un des deux mineurs également poursuivis dans ce dossier. Ces mineurs seront jugés ultérieurement devant le tribunal pour enfants. Les deux autres majeurs sont jugés, l'un pour des dégradations sur la voiture des policiers, l'autre pour menaces. La thèse du guet-apens, mise en avant au moment des faits et notamment par le ministre de l'Intérieur de l'époque Nicolas Sarkozy, a été écartée par l'enquête. Le 19 septembre 2006, la voiture du capitaine Ludovic Aubriot et du sous-brigadier Marc Audiffren avait été la cible de jets de pierres. Le capitaine, descendu pour constater les dégâts, et son collègue venu pour lui porter secours avaient été roués de coups.
Contestation de témoignages
Moins d'une semaine après les faits, une vaste opération de police menée par environ 200 fonctionnaires, en présence de nombreux journalistes avait permis de procéder à l'interpellation de 11 suspects. Deux d'entre eux, identifiés grâce à de l'ADN retrouvé sur une canette et des restes de pizza, avaient finalement été mis hors de cause. De tentative de meurtre au début de l'enquête, les faits ont été requalifiés au cours de l'instruction en violences aggravées. Les avocats des suspects ont dénoncé les deux témoignages sous X sur lesquels s'appuie notamment l'accusation. Ils demeurent contestés par la défense, sur leur contenu et sur leur forme. Au moins l'un des avocats, Me Eric Plouvier, conseil de l'un des principaux mis en cause, a ainsi demandé que le témoin anonyme - direct - accusant son client, soit cité à l'audience, ce qui est possible avec un dispositif téléphonique assorti d'un brouillage de la voix. Estimant que son client n'avait pas droit à un procès équitable, Me Plouvier a saisi la Cour européenne des Droits de l'Homme (CEDH).
Procès des Tarterêts : la préméditation en question
Le tabassage de deux CRS en 2006, exploité par Sarkozy, est jugé à Evry.
Par PATRICIA TOURANCHEAU
QUOTIDIEN : mercredi 12 septembre 2007
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Témoins sous X contestés, thèse du guet-apens infondée et empreintes inexistantes : la défense des cinq jeunes hommes jugés à Evry (Essonne) aujourd’hui pour «violences aggravées» sur deux CRS dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes, il y a un an, compte faire le procès d’une «affaire initiée et montée en épingle sous la pression de Sarkozy, ministre de l’Intérieur, puis nourrie de ragots rapportés par des témoins anonymes», selon Me Eric Plouvier.
Surexploitation. Le 19 septembre 2006, deux CRS isolés aux Tarterêts à bord d’une Ford Mondéo sont lynchés. A 21 h 40, la voiture de service du capitaine Ludovic Aubriot et du sous-brigadier Marc Audiffren passe avenue du Général de Gaulle et reçoit des cailloux. Le conducteur s’arrête et le capitaine descend. «Il y a les crèves, venez, ils ne sont que deux», lancent des garçons qui interrompent leur partie de foot, traversent le terrain de boules et foncent sur les policiers. Le capitaine tombe sous les coups de pieds, de poings, de bâtons. Son collègue prend une barrière métallique dans la poitrine. Les agresseurs se déchaînent sur la voiture et sur les CRS à terre. Puis un assaillant sonne la fin des hostilités : «Arrêtez, vous allez le tuer !»
Le capitaine a failli perdre un œil, a la main entaillée, une fracture du nez et des dents en moins : quarante-cinq jours d’incapacité totale de travail (ITT). L’affaire, grave, suscite d’emblée une émotion mais aussi une surexploitation politique et médiatique. Des autorités, relayées par Nicolas Sarkozy, soutiennent alors la thèse d’un «guet-apens» minutieusement élaboré par les petits caïds anti-flics. Pour le préfet de l’Essonne, il s’agit d’une agression «manifestement préméditée» et pour le procureur d’une «attaque préparée» avec un petit groupe de lanceurs de pierre qui sert de «leurre».Le ministre de l’Intérieur révèle l’existence d’empreintes digitales et génétiques prélevées sur le véhicule des CRS et sur des restes de pizza que les auteurs du traquenard mangeaient, dit-il, derrière un talus «en attendant les CRS». Nicolas Sarkozy promet que les agresseurs ne resteront pas «impunis» : «On ira les chercher un par un.»Déjà dans les starting-blocks pour la course à l’Elysée et en pleine polémique avec les magistrats, Nicolas Sarkozy se rend le 21 septembre au chevet du capitaine Aubriot à l’hôpital de la Salpêtrière puis permet aux journalistes de filmer le policier tabassé. Des chaînes de télévision et des photos de presse montrent le visage tuméfié du chef CRS, plans serrés sur son œil droit injecté de sang.
Anonyme. Le 25 septembre 2006, une méga opération de police aux Tarterêts rassemble 200 uniformes. Onze suspects sont interpellés devant de nombreux journalistes conviés par des syndicats de police avec la bénédiction du ministère de l’Intérieur. Six d’entre eux seront dédouanés, notamment deux garçons identifiés grâce à de l’ADN retrouvé sur une canette de bière et des restes de pizza. Me Eric Plouvier, qui défend le prévenu Mounir Labidi, 23 ans, accuse Nicolas Sarkozy d’avoir «instrumentalisé le témoignage du policier Aubriot, interviewé d’abord par les journalistes et après seulement par la sûreté départementale de l’Essonne», mais aussi d’avoir «proféré plusieurs mensonges» : «La justice a démontré que le prétendu guet-apens était un acte spontané, puis a requalifié la tentative de meurtre en violences aggravées. Il n’y a aucune trace d’ADN et d’empreintes digitales. Le dossier repose essentiellement sur un témoin sous X dont on se demande d’où il sort.» Cet habitant de la cité, que la justice protège d’éventuelles représailles par ce statut de témoin anonyme, a vu la scène du lynchage des policiers et reconnu des tabasseurs. Pour les avocats de la défense, la position de cet homme dans une cabine téléphonique «à 240 mètres du lieu de l’agression ne lui permettait pas de voir la scène» et ses «déclarations ont été contredites par la vérification des alibis de trois individus qu’il mettait en cause. Il a été prouvé que l’un se trouvait à l’internat de son lycée.» Me Plouvier demande ainsi au président du tribunal de citer à l’audience ce témoin sous X entendu avec un système de téléphone et de brouillage de la voix.
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